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juin-2018 

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le photographe

Yves LEBLANC
né en 1957


©Jeremy Soudant

Sténopés, tirages cyanotype
et Van Dyke
Code et captation numérique, dessin
Vit et travaille à Paris

Tél : + 33 6 70 32 48 00

leblanc.yves@yahoo.fr
www.yleblanc.net
 

 

 

interview par

Henri Peyre
Né en 1959
photographe
Beaux-Arts de Paris en peinture
webmaster de galerie-photo
ancien professeur de photographie
à l'Ecole des Beaux-Arts
de Nîmes

www.photographie-peinture.com
organise des stages photo
www.stage-photo.info


 

 

Yves Leblanc :
Photo et dessin

 


© Yves Leblanc

 

Comment êtes-vous venu à la photographie?

Par le dessin. Cela faisait un moment que je voulais garder une trace mécanique de ce que j’essayais de retranscrire avec mes crayons. Quand je dis « mécanique », je veux dire « la trace que laisse un photon sur une surface photo-sensible » . L’idée était de confronter l’écart de ma perception avec un constat optique dépassionné. Mais la photo me gênait car elle constituait un résumé instantané brutal. Par contre, le fait de mettre juste une boîte avec un petit trou et une surface photo-sensible pour capter ce qui se passe le temps du dessin me satisfaisait. Une sorte de témoignage temporel en quelque sorte. Alors j’ai construit un sténopé, 18 minutes de temps de pose, le temps de plusieurs dessins sous des angles différents pendant que le sténopé faisait son travail depuis son propre point de vue.

 

 


© Yves Leblanc

 

 

Vous avez toujours beaucoup dessiné. Pourquoi l'amour du dessin ?

Dessiner, c’est vivre les choses, s’en repaître, prendre le temps de les analyser, de les retranscrire et de les comprendre. C’est une question de temps. Un plaisir à voir et un plaisir à vivre. J’espère que mes amis photographes me pardonneront mais j’ai souvent eu la sensation que le fait d’appuyer sur le déclencheur me permettait de me libérer des choses comme si je transmettais à la mémoire de l’appareil ma propre mémoire alors que le dessin me fait l’effet l’inverse : il m’oblige à creuser ma relation avec l’espace ou avec les autres.

 

 


© Yves Leblanc

 

Dans une pratique mixte, dessin et photographie, on a l'air de dire que ce qu'on cherche est à la fois au-delà de l'un et de l'autre des deux medium. Que cherchez-vous au-delà ?

Je veux capter le monde qui m’entoure mais je veux aussi le fixer. Je veux m’accrocher à du tangible, du brut, de la réalité concrète… ça, c’est le photon : il suit sa route, imperturbable, jusqu’au support. Cependant, toute une partie de mon travail consiste à trouver des solutions pour piéger ces photons afin qu’ils nous donnent la même sensation de vécu que le dessin, c’est la recherche formelle du sténopé. Il y a aussi la partie numérique de la photo ; là, le code me permet de travailler le rendu en « live » d’une manière plus empirique que le déclenchement, un peu comme le peintre avec sa palette. En fait, je ne cherche pas un au-delà, j’essaie de repenser la photo pour lui communiquer l’empathie du dessin ou de la peinture. Parfois je les associe pour leur complémentarité afin de mieux rendre compte du monde dans lequel je suis immergé.

 

 


© Yves Leblanc

 

Quels sont les références artistiques qui comptent pour vous et pourquoi ?

Je ne me lasse pas de la qualité des surfaces de Titien, Goya, Rembrandt, Rubens, Vélasquez ou Fragonard. La peau de la peinture est comme la peau des gens que l’on côtoie, c’est une surface visible avec quelque chose d’inaccessible qui se passe au delà de cette limite. C’est ce que je veux atteindre mais c’est plus une question technique que esthétique, intellectuelle ou thématique. Mes goûts artistiques sont d’un tout autre ordre. Je suis fasciné par le travail de quelques chorégraphes (Schechter, Preljocaj…) Je suis aussi friand de romans graphiques (Chris Ware, Nicolas Presl...) Ces artistes arrivent à fixer le temps qui passe d’une façon qui me touche. Par ailleurs, je fréquente plus souvent les conférences scientifiques que les expositions temporaires et je m’en nourris volontiers pour mon travail.

 

 


© Yves Leblanc

 

 

Il y a beaucoup de modèles en pose dans votre travail. Cela vient-il des circonstances dans lesquelles vous êtes ou d'un intérêt pour une certaine forme de classicisme dans la représentation humaine ?

Les premiers sténopés que j’utilisais m’obligeaient à des temps de pose de 18 minutes. D’où les poses allongées. Puis, le travail de Lomig Perrotin sur les films Washi et la possibilité de travailler les films panchromatiques m’a permis de descendre à des temps de pose de moins de 1 minute. Donc j’ai pu envisager des poses debout… mais toujours statiques. Parallèlement, le travail sur le code numérique et la succession temporelle des images me permettait de fixer le mouvement. Le temps de pose est essentiel dans mon travail. Le temps nous coule entre les doigts mais c’est aussi le temps du mouvement. Le travail avec les sténopés m’a permis de fixer l’un et le code m’a permis de fixer l’autre. Je pense que l’aspect classique est dû à la préparation du studio photo de prise de vue, au fait que j’isole le modèle de son contexte.

 

 


© Yves Leblanc

 

   

Diriez-vous que vous courez après une image intérieure ?

Une image intérieure est vraisemblablement informelle, incrustée dans un faisceau de neurones et dépendante d’un processus chimique. Je ne sais pas à quoi elle ressemble, mais ce que je sais, c’est qu’elle n’est pas plate, qu’elle n’est pas frontale, qu’elle n’a pas une définition précise, qu’elle n’a pas de bords, pas de pixels. Tout le contraire d’un demi-millénaire d’apprentissage. Si l’image intérieure est une idée, oui, je cours après une idée. Une idée de l’autre. Une idée de l’espace ; c’est le principe de gravité, d’attirance entre deux corps.

 

 


© Yves Leblanc

 

 

Qu'est-ce pour vous qu'une belle photographie ?

Pour moi, en tant que spectateur, une photo est belle quand elle me fait basculer dans un univers auquel je ne m’attendais pas. J’aurais tendance à parler d’une belle photo comme on parle d’un beau discours ou d’une belle personne parce que cela renvoie à un contenu, à une profondeur. Je précise « en tant que spectateur » car en tant qu’acteur, si la beauté était l’objectif final, on ne pourrait atteindre autre-chose qu’un résultat superficiel. La photographie est un terrain de jeu nouveau pour moi. Je ne suis pas un photographe. En photo, je me débats avec l’image à coups de lignes de code et d’hypothèses de retranscription, j’en suis au B-A BA de cet apprentissage. J’essaie pour le moment d’apprivoiser les photons.

 

 


© Yves Leblanc

 

Et, pour vous, qu'est-ce qu'un beau dessin ?

La même chose qu’une belle photo : quand le dessinateur arrive à transmettre quelque chose d’indicible. Cependant, dans ma pratique, photo et dessin sont associés à des objectifs vraiment différents : je dessine comme on prend des notes pour la simple et bonne raison que le dessin me permet de dire des choses que je ne sais pas exprimer verbalement, ni même définir intellectuellement. Quand je tombe sur un de mes dessins fait la veille ou il y a 10 ans, les sensations que j’ai éprouvées au moment de le faire remontent à la surface avec force détails, odeurs et sensations.

 

 



© Yves Leblanc

 

 

 

 

 

dernière modification de cet article : 2018

 

 

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