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l'auteur
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Les deux voies de la création artistiquepar Henri Peyre
On présente ici succinctement les observations de toute une vie passée à faire de l'art et à observer les milieux où il s'exerce. Il nous semble qu'il existe deux conceptions de l'art et, partant, deux façons d'être un artiste, l'une sociale et l'autre idiosyncrasique. Les deux sont largement incompatibles, et mêmes antagoniques. Je ne doute pas, amis lecteurs, que vous puissiez vous retrouver dans l'une ou dans l'autre des positions décrites ici. Il y a des chances que vous reconnaissiez également certains traits qui, dans ce qui est couramment appelé art, vous ont toujours déplu. L'essentiel est bien toujours de savoir pourquoi. Tant mieux si ce texte peut permettre d'avancer sur cette voie de la connaissance, et donc de la sagesse.
Première voieLa première façon de faire de l'art est la voie sociale choisie par les écoles d’art en France. C'est une voie à l’imitation de la création scientifique, mais qui relève du marketing. Mode d’action : Contrainte : Avantage : Inconvénient :
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Deuxième voieLa deuxième façon de faire de l'art est la voie humaniste ; elle considère que chaque être humain est unique. Mode d’action : Contrainte : Avantage : Inconvénient :
Quelques commentairesOn entend souvent des artistes annoncer qu’ils « veulent que le spectateur s’investisse dans leur œuvre ». Cette conception indique clairement un tenant de la première voie. Un artiste de la deuxième voie se fiche pas mal du spectateur et n’est préoccupé que de se présenter le plus exactement comme il est. Un grand exemple de la coexistence de ces deux
types d’artistes est fourni en peinture par la rencontre entre
Picasso et le douanier Rousseau. Chez Picasso, caricaturiste doué,
le dessin vient droit des vases grecs, les baigneuses de plage
procèdent des représentations à la mode des années vingt, le cubisme
est emprunté à Braque et les portraits sont des résumés amusés et
égrillards des tableaux de Velasquez. Si la première voie de création artistique est sociale et performative, et cherche à innover au niveau collectif, la seconde est très individualiste. Il ne faut pas s’étonner si la seconde voie attire des sentiments négatifs (haine ou mépris) des tenants de la première. C’est une voie d’outsiders qui semblent être socialement irrécupérables. Toutefois les tenants de la deuxième voie, pour leur part, regrettent le mépris de l’humain porté par essence par la première, et lui reprochent son académisme déshumanisé. L’efficacité dans la communication est centrale dans l’art du premier type. La notion de Beau est très présente dans l’art du deuxième type. La publicité fascine l’art du premier type. Elle est objet de dégoût pour le second. Pour l’artiste de premier type, peu importe de rester fumeux et de ne pas être compris : il voit dans l’inachèvement de sa proposition un espace d’accueil pour l’imaginaire du spectateur. Dans le fond il marche sur ce point comme un discours religieux. Pour l’artiste de second type, plus l’œuvre est claire et lisible, plus elle dit précisément ce qu’elle a à dire sans discours extérieur, moins elle laisse place à l’interprétation, meilleure elle est. Dans le fond elle témoigne d’un esprit plus scientifique. L’art du premier type témoigne d’un moment de montée en puissance de la société par rapport à l’homme isolé, et de l’influence d'un structuralisme qui considère que l’importance des organisations prime définitivement sur le pouvoir des individus. L’art du second type reste persuadé que l’homme reste la mesure et l’auteur en dernier recours de toute chose, et le déclare une fois pour toutes lucide et responsable. L’artiste du premier type est sincèrement
intéressé par toute connaissance lui permettant de grimper
socialement, pour mieux calibrer son art : socio-psychologie,
politique, sciences de la communication. Dernière modification de cet article : 2026 |
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