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l'auteur

Brice Desrez



photographe d'architecture
travaille avec un dos Leaf Aptus 22
d'abord monté sur une chambre Arca 6x7
puis une Rm3d

Son travail est visible à
l'occasion de l'exposition
"Architectures contemporaines
en Région Centre"

Agence d'urbanisme
3 rue de la Cholerie à Orléans
jusqu'au 14 mars 2008
lundi au vendredi, 9/12h - 14/18h.

1981-85/ Assistant chez le photographe
publicitaire JFArcher
de 1987 à 98 photographe plasticien
Photographe d'architecture depuis 1999
collabore à différentes
revues spécialisées en architecture
(D’A, AMC, Le Moniteur,
Tech&Architecture, Archi d’Aujourd’hui)

Parallèlement :
Licence en Arts Plastiques
Paris VIII St Denis en 1997.
1er Cycle Langue chinoise
Paris VII Jussieu 1997 – 1999
Études de Médecine traditionnelle chinoise
École Chuzhen1998 – 2001

 

 

 

 

La totalité de l'exposition
est visible ici
 

Brice Desrez, photographe d'architecture
et... utilisateur d'un dos numérique

 


Ingrandes, salle polyvalente - ©  Brice Desrez

 

Galerie-photo : Brice, comment êtes-vous venu à la photographie d'architecture ?

Brice Desrez : La photographie d'architecture s'est imposée à moi je dirais naturellement. Photographe de studio de formation (pub, voiture, mode), j'ai entamé parallèlement un travail de recherche en photographie dans les années 80 qui s'est vite transformé en une pratique d'installation plastique... que j'étais amené à photographier pour en rendre compte.

Pour essayer de faire simple, mon domaine de recherche tente de décrire et d'étudier la notion d'horizon, au sens propre en tant que lieu et limite physique, et au sens figuré en tant que limite intellectuelle et parcours intérieur, avec comme champ d'application l'art des jardins.

Pour moi, en tant que manifestation du génie du lieu (ce qui s'y joue) et lieu de génie (ce dont il parle), le jardin est une représentation simplifié du système horizon. J'ai par exemple réalisé une série dans un jardin en Normandie qui consistait à prendre toujours du même endroit et à la chambre, un "espace extérieur clos" créé par deux palissades de doses comprenant à l'angle de cette "pièce", un vieux poirier. Le point de vue au sens propre, le cadre quoi, était stable, ne changeait jamais mais ce qui était en mouvement, ce qui rendait compte des choses sous différents points de vue au sens figuré, c'était les installations multiples et variées comme des jardins d'intérieur. Et la photographie d'architecture pour moi est un champ d'application à l'égale de l'art des jardins... Et même si entre les deux il n'y a qu'un pas, je ne confonds surtout pas mon approche en art et ma pratique de photographe professionnel. D'ailleurs la question ne se pose même pas... face à une réalisation, je fais avec la lumière et ces incertitudes... Les mêmes qui m’habitent alors que le bâtiment se dresse tel une question et qu’il appelle en réponse immédiate un point de vue, une image.

Et puis c'est à force de laisser passer les paquets de nuages et le soleil parcourir l’écliptique, que les vides se révèlent, que les lignes se posent et que les reflets au détour d’un point de vue surgissent... tels des génies du lieu. On rejoint là une notion de parcours, de sobriété dans la narration et de lenteur inhérente à ma façon de voir le monde.

 


Briare, maison individuelle - ©  Brice Desrez

 

Quels matériels avez-vous utilisés successivement et pourquoi les changements successifs ?

J'ai commencé dans les années 90 la photographie d'architecture en dilettante au moyen format, puis avec cette idée de travail sur la notion de point de vue, je suis vite passé à la chambre 4x5 Sinar F pour essayer de rendre compte au plus près de l'esprit d'une architecture. D'abord avec Symmar 135mm Schneider pas tout jeune que l'on pouvait inverser pour obtenir un 235 avec un piqué bof bof... puis avec un super angulon 90mm XL Schneider, le tout sur un pied Gitzo N°2 à double tubes allonge et crémaillère ce qui me permettait (et me permet toujours puisque j'ai conservé le pied), de culminer à plus de 2M50 et de prendre un peu de hauteur...

Mon support était pour l'essentiel de l'EPP Kodak en direct et suite avec scan par mes soins derrière avec une machine performante, l'Epson 4990... mais avec force poussières, pétouilles, etc.

Enfin, j'ai utilisé pendant 6 mois une chambre Arca 6x9 métrique avec un Apo Sironar 35mm Rodenstock et toujours mon 135mm qui avec le dos Leaf Aptus 22 que j'utilisais derrière la chambre, passait pas si mal que ça.

Aujourd'hui j'ai le même matériel hormis le 135, que "j'accroche" sur une Rm3d.

 


Argenton, gymnase - ©  Brice Desrez

 

Vous utilisez aujourd'hui un dos Leaf Aptus 22 et une chambre Arca 6x7 ou Rm3D. Comment s'est fait le passage à un tel équipement ?

Le temps que j'ai mis à utiliser du numérique correspond au temps dont j'avais besoin pour faire le tour des choses, parce que plus qu'un foudre de guerre en matière de technique, j'ai plutôt une démarche d'expérimentateur et intuitive. J'avais donc évidemment des doutes au début sur les problèmes de définition, de compatibilité de matériels, d'utilisation accessible, de rendu chromatique, de rendu tout court (et j'en ai toujours en ce qui concerne le N&B) avec la crainte de faire des images trop irrémédiablement nettes, numériques, froides.

J'avais aussi peur du comportement par trop consommateur d'images que l'on peut avoir avec le numérique et la capacité des cartes mémoires, c'est-à-dire de faire des images à la pelle comme grosso modo "bracketter" le cadre et jeter les 3/4 des images après.

Enfin, changer de mode de capture m'imposait de tout changer jusqu'à mettre à jour ma chaîne de post production derrière avec un écran de qualité et calibré, une turbine suffisante... bref, au bout du compte, un sacré compte justement.

L'aspect consommateur d'image c'est vite réglé, la chambre imposant son rythme. Pour le reste après avoir pris des conseils à droite à gauche, fait des essais avec une Cambo et une Arca, avec un Phase One et un Leaf, constaté que malgré tout le soin que je mettais à scanner et les qualités du 4990, rien n'y faisait, je perdais une vraie génération et de la matière dans les hautes et basses lumières (ce qui est le comble quand on travaille à la chambre) ; après avoir échangé avec des photographes sur ce genre de matériel notamment sur le forum technique de Galerie Photo et trouvé finalement par ailleurs un vendeur compétent et fiable (j'insiste juste sur ce point qui est une valeur humaine fondamentale pour moi : la confiance que crée le savoir-faire au même titre que le savoir-voir que je propose aux architectes qui me font confiance).

Bref après ce tour de piste "complet", je me suis lancé, à un moment aussi où mon travail rencontrait de plus en plus d'écho auprès d'architectes. Ce qui m'a franchement décidé a été la décision du Conseil de l'Ordre des Architectes de la Région Centre de me sélectionner pour réaliser l'ensemble des clichés des 50 bâtiments qu'il avait décidé de présenter lors de l'exposition Architectures Contemporaines en Région Centre.

Je me voyais mal réaliser des images devant être présentées en 40x60 sur des panneaux A1 avec de l'argentique scanné, pour les raisons que j'expliquais toute à l'heure. Et je dois dire que depuis, rien n'a changé quant à ma façon d'appréhender mes sujets et tout a changé dans ma façon de les capter : je cadre comme avant, je travaille avec un voile noir, je fais un premier point avec des bascules, plus pointu qu'en 4x5 - et pour cause - et je shoote.

 


Saran, Tribune - ©  Brice Desrez

 

On parle beaucoup sur les forums de la difficulté de la mise au point. Quelle est votre expérience à ce sujet ?

L'environnement de l'écran tactile de l'Aptus 22 me permet un contrôle sans faille de l'image et de sa mise au point au rapport 1.

Après un temps de pratique, je sais quand je suis pas net ; dès lors j'avance ou recule mon plan par déplacement micrométrique avec des repères maison "à la Sinar", je bascule plus ou moins et je n'ai jamais rencontré de problème de netteté, lorsqu'à l'atelier je retrouve toutes les images sur l'écran.

C'est vrai, au début j'ai expérimenté, et cela me prenait plus de temps sur chaque cadre, mais maintenant c'est fini. Et puis je me suis calmé sur la course à la netteté, j'essaie même de travailler, toutes proportions gardées, un peu le mou pour casser l'esprit numérique !

Par ailleurs, l'environnement du logiciel de capture Leaf sur mon ordinateur, me permet de développer à 75% les images et de les peaufiner sous Photoshop en un temps très rapide.

 


Semoy, salle de spectacle - ©  Brice Desrez

 

Des difficultés particulières avec votre équipement ?

Le point sensible reste pour moi l'autonomie en terme d'énergie puisque je sollicite beaucoup les fonctionnalités de l'écran CCD et que les batteries s'épuisent d'autant plus rapidement qu'il fait froid. Mais je suis en train d'étudier une solution du type batterie Quantum... à des coûts moins prohibitifs. Enfin, si l'inquiétude liée à ce qui allait sortir de la production d'E6 a disparu, il reste celle liée à la carte mémoire, au disque de stockage, c'est-à-dire l'effacement des données sous un prétexte quelconque ou une mauvaise manipulation...

Pour le reste, la possibilité de contrôler le rendu technique me permet de récupérer de la concentration et de la créativité sur le cadre. Et le choix de la Rm3d va dans le même souci lié à la notion de point de vue, c'est-à-dire dans la tentative de retrouver de la mobilité dans la découverte des points de vues et d'être moins statique, moins "exercice de style" dans la façon d'ordonner le cadre et de poser mes lignes. Essayer ainsi de récupérer une esprit "folding" et main levée, regagner du geste, du sensible, de l'humain. A suivre... parce que finalement si ma pratique reste une histoire de voyage d'un site à l'autre et de nez au vent, il s’agit, avant toute chose, de parcours dans le temps avec la lenteur comme compagne...

 

 

La totalité de l'exposition
est visible ici
 

 

 

 

dernière modification de cet article : 2008

 

 

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