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La longue Route de Sable
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Comment en êtes-vous venu à cette série ? Après l'opération, que j’ai vécue comme une
véritable renaissance, j’ai beaucoup voyagé au Sénégal, en
Cisjordanie, et surtout en Algérie. Je voulais revenir à des émotions simples, liées au sens et à l'évidence de mes premières envies photographiques. La crise du covid m’a ramené à une forme d’essentiel. La longue Route de Sable est le fruit de cette réflexion.
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l'auteur
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Quel est pour vous son sujet principal ? Cette série est le projet qui a été retenu par la
grande commande photojournaliste de la Bibliothèque Nationale de
France. Mais elle est surtout la cristallisation d’un travail
entrepris il y a des années, qui consistait à photographier les
vacances d’été sur l’île de mon enfance. C’était alors le seul
projet qui échappait au protocole mis en place durant mes voyages.
Une série secrète, intime, qui consistait en quelques clichés glanés
au fil des étés dans l’espoir de retrouver l’innocence et la liberté
qui s’incarnaient, pour moi, dans cette respiration estivale. Et je
revenais invariablement à ce travail quand je réfléchissais à un
projet à soumettre à la BNF. Je ne me projetais pas dans un
reportage journalistique au sens classique. Pendant plusieurs mois, j’ai donc sillonné les côtes françaises,
comme une continuité et un aboutissement à ce travail entrepris des
années plus tôt.
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Dans toutes vos séries on a l'impression que vous cherchez à remplir au maximum le cadre : quand jugez-vous qu'il est suffisamment rempli ? Techniquement, j’apporte beaucoup de soin à mes
arrière-plans, depuis toujours. Et certainement aussi aux instants
où tout s’organise comme une évidence, si bien théorisé par
Cartier-Bresson. Ce sont des outils parmi d'autres au service d’une
photographie dans laquelle je voudrais mettre le sujet dans un
contexte. Un contexte qui devient lui aussi sujet. Je recherche une
photographie qui puisse susciter l’attention par ses différents
niveaux de lectures, ses différents plans… dans le seul but
d’aboutir à une certaine «justesse» dans sa vérité mais aussi à
l’interrogation, l'interprétation voire à l’imagination. Bref,
j’aime les photos qui racontent une histoire.
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Comment sont faites techniquement vos images ? Pour cette série, j’ai photographié en noir et
blanc avec mon fidèle Fuji x100v qui me suit depuis des années dans
ses différentes versions. Par un jeu de contretypes (photo imprimée en
négatif sur transparent), j’ai décidé d’expérimenter l’altération
aléatoire et organique de mes photographies numériques en les tirant
sur un vieux papier argentique périmé développé dans un révélateur
appelé «lith».
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Quel rapport entretenez-vous avec le temps ? Lorsque je photographie à l’étranger, c’est sur
une période de trois mois. C’est le temps de ma photographie. Cela
signifie que pendant cette période, rien d’autre n’existe. Ce sont
des moments forts de découverte et de doute. C’est le temps du risque
aussi. Pour moi, seul le temps long, mêlé à une certaine
abnégation, arrivent à me donner accès à la photographie que je
recherche.
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Pourquoi le noir et blanc ? Pendant des années, je n’ai photographié qu’en argentique noir et blanc. Je suis arrivé à la photographie par le noir et blanc et il est naturel pour moi de «voir» en noir et blanc. Pour cette série, que je voulais aussi comme un retour aux sources, je n’ai pas hésité longtemps. Le noir et blanc était l’outil. Il reste mon outil, mais j'expérimente de plus en plus la couleur que j’aimerais beaucoup plus approfondir. C’est très stimulant. Il y a tellement à apprendre et à faire...
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Avez-vous le sentiment de témoigner de ce qui va disparaître ? Comme je l’ai évoqué plus haut, mon voyage a peu à
peu, et malgré lui, pris une autre direction. La légèreté et la joie
des vacances d’été semblaient parasitées, ou mises sous voile.
Canicule et feux de forêt historiques, prix de l’énergie record,
guerre en Ukraine et autres, donnaient très concrètement à cet été
une lourdeur inattendue mais finalement évidente si l’on se place,
en plus, dans le temps long. Plus le voyage avançait, plus je
photographiais ce qui me semblait être le sentiment d’une lente
disparition, d’effacement d’un monde sans que le processus ne soit
total. Peut être le monde de mon enfance, peut être celui aussi
d’une autre époque où la vie semblait plus simple, ou l’espoir plus
présent. L’histoire le dira, mais c’est un arrière-goût de
purgatoire, de moment suspendu qui s’est invité au voyage.
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Qu'est-ce que la lumière pour vous ? Elle est le pilier de ma photographie et l’inspiration originelle qui m’a poussé vers elle. C’est par elle que tout commence la plupart du temps. C’est elle qui m’attire avant même que je me pose la question de la pertinence d’un déclenchement. C’est elle qui façonne les ambiances auxquelles je suis très sensible. Je vois en elles toute une poésie. Toutes les lumières sont belles, il faut trouver les clés. Parfois j’y arrive, parfois non. Je continue de chercher.
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Diriez-vous que vous êtes un photographe de l'intime ? Je ne m'étais jamais posé la question avant que
vous me la posiez. J’avoue associer la photographie intime à une
photographie contemporaine assez codifiée dans sa forme qui n’est
pas forcément la mienne.
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Quand savez-vous qu'une photo est "finie" ? Quand je ne peux plus faire une photo de plus. Quand l'état d'épuisement autant physique que moral me laisse totalement vide. Cela s’accompagne souvent d’une sorte d’euphorie liée au sentiment du travail accompli. Je ne sais pas si j’ai réussi, si j’ai été pertinent. Mais je ne peux pas faire plus. Alors, je peux m'arrêter. En ce qui concerne cette série, le travail d'expérimentation après les prises de vue terminées est conséquent. Bien plus que d’habitude. Cela ressemble au travail que j’ai accompli pour faire mon livre «Kho». Je crois que j’ai pu dire stop quand j’avais écarté toutes les possibilités, bref, que j’avais tout essayé. Je n’ai pas encore tout expérimenté pour la finalisation de ma Longue Route de Sable, mais je n’en suis pas loin.
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dernière modification de cet article : 2024
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