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l'auteur

Henri Peyre
Né en 1959
photographe
Beaux-Arts de Paris en peinture
webmaster de galerie-photo
ancien professeur de photographie
à l'Ecole des Beaux-Arts
de Nîmes

www.photographie-peinture.com
organise des stages photo
www.stage-photo.info


 

 

 

savez-vous parler art contemporain ?

Frédéric Elkaïm
Savez-vous parler
l’art contemporain ?
Collection Je est ailleurs, Magellan & Cie, 2018,
ISBN 978-2-35074-501-5, 199 pages, 15 €.
 
Qui est Frédéric Elkaïm ?
Frédéric Elkaïm, fondateur du site www.art-nom.ch est ancien directeur de
Drouot Formation, l’école du marché de l’art à Paris, ancien spécialiste du marché de l’art et conseiller en art pour
 le Cercle Menus Plaisirs
à Genève où il a eu l’occasion d’enseigner, conseiller et coacher les artistes, collectionneurs et entreprises.
Auteur de livres, textes et articles, sa dernière publication s’intitule
« Parlez-vous l’art contemporain », aux éditions Magellan. Il a par ailleurs fondé avec Rachel Dudouit le Cercle franco-suisse des collectionneurs et amateurs d’art.
Source : https://art-now.ch/a-propos/

 

 

 

Notes de lecture :
Savez-vous parler l'art contemporain ?
livre de Frédéric El Kaïm 

par Henri Peyre

 
 
L’ambition du livre est d’entraîner le lecteur vers l’art contemporain. Son auteur, qui forme des amateurs d’art à mieux comprendre l’art contemporain, nous livre un grand nombre d’observations, de recettes et de conseils pour approcher un domaine qu’il estime encore méconnu. Mais atteint-il vraiment son but ?

Une entrée en matière catastrophique

Disons-le tout net, le livre commence très mal. Frédéric Elkaïm commence par réclamer « un lâcher-prise sinon rien » (p20) ; il faut entendre par cette demande que le lecteur doit faire un effort sur lui-même pour « lâcher prise sur [sa] conception arrêtée de ce qui est ou n’est pas de l’art ». Or arrêtée ne veut pas forcément dire irraisonnée, comme l’auteur feint de le croire. Une telle mésestime indispose d’emblée le lecteur un peu cultivé et le rend peu propre à se convertir, puisqu’il s’agit d’une conversion à reproduire, celle que l’auteur a connue avant lui.

Suivent « Douze conseils pour les débutants » dont la simplicité peut étonner :
« N°1 : Eviter le J’aime-J’aime pas ». « Il s’agit d’être humble face à ces objets non identifiés ». Mais semble-t-il rien de propre à l’approche de l’art contemporain puisque l’auteur souligne que « Nous avons tous adoré des peintres que nous avons ensuite délaissés, trouvant qu’ils manquaient finalement de puissance, de contenu ou de complexité. Renoir ou Chagall, si je me réfère à mon propre exemple. (…) Notre goût évolue, ce qui prouve la relativité d’un jugement trop hâtif. ». Mais que veut dire cet argument ? Que si on aime un art ancien, le fait de se dire j’ai aimé, puis je n’ai plus aimé le même objet devait empêcher pour toujours d’aimer ? Bien curieuse conclusion qui aurait des effets stérilisants sur la vie sentimentale n’est-ce pas ? Fausseté aussi : ne nous est-il jamais arrivé d’aimer de nouveau ce que nous n’aimions plus ? Mais n’est-ce pas que l’auteur, face à un art qui ne se veut pas aimable, mais dominateur, invoquerait plutôt la nécessité d’une soumission a priori ?

« N°2 : Ce n’est pas grave si ce n’est pas beau »« La question du « beau » ou de l’esthétique » qui, longtemps, a servi d’unité de valeur aux créations artistiques, n’a plus véritablement cours aujourd’hui. » L’auteur commence par déqualifier cette valeur par le même raisonnement spécieux que celui du n°1 : « Il s’agit là aussi d’une notion toute relative et l’on sait pertinemment combien elle a fortement évolué au fil de l’histoire des images ». L’emploi de l’adverbe « pertinemment » souligne, comme toujours en ces temps de faiblesse du vocabulaire où on n'a jamais autant employé d'adverbes, une faiblesse de la démonstration (quel est ce « on » qui sait si bien ?). Par ailleurs, non, la notion de beau n’est pas si relative que cela justement, et c’est pourquoi elle s’est si bien maintenue au travers des siècles et manque tant au public dans l’art contemporain. Affirmer son instabilité au cours de l’histoire reste encore à démontrer.

Le double coup de force révèle la puissance d’un premier dogme : celui du Beau interdit.

« N°3 : Accepter que ce soit mal fait ». Un artiste contemporain, explique l’auteur, ne cherche pas à ce que ce soit « bien fait ». En effet « rappelez-vous que dans la grande majorité des cas, les artistes maîtrisent parfaitement le dessin et qu’ils ont simplement, à dessein, décidé d’explorer d’autres territoires. » Affirmation parfaitement fausse là encore. J’ai personnellement éprouvé que mes collègues aux Beaux-Arts de Paris étaient absolument nuls en dessin dans les années quatre-vingt-dix, et peut vous dire pour avoir enseigné dans les écoles d’art depuis, que cela ne s’est pas arrangé. En réalité les artistes contemporains sont dans leur immense majorité vraiment très faibles dans la discipline.

« N°4 : Il n’est pas nécessaire d’être touché pour apprécier une œuvre ». L’auteur nous explique que « nombre d’artistes nous enjoignent à considérer l’art comme un fait en soi, détaché des sentiments, plutôt une réflexion. » et le contraire pour faire bonne mesure : « d’autres cherchent au contraire à susciter de fortes impressions, voire à manipuler nos sensations, afin de nous faire réfléchir sur notre mécanisme émotionnel (…) après tout la publicité ne fonctionne pas autrement et l’on a tout à gagner à se libérer du pouvoir émotionnel des images. » Ah. Il faut donc arriver à vaincre ses émotions. Diable, verrait-on apparaître une sorte d’apologie techniciste de la maîtrise de soi ? A surveiller.

« N°5 : Faut-il rejeter l’art triste ou angoissant ? ». Pour l’auteur « Il est vrai que la production actuelle en art manque de gaîté, de joie de vivre, d’optimisme » mais c’est que « la création dénonce  les manipulations ». Il s’agit donc d’assister à des dénonciations, pas de se détendre. Comme le souligne l’auteur, pour se détendre, « vous avez tant de possibilités déjà, depuis les parcs Disney jusqu’aux expositions d’art abstrait ». Bigre, mon ami, comme vous y allez !

« N°6 : Accepter de ne pas comprendre pour mieux comprendre ». L’auteur souligne que les artistes veulent être mystérieux. « Pour la plupart, le but, c’est bien de vous faire réfléchir et ils ont vraiment une idée derrière la tête (…) ces œuvres sont des rébus que l’on peut résoudre avec un peu de pratique et de documentation (…) il faut accepter de ne pas comprendre, pour tenter de remplir soi-même les vides et devenir acteur du processus d’exposition. Une sorte de co-créateur… Pas mal, non ? ». Ce « pas mal non ? » a des allures de triomphe. L’auteur est sûr de nous avoir apporté une révélation. C’est quelque chose de vaguement désagréable, comme si on se sentait un peu sous-estimé. Or le principe que l’art doit fonctionner suivant le modèle des mots-croisés de Télé 7 jours ne nous remplit pas d’une joie bien grande.

« N°7 : Ne pas partir du principe qu’on se fiche de moi ». Beau principe, même si l’auteur concède que « oui, parfois, on se moque vraiment de nous » ; « parfois, aussi l’artiste [se coupe] du public pour [autoalimenter] sa propre réflexion hyper-référencée et de quatrième degré ». Un peu décourageant le principe n°7 donc.

« N°8 : Ne pas se laisser influencer par les prix, la notoriété, le système électif, le snobisme, les magouilles ». Là il faut que je vous mette juste le texte, sans commentaire, du truc que nous donne l’auteur. C’est précis comme une recette de cuisine et sérieux comme un bedeau. « Pour commencer, allez voir La Joconde au Louvre. Evitez de regarder les marchands ambulants qui vous proposent le célèbre sourire sous toutes ses formes ; fendez la foule des touristes venue uniquement pour filmer le moment historique où ils se trouvent à proximité de ce mythe. Faites le vide (je vous concède que c’est difficile) et posez votre regard sur le tableau dix minutes d’affilée sans bouger. Je vous assure que vous dépasserez la représentation pour entrer de plain-pied dans le mystère réel de ce portrait. Je vous invite à procéder de la même manière pour aborder toute œuvre d’art contemporain. »

« N°9 : Comment regarder une œuvre ». Forcément, l’auteur, en relisant le principe n°8 avait dû en flairer la faiblesse. Oui. Comment regarder une œuvre ? L’auteur nous donne sa recette : « je vous livre la mienne en espérant qu’elle puisse vous être utile. Ne téléphonez pas, ne prenez pas d’emblée une photo ». On rêve. Ça continue : « Fermez les yeux et faites-vous une première impression (chaud, froid, dur, drôle, dégoûtant, bizarre, énervant, excitant) (…) ». C’est seulement à la fin qu’il faut regarder le cartel. L’auteur complète, toujours très sérieux : « souvent il ne vous dira que peu de choses, mais le titre peut être une précieuse source d’information. Le problème, évidemment est que la mention « sans titre » est de plus en plus fréquente ». Pas de panique, ça peut arriver. « De toutes façons il faudra aller prolonger l’étude de l’œuvre sur internet en rentrant chez vous » ou « demander à des médiateurs lorsqu’il y en a ». Sapristi.

« N°10 : Comment compléter une découverte ». C’est le premier principe non-ridicule. L’auteur nous invite à rechercher des informations sur l’artiste sur internet, sur Wikipedia, sur le site des galeries ou de l’artiste (« N’hésitez-pas à lui écrire un mail pour en savoir d’avantage »). Pas de commentaire à faire pour le n°10.

« N°11 : Découvrez les œuvres en-dehors de la frénésie, des événements et du foisonnement ». L’auteur nous engage, entre autres, à « [Préférer] les galeries, souvent désertées »(sic - Honni soit qui mal y pense).

Enfin nous arrivons au douzième principe :
« N°12 : Gardez le plaisir et l’enthousiasme ». Cela ne semble pas aller de soi. Il faut le dire et le répéter, ce que fait l’auteur dans cet acte de foi qui clôt cet édifiant premier chapitre : « Ce qui est bon dans la création contemporaine, c’est d’être libre, de rester enthousiaste et naïf. »
Oui. Surtout naïf.
 
La lecture de ces douze premiers conseils pourrait largement dissuader de poursuivre. En réalité on aurait tort. Le point de vue de l’auteur est celui d’un nouveau converti à l’art contemporain. De l’effort qu’il a accompli sur lui-même et ses préjugés, il tire une fierté qu’il entend nous faire partager. Cette position donne tout son intérêt au livre et en fonde le point de vue.

Soumission au dogme historique

Le chapitre II est consacré à ce que l’auteur considère comme l’apport de Marcel Duchamp et de son urinoir. Il feint, comme c’est de tradition, de croire que Marcel Duchamp a été le premier à poser une série de questions – que toutes les académies et leurs opposants se sont en fait toujours posées :
« Qui confère à l’œuvre d’art son statut d’œuvre d’art ? Pourquoi faudrait-il que l’artiste fasse preuve d’un savoir-faire technique si l’art est cosa mentale comme le disait déjà Leonard de Vinci ? Comment un contexte, un environnement, peuvent-il interagir sur l’œuvre ? Pourquoi l’œuvre d’art serait-elle unique (…) ? »
Et de conclure : « C’est le regardeur qui fait l’œuvre d’art tout autant que l’artiste lui-même ». Ainsi « Un caddie rempli de cannettes rouillées dans un musée EST une œuvre d’art parce qu’on vous l’a dit et qu’en allant dans le musée  vous décidez aussi de lui accorder de la crédibilité. »
Mais, de nouveau, qui est ce « regardeur » ? L’auteur cache, comme c’est la tradition, le tour de passe-passe : la qualification du regardeur n’est pas définie ; autrefois l’Académie, assez démocratiquement, imposait des principes et des goûts après discussion ouverte et bruyante entre pairs. Aujourd’hui la qualification a lieu de façon obscure suivant les possibilités de spéculation que donne la qualification de certaines valeurs… et les possibilités de blanchiment d’argent sale qui suivront. Et sur l’argent sale, il n’y aura absolument rien dans le livre.

L’auteur poursuit, dithyrambique : « Ce qui compte ce n’est plus la forme catégorisée, habituelle imposée par le marché ou les institutions. Non ce qui compte, c’est l’idée qui produit cette forme et que l’objet représente, et peu importe comment elle est faite, quel « medium » elle utilise»… là où chacun voit bien au contraire que jamais les institutions ne se sont autant préoccupées d’art d’un côté, et que le marché semble avant tout sélectionner pour sa part des valeurs qui peuvent ressembler à des billets de banque : comme les billets, facilement reconnaissables et peu variés, assez nombreux dans leur modèle pour que la banque puisse en distribuer suffisamment. L’idée semble bien peu compter.

Difficulté de définir l'œuvre

L’auteur, très admiratif pour ce qui est des œuvres contemporaines, peine pourtant à les définir. Il essaie de nous faire comprendre ce qu’elles peuvent être : ce sont des rébus à déchiffrer (chapitre V) ; c’est pour cela qu’elles nous demandent du travail : « on nous demande de faire le boulot d’un archéologue en tentant de relier la forme présentée à nos propres références, pour reconstituer une sorte de puzzle… (…) L’une des grandes qualités de l’art contemporain est de nous inviter à nous extraire du contexte superficiel et hyperactif de notre temps » ; deuxième allusion au danger du téléphone portable, probablement, et fierté d’avoir pu être mis, par l’œuvre, sur le chemin de la pensée. S’ensuivra (p78) la seule œuvre contemporaine décrite en détail, pour notre édification : « Au pavillon espagnol de la biennale de Venise, vous découvrez l’immense « tas » de cailloux, de plâtre de béton ou de verre brisé, presque des collines de ces déchets évoquant la destruction d’un immeuble, dont les matériaux auraient été mystérieusement triés et entassés. Typiquement l’installation qui énerve, qui semble inutile et prétentieuse, sans parler du coût de production pour apporter avec des camions ces tas de détritus de chantiers. Pourtant vous avez une vidéo à l’étage. Vous êtes pressé, mais regardez quand même un instant : vous voyez les images d’une île vénitienne qui semble abandonnée, avec des explications de l’artiste. Bon, vous pressentez qu’il y a là une clef, mais vous passez votre tour car il reste encore beaucoup de pavillons à voir (on est toujours trop pressé dans les expositions). Tout de même, vous prenez en partant le livret assez épais qui accompagne l’exposition parce que vous avez été piqué au vif et que vous voudriez bien comprendre la démarche de l’artiste. Ce livret vous expliquera, quand vous pourrez le consulter au calme, et ce de manière très détaillée (…) l’intérêt que porte l’artiste, Lara Almarcegui, aux territoires « laissés pour compte » au sein des grands ensembles urbains (…) Justement dans la lagune vénitienne, territoire de rêve, de beauté, d’art et de tourisme s’il en est, il existe une île-dépotoir inaccessible et même dangereuse pour la santé (…) Ceux qui sont sensibles – c’est mon cas – à ces questions de société et d’urbanisme voient leur esprit s’allumer d’une lumière sur l’évidence d’une telle traduction plastique pour exprimer une réalité cachée ».
Nous avons fait cette longue citation déjà parce qu’elle concerne le seul exemple d’œuvre décrite du livre, mais aussi parce qu’elle aide à comprendre la jouissance de l’auteur. Elle le sort de l’instantanéité et il a le sentiment qu’elle l’aide à penser. Elle agite en lui l’émotion de la pensée. Nous touchons là à ce qui nous a plu vraiment, au travers de ce livre, chez Frédéric Elkaïm. Il y a une noblesse dans cette émotion à penser, à se rendre compte qu’on jouit de la pensée, cette chose qu’on croyait nous avoir fui.
Evidemment on mesure la naïveté de l’installation elle-même, et on est un peu étonné que l’auteur ait pu apprécier ce dispositif balourd et dénonciateur, ce rébus simplet… mais l’homme n’est pas mauvais dans le fond, et après cette page 79, j’ai changé ma lecture de ce livre. Disons que j’étais dès lors plus compassionnel.

L'art contemporain comme milieu

La suite du livre, faute d’avoir pu convenablement décrire ce qu’était une œuvre, examine la question par l’approche du milieu. Avant que d’être des œuvres, il semble que l’art contemporain, pour l’auteur, soit avant tout un milieu. Et ce milieu le fascine. C’est à cet endroit que le livre est réellement intéressant. La description est vraiment juste et, dont acte, sans concession.
L’anoblissement passe par « une capacité à être de son temps » (p108). L’amateur d’art contemporain veut se percevoir comme « quelqu’un qui domine plutôt qu’il ne subit l’accélération des mutations » (p109). En achetant de l’art contemporain, le collectionneur montre « [qu’il est] créatif, [qu’il a] les idées larges » (p116). En même temps il mise sur une « éventuelle plus-value ».
L’auteur va jusqu’à dresser (p127) une liste exhaustive de toutes les motivations à acheter de l’art contemporain, en concédant que la plupart « relèvent de la représentation sociale et de l’investissement ».

Il décrit plusieurs types de spéculation, y compris malhonnêtes (p 130 et suivantes). Ce chapitre sur la « déontologie pour les professionnels » ne cache pas plusieurs affaires bien noires. On sent que l’auteur connaît bien le milieu de l’art contemporain et qu’il ne fait pas bon s’en approcher.
Aussi finit-on par se demander si le chapitre Etre Artiste et Survivre (p144) viendra apporter un peu de douceur dans ce monde de brutes.

Les artistes sous haute surveillance sociale et les autres...

Là encore, l’analyse de l’auteur est parfaitement juste, si elle n’est, hélas, pas bien gaie.
Pour les artistes, il s’agit avant tout de faire carrière, en évitant les faux pas dans un monde où tout doit être fait pour montrer qu’on est capable de se soumettre aux lois du milieu ; c’est qu’il faut créer des valeurs suffisamment prévisibles pour porter les intérêts spéculatifs des acheteurs. En verve, l’auteur va jusqu’à donner le calendrier du cheminement social idéal pour l’artiste à succès : c’est en 24 points à la page 145 avec un premier chiffre : 95% des artistes ont fait une école des Beaux-Arts. Pour les autres, c’est mort. Et c’est, là encore, tout à fait juste et bien vu.

A partir de là toutefois, le sentiment s’installe que l’auteur est allé trop loin dans sa franchise ; même s’il tente de nous inciter à nous lancer et à collectionner, l’envie de le rejoindre nous abandonne. Si le livre a le mérite de la franchise il décrit un monde consternant qui ne brille dans le regard de l’auteur que parce que l’argent semble y couler à flot, quoiqu’il soutienne si souvent le contraire. Le chapitre V (p161) et ses dix étapes pour devenir amateur d’art « et survivre » (encore !) comme l’avance mystérieusement l’auteur qui veut héroïser cette action, ne peut plus nous intéresser. On ne voit décidément pas pourquoi il faudrait s’intéresser à une société si médiocre.
La conclusion porte le titre : « sommes-nous obligés d’aimer l’art contemporain ? ». L’auteur y concède la mauvaise qualité de nombre de propositions et les déceptions possibles mais ce n’est que pour mieux nous rappeler que « c’est vous-même qui, en rencontrant l’œuvre d’art, en lui donnant ou pas ce statut, en la maudissant, en la comprenant, en la rejetant, en s’en amusant, en l’appréciant ou en l’adorant, c’est vous qui apportez la touche finale à la création ! Sans regardeur pas d’œuvre. »
Qui revient à dire que si nous trouvons que l’art contemporain est vide c’est que nous n’avons nous-mêmes pas réussi à le remplir. On est dans le religieux.

Conclusion...
sous forme de bonnes résolutions

 
Finalement je refermai ce petit livre en me faisant les réflexions suivantes :
1/ Personnellement quand je suis spectateur de l’art des autres, je suis heureux si on m’épate. Je ne peux pas arriver à admirer quelqu’un qui ne m’épate pas.
2/ La description très juste du milieu de l’art contemporain, qui correspond parfaitement à ce que j’en connais (et est une raison valable d’acheter le livre) donne envie, autant en tant qu’acheteur qu’en tant qu’artiste, dans le commerce des œuvres, de supprimer les intermédiaires et de privilégier absolument la vente directe. Ça tombe très bien, c’est le sens général de l’histoire avec la montée en puissance de la vente en ligne. L’existence de ce petit milieu de happy few me semble déjà complètement ringarde. Je doute que ce milieu largement subventionné, vestige d’une époque où les états étaient riches, dure encore bien longtemps.
3/ L’art, expression des élites, doit être exemplaire. Il est une vitrine, très regardée par le peuple, du comportement des privilégiés. Il y a un danger politique clair à ce que l’art ne soit pas admirable. Incompréhensible et sans beauté, il ne peut guère être respecté. Et si au début la crainte religieuse qu’il existe quelque-chose qu’on ne voit pas permet qu’il tienne, sa médiocrité répétée finit par provoquer les railleries et bientôt la haine, haine légitime puisqu’exercée sur un pouvoir sans fondement. Quand les élites ne donnent pas l’exemple, elles ne sont pas respectées par le peuple.
4/ Enfin, concernant l’œuvre d’art j'avais encore plus envie qu’elle soit :
- Belle,
- Comprise de suite, sans créer le recours aux discours de parasites,
- Techniquement parfaite, avec de beaux matériaux,
- Elevée dans le propos, sans dénonciation ni médiocrité, que ce soit une œuvre « pour », pas une œuvre « contre »,
- Capable de donner à l’acheteur le sentiment qu’il possède un trésor,
- Non-subordonnée à une histoire dépassée qui veut légitimer ses manques. 
Et, je le répète, vendue en direct par l’artiste. Notre époque le permet enfin. Profitons-en. Exerçons simplement notre liberté.
 
  

 

dernière modification de cet article : 2021

 

 

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