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Dan FROMM



Dan Fromm est né en 1944
Il a suivi des études d'économie
a travaillé comme spécialiste
des modèles en économétrie,
comme prévisionniste
économique et comme statisticien
Mais il a toujours refusé de répondre
aux questions concernant
la valeur des actions
cotées en bourse

La photographie est une autre
de ses vocations
il a commencé la photo
dans le but d'enregistrer
les couleurs naturelles des poissons
tropicaux qu'il avait choisi
d'héberger et de nourrir chez lui
En plus des photos de ses poissons
il a préparé et présenté de nombreux
diaporamas et films de ses voyages
dans les pays où il est allé
étudier les poissons

contact :
danielwfromm(at)hotmail.com

 

Eric BELTRANDO

Après son baccalauréat
Eric Beltrando fait des études
de musique classique
puis enseigne en collège
Parallèlement, il travaille
sur le handicap dans
différents organismes de recherche
et d'enseignement français
Depuis 1995, il travaille à
l'Institut Universitaire de Formation des Maîtres
en Normandie
L'optique et la photographie
sont pour lui un passe-temps
qu'il pratique depuis l'adolescence.

eric.beltrando@univ-rouen.fr
http://dioptrique.info
 

 

 

 

 

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Optiques Boyer : Une brève histoire de l’entreprise et un catalogue (incomplet) des objectifs produits.
Partie 1 : l’entreprise Boyer

 

Dan Fromm (États-Unis) & Eric Beltrando (France)


Septembre 2008

Résumé

Les Établissements Boyer, 25, Bvd Arago, Paris 13ème, France, ont produit une large gamme d'objectifs photographiques. Cet article tente d'en faire l'inventaire de ces optiques.

Histoire de l’entreprise

Daniel Fromm (DF) et Eric Beltrando (EB) sont profondément reconnaissants à Mme Isabelle Lévy, la petite fille d’André Lévy et Suzanne Lévy-Bloch, pour les informations concernant l’histoire de l’entreprise.

Mme Lévy commence en nous expliquant que les Établissements Boyer furent fondés en 1895 par Antoine Boyer. La firme fabriquait des objectifs, et au départ, c'était une très petite entreprise, avec seulement quatre employés. Lorsqu'Antoine Boyer eut comme successeurs ses fils André et Marcel, la raison sociale de l'entreprise changea et devint Boyer Frères. A cette époque, l'entreprise s'était agrandie et employait 6 personnes. Après le décès d'André Boyer en 1925, Marcel Boyer ne souhaitait pas diriger l'entreprise tout seul, il vendit donc l'affaire aux grands parents de Mme Lévy.

André Lévy (1890-1965) était le fils d'Abraham Lévy, opticien à Orléans. André travaillait dans la branche commerciale de chez Lacour-Berthiot avant 1914 et à l'époque où il acheta l'entreprise Boyer, il travaillait pour Baille-Lemaire en tant que directeur du département photographie.

Suzanne Lévy-Bloch (1894-1974) était la fille de Paul Bloch, un architecte Alsacien qui s'était installé à Paris in 1871 [1]. Elle avait fait des études supérieures en mathématiques et était ingénieure de l’Ecole Supérieure d’Optique et de l’Institut d’Optique Théorique et Appliquée ; son professeur était le célèbre Henri Chrétien [2]. De 1925 jusqu'à la mort de son mari en 1965, elle était la seule à concevoir les optiques chez Boyer. Sa petite fille Isabelle pense qu'elle était, sinon la toute première, du moins parmi les premières femmes exerçant le métier d'ingénieur concepteur d'optiques en France.

Isabelle Lévy raconte que ses grand-parents ne faisaient qu'un. Son grand-père était l'entrepreneur, sa grand-mère était le prodige en mathématiques, elle était concernée par peu de choses en dehors des équations qu'elle avait en tête.

Après le décès d'André Lévy, la direction de l'entreprise fut transmise à son fils aîné Robert. Mme Lévy-Bloch dut alors être hospitalisée jusqu'à sa mort.

L'entreprise Boyer disparut probablement en 1970, comme tant d'industries européennes dans le domaine des équipement photographiques disparurent dans les années 1960-1970 par suite des changements économiques. Robert Lévy n'était peut-être pas le patron dont l'entreprise aurait eu besoin, mais vu l'effondrement général de l'industrie photographique française à l'époque, rien ne permet de soutenir cette hypothèse. Après sa fermeture, l'entreprise fut rachetée par CEDIS dont le patron était M. Kiritsis qui avait été le propriétaire de Roussel. La production repartit sous la marque CEDIS-Boyer. CEDIS-Boyer, comme le décrit EB, était une très petite firme qui se consacrait au calcul optique et à l'assemblage final, tandis que tous les composants (sauf les montures des lentilles) étaient achetés. La production des lentilles pour les objectifs était sous-traitée à d'anciens employés de chez Boyer. L'entreprise ferma définitivement ses portes après le décès de M. Kiritsis en 1982.

Rassembler l’information disponible
sur les objectifs Boyer

Les objectifs Boyer, à l'exception des optiques ménisque équipant de nombreux modèles d'appareils Photax, ne sont pas très courants, la documentation existante est maigre et les produits sont peu connus. Les plus courants des objectifs Boyer à plusieurs lentilles sont les modèles Topaz utilisés pour la prise de vue. On les trouve souvent sur eBay.fr, la plupart du temps équipant d'anciens appareils français à faible prix. L'objectif de prise de vue Saphir, de formule Tessar, se trouve également sur de vieux appareils français. Les objectifs pour agrandisseurs : Saphir (de type Tessar), Saphir B (type plasmat 6/4) et Topaz (type triplet) sont assez faciles à trouver sur eBay.fr. Les Apo Saphirs se trouvent de temps en temps sur eBay et sur les sites web des vendeurs d'occasion. Les Béryls peuvent se trouver également, mais plus rarement. Les autres types d'objectifs sont presque complètement inconnus. Une recherche sur Internet donne quelques références concernant les Saphirs, Apo Saphirs, Béryl et Topaz ; la plupart du temps il s'agit en fait de formules Tessar vendus comme objectifs d'agrandisseur.

Les informations présentées dans cet article proviennent de sources variées. La plus importante de ces sources pour les objectifs fabriqués après la seconde guerre mondiale sont les fiches techniques de chez Boyer que EB a conservées ainsi que ses souvenirs de chez CEDIS-Boyer. EB entra en contact avec chez CEDIS-Boyer en tant que client mécontent - ses Saphir B pour agrandisseur ne satisfaisaient pas ses exigences - puis il devint ami avec les responsables de l'entreprise, au point de faire des calculs optiques et des tests d'objectifs pour eux.

Avant de connaître EB, DF avait rassemblé des informations sur les optiques Boyer à partir d'un grand nombre de sources, la plupart étaient contredites par d'autres sources, et, le plus important, contredites par EB lui-même. Pour ce qui concerne les objectifs d'avant 1939, nous nous appuyons sur l'information fournie par EB ainsi que sur certaines brochures de chez Boyer trouvées par DF.

Les listes d'objectifs par nom, formule optique, distance focale et nombre d'ouverture maximal qui sont présentées ci-dessous proviennent des fiches techniques de chez CEDIS Boyer, des fiches de chez Rolyn (le distributeur Boyer pour les États-Unis), et des anciens catalogues d'avant 1939 ; ces listes sont incomplètes.

DF a trouvé le Lens Collector's Vade Mecum, un catalogue raisonné mais incomplet et peu sûr, qui reste néanmoins un guide utile pour acheter d'anciens objectifs. Malheureusement, les pages scannées dans le Lens Collector's Vade Mecum donnent des informations incorrectes à propos des objectifs Boyer.

Quid de la chronologie ? Il y a peu de données permettant de construire une table de correspondance entre les numéros de série Boyer et les années de fabrication. La plus ancienne date que DF a pu trouver pour un appareil équipé d'un objectif Boyer est 1924. Le plus ancien objectif d'après la deuxième guerre mondiale que DF a pu voir est un Saphir 3,5 de 50 portant le numéro de série 250787, monté sur un Cornu Ontobloc I de 1946 visible sur le site web de Jacques Charrat : http://clicclac.free.fr.

Le site de Gérard Langlois (http://glangl1.free.fr) montre un Kinax II avec un Saphir 4,5 de 100, numéro de série 276185 ; il est indiqué que l'appareil fut en production de 1946 à 1950.

Le site Internet http://perso.orange.fr/photoptic/FAP.htm montre un Norca CMT avec un Saphir 3,5 de 50, numéro de série 285559, et indique que la date de fabrication est autour de 1947. Aucun de ces objectifs ne semble être traité anti-reflet. Jacques Charrat montre un autre Norca CMT avec un Saphir 3,5 de 50, apparemment traité, numéro de série 288771, et dit que l'appareil fut fabriqué en 1947.

Le site de Sylvain Halgand, http://www.collection-appareils.com/ montre un Savoya de chez Royer fabriqué, dit le site, en 1960 avec un Béryl 3,5 de 50, numéro de série 584953.

DF possède un Apo Saphir 210 f/10, numéro de série 689511 dont la carte de contrôle de qualité est datée d'octobre 1964. Un Apo Saphir 210 f/10, numéro de série 775003 vu sur eBay a une carte de contrôle qualité datée de décembre 1967. Le mieux que l'on puisse dire en toute certitude c'est que les numéros de série de chez Boyer qui sont supérieurs à 250000 doivent dater d'après la deuxième guerre mondiale. Le numéro de série le plus élevé que DF a vu est 911895 sur un Saphir BX 135 f/5,6, mis en vente sur eBay.fr.

P.H. Pont donne une chronologie Boyer dans la troisième édition de son petit livre Les Chiffres Clés (Fotosaga, 1994). Il pense que le numéro de série 700000 fut utilisé autour de 1958. Cette indication n'est pas consistante avec le numéro de l'Apo Saphir N° 689511, dont la carte de contrôle qualité est datée d'octobre 1964.

Il faut noter que tous les objectifs Boyer ne portaient pas forcément un numéro de série.

EB indique : « C’était le cas, en général, pour les objectifs destinés à être distribués sous une autre marque indépendante, ou destinés à équiper un appareil comme un photocopieur (optiques Béryl S) ou un lecteur de microfilms (Saphirs f/1,4 de 15 mm), ou pour d’autres raisons. Par exemple, il y a une série de Saphir BX qui n’a jamais reçu de numéros parce que les bagues frontales furent livrées en retard par le graveur sous-traitant. Il est donc hasardeux de s’en remettre aux numéros de série pour estimer un volume de production.
De plus, Boyer était sous-traitant pour d’autres fabricants (parfois des marques prestigieuses . . .) et vendait même des lentilles simples destinées à être montées dans des objectifs d’autres marques.
»

Tous les objectifs simples de type ménisque équipant, par exemple, les appareils Photax, ne portent apparemment aucun numéro de série. Il en est de même pour certains Topaz pour prise de vue ou pour projection. Le Saphir 20mm f/1,9 de DF n'a pas non plus de numéro de série. Boyer a donc fabriqué plus d'objectifs multi-lentilles que ne le laisse penser le simple examen des numéros de série.

L'existence d'un traitement antireflet sur le Saphir 3,5 de 50 mentionné ci-dessus suggère que chez Boyer ont commencé à traiter leurs objectifs en 1947. Mais EB se rappelle qu'il est arrivé que chez Boyer rajoute un traitement sur d'anciens objectifs qui à l'origine n'étaient pas traités. Il remarque également que jusqu'à ce que Boyer achète une cloche de dépôt sous vide, autour des années 1970, ils envoyaient leurs lentilles chez SOM pour les faire traiter.

L'information partielle que nous avons sur les dates et qu'on peut relier aux numéros de série indique que Boyer fabriquait, en gros, 14000 pièces annuellement de 1924-25 jusqu'à 1939, environ 25000 par an de 1946 à 1960, à peu près 21000 par an de 1960 à 1964, et peut-être 12000 par an de 1964 jusqu'à la fin de l'entreprise en 1982. EB raconte que dans les années 1970 la production de chez Boyer était semi-artisanale, avec tous les composants sauf les barillets qui étaient achetés à l'extérieur, avec un assemblage final à la main dans les locaux Boyer.

Dans une des discussions sur galerie-photo, Henri Gaud commente :
« ... Boyer a eu une petite production après guerre... » (Voir la discussion à propos de : Bague de serrage de Copal, http://www.galerie-photo.org/n-f-23760.html sur galerie-photo.info )

Certes, cette production était petite en comparaison de celle des grands noms comme Rodenstock, Schneider et Zeiss, mais les chiffres de production de chez Boyer étaient, de fait, tout à fait comparables à ce qui se faisait chez Dallmeyer, Ross, Taylor Hobson ou Wray. Boyer semble avoir fabriqué plus d'objectifs que les autres firmes d'optique françaises de la même époque comme Angénieux ou Kinoptic.

Presque tous les types d'objectifs vendus par Boyer à partir de 1970 avaient été conçus avant 1939. Les nouvelles combinaisons calculées après la deuxième guerre mondiale sont les Saphir f/1, l'une des combinaisons brevetées par Boyer, les Saphir BX/Zircon, et l'Apo Zircon. Boyer n'a jamais développé d'optiques grand angulaires pour chambres et a produit très peu de téléobjectifs.

Objectifs pour prise de vue ou pour agrandisseur ? Boyer vendait des objectifs Topaz et des optiques type tessar à la fois comme objectifs de prise de vue et comme objectifs d'agrandisseurs. De plus, Boyer vendait des objectifs de type « plasmat » comme les Saphir B et BX, exclusivement pour les agrandisseurs. Dans le catalogue du distributeur Rolyn Optics aux États-Unis on peut lire : « Boyer est le premier producteur à fabriquer en grande série des objectifs spécialement conçus pour l’agrandissement. » ; logiquement, DF pensait raisonnable de s'attendre à ce que ces objectifs d'agrandisseur aient des performances modestes à grande distance.

Cependant, EB dit qu'entre 1935 et 1960, il n'y avait que quelques objectifs spéciaux, repérés habituellement par le suffixe « -B » qui furent spécialement calculés pour l'agrandissement. Dans la gamme de produits Topaz et les Saphir de type tessar, les optiques pour prise de vue et pour agrandissement étaient identiques ; les Saphir BX étaient identiques aux optiques Zircon de prise de vue. Seuls les Saphir B avaient été calculés spécialement pour l'agrandissement ; EB dit qu'ils étaient optimisés pour le rapport de grandissement 5X, avec un meilleur diaphragme à f/11. Dans la gamme Béryl, les optiques pour la reprographie, y compris les Émeraude, sont identiques aux optiques de prise de vue.

Quelles étaient les optiques Boyer livrées sans obturateur, et quelles étaient celles équipées dès le départ d'un obturateur central ? D'un côté, les fiches techniques de EB indiquent que les groupes optiques Boyer produits dans les années 1970 se vissent directement sur les obturateurs standard comme les Compurs 00, 0, 1, 3, ou le 5FS. D'un autre côté, DF a dans ses fiches techniques, des optiques Boyer censées être équipées d'un obturateur dès le départ et d'autres pas. La raison en est, selon EB, que Boyer était très souple dans sa production afin de suivre au mieux la demande de ses clients. La probabilité est donc élevée pour qu'un Béryl, un Saphir BX ou un Zircon (à l'exception du 360 ouvrant à 7,7) se monte directement sur un obturateur central. Pour les autres optiques Boyer livrées sans obturateur, le seul moyen de savoir si les groupes se vissent ou pas est de faire l'essai.

L'entreprise Boyer a disparu depuis longtemps, mais son ancien distributeur aux États-

Unis, Rolyn Optics (Covina, Californie) a toujours en stock quelques objectifs Boyer neufs. En février 2006, Rolyn proposait encore à la demande de DF des Apo Saphirs, des Saphirs 2,8 et des Zircons, tous sans obturateur, aux prix-catalogue de 1982. Les prix indiqués étaient bien au-dessus de ce que DF était prêt à payer et de beaucoup supérieurs aux prix du marché d'occasion pour des objectifs anciens similaires, en bonne condition. Pour donner une idée de l'écart entre les prix-tarif de chez Rolyn et les prix du marché de l'occasion, depuis qu'il a reçu les offres de chez Rolyn, DF a pu acheter un Saphir 2,8 de 95, un Saphir BX 5,6 de 105 et un Saphir BX 5,6 de 150, tous en condition presque neuve, pour à peine 5% du prix demandé chez Rolyn pour du neuf des anciens stocks. Dans le même ordre d'idées, un Apo Saphir f/10 de 300 se trouve à 10% du prix de chez Rolyn ; plus un Apo Saphir f/10 de 135 et un Béryl F/6,8 de 210, les deux en état très usagé, pour quelques centimes, et un Apo Saphir f/10 de 240 en bon état pour 15% du prix de chez Rolyn.

DF et EB utilisent tous les deux des objectifs Boyer. Les objectifs Boyer en occasion se vendent pour des sommes bien plus faibles que des optiques de performance comparables chez d'autres fabricants. A cause de leur qualité, de la facilité avec laquelle on les trouve et de leur prix relativement bas, les Apo Saphirs, les Béryls, les Saphirs (type tessar, spécialement les modèles ouvrant à 6,3), les Saphir BX et les Zircons sont particulièrement attractifs pour les photographes amateurs de grand format, y compris en 6x9.

Références

[1] Le rattachement de l'Alsace et Moselle à l'empire allemand après la défaite française de 1870 a conduit un grand nombre de familles des régions sur le point d'être annexées à s'installer à Paris.

[2] Henri Chrétien (1879 - 1956) est un astronome, ingénieur-opticien, professeur et inventeur français, inventeur de l'anamorphoseur pour le cinéma et de nombreux autres sytèmes optiques comme le télescope Ritchey-Chrétien. Il est l'auteur d'un fameux traité de référence : Calcul des combinaisons optiques, Masson, Paris, 1980. 5e édition.

Voir la notice biographique complète sur Wikipédia :
 

 

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Dernière modification : 2008

 

 

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