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l'auteur

Guillaume Péronne
né en 1968
architecte
photographe d'architecture
 guillaume.peronne@free.fr

 

 

 

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La Misura, une question de mesure...

par Guillaume Péronne

 

(version anglaise)

"Je ne suis pas photographe d'architecture" a dit Holger Trülzsch1.

Je reprendrai volontiers cette affirmation car elle permet d’envisager ce genre particulier de manière différente. La photographie dite d’architecture ne voudrait montrer souvent que l’objet architectural… Or il est aussi important d’aborder la dimension territoriale de l’architecture, de prendre le recul nécessaire pour percevoir son contexte, le plus largement possible, car c’est dans ces différentes échelles que se lisent les enjeux de l’architecture.

Mais parlons un peu de matériel…

Mon cahier des charges

Lorsque j'ai décidé de professionnaliser mon activité, j'ai fait le choix, peut-être à contre-courant, de travailler en 4X5". Ce format me permettait d'aborder, outre la photographie d'architecture, la photographie dite de paysage, ce à titre personnel et professionnel. Pour débuter, j'ai fait l'acquisition d'une Walker Titan, et vite vérifié l'adage selon lequel la première chambre n’est jamais la bonne ! En tant que chambre pliante, la Walker répondait à un critère très important à mes yeux qui est celui de la mobilité, affaire de poids et de compacité, mais elle s'est vite montrée trop peu dotée en décentrements, en particulier en décentrement horizontal (± 20 mm à l'arrière). J'ai pu, à l'usage, mieux cerner mes besoins, et ainsi élaborer le cahier des charges suivant.

Ma chambre devait offrir :

- des décentrements au moins égaux à la moitié du grand côté du format,
- l'utilisation des focales allant du 55 au 270 mm avec le même soufflet,
- une excellente rigidité d'ensemble même avec des décentrements extrêmes,
- des bascules précises,
- une compacité et un poids qui rendent l'appareil très mobile,
- une grande rapidité de mise en service pour pouvoir agir vite.

Après avoir passé à ce crible l’offre actuelle en appareil techniques, mon choix s’est arrêté sur la Misura d’Arca-Swiss. Le fait d'avoir pu manipuler une Arca F-Line 6X9 avec Orbix aux rencontres de Nîmes a participé à consolider ce choix qui s'est concrétisé, lors d'une conversation téléphonique avec Arca-Swiss, lorsqu'il m'ont assuré de pouvoir compter sur 50 à 60 mm de décentrement avec un 55, ce avec le soufflet standard !


Un étui luxueux…

La Misura en réel

Par chance, et aussi grâce à l’efficacité d'André Mouton de Taos Photographic, j'ai pu en obtenir une rapidement alors qu'Arca-Swiss n'en avait livré que très peu en France… J'ai commandé et reçu très vite une version cuir (il existe aussi une version dont l’étui est en aluminium).

La première chose qui saute aux yeux est la qualité de l'étui en cuir qui évoque les réalisations d’un fabricant français d’accessoires de luxe. Mais c'est à l'intérieur de cette coque que se cache ce qui m'intéresse. La découverte d'un nouvel appareil est toujours un plaisir et en cela, la Misura ne déçoit pas : c’est un très bel objet dans lequel on sent la rigueur d'une conception sans concessions. En un coup d’œil, chaque commande est identifiée du fait de cette simplicité et cette extrême clarté de la conception. Autant dire qu'il suffit de quelques minutes pour se familiariser totalement avec les commandes de l'appareil.





 

Ce qui frappe, c'est la compacité de l'appareil. Pour atteindre ce résultat, Arca-Swiss a adopté les choix suivants : un rail pliant avec, à l'avant un support de fonction classique (à ceci près que la translation se fait par coulisse simple et non pas engrenage micrométrique), à l'arrière, un nouveau support de fonction très compact avec translation micrométrique, niveau à bulle et blocage du décentrement horizontal par pince. Le cadre avant est de type 6X9 avec, à sa base, une bascule Orbix. A l'arrière, un nouveau cadre 4X5" à peine plus grand qu'un châssis double ! Entre ces deux cadres, la pièce maîtresse de la Misura, celle qui donne toute ses qualités à cette chambre : un soufflet biconique en cuir moulé d'une souplesse digne de la ganterie de la plus haute qualité. La plupart des appareils techniques requièrent l'utilisation d'un soufflet ballon pour permettre d'appliquer des mouvements avec des focales inférieures au 90 mm. Avec la Misura, cette idée est révolue : de part sa conception même, ce soufflet est différent et tire parti de la dissymétrie avant-arrière pour se replier dans un encombrement minimal. Il est moulé et non plié, ce qui élimine les points faibles connus des soufflets pliés (percement aux coins). Il semblerai que seul le cuir soit apte à délivrer de telles performances plastiques et géométriques. On a parfois l'impression, sur d'autres appareils, que le soufflet souffre d'un déficit de conception et vient ruiner tous les efforts réalisés sur les cadres. Ici, le soufflet est  une pièce majeure de l'appareil.

Le point qui certainement sera le plus sujet à discussion est l'abandon, à l'arrière, des mouvements de bascule. Quelles sont les limitations effectives de ce choix au regard de ma pratique, soit la photographie d'architecture ? La seule chose que ne sait pas faire la Misura est un décentrement vertical indirect de grande amplitude pour, par exemple, photographier un détail situé en hauteur à l'aide d'une longue focale. Tous les autres mouvements affectant la perspective et utilisant des bascules arrière sont réalisables en reportant l'angle de bascule à l'avant et en utilisant les généreux décentrements arrière (accentuation d'un premier plan, …).

 

   

Sur le terrain…

En moins d'une minute, la chambre est sur pied et réglée. Son déploiement, très rapide, permet au besoin d'agir vite, en cas de lumières changeantes ou dans un lieux sensible… la rapidité n'est pas le critère majeur dans un genre qui cultive la lenteur, mais cela ouvre je crois d'autres possibilités, de nouveaux sujets, quand par exemple le désir est à une photographie plus intuitive ou quand le lieu impose de faire vite.

Le plateau-base de l'étui sert de support pour les mains qui viennent naturellement s'y poser lors des réglages du corps avant. Dans cette position, les commandes tombent parfaitement sous les doigts. L'étui peut rester pendu sous la chambre et recevoir les accessoires (par jour sans vent !).

Nombreux sont les photographes qui ne jurent que par les mouvements micrométriques, mais il faut considérer que l'onctuosité des coulisses des appareils Arca-Swiss permet une grande précision de réglage des décentrements et encore une fois une plus grande rapidité d'action ; on va à l'essentiel, au plus vite, ce qui n'empêche pas de régler son cadrage au demi millimètre près…

La bascule avant d'axe horizontale peut être réalisée à la base, ou avec le système Orbix qui offre, avec une compacité record, une bascule extrêmement précise et rapide car auto-blocante. L’onctuosité et la précision de ce mécanisme sont indescriptibles, et il faut en avoir manipulé un ; mais là, le risque est de ne plus vouloir toucher autre chose ! Arca-Swiss a réalisé un véritable tour de force pour loger un tel mécanisme dans si peu de place (10 mm d'épaisseur à comparer aux bascules d'autres marques…).

Le dépoli, doublé d'une lentille de Fresnel, est très clair, même avec des courtes focales et comporte, en plus du 4X5", des repères pour les 9X12, 6X9, 6X7. Sa clarté autorise, en certaines circonstances, de se passer d'un voile, ce qui augmente encore la rapidité d'action.

La rigidité de la chambre est parfaite, même aux plus fortes extensions, rigidité qui a mis en lumières les insuffisances de mon trépied !

Au chapitre des reproches, un seul en fait : une erreur de la part du fabricant est de ne pas avoir prévu de pas de vis pour l’écrou de pied, ce qui oblige en supplément à se munir d’un étau rapide.



En conclusion…

Ce qui fait la force de cet appareil, c'est la linéarité de la performance : la rigidité d'ensemble comme l'amplitude des mouvements sont disponibles pour toutes les focales. L’onctuosité et la précision des commandes en rendent la manipulation très agréable et d’autant plus efficace. Toutes ces qualités font un appareil qui, sur le terrain, sait se faire oublier de l’opérateur qui peut alors se concentrer sur l’essentiel.

La performance du soufflet, qui autorise un décentrement de plus de 50 mm avec un objectif de 55 mm, permet d’envisager la Misura comme un appareil mixte 6X9/4X5“. En extrapolant ce résultat, on imagine pouvoir appliquer des mouvements à un 35 mm monté sur planchette rentrante, ce qui confirmerait cette hypothèse de chambre mixte. La chose qui permettrait de valider cette hypothèse serait l’existence d’un soufflet spécial pour les grand angulaires extrêmes. Affaire à suivre…

La Misura n’apporte pas de révolution dans le domaine du grand format, mais la mobilité qu’elle introduit, avec un haut niveau de performance, est je crois un facteur de liberté pour le photographe qui n’a justement plus à choisir entre performance et mobilité.

Misura, en italien, signifie mesure (l'architecture n’est-elle pas, entre autres, une affaire de mesure ?...). Avec cet appareil, on est ni dans la demi-mesure, ni dans la démesure, mais bien dans la juste mesure de chaque élément pour la cohérence de l'ensemble.

 

Voici une image réalisée avec la Misura lors d’un reportage récent… Evidemment, il est impossible de dire avec quel appareil a été réalisée cette vue !


Guillaume Péronne © 2004

 

Quelques chiffres au sujet de la Misura

  • Utilisation du 35 au 270 mm (un 300 mm ou le 400mm Schneider Tele Xenar peuvent être mis au point à l'infini simplement en tournant de 180° le cadre avant).

  • Banc optique pliable de 320 mm (150 + 170)

  • Décentrement vers le haut (total avant + arrière) : 78 mm

  • Décentrement vers le bas : 67 mm

  • Décentrement latéral avant : ± 30 mm

  • Décentrement latéral arrière : ± 70 mm

  • Bascule d’axe horizontal, à la base : ± 35°

  • Bascule d’axe horizontal Orbix® : -15° / +10°

  • Bascule d’axe vertical : limitée uniquement par le soufflet (graduée ± 45°)

  • Dimensions de l’appareil plié : L : 170 x l : 180 x h : 240 mm

  • Poids : 2,4 Kg

Nota : les 78 mm de décentrement vertical permettent d’exploiter un cercle image de 280 mm. En couchant la chambre sur le côté et en utilisant le décentrement latéral, il est possible d’atteindre 100 mm de décentrement vertical, soit d’exploiter 320 mm de cercle image utile…

Notes

1 Holger Trülzsch est né en 1939 de parents architectes. Formé à la peinture et la sculpture à l'académie des beaux-arts de Münich. D'abord sculpteur, puis musicien (il signe la musique du film Aguirre de Werner Herzog), puis peintre, il découvre la photographie à l'âge de trente ans. En 1983-84, il photographie la gare d'Orsay avant les travaux d'aménagement du musée. Il a entre autres photographié les bâtiments de Ledoux, et réalisé un important travail sur Marseille.

 

 

Merci à Emmanuel Bigler qui a eu la patience de répondre à mes si nombreuses questions sur la Misura et à Henri Peyre pour les photographies de l’appareil qui illustrent cet article.

 

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dernière modification de cet article : 2004

 

 

 

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