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l'auteur

Henri Peyre
Né en 1959
photographe
Beaux-Arts de Paris en peinture
webmaster de galerie-photo
ancien professeur de photographie
à l'Ecole des Beaux-Arts
de Nîmes

www.photographie-peinture.com
www.nature-morte.fr
organise des stages photo

 

 

L'auteur tient à remercier
Michel Willain
de lui avoir donné l'idée
de cet article

 

 Bibliographie

 

 

 

Guiseppe de Nittis sur les chemins de la photographie

par Henri Peyre

Introduction

Ami de Caillebotte, Degas et Manet, Giuseppe De Nittis est un peintre et dessinateur hors pair qui, à l'arrivée de la photographie, a pris le taureau par les cornes. Réaliste et proche de Jean-Louis-Ernest Meissonier (4) dans l'utilisation de la photographie, il participe en 1874, sur l'invitation d'Edgar Degas, à la première exposition des peintres impressionnistes qui se tient dans l'atelier de Nadar.

En 1880, il installe son atelier 3 et 3 bis rue Viète à Paris. Très vite remarqué pour l'excellence éblouissante de son dessin, il touche le sommet de sa renommée à l'Exposition Universelle de Paris en 1878, où il expose onze de ses toiles.

Il meurt à 38 ans en 1884 à Saint-Germain-en-Laye, frappé d'une embolie cérébrale. Il repose au cimetière du Père-Lachaise (source Wikipedia) (1)

 


Guiseppe de Nittis - Paysage d'Hiver - Londres, National Gallery

Un parisien oublié

Artiste provenant d'un milieu familial aisé, il collectionne les œuvres d'art. Quoiqu'italien il a très rapidement adopté Paris comme seul et unique port d'attache. Il se sent parfaitement chez lui au milieu des femmes élégantes dans une ville qui est alors la capitale culturelle du Monde.

Le goût émerveillé pour les belles toilettes, la vie de salon et la soie des étoffes, la facilité qu'il a dans la maîtrise de la peinture, le tireront vers une virtuosité qui le perdra : après sa mort, il ne trouvera plus grâce aux yeux de critiques qui préfèrent toujours exercer leur puissance en portant des misérables au génie. Il n'y avait aucune gloire à venir au secours d'un succès qui avait l'air à la fois si grand et tellement facile. Le ressentiment n'est pas éteint : un article de Philippe Dagen dans le Monde en 2010 (2) s'étonne encore du succès de ce champion, en concédant du bout des lèvres à l'artiste un talent documentaire. Ressentiment aussi très  idéologique à l'égard d'un homme qui n'a pas su regarder les pauvres...

Tous ceux d'entre vous qui auront essayé de tenir un pinceau dans leur vie regarderont pourtant les peintures de De Nittis d'une toute autre façon. Son talent en dessin rappelle, dans ses outrances mêmes, le talent d'un Valentin Serov (3), embarqué comme lui dans une exploration réaliste que le talent du pinceau rend exubérante.

Le recours à la photographie permet au peintre une description qui va au-delà de "l'impression" que peut donner une scène : les détails ont l'air d'être aussi nombreux que dans le réel lui-même. Dépassant dans les œuvres léchées le résumé impressionniste ils signent l'appartenance du peintre aux mouvements réalistes de la fin du siècle.

A l'époque de De Nittis, si la photographie noir et blanc permet de fixer les détails de la scène, le peintre, en introduisant la décision d'une certaine forme de touche, ajoute la vie. Il triomphe enfin par la couleur, encore absente de la photographie ; témoignent de ce triomphe ces 2 grandes compositions d'atelier :

 


Guiseppe de Nittis - Traversée des Apennins, 1867

     


Guiseppe de Nittis - The National Gallery and the Church of Saint Martin in London, 1877

 

   

A côté de ces grands travaux d'atelier et permettant de comprendre la façon dont le peintre travaille, on trouve chez de Nittis des études superbes, où l'obsession de la couleur fait passer au second plan l'excès de virtuosité du trait : dans le paysage ci-dessous le dessin ne sert qu'à placer la couleur. L'inféodation du trait, qui parfois déborde chez De Nittis, permet mieux d'apprécier ici l'absolue justesse de l'œil, fort en couleur, et fort en proportion.

 


Guiseppe de Nittis - Le Vésuve, 1872/1873 -12,2 x 24cm

     

L'usage de la photographie a probablement développé chez De Nittis la capacité d'attention aux détails, même quand les études sont réalisées sur le terrain, comme dans ce bord de route :

 


Giuseppe De Nittis - Peupliers, 1875, collection privée

     

La couleur dans la peinture précédente a été captée directement sur le terrain, au contraire de l'œuvre suivante ou l'arbitraire des tons sent l'atelier, et ou le choix du travail dans la gamme des bruns témoigne d'une formation classique et italienne de De Nittis, formation à laquelle il s'est progressivement arraché en allant vers l'observation directe du réel.

 


Attribué à Guiseppe De Nittis - 1871

   

 

Dans l'œuvre suivante on sent le mélange difficile entre l'observation directe et l'apport un peu laborieux des compléments d'informations venus de la photographie.

Au sein de la magnifique observation des éléments naturels s'incrustent avec un bonheur inégal des éléments à la précision photographique... le mélange n'est pas si facile.

 


Guiseppe De Nittis - Route de Brindisi à Barletta

     

La grandeur de De Nittis est certainement d'avoir pris les progrès de son époque à bras-le-corps, tentant de confronter au meilleur de la tradition le meilleur de ce que pouvait apporter la photographie. C'est un découvreur qui a tenté, avec la grande liberté que donne le talent, la difficile confrontation de deux disciplines alors en conflit frontal. Là où Degas a exploré prudemment, en avançant sur la pointe des pieds, De Nittis, l'Italien parti vivre à Paris, plus près à tout, a tenté des explorations avec panache et sans idéologie.

Ses œuvres témoignent, plus encore que de son indiscutable talent de peintre, du plaisir avec lequel il aimait se confronter à des problèmes nouveaux. A l'époque, la plupart des peintres, par peur de perdre des certitudes chancelantes, n'osaient, eux, pas les aborder.

 

   

Notes

(1) http://fr.wikipedia.org/wiki/Giuseppe_De_Nittis

(2) http://www.lemonde.fr/culture/article/2010/11/11/giuseppe-de-nittis-un-peintre-mondain-dans-le-paris-du-xixe-siecle_1438635_3246.html

(3) http://fr.wikipedia.org/wiki/Valentin_Serov

(4) http://fr.wikipedia.org/wiki/Ernest_Meissonier 

 

tous les textes sont publiés sous l'entière responsabilité de leurs auteurs
pour toute remarque concernant les articles, merci de contacter henri.peyre@(ntispam)phonem.fr

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