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l'auteur

Jean-Philippe Boiteux



http://www.jphboiteux.com
 Responsable de la reproduction à l’ARCP
 http://www.arcp.paris.fr
 Directeur des Editions Malaxe
 http://www.malaxe.org
 

 

 


 

Actes et rencontres du
6ème Congrès Galerie-Photo
Alternatif !
Musée de la photo de Graçay
 les 12 et 13 octobre 2013

thème : Alternatif ! Procédés photographiques non conventionnels, historiques, actuels ou de demain…

Organisation
François CROIZET
Erick MENGUAL
 

Le DVD du congrès de Graçay est disponible sur commande ici :
http://www.galerie-photo.com/commande-dvd-congres-gracay.pdf


 

contre-histoire de la photographie, par camille bonnefoi
Interview de Lionel Turban, fondateur de Disactis
jean-claude mougin : la scène du crime
justine montmarché et sébastien bergeron : photo de rue
marie-noëlle leroy : sténopé, le pouvoir de l'imagination
michel graniou : palladium
reproduire pour exposer
street box camera

 

Reproduire pour exposer

 

par Jean-Philippe Boiteux

 

l'ARCP et ses missions

L’Atelier de Restauration et de Conservation des Photographies (ARCP) de la Ville de Paris, dirigé par Anne Cartier-Bresson, compte une quinzaine de personnes qui sont réparties dans 5 sections : conservation préventive, restauration, régie des œuvres, documentation et reproduction. Depuis 2006, je suis responsable de cette dernière section au sein de laquelle je travaille seul.

La première mission du pôle reproduction est le suivi des activités de l’ARCP : constat visuel avant et après restauration, identification des procédés à l’aide de protocoles spécifiques comme l’utilisation de lumières ultraviolettes ou encore de loupe trinoculaire, etc.



fig.1 Exemples de prises de vue analytiques

 

Sa seconde mission est la reproduction patrimoniale : lorsqu’une photographie est trop fragile pour être présentée correctement au public, ou que les conditions de transport ne sont pas suffisantes pour la bonne conservation de cette œuvre, nous en réalisons une copie.

Les techniques de reproduction

Nous distinguons 3 techniques de reproduction :

- Lorsque le conservateur ne dispose pas du tirage mais de sa matrice, on procède à un retirage de celle-ci. Il s’agit alors de restituer l’intégralité des informations qu’elle contient.

fig.2 Arbres, Eugène Atget,
négatif au gélatino-bromure d’argent

 

fig.3 retirage sur papier albuminé viré à l’or)

 

Le contretype et le fac-similé sont tous deux des reproductions au format de la photographie originale et tentent de s’approcher le plus possible de ses valeurs au moment de la reproduction.

- Le contretype est réalisé dans un procédé contemporain de bonne conservation le plus adapté à une restitution fidèle.

fig.4 Rue des Lavandriers, Charles Marville, tirage sur papier albuminé / fig.5 repro : tirage baryté viré au sélénium

 

- Le fac-similé est réalisé suivant le procédé original de l’œuvre à reproduire.

fig.6 Portrait de femme, vers 1860, tirage sur papier salé / fig.7 matrice jet d’encre / fig.8 fac-similé

 

Pour qui ?

Aujourd’hui, le laboratoire produit 10 000 images documentaires et 500 reproductions pour exposition par an. 80% de celles-ci sont des impressions jet d’encre, dont les couples encres-papier sont choisis en fonction de leur qualité de conservation et de leur aspect de surface. 20% des travaux sont argentiques.

La très grande fidélité de restitution et la rapidité d’exécution des contretypes numériques engendrent une perte d’intérêt des conservateurs pour le fac-similé. Aussi, une copie réalisée dans un autre procédé que l’image originale se distingue forcément de ce dernier. A contrario, le fac-similé reste la recette pour créer des faux.

 Le fac-similé me semble pourtant bien plus proche de l’objet original, autant d’un point de vue éthique qu’esthétique. J’ai cherché des situations pour lesquelles ce type de reproduction est la seule alternative convenable à l’exposition d’une œuvre originale. La reproduction de daguerréotype entre dans ces situations.

 

Étude de cas :
la reproduction d’un daguerréotype

fig.9 Victor Hugo de profil, avant le 22 avril 1853,
réalisé par un de ses fils ou son gendre

 

Ce procédé semble complexe à amorcer. En effet, l’image apparaît sur une plaque métallique sensibilisée puis développée à l’aide de chimies « toxiques » que l’on utilise rarement sous ces formes.

Je suis utilisateur de plaques de cuivre dans mes recherches autour de la gravure de photographie pour les éditions Malaxe. D’autre part, l’alternative proposée par la méthode Becquerel pour le développement amoindrit considérablement l’usage de produits proscrits dans les laboratoires de la Mairie de Paris. Finalement, il ne me manquait que de l’iode (Disactis en fournit), un argenteur raisonnable et quelques petits bricolages.

Depuis 2010, j’ai pu consacrer 2 périodes à ce travail. En juillet 2010 avec Carole Sertillanges, en apprentissage à l’AFOMAV, nous avons eu le temps de nous familiariser avec le procédé. Puis en juillet 2013 avec Audrey Laurans, étudiante à l’ENS Louis Lumière, nous avons obtenu des résultats suffisants pour les présenter aux collections.

Voici le protocole employé ainsi que les difficultés rencontrées :

Polissage du plaqué argenté et sensibilisation aux vapeurs d’iode

Polissage au touret « à l’américaine » et finition au velours, nous permettant d'obtenir une plaque propre et sans rayure. Puis sous lumière atténuée, exposition aux vapeurs d’iode ; la plaque prend différentes couleurs suivant des cycles connus. Coming Into Focus (John Barnier ISBN : 978-0811818940) ainsi que de nombreuses discussions sur les forums spécialisés s'accordent sur l'utilisation de la plaque dès l'obtention d'une couleur jaune homogène (pic de sensibilité) au troisième cycle (plus longue dynamique d'exposition).

Exposition

La plaque sensible est directement en contact avec le modulateur dans un châssis-presse placé sur un pupitre type art graphique. Il s’agit d’une lampe ultraviolette ponctuelle destinée au photopolymère, utilisée généralement pour l’imprimerie.

La couleur du modulateur (positif sur transparent jet d’encre) est déterminée suivant l’évolution des valeurs par composante colorée obtenue sur le daguerréotype. Pour simplifier la lecture des résultats plus ou moins aléatoires, la calibration est effectuée avec le script Chartthrob sous Photoshop puis modifiée à l’œil au pied et épaule de courbe.

fig.10 et 11 Détermination de la couleur du modulateur et de sa courbe de tirage

 

Développement par la méthode Becquerel

Becquerel a proposé dès 1840 une méthode alternative au développement par les vapeurs de mercure, il s'agit d'un développement physique plutôt que chimique. Le signal est amplifié en exposant la plaque à une lumière complètement différente de l'exposition aux UV.

Nous avons commencé par des expositions sous filtre inactinique en plein soleil, puis évolué vers un système qui n’est pas tributaire des conditions météorologiques. La température atteint les 70°C, d’où le recours au ventilateur.

fig.12 et 13 dispositif mis en place
pour le développement Becquerel

 

Fixage puis virage

La plaque est fixée et lavée. Le virage va contraster l'image, la réchauffer et en limiter sa fragilité. Il fait aussi apparaître l'ensemble des défauts survenus au cours du traitement.



fig.14 reproduction fixée

 



fig.15 reproduction virée

 



fig.16 originale

 

Je n’ai pas encore eu le temps de voir Alexandrine Achille, Conservatrice des photographies de la Maison Victor Hugo.

Ces expérimentations ne sont qu’une ébauche. Afin d’obtenir rapidement des résultats, nous avons choisi de bloquer de nombreux paramètres. Comme tous les procédés, le daguerréotype nécessite plus de deux mois pour que l’on puisse jouir pleinement de ses possibilités.

Concernant l'utilisation de ce procédé pour la reproduction, il engendre des rendus de détails tellement fins que le positif sur transparent jet d'encre en devient grossier. Je travaille en ce moment sur un protocole de prise de vue d’une reproduction agrandie sur papier éclairée par un banc de lumières type fluo-compacte pour effacer le rendu des buses.

 

 

dernière modification de cet article : 2013

 

 

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