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Arnaud Thurel :
La Grande Motte

 

Dans quelles circonstances avez-vous pris ces photographies ?

Ces photographies ont été prises sur une durée de 2 ans. Elles sont le fruit d’un travail sur le long terme aussi bien sur le fond que la forme : depuis mon enfance, j’ai séjourné près de La Grande Motte pendant plus d’une vingtaine d’étés. Au fil des années, j’ai acquis une habitude du lieu, qui m’a éloigné de l’effet de surprise que tout un chacun peut ressentir en arrivant pour la première fois dans cette ville à l’architecture saisissante.

Ce n’est que très récemment, lors d’un séjour court, que j’ai regardé avec un œil neuf le lieu. J’ai alors fait des recherches bibliographiques importantes pour comprendre l’histoire de cette ville mais aussi l’histoire de sa représentation dans les medias : j’ai compilé toutes sortes d’informations : extraits d’articles de journaux, extraits d’émissions radiophoniques ou télévisuelles, livres, rapports de commissions locales diverses… depuis la fin des années 60 jusqu’à aujourd’hui, on peut dire que cette ville a attisé nombre de points de vue très tranchés ! Et pas toujours à son avantage…

Le célèbre architecte Jean Balladur, qui a tenu la progression de l’aménagement de la ville de façon très forte, a réussi à en faire l’œuvre d’une vie, avec en définitive peu de concessions sur ses principes fondateurs. C’est quasiment unique dans l’histoire de l’architecture moderne (les autres exemples fréquemment cités sont Chandigarh et Brasilia).

La série est extraite d’un article publié dans la revue photographique Photo Analogies #2. Cet article est articulé autour de 3 axes majeurs : des photos, des extraits de textes, et un essai complet de l’urbaniste Daniel Leclerc écrit pour l’occasion. C’est la destination magazine du travail qui explore le mieux à mon sens l’idée que je voulais véhiculer.

 

 


© Arnaud Thurel

 


© Arnaud Thurel

 

l'auteur

Arnaud Thurel

Né en 1973
à Lons-Le-Saunier (Jura)
Il vit près de Grenoble
et est trésorier
de l’association photographique BOP
qui vient de lancer sa deuxième revue
« PHOTO ANALOGIES #2 ».
Le site de BOP : www.bop-photolab.org

Il a également édité un livre
« Lost Places »
visible ici http://www.blurb.com/
books/3081692-lost-places

 

 

 

Diriez-vous que vous faites plutôt de la photographie documentaire ou plutôt de la photographie contemplative ?


Documentaire ! Pour sûr.

Les photos de cette série n’ont pas forcément été prises en dehors des périodes de grande affluence comme on pourrait le croire, c’est l’heure de la prise de vue qui donne cette impression. En effet, après mes nombreuses lectures sur la conception de la ville et dès lors que j’ai choisi de montrer cette ville photographiquement, j’ai voulu que les prises de vue aient un lien avec le travail de Jean Balladur.

Cette série est une première étape du travail que je vais entreprendre. Je m’explique : la ville est composée de différents quartiers, en particulier ceux du Levant et du Couchant. Dès lors, pour montrer la ville dans son ensemble (c’est-à-dire en tant que lieu de vie mais aussi lieu de villégiature), j’ai décomposé le travail photographique en deux phases. Cette première série est celle du levant, avec des photos qui ont toutes été prises au lever du soleil, le matin… un moment privilégié où on peut distinguer la force des lignes des bâtiments et leur présence dans la ville.

La deuxième série se fera au soleil couchant, on y verra plus de monde et donc les photos agiront en contre-point de la première série : une ville de vie et d’agitation !

Le travail en collaboration avec Daniel Leclerc et très important pour moi, il marque fortement l’ambition documentaire de ce projet.

 


© Arnaud Thurel

 


© Arnaud Thurel

 

 

   

Vous semblez particulièrement intéressé par ce qui se passe dans l'ombre... pourquoi ?

Plus encore que les ombres, c’est bien la ville en tant que lieu de vie qui m’intéresse. Evidemment, il y a quelques photos emblématiques et très reconnaissables pour qui a déjà cheminé à La Grande Motte, mais il y a aussi des portes de garage, des arrière-cours, des lieux de moindre passage. Ceux-là sont dans l’ombre, au sens propre comme au sens figuré, de la ville.

Mais bien sûr, mon parti pris de réaliser des séries au levant et au couchant amène cette ambiance particulière, entre chien et loup. La Grande Motte est une ville d’environ 9.000 habitants permanents et… 100.000 l’été ! Les 9.000 habitants parcourent la ville différemment que les touristes. Et c’est aussi pour les habitants que j’ai entrepris cette série.

Pour revenir aux ombres… Nul doute qu’elles seront encore très présentes dans la deuxième série à venir !

 

 


© Arnaud Thurel

 


© Arnaud Thurel

 

   

 

Quelle est votre vision personnelle de la Grande Motte ? Le reportage vous a-t-il donné envie d'y vivre ?

Personnellement, j’apprécie énormément cette ville.

Avoir lu les éléments de sa genèse et compris la structure globale de la ville m’a permis d’apprécier encore plus le lieu.

La végétation a aujourd’hui atteint une vraie maturité et c’est sur les bases actuelles que les commentaires devraient être faits sur La Grande Motte.

Il est clair que la critique des formes pyramidales est facile mais elle est rarement étayée et quand on compare cette station à d’autres, elle n’a à rougir de rien…

Par contre, en tant que photographe, je me rends bien compte que mes photos ne sont pas véritablement une ode à la gloire de son architecture ! Je reconnais en elles les éléments positifs et négatifs, je les montre le plus honnêtement possible.

C’est aussi pour cette raison que j’ai choisi pour montrer les images d’ajouter des légendes SUR les images ou à cheval sur elles dans la publication qui en a été faite dans le dernier numéro de Photo Analogies (publié par le collectif BOP). J’ai pris de courts extraits issus de mes lectures et les ai mis en regard des images. Qui dit vrai : les textes, les images ? Les deux ? Quelquefois les textes suivent l’image donnée, quelquefois ils contrarient l’image. Mais ils font quasiment partie de l’image pour moi. D’ailleurs, si une exposition est faite de ces photos, c’est ainsi que je les montrerai !

 

 


© Arnaud Thurel

 


© Arnaud Thurel

 

 

   

Avec quel matériel ont été prises ces photographies ?

Ces photos ont été prises à la chambre 4x5, avec divers objectifs : 400mm, 150mm, 65mm. J’ai utilisé des films Kodak Portra 400, car les conditions de prises de vue étaient difficiles côté lumière et que cette pellicule ne triche pas avec les couleurs !

Comme souvent avec le travail à la chambre, une réelle lenteur me semblait nécessaire pour être sûr de faire les bons choix.

 

 


© Arnaud Thurel

 


© Arnaud Thurel

 

 

   

Vous vous êtes regroupé avec quelques photographes dans un collectif, pourquoi ?

Le collectif BOP (pour Bricolages Ondulatoires et Particulaires) existe aujourd’hui depuis plus de 10 ans. Il regroupe 7 photographes répartis géographiquement (France, Chine, Allemagne, Canada…).

Nos travaux dans le cadre de BOP sont exclusivement argentiques car l’approche documentaire que nous privilégions supporte très bien la patience que mérite aujourd’hui ce moyen !

Le regroupement de photographes permet de faire émerger des projets collectifs très intéressants, nous pouvons également revoir en interne nos projets et les faire évoluer avec un œil extérieur qui n’est pas encore celui du public.

 

 


© Arnaud Thurel

 


© Arnaud Thurel

 

 

   

En quoi consiste l'activité de ce collectif ?

Les activités de BOP sont toutes liées à la photographie : expositions réelles ou virtuelles, individuelles ou collectives. Plus récemment, nous avons lancé un magazine : Photo Analogies, le deuxième numéro est en vente là : www.bop-photolab.org. Il est réalisé entièrement par nos soins, sans aucune publicité et fait 100 pages.

Il a pour vocation de montrer des travaux photographiques à un public plus large mais aussi de donner la parole à des photographes invités, comme Edouard Elias (reportage sur la Birmanie) qui nous livre une interview et des photographies exclusives faites elles aussi en argentique (il travaille la plupart du temps en numérique pour ses commandes) ou de David Moxey (travail très fort sur Fukushima).

Notre objectif est d’en publier un par an… Mais le montage d’un numéro est un long travail au regard de nos moyens c’est pourquoi nous sommes très fiers du résultat : il est guidé en permanence par notre volonté de proposer des travaux cohérents, de long-terme sans contrainte aucune sur la ligne éditoriale.

 

 


© Arnaud Thurel

 

 

   

 

dernière modification de cet article : 2015

 

 

 

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