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l'auteur
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Nicolas ANDRY
Diplômé de l'IHECS de Bruxelles, photographe et chercheur autodidacte, Nicolas Andry explore des pratiques en accord avec ses valeurs, au croisement de l'expérimentation, du quotidien et de la création. Son travail privilégie des approches simples, concrètes et engagées, qu'il partage à travers ses images, ses ateliers, et des temps de rencontre.
www.nicolas-andry.be
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La Révélation Argentique
de Nicolas Andry
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Henri Peyre |
Interview de Nicolas Andry

Nicolas, vous venez de publier chez primitive press & les éditions du caïd le livre La Révélation Argentique. De quelle révélation s'agit-il ?
L'une des intentions du livre est de révéler, au sens figuré, qu'il est possible de révéler, au sens propre, de manière plus propre (justement).
Il y a dans les milieux de la photographie argentique une forte attache à son histoire comme à ses canons esthétiques et techniques, que ce soit en matière de méthodologie de travail, de résultats, ou encore de garantie de conservation des images. Les procédés ainsi forgés par deux siècles de recherches et de pratique ont pas à pas instauré, par habitudes ou par normalisations, des standards aujourd'hui bien ancrés et difficilement questionnables.
S'ajoute à ceci la délégation de nos savoir-faire photographiques à des tiers, des personnes et des entreprises qui préparent depuis lors les bains pour nous. Cette délégation est relativement récente : il était encore courant il y a 50 ans de préparer les bains soi-même... les connaissances nécessaires pour ce faire sont désormais étrangères à la plupart des photographes ; nous utilisons des solutions toutes faites sans en connaître la composition ni le fonctionnement exact, sans savoir si et comment il pourrait en être autrement, et parfois même en se persuadant que les quelques formules restantes et les ingrédients qui les composent sont plus que probablement incontournables... cela m'a été dit ou suggéré à plusieurs reprises.
Mes recherches ont commencé le jour où j'ai pris conscience de ces certitudes floues et figées, de ces convictions partagées par quantité de photographes n'ayant pourtant jamais creusé la question ou essayé de mettre la main à la pâte pour en avoir le cœur net.
Second constat déroutant : la priorité si souvent donnée à la quête de résultats, au point d'évincer la question de la nocivité des produits utilisés.
Les impacts de la pratique argentique sur la santé et sur l'environnement sont depuis niés, banalisés ou oubliés : qui sait encore, ou accepte d'entendre, que l'hydroquinone (un classique des révélateurs commerciaux) est cancérigène au contact de la peau et très toxique pour les milieux aquatiques ? Que le fixateur se dégrade en gaz toxique dès que nous utilisons un bain d'arrêt acide ? Que l'argent passé dans les bains rend ceux-ci très dommageables pour les écosystèmes ? Ces nocivités sont pourtant bien connues des fabricants qui doivent les compiler dans les Fiches De Sécurité (FDS, ou SDS en anglais), fournies sur demande pour chacun des bains.
Personnellement piqué au vif par ces constats et enjeux, je me suis lancé avec l'idée de donner cette fois priorité au respect du vivant, et l'ambition de voir de mes propres yeux ce qu'il serait possible de faire et jusqu'où cette quête pourrait m'emmener.
Comme j'étais informé à ce moment des procédés de développement argentique connus sous le nom de « Caffenol », je me suis embarqué dans cette voie en 2017.
Le parcours qui s'en est suivi m'a effectivement révélé que de nombreuses autres approches, techniques comme esthétiques, sont bel et bien possibles, et j'ai pu mesurer qu'on pouvait faire des avancées significatives pour réduire les impacts de nos pratiques.
Le livre réunit et partage ces multiples
révélations, tout à la fois techniques et de réflexion.
Le titre « La Révélation Argentique », qui réunit ces différents
propos en quelques mots, nous a été soufflé par Isabelle Morlet,
correctrice orthographique du manuel.
Ce livre de poche facile à lire, mélange avec goût et discrétion travaux personnels, textes philosophiques, recettes pratiques et schémas. Pourquoi cette forme très originale ?
Loin d'être des outils vides de sens, nos choix techniques découlent de nos pratiques, explorations et contraintes tant techniques que créatives, mais reflètent et cristallisent également nos questionnements et nos valeurs, de même que tout ce qui constitue à ce moment-là notre état artistique, professionnel et/ou personnel. Tous ces aspects me paraissent donc, en réalité, intimement liés.
Les questions du ton à donner au livre, du choix exact comme de l'équilibre et de l'articulation des contenus, ont néanmoins été l'objet d'un long processus. Partant de mon manuscrit original, ce travail d'édition a été mené côte à côte et ligne après ligne avec Joseph Hogan de Primitive Press, et soutenu ponctuellement par de précieux regards externes (Merci à Maxime Membrive, Andrea Coppetti, Brigitte Hoornaert et Florence Cats !)
Peut-on réellement faire de la photographie argentique avec des éléments complètement naturels ?
Si j'évoque bel et bien la possibilité de pratiquer des photographies intégralement végétales, telles que les phytotypies, nous sortons dans ces cas de l'argentique qui, comme son nom l'indique, fait usage des propriétés photosensibles de l'argent métal.
Ce livre-ci se concentre sur les bains de traitement (révélateur, arrêt, fixation et rinçage) de films et de papiers argentiques traditionnels. Le révélateur et le fixateur proposés ici sont élaborés à partir d'ingrédients moins ou non toxiques (comme de la vitamine C, du carbonate de sodium, du thiosulfate de sodium, ...), voire de matières naturelles récoltées par nos soins (végétaux, cendres de bois, sel marin...).
Vous distinguez ce qui relève des possibilités
alternatives et ce qui relève de la recherche.
Les recettes que vous donnez dans les possibilités alternatives font
appel à une chimie soucieuse de l'environnement, tandis que la
recherche est une tentative de tout faire à partir d'éléments
naturels, usage des plantes en particulier. Dans les deux cas
pouvez-vous préciser
- s'il est possible de développer un négatif de façon contrôlée,
- si la photographie peut atteindre la même durée de conservation
qu'avec les chimies industrielles traditionnelles ?
Concernant les Alternatives :
Tout en réduisant drastiquement les impacts sur la santé et l'environnement, la section Alternatives traite d'ingrédients et de recettes dont les résultats sont comparables voire similaires aux standards du développement et de la fixation argentique noir & blanc. Les formules se composent ici encore principalement de molécules isolées, à l'état pur (acide ascorbique, iodure de potassium...). Du moment que nous réitérons nos préparatifs avec précision, ces ingrédients offrent une reproductibilité de résultats identique aux bains du commerce. Dans certains cas, cette reproductibilité s'avère même meilleure, car préparer les bains soi-même nous assure de la constance de leur composition, alors que les formules commerciales sont parfois modifiées, et... quelquesfois sans changer de nom.
Notez aussi que l'introduction de végétaux dans ces recettes alternatives donne également des résultats constants tant que nous travaillons avec la même récolte (tel végétal, récolté à tel endroit et à tel moment, préparé de telle manière, ...).
Dans cette première section alternatives, le fixateur proposé garde l'ingrédient central des fixateurs standards, le thiosulfate de sodium, tout en se passant des à-c��tés non indispensables. Cette recette offre les mêmes garanties de conservation que celles habituellement utilisées.
Les rinçages sont également garants d'une stabilité
des images dans le temps : ceux décrits suivent une logique
similaire, et compilent des méthodes reconnues permettant de réduire
les quantités d'eau requises tout en parvenant à un rinçage
optimal.
Concernant la partie Recherches
La seconde section Recherches, nous emmène ailleurs. Les molécules isolées, généralement issues de processus industriels polluants, cèdent la place au végétal et à sa belle complexité.
Bien que ces protocoles-ci restent reproductibles jusqu'à un certain point, la part belle est aussi faite aux ''accidents'', conférant aux résultats leur propre touche. Teintes et couleurs, développements plus ou moins homogènes... les ingrédients utilisés ont également leur mot à dire !
Quant à la conservation des images, celles traitées au sel marin se situent entre fixation partielle et stabilisation des grains d'argent non développés : un espace qui nous laisse dans l'incertitude de leur possible évolution, tout à la fois oui ou non ? Et si oui... quand, et comment ?
Pour moi, ces traitements intégralement naturels nous rappellent avec beaucoup de poésie que rien n'est absolument maîtrisable ni éternel, y compris les images issues des techniques de développement et de fixation auxquelles nous nous accrochons avec l'idée de ces raisons.
Vous ne recommandez pas de fixateur acide. Pour quelle raison ?
Essentiellement car le thiosulfate, ingrédient principal des
fixateurs actuels, est décomposé par les acides pour former du
dioxyde de soufre et de l'hydrogène sulfuré, deux gaz hautement
toxiques : jetez un œil dans Wikipedia et vous comprendrez de quoi
je parle...
Pour endiguer cela, les fixateurs acides sont habituellement
additionnés d'ingrédients dits tampons, dont l'un des rôles
est de préserver le thiosulfate de ces décompositions. De mon
expérience cela est parfaitement insuffisant.
La question a donc été pour moi de savoir si la présence d'acidité dans le fixateur (comme dans le bain d'arrêt) était absolument nécessaire. Et en fait, non : on peut se passer d'acidité dans la plupart des cas, faire usage d'un bain d'arrêt à l'eau seule et d'un fixateur neutre ou alcalin, et traiter nos images avec tout autant d'efficacité, moyennant de petits ajustements méthodologiques, par exemple une légère augmentation du temps d'arrêt.
Autre avantage des traitements neutres et alcalins qui se passent d'acidité de bout en bout : ils réduisent considérablement les durées de rinçage, et donc les quantités d'eau requises pour le traitement !
Pour travailler dans le respect de l'environnement vous indiquez qu'il faut de toutes façons, en fin de rinçage, récupérer les solutions d'argent résiduelles et les amener à la récupération. C'est inévitable ?
Hormis la composition de départ et la réaction des bains entre eux, le souci majeur de l'argentique reste l'argent lui-même. Même si la nocivité de l'argent varie d'une forme et d'un milieu à l'autre, il est toxique pour bon nombre d'organismes vivants, et ce à partir d'infimes quantités. Or, quels que soient les ingrédients utilisés pour composer nos révélateurs et fixateurs, et si naturellement préparés soient-ils, on retrouve après usage de l'argent dans chacun de ces bains. Il est donc impératif de les recycler par extraction de celui-ci.
Cela peut se faire par dépôt dans un centre dédié, ou en pratiquant cette récupération par soi-même : de nombreuses méthodes existent à ce propos, telles que l'électrolyse, la précipitation, etc. Bien que ces méthodes soient tout à fait accessibles, il nous incombe dans ce cas d'assurer la qualité et l'efficacité du processus afin de garantir à terme une parfaite innocuité des bains. Andrés Pardo et les membres du The Sustainable Darkroom se sont énormément penchés sur ce sujet. À leur suite, nous sommes en train d'ouvrir en Belgique un groupe de recherche sur cette question.
Dans ces conditions le numérique pourrait sembler de fait plus écologique que l'argentique, au moins au niveau de l'acquisition de l'image, si ce n'est au tirage. Qu'en pensez-vous ?
Je pense que l'empreinte écologique et sociétale des pratiques numériques actuelles est bien plus importante que celle de l'argentique, mais que tout dépend aussi de nos usages, et qu'une utilisation très attentive du numérique sera finalement moins délétère qu'un travail argentique appliqué sans précautions aucune.
L'argentique repose sur plusieurs matières
critiques, à savoir l'argent (issus de l'extraction minière), le
plastique des films (filières pétrochimiques), ou encore la gélatine
animale (liant des émulsions).
Par contre, du point de vue du matériel, ce procédé s'exerce
aujourd'hui presqu'uniquement au moyen d'appareils et d’ustensiles
de seconde main, pour beaucoup entièrement mécaniques, réparables et
perdurables. Ces outils traînent derrière eux une série d'impacts
liés à leur production, mais les répartissent sur plusieurs
décennies d'utilisation... je travaille pour ma part avec un
appareil qui a bientôt 100 ans !
Le numérique, lui, cumule une quantité
astronomique :
- de matières critiques : je peux me tromper, mais de mémoire
j'avais lu qu'un smartphone rassemblait plus de la moitié des
éléments du tableau de Mendeleïev, nombre d'entre eux étant source
de tensions géo-politiques,
- d'alliages non recyclables,
- d'appareils à remplacer ou à augmenter plus ou moins
régulièrement : appareils photos plus rapidement obsolètes et
difficilement réparables, ordinateurs, disques durs...
- d'infrastructures de stockage et de transferts en ligne :
l'Internet et les espaces Cloud sont autorisés par une logistique
colossale dont nous n'avons que peu conscience
...et j'en passe.
En mettant tout cela bout à bout, et malgré grandes et multiples
précautions, la balance des impacts penche selon moi très clairement
en défaveur du numérique.
Vous remarquez dans le livre que le numérique amène à des prises de vues rapides et répétées tandis que la pratique de la chambre restaure une relation lente et participative à l'environnement. Pouvez-vous nous dire un mot là-dessus ?
Les outils que nous utilisons participent de notre manière de les utiliser. Venant d'un boîtier réflexe argentique, la rapidité, l'automatisation ou encore les grandes capacités de stockage que m'a offertes soudain le numérique m'ont spontanément invité à mitrailler. Et je pense que cette boulimie de prise de vue à finalement pris le pas sur ma présence à ce que je photographiais, mon regard passant de plus en plus par le viseur de l'appareil au lieu de nourrir mon plaisir originel de voir et de contempler le monde avec mes propres yeux.
Au contraire, en m'initiant par la suite à la chambre technique argentique il est très vite devenu clair que ma pratique et mes photos elles-mêmes allaient changer une fois de plus. Alors que je m'entêtais au départ à travailler comme je le faisais avec mon numérique pour aboutir à peu de résultats et à beaucoup de frustration, j'ai petit à petit accepté de m'adapter aux contraintes de ce nouvel appareil. Ces contraintes m'ont amené à un autre rythme, à un autre regard.
Entre autres choses, à la grande différence des appareils réflexes où l'on cadre l'œil rivé au viseur, la chambre technique obstrue celui-ci pour y placer le support photographique : au moment de déclencher nous sommes donc face au sujet photographié, en présence directe avec celui-ci.
Quelle chambre utilisez-vous personnellement ?
Je travaille surtout avec une petite Zeiss Ikon folding et des châssis de 6x9 cm : tout le charme de la chambre technique en version poche !

La Révélation Argentique
de Nicolas Andry
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Dernière mise à jour : 2026
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