|
|
||||||||||||||||||||||||||
l'auteur
|
Matthieu Bussereau :
|
|||||||||||||||||||||||||
|
|
||||||||||||||||||||||||||
|
Quel effet cela vous a-t-il fait de placer vos pas
dans ceux de Basilico ? Le livre de Gabriele Basilico a été le catalyseur d'un exercice de mémoire. Il m'a aidé à comprendre ce qui m'attirait dans cette ville. Il y pèse une très lourde histoire : Seconde Guerre Mondiale et Guerre Froide y sont palpables, évidentes et proches. Cela a produit chez moi non une fascination pour les événements en eux-mêmes, mais plutôt une questionnement tournée vers ses habitants : ceux qui ont traversé cette période pas si lointaine, comment y ont-ils vécu ? Je reconnais que ce questionnement ne transparait pas de manière évidente dans les photos car cette série ne contient que des monuments, des rues, des bâtiments... et pratiquement pas d'être humain – c'est quand même plus facile de photographier des monuments – mais la ville, en fait, témoigne de la vie qui s'y déroule, et cela est particulièrement intéressant à mon sens. Je me suis intéressé à la démarche de reconduction, cette expérience photographique qui consiste à reproduire le cadrage exact d'une photo et permet, comme l'explique le photographe Daniel Quesney « de révéler tout autant de grands phénomènes que de subtiles indices »[4].
|
||||||||||||||||||||||||||
|
|
||||||||||||||||||||||||||
|
En quoi diriez-vous que ce travail vous a fait progresser ? Du point de vue de la pratique photographique, le jeu de piste, la recherche du lieu sur la carte, puis à vélo dans la rue, et enfin la découverte précise du point de vue sont des exercices très stimulants. Au moment de retrouver le point de vue le plus exact possible, je m'appuyais sur les détails de l'image de Basilico : en me plaçant face au lieu à photographier, j'observais les réverbères, les feux de signalisation, les plaques d'égouts, les arbres... des éléments qui n'ont pas totalement changé en 20 ans. On peut alors, en fermant un œil, les réaligner comme sur l'image, en se déplaçant jusqu'au moment où tout concorde. En général, cela suffit pour se placer au bon endroit. Une fois au bon endroit, il faut encore sélectionner le bon angle de champ - le plus souvent, c'était l'objectif de 90mm qui avait été utilisé, c'était donc le premier que je montais – puis effectuer la mise au point et appliquer les mouvements nécessaires. Concernant la qualité de la lumière, on voit bien sur les images du Berlin de Basilico, qu'il ne recherche pas particulièrement l’esthétisation : ciels couverts ou non, présence d'ombres ou non, il n'y a pas de volonté particulière d'obtenir un effet par la lumière, même si la chance joue parfois... Afin de ne pas être trop dérangé par l'affluence sur les différents lieux, j'ai réalisé les prises de vue surtout le matin, à partir de 6h environ, en terminant entre 11h et 14h suivant le programme du jour. Sur 60 images sélectionnées, 45 ont pu être reconduites. Lorsque des images n'ont pas pu être reconduites, c'est que la typologie des lieux avait trop changée pour retrouver le point de vue ou le lieu d'origine : disparition de bâtiments ou d'axes de circulation, nouvelles constructions obturant complètement le point de vue d'origine, assez souvent en lien avec l'ancien no man's land de la zone frontalière qui est aujourd'hui largement reconstruit.
|
||||||||||||||||||||||||||
|
|
||||||||||||||||||||||||||
|
Quel matériel avez-vous employé ? Avant toute chose, j'ai recherché un maximum d'indices sur la relation qu'entretenais Basilico avec son matériel. Il disait dans un entretien [2] : « Quand j’ai travaillé pour la Mission Photographique de la DATAR, j’ai découvert la puissance du paysage. J’ai commencé à utiliser une chambre Sinar, qui était très lourde, alors que des amis de la Mission, Holger Trülzsch, Gilbert Fastenaekens, etc., utilisaient des petites chambres Linhof avec deux objectifs, pas plus encombrantes qu’un Nikon. Je me suis alors procuré une Linhof Technika d’occasion qui m’a libéré de ce surpoids. » Par ailleurs, j'ai pu observer, notamment sur des reportages vidéo[3], que Basilico utilisait, depuis les années 1990, une Linhof Technikardan 45 ainsi que des objectifs Schneider, en particulier ceux qui offrent de très larges cercles d'images, de type 72mm Super-Angulon XL, 90mm Super-Angulon XL, 110mm Super-Symmar XL... Si ce matériel est idéal pour la photographie d'architecture, il m'a fallu trouver des alternatives plus abordables. Mes contraintes étaient les suivantes : que le matériel soit aisément transportable dans des sacoches de vélo – car c'est le moyen de transport que j'ai choisi dans Berlin – et qu'il me soit supportable financièrement. J'ai donc acquis une chambre Wista 45 – sorte de copie japonaise de la Linhof Technika – avec son rare soufflet ballon en cuir, associée à la gamme optique suivante : 75 – 90 – 120 – 180 – 210, ainsi que 6 châssis, un trépied Gitzo en carbone muni d'une rotule Arca Swiss P0. Le tout entrant dans des étuis tenant dans 2 sacoches de vélo.
|
||||||||||||||||||||||||||
|
|
||||||||||||||||||||||||||
|
En quoi cette chambre vous a-telle semblé adaptée au projet ? Avez-vous rencontré des limites de ce matériel sur le terrain ? Qu'est-ce qui a bien / mal marché ? La chambre Wista 45 est très pratique à utiliser et rapide à mettre en fonctionnement. Son dépoli muni d'une lentille de Fresnel donne une visée très lumineuse. Cela est très agréable sur le terrain. Je la recommande dans le cas où l'on souhaite utiliser des focales comprises entre 90 et 210mm. En dessous du 90mm, le boitier de la chambre limite les décentrements possibles, le corps avant n'offrant que peu de place ; cela rend cette chambre mal pratique avec les objectifs très grand-angle. Au niveau de l'emploi des objectifs, il s'avère que la majorité des images de Basilico a été prise avec le 90 mm, ce qui a été très pratique pour moi avec la Wista. Sur 39 photographies, 5 ont été réalisées au 75 mm, 23 ont été réalisées au 90 mm, 5 ont été réalisées au 120 mm, 5 ont été réalisées au 180 mm, 1 vue a été réalisée au 210 mm. Par deux fois, mon 75 mm s'est avéré trop court - Basilico ayant sans doute opté pour son 72 mm sur ces images – les images sont donc imparfaites, mais finalement, deux images, c'est assez peu.
|
||||||||||||||||||||||||||
|
|
||||||||||||||||||||||||||
Notes[1] https://la-chambre-claire.fr/livre/gabriele-basilico-berlin/ [2] https://journals.openedition.org/focales/1220 [3] https://www.youtube.com/watch?v=GAcebOIauKU [4] https://observatoiredespaysages.fr/daniel-quesney-methode-photographique/
|
||||||||||||||||||||||||||
|
|
||||||||||||||||||||||||||
Sources sur BasilicoBibliographie sur Wikipedia : |
||||||||||||||||||||||||||
|
|
||||||||||||||||||||||||||
|
|
||||||||||||||||||||||||||
|
Dernière modification de cet article : 2025
|
||||||||||||||||||||||||||
|
||||||||||||||||||||||||||