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Vincent Curdy
G-P : Vous avez été interviewé sur ce site en 2012. Votre vie a-t-elle beaucoup changé depuis ? Oui et non. Ou plutôt non et oui. Quatorze années sont passées. Je ne peux pas dire que ma vie ait beaucoup changé dans ses fondamentaux ; je vis toujours dans la même ville, dans la même maison, avec la même famille. J’exerce toujours les deux mêmes professions, à savoir la danse et la photographie. En revanche à l’intérieur de ce cadre de vie, les jours ne se ressemblent pas, ma vie n’est que changement, elle ne s’inscrit pas dans une routine, et elle me modifie.
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l'auteur
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Assise © Vincent Curdy
Votre pratique photographique a-t-elle été influencée par cette évolution ? Tout ce que je traverse influence, dans le fond et dans la forme, ma pratique photographique. La vie émotionnelle, les expériences professionnelles, familiales, artistiques, la littérature, le cinéma, la peinture, la photographie me bouleversent, m’enrichissent et m’incitent à renouveler le regard que je porte sur ce qui m’entoure et à interroger encore l’idée de beauté.
Photographier dans l'ombre vous intéresse ; pourquoi ? J’aime les ombres, elles soulignent, accompagnent, dupliquent. Elles sont l’écho des formes. Les ombres sont des espaces qui contiennent des infinis, du fond desquels se révèlent moult nuances et détails. En effet, photographier les ombres m’intéresse et me plaît. Les journées ensoleillées, les lumières vives et contrastées sont pour moi des moteurs de désir photographique, mais paradoxalement, dans les étapes qui suivent la prise de vue, je m’évertue en général à adoucir et à tempérer ces contrastes pour faire vivre ces ombres aimées. |
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Considérez-vous que le sujet impose le choix de la couleur ou du noir et blanc ? Dans l’absolu je pense que tous les sujets peuvent être traités en noir et blanc ou en couleur ; faire le choix de l’un ou de l’autre influence la manière de regarder le réel et de le raconter. Dans mon cas, c’est souvent la logique de production qui guide ce choix. En numérique, pour des commandes, j’utilise, la plupart du temps, la couleur. Dans ce cas, c’est le contexte qui détermine le choix. Lorsque j’utilise une chambre ou des appareils moyen format, je photographie en argentique et en noir et blanc. Cette démarche me mène à certains sujets plutôt que d’autres et me fait rêver de manière monochromatique. Il arrive que pour certaines images « cela ne suffise pas », qu’elles ne délivrent pas la promesse attendue ; je les colorise alors pour substituer au noir et blanc des teintes idéales, celles que je choisis. À ce propos, j’aime beaucoup cette citation de Hervé Bazin dans le Mépris de J.L Godard qui dit : « Le Cinéma substitue à notre regard un monde qui s’accorde à nos désirs ».
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Pour vous, le fait que le sujet reste indéterminé est important ? Cela l’a été pendant de nombreuses années ; photographier était respirer. J’étais en alerte, à l’affût des propositions de la réalité environnante. Le temps passant, mes recherches et mes envies se sont précisées. J’attends moins du hasard, je construis, je provoque, je recherche. Ma pratique reste toutefois liée à une forme d’errance, de pérégrination. Souvent je me déplace, je marche, mais avec des objectifs plus ciblés. J’ai l’impression que, paradoxalement, plus je photographie, plus je m’éloigne du réel et de sa restitution, j’œuvre avant tout à déréaliser.
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Qu'est-ce que vous aimeriez que les gens ressentent devant vos photographies ? Qu’ils ressentent quelque chose, déjà me ferait plaisir. Toutefois, s’il y avait une émotion que j’aimerais susciter, elle serait de l’ordre du trouble. Trouble suscité par l’énigme, le doute, l’instabilité qui sont autant de sujets qui m’habitent et qui, me semble-t-il, sont présents dans mes images.
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Quand vous prenez une vue, est-ce que vous avez l'impression que vous êtes dans une démarche en rapport avec une forme de sacralisation des choses ? L’art et le sacré sont pour moi indissociables. Une image est, dans ma démarche, plus qu’elle-même ; elle est l’évocation de ce que l’on ne voit pas et elle véhicule des signes qui permettent des lectures multiples. Lorsque je prends une vue, je tente de donner une autre existence aux êtres et aux objets que je rencontre. Je veille à ce que mes images ne soient pas marquées de signes de notre époque, pour les placer hors du temps, ce qui à mon sens les sacralise.
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Pour vous, qu'est-ce qu'il y a dans cette photo ? Dans cette image il y a un enfant dans un bateau pneumatique, il nous tourne le dos, il flotte, il pourrait voler... vers son destin. Dans cette image il y a pour moi le regard qu’un père porte sur son enfant. Les couleurs sont vives et intenses. Artificielles ? L’image était monochrome mais je l’ai colorisée, pour retourner au plus près du souvenir de cet instant, et pour m’en éloigner au galop.
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dernière modification de cet article : 2026
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