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l'auteur

Henri Peyre
Né en 1959
photographe
Beaux-Arts de Paris en peinture
webmaster de galerie-photo
ancien professeur de photographie
à l'Ecole des Beaux-Arts
de Nîmes

www.photographie-peinture.com
www.nature-morte.fr
organise des stages photo

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Esthétique photo :
2 conseils simples

par Henri Peyre

1/ La règle des tiers est une stupidité :
le sujet se met au centre.

Comparez ce premier coureur, du sixième siècle, avec le second placé juste en-dessous.


Le coureur du VIe siècle av.JC

Ce sont exactement les mêmes coureurs. Mais la photographie privilégie le coureur lui-même dans la première image, en le plaçant au centre du cliché. L'œil est invité à apprécier les formes élégantes du corps de l'athlète, le jeu des mains, l'allure générale du personnage.

Dans le deuxième cas, le centre de l'image tombe exactement entre le coureur et l'espace qui le précède. Le sujet est plutôt du coup le rapport du coureur avec l'espace qu'il a à franchir. L'espace est devant le coureur, vide ; le coureur à gauche est opposé à l'espace qu'il doit parcourir. La photographie n'insiste pas tant sur les lignes du personnage que sur le fait qu'il avance dans un espace. Le cerveau est trompé : comparant les images, on a l'impression que le coureur de la deuxième image est moins trapu et plus léger, plus rapide, plus en mouvement.

Moralité, si vous placez un personnage au tiers, sans raison revendiquée, vous introduisez probablement une interprétation dont vous n'avez pas conscience. Les bons professeurs qui vous recommandent de placer votre sujet au tiers sont des crétins. Il faut simplement composer votre image en fonction de ce que vous voulez lui faire dire, et ce qu'elle dira d'un point de vue spatial s'appuie sur le fait que vous centrez ou ne centrez pas. Mais le point zéro de l'analyse est le centrage. Pas une ligne passant au 1/3 ou aux 2/3.

2/ Ne photographiez pas la chose qui vous épate ; photographiez la raison pour laquelle elle vous épate.

Si vous êtes une jeune maman, vous trouvez probablement votre enfant tellement remarquable que vous allez le mettre au centre de l'image et le prendre en photo comme on a pris en photo le premier coureur du VIe siècle. Le bambin est tout votre monde. Il est tellement admirable que la photo est toute entière emplie de sa présence. Il est à craindre toutefois que ce genre de photo ne représente de l'intérêt que pour vous.

La même mésaventure arriverait facilement à des photographes plus aguerris confrontés à des sujets particulièrement exceptionnels, comme ce géant photographié ici dans le jardin où il fait pousser ses radis. Mais le photographe, mû par la même pulsion scopique devant l'exceptionnel que la mère devant son enfant, a réalisé un bien mauvais cliché.

Bien meilleur serait en effet une proposition dans laquelle le photographe aurait installé le géant dans un univers opposant sa dimension exceptionnelle à la petitesse du quotidien.


Diane Arbus - a jewish giant at home with his parents in the bronx ny, 1970

Dans cette image on voit :
1/ Le géant baissant la tête pour s'accommoder du plafond bas d'un appartement du Bronx.
2/ Le photographe oppose sa taille à celle, bien plus menue, de ses géniteurs.
3/ Pour augmenter encore la dimension du géant il a été fort astucieusement placé dans un plan bien plus proche du photographe que les 2 autres personnages, ce qui lui donne un gros avantage de taille grâce à la perspective.
4/ L'image est fortement vignettée, accentuant la claustrophobie dans un espace photographique devenu trop petit pour son contenant.
5/ Les mains des parents sont cachées, représentation traditionnelle de l'impuissance, renforcée par la tête baissée du père qui n'ose affronter le regard du fils.
6/ Le centre de la photo est vide : il y passe une ligne imaginaire qui sépare le géant, à gauche, de ses parents, à droite. Le sujet de la photo est comme toujours plein centre. Nous avons donc une photographie de la confrontation de la taille du géant avec la petitesse du monde de ses parents.

Ce n'est pas une photo de géant "en soi" comme la première photo du géant dans un jardin. C'est une photo du rapport entre la grande taille du géant, raison par laquelle il nous épate, à la petitesse du monde ordinaire dans lequel cet homme surdimensionné est obligé de se glisser. Et, du coup seulement, c'est une bonne photo de géant.

 

 

   

dernière modification de cet article : 2015

 

 

 

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