ete 2020 

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l'auteur

Né à Bruxelles, Marc Deneyer est graphiste et musicien (guitare classique) de formation. Il se consacre à la photographie de paysage depuis 1982. Autodidacte, il suit les cours du soir à Bruxelles sur le système des zones d'Ansel Adams et fait un stage sur cette même technique avec Serge Gal. A partir de 1986 il expose en France puis à l'étranger. Ses oeuvres font partie de nombreuses collections publiques, telles que la Bibliothèque Nationale de France, le Fonds National d'Arts Contemporain, le Musée de l'Elysée à Lausanne. Il est représenté par la Galerie Camera Obscura, 12 rue Ernest Cresson, à Paris.

 

 

 

 

Marc DENEYER

 


Groenland - 103, Marc Deneyer©

 

Galerie-photo : Marc Deneyer, pourquoi le paysage et pourquoi la photographie en noir et blanc ?

Je suis venu tardivement à la photographie. Cependant dès mon adolescence un attrait pour la chimie et l'optique dans ce qu'ils représentaient de mystères et de possibles découvertes ont occupé bien des journées. Une vieille lanterne magique équipé d'une bougie et de quelques plaques de verre, puis un projecteur de cinéma 35mm rudimentaire, rapidement débarrassé de son mécanisme que j'avais jugé inutile et bruyant, ont constitué l'essentiel de l'équipement à partir duquel m'est venu le goût de l'image projetée, imprimée, et de manière plus générale le goût de la lumière.
Mon sujet de prédilection est toujours la nature - la plupart du temps à travers le paysage - même si le portrait (qui commence à m'intéresser), les jardins et avec eux l'image que l'homme s'est faite de la nature, m'intéressent également.
J'ai rapidement compris qu'au fond, je ne photographiais jamais que moi-même. Que partout où j'allais, j'emmenais avec moi mes forces et mes faiblesses et que ce sont elles que je retrouvais à travers les paysages que je photographiais. J'aime me retrouver face aux choses et être confronté à mon propre destin. Je me sens un véritable acteur de mon avenir.
Dès le début de ma pratique photographique je me suis tourné vers le noir et blanc qui me permettait de dégager avec plus d'évidence les lignes de force d'un paysage, sa composition et de mettre en évidence la manière dont il est véritablement modelé et sublimé par la lumière. En noir et blanc je peux également contrôler très finement toute l'élaboration de l'image, de la prise de vue jusqu'à l'épreuve finale.
La couleur, malgré son attrait évident, me semble ajouter trop d'informations, devenir trop explicite par rapport au réel au risque de se rapprocher de trop près du simple constat. De plus le procédé couleur était, jusqu'il y a peu encore, difficile à contrôler de manière satisfaisante à travers toute sa chaîne de production. L'avènement du numérique remet ceci en cause. Je ne manquerai pas d'y faire des expériences.

 


Groenland - 102, Marc Deneyer©

 

Expliquez-nous le choix du Groenland...

Après avoir terminé une série de prise de vues de nuages - gros plan de matière, nuances de blanc et de gris clair - je me posais la question de savoir quelle direction pourrait prendre mon travail. Comment poursuivre cette recherche de la lumière pour elle-même ? J'étais et reste persuadé que tout ce que nous recherchons aussi bien que la manière dont nous le recherchons  sont les véritables "animateurs" de notre vie intérieure, que les sujets choisis sont l'expression de nous-même mais qu'inversement ceux-ci laissent en nous des traces profondes.

On m'avait parlé de l'Islande. Pourtant, aussi spectaculaires que paraissent les paysages de ce pays, le mélange du chaud et du froid ne m'attirait pas. Comme un choix que la nature n'avait pas su faire, une hésitation qui tachait la glace de boue. Je recherchais seulement l'éclat de la lumière.
J'ai pensé  alors aux icebergs. La glace devrait certainement me procurer les nuances de blancs et de gris, semblables à celles des nuages mais plus faciles à cerner, plus concrètes, moins fugitives. C'est donc cette même recherche de ces "éclats" de lumière, de ces " trop" de lumière, qui a guidé mon choix. Je savais bien sûr, au delà de la simple envie "d'ailleurs", que le dépaysement et ce que je trouverais effectivement sur le terrain allait influencer ma manière de voir et "incarner" cette idée un peu idéale de la lumière.
N'ayant pas le pied marin, il me fallait découvrir un endroit sur la planète où je pourrais trouver un grand nombre d'icebergs sans pour autant avoir à faire de longues journées de mer - pour lesquelles mon organisme n'était décidément pas bâti - avant d'en croiser un seul. Le Groenland et Ilulissat en particulier s'est vite imposé comme étant un des lieux où les icebergs, innombrables, sont faciles à approcher, même si cette approche comporte de réels dangers. Effectivement au fond du fjord d'Ilulissat le glacier le plus productif de l'hémisphère nord avance chaque jour de 40 mètres dans l'océan sur un front de plusieurs kilomètres, produisant autant d'icebergs colossaux. Un haut fond à l'embouchure de ce fjord retient les icebergs les plus énormes et bloque l'accès de l'océan à l'énorme masse de glace qui pousse depuis le fond du fjord jusqu'au grand large.
J'étais à Ilulissat au mois de juin 1994. Le début de l'été. Là où la glace fond, se brise, se disloque et occasionne le plus d'accidents. Les Inuits n'appréhendent pas le danger comme nous pouvons le faire. Le danger ne cause pas de peur, il est presqu'un jeu. Dès que le temps le permettait (le vent d'ouest était un des principaux ennemis ) je prenais la mer sur une petite embarcation (de 4 à 5 mètres de longueur) avec un chasseur inuit. Pas de possibilités de communication hormis les gestes. Nous naviguions parmi les icebergs au gré des découvertes. Pas de nuit. Lumière 24 heures sur 24. Épuisement assuré si on ne se force pas à chercher les sommeil. Difficile de trouver son rythme.

 

Quel est votre votre matériel et quelles pellicules employez-vous ?

Actuellement je travaille avec une chambre technique en bois Ebony RW 45  qui a remplacé mon excellente et fidèle (mais défunte - émiettée par une chute en Ecosse) Wista field 45, sur trépied, avec des optiques de 90mm (Nikon), 125mm (Fuji) et 210mm (Nikon). Le 125mm étant mon optique de base.
Pour ce voyage au Groenland on aura compris que la chambre technique et le trépied étaient exclus. J'ai donc fait les prises de vues avec un Hasselblad munis de 2 dos 6 X 6 et de 3 optiques : 50mm, 80mm et 150mm à main levée. Posemètre Lunasix 3 et spotmètre Pentax digital. C'était ma première expérience de photographie à main levée.
J'utilise toujours la technique du système des zones. Après avoir passé de nombreuses années à mener les tests de toute nature que celui-ci induit, j'en ai cependant réduit considérablement les contraintes. Une mesure dans les basses lumières, une mesure dans les hautes lumières. Et comme on dit dans ces cas là : je pose pour les ombres et je développe pour les hautes lumières. Ajustant soit l'un soit l'autre selon mes besoins.
Je me "contente" de toutes les lumières. Simplement je sais qu'elles racontent des choses différentes. Le mystère, l'étrangeté par exemple, pour les brouillards et la neige qui tombe, l'éclat pour le plein soleil et les ciels très purs lavés par le vent.
Pellicule FP4+ 100 de Ilford et Tmax 400 de Kodak développée chacune dans leur révélateur respectif soit l'ID11 pour la FP4 + et le révélateur Tmax pour l'émulsion Kodak.
(J'aurais utilisé aujourd'hui la Delta 100 et 400 ISO d'Ilford développées toutes deux dans l'X-Tol de Kodak).
Les tirages définitifs sont de petite taille - soit 16 x 16 centimètres - et ont été réalisés sur Agfa Multicontrast Classic baryté avec un agrandisseur à lumière froide.
Je fais les tirages aujourd'hui sur Bergger Prestige tons chauds développé dans le Neutol WA.

 

 

dernière modification de cet article : 2001

 

 

 

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