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l'auteur

Henri Peyre
Né en 1959
photographe
Beaux-Arts de Paris en peinture
webmaster de galerie-photo
ancien professeur de photographie
à l'Ecole des Beaux-Arts
de Nîmes

www.photographie-peinture.com
www.nature-morte.fr

 

 

 

Lire aussi sur galerie-photo :
Souvenirs sur Avedon par Bernard Birsinger

Merci à Georges Laloire
pour sa relecture bienveillante

Le site de référence pour acquérir une bonne vue du travail d’Avedon.

The Richard Avedon Foundation
25 West 53rd Street, New York 10019
Tel : +1 212 581 5040
www.richardavedon.com

 Bibliographie

Catalogue de l’exposition 2009 au Jeu de Paume  


Richard Avedon : Photographies 1946-2004  
 

Publié à l’occasion de la première rétrospective internationale qui lui est consacrée depuis sa mort, cet ouvrage retrace son évolution artistique, sa créativité et son style, depuis ses premières prises de vue dans les rues de Rome jusqu’aux célèbres photos de mode – pour Harper’s Bazaar, Life, Look, Vogue ou Égoïste. Sans oublier ses portraits, personnages de tout horizon, isolés sous une lumière plate et frontale : personnalités du monde entier, stars de cinéma, écrivains ou bien anonymes de l’Ouest américain, ou encore le père de l’artiste… (commentaire texte Musée du Jeu de Peaume)

Textes : Helle Crenzien, Rune Gade, Judith Thurman,
Jeffrey Fraenkel, Christoph Ribbat, Geoff Dyer, Michael Juul Holm.
Avant-propos de Marta Gili et de Poul Erik Tojner.

2008
192 pages, 170 photos n & b
24,5 x 32 cm, relié sous jaquette
ISBN 978-3-77572-183-7 / 49,80 €
Coédition Louisiana Museum of Modern Art
/ éditions du Jeu de Paume
Diffusion / distribution Hatje Cantz

Publications d'Avedon
(source www.wikipedia.fr)

 Publications (source wikipedia)

Observations, 1959. Un livre en collaboration avec A Truman Capote contenant nombre de portraits de célébrités du 20e siècle comme Pablo Picasso, J. Robert Oppenheimer, ou Mae West ;

Nothing Personal, 1964 (Titre français : Sans allusion). Un ouvrage en collaboration avec James Baldwin ;

Alice in Wonderland, 1973, co-écrit avec Doon Arbus ;

Portraits, 1976 ;

Portraits 1947-1977, 1978 ;

In the American West, 1985 ;

An Autobiography, 1993. 50 ans d’images pour illustrer la vie de Avedon avec des photos de Marilyn Monroe, Judy Garland, Andy Warhol, et les parents d’Avedon ;

Evidence, 1994. Plus de 60 photos couvrant tous les genres de la photographie (photographie de mode, journalisme, etc.) dans lequel il retrace 50 ans de photographies. Toutefois, en dépit des illustrations nombreuses, l’ouvrage se concentre davantage sur les textes d’Avedon et ne s’appuie pas uniquement sur l’aspect visuel du livre.

The Sixties, 1999, co-écrit avec Doon Arbus. Inclut des images de célébrités comme Janis Joplin, Jimi Hendrix, Twiggy, des groupes de rock comme rock Aerosmith.

Made in France, 2001. Une rétrospective du travail de portraitiste d’Avedon dans le domaine de la mode depuis les années 50 ;

Richard Avedon Portraits, 2002. 50 images en noir et blanc de célébrités ou tirées In The American West. Il a été publié au moment où se tenait une exposition au Metropolitan Museum of Art ;

Woman in the Mirror, 2005, avec des textes de Anne Hollander.

 Divers (source Wikipedia)

Richard Avedon a inspiré le personnage principal du film (joué par Fred Astaire), Funny face (Drôle de frimousse), réalisé par Stanley Donen en 1957.

 Vie personnelle (source Wikipedia)

En 1944, Avedon épouse Dorcas Nowell, qui deviendra plus tard un modèle et qui sera connue professionnellement sous le nom de Doe Avedon. Nowell et Avedon divorcent au bout de 5 ans de mariage. En 1954, il se remarie avec Evelyn Franklin et de leur union naîtra un fils, John. Richard Avedon et Evelyn Franklin divorcèrent plus tard.

 

 

 

 


 

 

 

 

Richard AVEDON : un style a minima

Résumé

Photographe américain d'origine russe, Richard Avedon est l'un des portraitistes les plus célèbres du XXème siècle. Il a, entre-autres, photographié Marilyn Monroe ou Les Beatles. La violence d’une approche précoce de la photographie - qui lui fait fréquenter trop vite la maladie et la mort - s’oppose à un succès rapide dans le monde de la mode et le tient toute sa vie prisonnier d’une contradiction qui le dépasse ; il ne peut qu’adopter un style a minima, compatible avec cette double approche impossible à réduire. Ce style a minima devient sa marque de fabrique.
 


autoportrait, 1980, Courtesy of the Richard Avedon Foundation, NY

Sa vie (source : compilation de différents sites web)

Richard Avedon naît le 15 mai 1923 à New York dans une famille aisée juive d’origine russe. Il grandit dans un certain confort. Son père, commerçant dans le textile sur la 5ème Avenue, l'initie très tôt aux techniques de la photographie en lui offrant un Kodak Brownie. Il trouve son premier modèle à l'âge de 10 ans en la personne du compositeur russe Sergueï Rachmaninov, son voisin de palier. Le jour de son dix-septième anniversaire, son père lui fait cadeau d’un Rolleiflex. Le 8 novembre 1941, au moment de l'attaque sur Pearl Harbor, il entre dans la marine marchande où il est affecté au service des photos d'identité puis aux autopsies. De cette expérience particulière, il tire un goût prononcé pour le portrait.

En 1944, Richard Avedon décide de se consacrer à la photographie.

De retour à la vie civile, il suit les cours d’Alexeï Brodovitch, alors enseignant à la New School For Social Research et directeur artistique chez Harper’s Bazaar. A 21 ans il ouvre son propre studio, et un an plus tard, son rêve se réalise : il rejoint le prestigieux magazine de mode, comme photographe.

En 1946, Avedon se rend pour la première fois à Paris – la ville de la mode par excellence. La stratégie des magazines est alors de perpétuer le glamour d’avant-guerre et les mannequins évoquent des statues de style Art déco - simples « porte-manteaux » sur lesquels sont accrochées des « créations ». Inspiré par Martin Munkacsi, Avedon redonne vie et mouvement à ces statues sans âme - et par voie de conséquence, à l’expérience photographique elle-même. Avedon ne veut pas simplement photographier des mannequins, il veut créer des images.
Il photographie les collections de haute-couture française (restant fidèle aux grandes maisons de la capitale jusqu’en 1984). Avedon définit clairement son style : des portraits sur fond neutre. Sa méthode est radicale : un fond uni, une direction du sujet sans concession, une lumière qui met en relief les défauts de la peau, les rides, les asymétries, et des tirages à taille d’homme.

En 1949, Richard Avedon devient également rédacteur en chef adjoint du magazine Théâtre Arts. Sept ans plus tard, il est appelé comme conseiller visuel sur le film Funny Face, dans lequel Fred Astaire interprète un photographe de mode. Il a alors l’occasion de côtoyer plusieurs vedettes, dont Marilyn Monroe.

Même si le nom de Richard Avedon est associé en premier lieu au monde chic de la mode, de la haute société américaine, des célébrités cosmopolites, le portrait est sa façon de négocier ses contradictions et ses obsessions, de se rapprocher de « la vie, un tissu de contradictions et d'énigmes non résolues »


Dovima et les éléphants, Robe du soir de Dior, Cirque d’Hiver, Paris, 1955. Photographie Richard Avedon © 2008 the Richard Avedon Foundation

 

Dans les années 1960, Richard Avedon couvre plusieurs reportages d’actualité : il photographie des militants pour les droits civiques dans le Sud (1963), des membres du Ku Klux Klan, des malades en hôpital psychiatrique… Pacifiste, il photographie les hippies manifestant contre la guerre du Viêt-Nam, se rend au Tonkin pour réaliser des portraits de responsables militaires et de victimes du napalm.

Avedon est alors proche de la Factory d’Andy Warhol. L'endroit représente la quintessence de la révolution sexuelle et artistique de la fin des années 1960 et, pour Avedon, New York et son milieu culturel sont devenus une source inépuisable d’inspiration.

En 1966, après vingt ans d'une fructueuse collaboration avec Harper's Bazaar, il quitte le magazine pour rejoindre Vogue. Il y restera jusqu’en 1990.

Richard Avedon expose en 1974 des clichés de son père malade au musée d'Art moderne de New York. Les portraits suivent l'évolution du cancer qui lui sera fatal.
Avedon continue par ailleurs ses activité de photographie de mode, ses reportages de terrain, et réalise pour Rolling Stone soixante-treize portraits de célébrités de l'élite politique des Etats-Unis.

S'ensuit une série d'expositions et d'hommages à l'artiste qui a su marquer les esprits à la fois pour son importante collaboration au monde de la mode et pour ses instantanés toujours au cœur de l'actualité.

En 1985 il achève «In the American West», un projet de 732 portraits d’américains pris à travers dix-sept états de l’ouest, sur une période de cinq ans. Il y présente des portraits de cow-boys, de mineurs, et de travailleurs qu’il invite à poser devant son éternel fond blanc, essayant d’évoquer ainsi l’Amérique dans sa diversité. Le projet soulèvera quelques critiques.

Sa collaboration avec la revue française "Egoïste" met un terme à sa collaboration avec Vogue qu’il quitte en1990 après plus de 25 ans.
Le New-Yorker, revue hebdomadaire d’actualités et de spectacles non moins prestigieuse dans un autre registre, l’accueille en 1992. Il en devient l’unique photographe.

Tout au long de sa carrière, Richard Avedon reçoit de prestigieuses récompenses dont la Chancellor’s Citation de l’Université de Berkley (1980) et le titre de docteur honoris causa du Royal College of Art de Londres (1989).

Célèbre, et désormais probablement le photographe le mieux payé du monde, il réalise les portraits de Picasso, Robert Frank, Jacques-Yves Cousteau, Léonard Bernstein, Marcel Duchamp, Jean Cocteau, Robert Flaherty, Igor Stravinsky, Humphrey Bogart, Buster Keaton, Ezra Pound, Bob Dylan, Alberto Giacometti, ou Björk.

En 2004, à l'âge de quatre-vingt-un ans, il est frappé d’une hémorragie cérébrale alors qu’il travaille sur le projet Democracy qui montre les préparatifs des élections présidentielles prévues cette même année. Il se rend aux Conventions de Boston et New York, voyage au Texas et au Nevada et va même jusqu’à San Francisco. Ce portfolio reste inachevé.
La Richard Avedon Foundation est créée l’année suivante.

Richard Avedon laisse derrière lui dix livres, dont Observations (co-réalisé, en 1959, avec Truman Capote) et Nothing Personal (en collaboration avec James Baldwin).

Des influences contradictoires et...
un style a minima mais violent (par Henri Peyre)

Plusieurs influences se lisent nettement dans le travail d'Avedon.

 

La plus importante de toute est l'influence de la photographie documentaire nettement visible dans la série In the American West (évoquant ainsi le travail de photographes tels que Walker Evans ou Dorothea Lange qui avaient documenté la pauvreté dans les milieux ruraux après le krach de 1929). Elle se concrétise par l'élaboration de séries de portraits distanciés et appauvris avec des personnages qui regardent l'appareil photographique en posant sur un fond identique.

 

L'influence technique de l’apprentissage au Rolleiflex est aussi visible : elle donne le goût du portrait à bonne distance observé sur un dépoli.

 

L'influence du passage à l’armée et au service des autopsies : elle affermit chez Avedon le goût du portrait et lie nettement la photographie, dès l'apprentissage, à la mort.

 

L'influence dans l'enfance du contact avec une sœur malade psychiatrique : petit il l’avait énormément prise en photographie. Elle mourra à 45 ans en hôpital psychiatrique. L’évolution de la maladie renforce probablement chez Avedon la tendance à l'observation fascinée de la violence destructrice qui existe au cœur même de la vie. Il y gagne son obsession que les êtres sont menacés de disparition à tout moment.

Toutes ces influences plutôt morbides s'opposent diamétralement au déroulement même de la vie sociale d'Avedon : enfance aisée, carrière commencée très tôt dans le milieu superficiel et mondain de la mode, succès rapides, et pratique du portrait lourdement tarifé des gens célèbres.

La contradiction entre les deux pôles est moralement peu tenable ; elle amène Avedon à toujours douter un peu d'un monde dans lequel tout est si facile. Pour gérer le grand écart et conserver du sens à une prise de vue qui peut si souvent paraître superficielle, Avedon sent la nécessité de cantonner son approche à la surface des êtres. A l’intersection du monde des gens riches et comblés et du monde des gens pauvres et malades, il est ainsi possible de montrer que riches ou pauvres, puissants ou malheureux, ne sont que des simples corps exposés aux coups du temps.

Avedon isole ainsi le personnage mis en portrait, le rend le plus nu possible de façon à le représenter le plus vulnérable possible ; il atteint ainsi, par le dépouillement, une violence qui met mal à l'aise. Cette violence ressentie par le spectateur est celle directement faite au sujet, toujours nié dans sa culture, dans l'altérité de son vécu et de sa pensée, et toujours victime d'une prise de vue viscéralement pessimiste, puisque unilatéralement limitée au corps.

La photographie d'Avedon est finalement une photographie sans respect pour l'homme, sans trace de culture, où le sujet n’est décrit qu’en tant que corps : pas d'information sur le personnage autre que l'évidence de sa pose, souvent laissée à la discrétion du modèle ; juste parfois les traces de sueur ou le charbon sur les vêtements d’un mineur ; quasiment rien ne témoigne réellement de la vie ou des goûts de la personne représentée, et il s'il reste quelque-chose, il s’agit tout au plus de garder des indices que le sujet a été attaqué ou est en défense : bras croisés du politique ou chemise charbonneuse de l'ouvrier.

La photo passe donc violemment le très pessimiste message qu’on ne peut jamais rien être au-delà de son corps. Avedon nous offre ainsi une photographie triste, violente et acculturée. Symboliquement même l’être humain chez Avedon est presque une impureté, une tache noire sur le blanc du fond, forcément condamnée à disparaître.

La recherche de la douleur et du mal à l'œuvre dans le corps mourant est déjà là dans le choix d'une photographie dépouillée à l'extrême. Mais cela ne suffit pas : Avedon veut, au moment de la prise de vue, capter ces moments d'abandon où le sujet révèle l'espace d'un instant une faiblesse devant l’objectif ; il veut capter le sujet au moment où il s’abandonne, où, baissant la garde, il devient encore un peu plus ce simple corps qui va disparaître. Avedon ne fait en cela, finalement, que suivre la traditionnelle pratique de la photographie documentaire.

Tout cela conduira finalement le photographe d'une façon qui nous semble absolument logique à l’implacable constat de la série sur son père, atteint d’un cancer, et photographié plusieurs fois jusqu’à sa disparition.

 

Résumons-nous : comment Avedon peut-il à la fois témoigner des souffrances de sa sœur et pratiquer la photographie frivole d'un photographe de publicité qui réussit ? La seule façon de pratiquer le grand écart en gardant son âme est de tenir la position du plus petit dénominateur commun entre des sujets aussi divers : il faut dépouiller à l'extrême, faire abstraction de la vie de chacun, jusqu'au moment où chacun n'est plus qu'un corps. Mais s'invite alors forcément un pessimisme congénital à cette photographie qui ne veut pas savoir ce qu'ont fait, réussi ou même vécu les uns et les autres. Si le corps ne peut être que corps, forcément il n'est plus qu'une drôle de chose que la vie peut abimer. Avedon parcourt alors le reste de la trajectoire, guettant le moment où sa photographie, ivre de destruction, le mène un pas plus avant dans l'abîme. Mais pouvait-il faire autrement ?

 


 


Red Owens, 1980, Courtesy of the Richard Avedon Foundation, NY

 

Lire aussi sur galerie-photo :
Souvenirs sur Avedon par Bernard Birsinger

 

 

 

dernière modification de cet article : 2010

 

 

 

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