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l'auteur

 

Jean-Luc Pugliesi

né le 25 mars 1954 à La Ciotat
Traceur et dessinateur dans la construction navale
La photographie est une de mes passions avec l'astronomie.
J'aime le jazz, le classique et la musique ''New age''
J'ai pratiqué le vol à voile, la voile, la spéléo, et la plongée
Je continue le VTT ''light''
Bricoleur, je conçois et je fabrique tout ce que je peux par plaisir.

pugliesijl@cegetel.net
 

 

Texte original 10 avril 2011
mise à jour 8 décembre 2013

 

 

Construction d'un appareil photo sténopé de format 6x12 utilisant le film 120

par Jean-Luc Pugliesi

Questions préliminaires

 

Pourquoi un sténopé ?

Tout en étant en possession de plusieurs appareils photos dont un Olympus OM1, un Mamiya C220, un Nikon D700 pour les principaux, un parc d'optique 17, 24-85, 28, 50, 135, 300, 500, 2000 (télescope), je voulais un appareil qui me donne une autre vision photographique. Je le voulais complètement libéré des contraintes techniques et des impératifs de résolution, choix d'expositions ou de programmations ou seule la création d'une image originale soit l'enjeu de la démarche photographique.

 

Pourquoi le construire ?

Un sténopé est une technique photographique simple et ludique. Le début de l'amusement commence pour moi par sa construction. Il sera unique, artisanal et beau avec un plaisir évident de l'utiliser. Ensuite ce sera la même attitude pour le développement du film et pour le traitement de l'image finale... s'amuser.

 

Pourquoi ce format ?

Le format choisi est différent de celui mes autres appareils photos. Le 6x12 est panoramique. C'est intéressant pour le paysage et original. Il oblige a travailler autrement. C'est un grand format économique car le film 120 est très abordable financièrement et son traitement aussi. Il peut être facilement numérisé pour poursuivre le traitement final de l'image dans une chaîne informatique à l'alternative d'un laboratoire argentique. Sur un film, 6 photos peuvent être prises et c'est un confort appréciable.

Le boîtier

Le corps de l'appareil est une boite à bijoux en bois exotique fabriquée de l'autre coté de la terre. Elle mesure 202x127x71mm. Les épaisseurs des côtés sont de 10mm, la façade lisse de 3mm, et le fond ciselé de 6mm. Le travail a été fait pour un prix modique (13€), la boîte est joliment décorée de laiton et ciselée avec un parfum de bois agréable. Le tissu rouge décorant le fond, inutile et gênant, a été enlevé. Les charnières ont été rectifiées avec de nouvelles vis plus solides. Les chants ont été poncés et l'axe d'un trou de 16mm pour le sténopé a été dessiné.

Sur la face inférieure du boîtier un écrou au pas Kodak a été placé, récupéré sur un vieil appareil à soufflet. Il est vissé directement dans un trou percé dans le bois. A l’intérieur un renfort en Franké de 10mm d'épaisseur est fixé au droit de la vis Kodak par quatre vis de 15mm. Quatre clous de tapissier placés aux angles permettent de poser le boîtier sans qu'il se balance sur les charnières.

Le dessus du boîtier montre le bouton de l'axe d'entraînement du film à gauche, le bouton de blocage de l'axe de la bobine du film vierge à droite. Au centre est situé un niveau à bulle provenant d'un kit de fixation murale d'écran plat. Ce niveau est fixé par une vis centrale qui permet de le tourner de 90 degrés. Deux crochets en aluminium ferment le dos. Entre eux, une plaque de rappel indique les vues à utiliser. C'est un format 6x12, il faut donc sauter un numéro entre chaque vue. En dessous, un repère de visée sert aussi pour ouvrir facilement le dos. Pour apprécier le champ photographié, il faut encadrer la scène entre les bords internes des deux boutons depuis le repère. Dans ce cas cela représente 111 degrés équivalant à un 18 mm en 24x36.

Les crochets de fermeture sont taillés dans un profilé en aluminium de 2 mm. J'ai préféré doubler le système pour être sûr que le dos ne s'ouvre pas par erreur et pour en assurer la planéité, gage d'une bonne étanchéité à la lumière. Ces deux petits éléments sont délicats à usiner mais sont très importants. Un petit étau et des petites limes sont de rigueur. Ces pièces métalliques doivent être serrées entre les mâchoires de l'étau par des cales en bois pour ne pas les marquer de rayures disgracieuses. Un ponçage minutieux des bavures est une assurance pour ne pas abîmer le bois du boîtier lors de la rotation des crochets. Le réglage de la pression de fermeture doit être suffisant pour rendre bien étanche le boîtier à la lumière.

La chambre

La chambre intérieure est en Franké. C'est une essence de bois assez tendre, homogène et facile à travailler. Les différents éléments sont délicatement découpés à la scie à métaux et finement poncés. Il n'y a aucun collage, fixation par vis en laiton avec rondelles.

La chambre vue de dessous montre un chemin du film circulaire pour avoir une exposition quasiment identique et une résolution maximale sur toute la largeur du négatif. Deux vis à bois en acier avec tête fraisée cruciforme 25x3 fixent le support de l'axe inférieur de la bobine réceptrice. Toutes les autres vis à bois sont en laiton avec tête ronde fendue 30x3 et rondelle en laiton également.

La vue du coté chargement montre la tige filetée en laiton de 5mm de diamètre accueille la bobine 120. L'écrou ne sert qu'à la positionner. Les vis noires à bois en acier 25x3 fixent solidement les quatre éléments de la chambre entre eux.

La vue coté entraînement du film montre l'axe inférieur de la bobine réceptrice qui est constitué de deux tiges en laiton de 5mm soudées. La rondelle en carton fort accueille la bobine. La longueur de la tige ne doit pas gêner le passage de la languette du film dans la fente de la bobine. Deux charnières taillées dans des supports métalliques de cadres photos permettent à l'axe de basculer pour placer la bobine réceptrice. Sur le support opposé, par lequel passera l'axe supérieur d'entraînement, une gorge est prévue pour accueillir le ressort de compression de la bobine lors de son soulèvement.

Sur la vue éclatée de l'axe d'entraînement, on voit toutes les pièces. La tige filetée de 5mm de diamètre est fendue à son extrémité avec une scie à métaux pour pouvoir insérer une petite pièce rectangulaire en aluminium fixée avec de la colle très forte. Cette pièce entraînera la bobine réceptrice du film. Un ressort récupéré dans un appareil électroménager hors service est placé entre deux rondelles. Le bouton en essence rouge est obtenu avec une cloche à bois. Il est collé sur un écrou borgne en laiton. Le sens de serrage correspond au sens d'entraînement du film. Après un serrage modéré, il n'y a plus de souci. Le filetage de la tige est un peu limé pour casser les aspérités des dents et rendre son coulissage plus libre dans le passage du support supérieur.

L'axe supérieur de la bobine débitrice est en tige filetée en laiton de 5 mm de diamètre. Le bouton est en Franké qui sera teinté acajou pour le ''look''. Un écrou borgne fixe l'ensemble. La tige se visse directement dans le support supérieur en bois de la chambre intérieure. Serrée complètement en bout de course sur le boîtier, la bobine est parfaitement maintenue.



Après un essai, il s'est avéré que l'axe d'entraînement en laiton avait un point faible au niveau de l'entaille de la petite pièce en aluminium collée, destinée à entraîner la bobine réceptrice du film. Je l'ai remplacée par une tige en acier beaucoup plus solide.

L'obturateur

C'est une pièce très simple en aluminium de 2 mm, taillée dans un profilé de 20mm de large. Un écrou borgne en laiton permet de le manipuler aisément. La vis à tête ronde et fendue munie d'une rondelle placée au centre de rotation traverse la façade et se visse directement dans le coté gauche de la chambre intérieure. La face interne de l'obturateur est doublée d'une couche de papier Canson noir fixée par un adhésif double face. Cela permet de bloquer la lumière et d'assurer un parfait glissement de l'obturateur sur la façade en bois sans la rayer.

Voici les trois positions de l'obturateur.

(Vue n°1) La position repos est bloquée par le joint torique (plomberie). Une vis dans la façade avant interdit à l'obturateur de descendre plus bas que le trou du sténopé.

 

(Vue n°2) C'est la position d'attente avant de faire la photo. Il suffit de relever l'obturateur avec un mouvement le plus léger possible. L'appareil est bien sûr placé sur un pied photo car c'est toujours avec une pose longue qu'est employé un sténopé même avec beaucoup de lumière.

 

(Vue n°3) L'obturateur est en position ouverte découvrant le trou du sténopé. Une autre vis à tête ronde et fendue opposée à celle de l'axe de l'obturateur est fixée à travers la façade avant sur le coté droit de la chambre interne. Ces deux vis suffisent à maintenir parfaitement cette chambre.

Quatre plots ronds en bois Franké de 10mm d'épaisseur avec une rondelle métallique pour avoir la hauteur nécessaire permettent de pouvoir placer le boîtier à l'horizontale, face avant dessous, sans que l'obturateur gêne au chargement de l'appareil.

Le sténopé

C'est dans le fond métallique d'une boîte de chocolat en poudre qu'a été découpée grossièrement la pastille du sténopé. Avec une grosse aiguille à coudre et un infime coup, le centre de cercle de 32 mm de diamètre a été placé. Il a été tracé avec un compas à pointes sèches. La découpe définitive donne une pastille plane placée sur deux épaisseurs de papiers épais et une planchette en bois. La grosse aiguille va permettre en la replaçant au centre et avec un coup un peu plus fort, de traverser le métal légèrement. Avant ce trou définitif je me suis entraîné à plusieurs essais dans une chute de métal. La vérification pour obtenir un trou parfaitement rond, au bon diamètre, avec un oculaire à fort grossissement et une règle graduée est indispensable.

La face de dessus qui est la face avant du sténopé doit présenter une petite cuvette et sur l'autre coté qui est face au film il y a un petit cône percé au sommet. Avec un papier abrasif très fin, il faut poncer ce cône jusqu'à l'obtention d'un trou parfaitement circulaire, au diamètre souhaité. Il faut absolument éviter les bavures et obtenir une épaisseur de métal quasiment nulle sur le bord du trou pour avoir une résolution maximale.

Le résultat n'est pas très difficile à obtenir. Une règle graduée permet de vérifier le diamètre du trou. On voit bien qu'il est légèrement inférieur à un demi-millimètre et parfaitement rond. Deux passages pour les vis de fixation de la pastille, à l'intérieur de la façade avant, sont percés de part et d'autre du trou du sténopé. Pour ne pas gêner le déplacement de l'obturateur, la vis découverte a une tête ronde cruciforme et la vis placée dessous a une une tête fraisée cruciforme.

Voici l'appareil terminé. Les épaisseurs du boîtier et du dos ont été parfaitement poncées. Un joint découpé dans une feuille de papier Canson noire assure l'étanchéité du dos. Il est collé par un adhésif double-face. L'intérieur du boîtier et le bord du dos ont été peints avec de la peinture noire mat pour supprimer les réflexions parasites. Une cale en mousse souple et un frein sur l'axe de la bobine du film vierge servent à tendre et à plaquer le film sur le guide. J'ai gardé le velours rouge d'origine du dos car il ne gêne pas et il est esthétique.

Une fenêtre ronde de 12mm est placée au dos du boîtier dans l'axe du trou du sténopé, pour voir le numéro de la vue imprimé sur le papier de film 120. Une pastille de 16mm découpée dans un filtre rouge d'un ancien agrandisseur hors service est encastrée et collée dans l'épaisseur du dos. Un adhésif noir épais complète sa fixation. Enfin une plaque rappelle le film à utiliser et le nombre de vues possibles avec ce format panoramique.

La face arrière est finement ciselée d'un motif végétal et d'incrustations en laiton. C'était une boîte à bijoux à l'origine. C'est maintenant un appareil photographique sténopé.

Les plaques d'identifications

Plaque frontale indiquant :
PJL (mes initiales), sténopé (type d'appareil), 612 (format 6x12)
f:60 (focale dans l'axe du sténopé)
fd:209 (rapport d'ouverture = focale/diamètre du trou)
d: 0,28 (diamètre du trou ~)
indique que le chemin du film est courbe.
a : angle de champ horizontal de 111 degrés.

Plaque supérieure aide-mémoire qui indique qu'il faut utiliser les vues impaires du film car le format est double par rapport au 6x6.

Plaque placée sur le dessus de la chambre interne : c'est ma marque de fabrication (pour me faire plaisir).

Plaque placée sur la face interne du dos indiquant le film utilisé et le nombre possible de vues.

Le disque convertisseur d'expositions

Pour calculer le temps d'exposition à partir d'une cellule, il faut convertir la mesure que donne cette dernière car il n'y a pas de graduation jusqu'à fd 209.

Ce disque convertisseur donne les temps de fd 45 à fd 512. Il suffit de régler le couple vitesse-ouverture donné par la cellule et de lire en face de la fenêtre (fd 209) le temps correspondant. (fd 209 n'existant pas sur l'échelle, il faut interpoler entre deux valeurs, fd 180 et fd 256).

Toutes les explications théoriques sont disponibles sur l'excellent site de Philippe Jimenez sur lequel j'ai trouvé toutes les indications pour fabriquer ce disque.

Photographier avec le sténopé

Mon premier essai.

Prise de vue sur la plage de La Ciotat. La Villa des Tours.

Temps très ensoleillé. La cellule à main indique f16 au 1/500 de seconde. Le disque convertisseur indique une seconde pour mon sténopé à fd 209 (théorique).

Le négatif Tri-X 400 Kodak (périmé depuis avril 2009) est développé 12 minutes à 20 degrés dans du D76 1+1 en cuve Paterson. J'agite 15 secondes toutes les minutes.

Voici le résultat.

Le rapport d'agrandissement avec les bagues macro et un 50 mm montés sur mon Nikon D700 ne me permettait pas de numériser le négatif dans son intégralité. Il est un peu rogné sur les bords. La résolution est bonne et valide mes choix dans la conception de mon sténopé.

Le positif brut de décoffrage est très doux. C'est normal pour un sténopé qui n'a pas vocation d'entrer en concurrence avec des appareils équipés d'objectifs très performants. C'est une autre manière de faire de la photo. Cela donne des images originales où c'est l'ambiance qui prime et non pas les traits par millimètre ou les millions de pixels par centimètre carré. Bien sûr, il est toujours possible de simuler cette qualité de restitution avec un boîtier numérique actuel. Mais c'est une simulation. Là c'est le résultat intrinsèque de cet appareil. Cela est son principal intérêt car la vision photographique doit être préméditée dans le choix des sujets pour cette technique particulière. La prise de vue oblige à une certaine décontraction. Il faut prendre le temps de mesurer la lumière et de convertir les valeurs. Ensuite il faut peaufiner la visée, l'horizontalité. Le maniement de l'obturateur doit se faire avec légèreté en le découvrant correctement pour le temps de pose.

Pour l'image finale il faut ensuite travailler ce positif comme n'importe quel positif pour en magnifier le sujet. Il faut rétablir la courbe des niveaux, régler les contrastes mais sans dénaturer l'ambiance originale de la photographie. C'est tout son charme. Pour ce premier essai, j'ai rehaussé un peu les parties surexposées. Il y avait du détail. J'ai voulu accentuer un peu le centre de l'image pour récupérer un peu de netteté apparente (que je m'interdis ensuite pour le reste de mes photos à venir). L'utilisation d'un filtre sépia donne une tonalité chaude à la photographie.

Sympa, non ?

Autres sténopés

Cette photographie de la calanque de Patrice, dans la baie de La Ciotat, prise le matin avec une lumière douce a demandé un temps de pose de 5 secondes. Les vagues sont noyées dans un flou dû à la longue exposition. L'ambiance générale apporte sérénité et communion avec ce lieu magique.

Les barques se dandinent mollement sur le plan d'eau calme du port de La Ciotat. C'est presque midi et la lumière est forte. 2 secondes d'exposition pour ce tableau pittoresque de la Provence.

Les salins de Giraud en Camarque proposent des paysages magnifiques. Le sténopé en totale fusion avec l'ambiance de ces lieux la restitue parfaitement. Ici un barrage d'irrigation sous un léger mistral et une lumière dure. 3 secondes d'exposition.

Voilà quelques exemples de mon travail photographique avec mon sténopé. Je dois dire que j'éprouve un réel plaisir à l'utiliser. La photographie est déjà une passion mais est encore augmentée avec un appareil pensé et construit par ses propres mains. La récompense va plus loin encore lorsque je rencontre des gens pendant mes prises de vues. Alors souvent, si ce ne n'est toujours, les contacts curieux et chaleureux au sujet de cet étrange appareil font que la séance photographique dure plus longtemps que l'exposition de la photo. Et c'est certainement le côté le plus gratifiant de cette expérience. Le partage et l'échange.

Sur mon site photo je présente d'autres sténopés, bonne visite.

Sites utiles traitant le sténopé

http://www.galerie-photo.com/stenope.html 
http://www.philippejimenez.fr 

   

 

voir aussi :

arnaud thurel : la Grande Motte
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christophe beranger
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construire un stenope : les questions les plus posées
de quoi dépend le rendu de perspective en photographie ?
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dernière modification de cet article : 2014

 

 

     

 

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