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l'auteur

Henri Peyre
Né en 1959
photographe
Beaux-Arts de Paris en peinture
webmaster de galerie-photo
ancien professeur de photographie
à l'Ecole des Beaux-Arts
de Nîmes

www.photographie-peinture.com
www.nature-morte.fr

 

 

 

 

La nature morte selon Chardin

par Henri Peyre

Introduction

Nous avons toujours aimé poser des questions un peu inhabituelles. En voici une qui n'échappe pas à cette règle agréable : "peut-on photographier en s'inspirant directement de la peinture ?"

Evidemment la réponse de bon sens est "oui, pourquoi pas ?"

Mais à peine a-t-on commencé à répondre affirmativement que de violents arguments négatifs, venus tout droit de l'histoire de la peinture, nous submergent. Au cours du XXème siècle la peinture, brutalement privée du monopole de la représentation par la photographie triomphante, a monté et tenu fortement des arguments propres à la protéger d'une photographie par trop conquérante : le plus fort d'entre eux est probablement celui-ci :
chaque art aurait ses qualités intrinsèques, la peinture est avant tout matière et pur medium, et vouloir faire en photographie ce qu'on a fait en peinture est une stupidité : l'opération nie la matière, principal argument du peintre. Si le photographe veut travailler dans le registre qui est le sien, il faut qu'il fasse du document et s'y cantonne.

Mais le temps passe et le dogme des années soixante est moins adapté à une photographie qu'on peut modifier de plus en plus facilement par le moyen du traitement d'image. Si la peinture représente toujours un medium différent, avec une pâte que la photographie n'offre pas, force est de reconnaître que la photographie de son côté est de moins en moins un document.

Par ailleurs, notre question porte sur la peinture de Chardin, brave homme du XVIIIème siècle1, temps où la photographie ne menaçait pas encore les peintres et où l'on pouvait donc photographier tranquillement, si j'ose dire. Chardin avait toute conscience, comme les plus grands peintres, de la qualité nécessaire de la pâte picturale, mais il n'en faisait pas le motif de guerre, comme un partisan de l'abstraction lyrique de la seconde moitié du XXème siècle. On peut donc penser que le sujet l'intéressait énormément, au-delà de la qualité nécessaire de la pâte, moment obligatoire du métier. Il est donc tout à fait intéressant et légitime de s'arrêter un peu sur le système de composition et de lumière que Chardin emploie dans ses natures mortes, ses sujets favoris pour lesquels il est justement resté célèbre. Nous avons déjà dans le passé invité à interroger la structure des tableaux du Caravage2, nous entendons recommencer ici avec un nouveau peintre.

Le système Chardin

Le système de Chardin est plus facile à décrypter que celui du Caravage. Chardin est un peintre casanier et tranquille, qui a ses habitudes et reprend majoritairement dans ses natures mortes une même ambiance qui lui donne satisfaction.

En voici quelques citations :

Un certain nombre de caractéristiques de composition apparaissent nettement sur cette courte série de peinture :
- Le point de vue est faiblement élevé mais légèrement dominant ;
- Le sujet est posé sur un rebord peu profond ;
- Le sujet ne touche pas les bords de l'image ;
- Les limites du rebord se perdent souvent dans le fond ;
- Fond et rebord sont d'une même matière, juste esquissée par la peinture ;
- Le pan mural de premier plan est très épais ; rien à voir avec le rebord d'une table.
- Il y a toujours un objet qui déborde légèrement sur l'avant du rebord.

La nature morte est mise en scène par un système lumineux assez raffiné dans l'effet mais facile à décrypter :
- La tonalité générale est sombre et suggère un lieu peu éclairé.
- La lumière arrive par le haut gauche de la nature morte et descend vers le bas droit de l'image.
- La partie du fond du côté où la lumière arrive est sombre ;
- la partie opposée (droite du mur) est éclairée ; ces 2 dernières caractéristiques incitent à penser que le sujet est placé dans une niche, l'éclairage venant au niveau du spectateur, par le haut gauche.
- Le rebord avant prend la lumière d'une façon également curieuse : la décroissance de la lumière de la gauche vers la droite est anormalement rapide. Il est probable que la face avant du rebord ne soit pas droite mais sorte en arrondi sous la niche. 

Application photographique

Voilà. Nous n'avons pas parlé de la qualité de la pâte du maître ; nous n'avons parlé que de l'image. Nous sommes d'accord, aucune photographie ne nous consolera de ne pas avoir de Chardin au mur, mais nous pouvons quand même à présent tenter un petit à la manière de photographique reprenant les fondamentaux du système Chardin... et obéissant aux critères que nous avons établis.


 

 

 

Sur la nature morte,
voir également l'article la Nature Morte sur ce site.

   

 

Notes

1 Voir la biographie de Chardin sur Wikipedia

2 Voir la page la Lumière du Caravage sur ce site

 

 

dernière modification de cet article : 2010

 

 

 

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