|
|
|||||||||||||||||||||||||||
l'auteur
|
Choisir un appareil photopar Henri Peyre IntroductionCet article est destiné aux débutants en photographie ; il fera probablement sourire avec un peu d'émotion les photographes professionnels qui pourront y retrouver des moments vécus. Pour les autres, puisse-t-il raccourcir un peu le chemin vers la maturité ! Comment choisir le bon appareil pour faire des photos ? Entre une offre pléthorique dont on peut se réjouir, la présence toujours plus grande des téléphones qui allèchent par un vaste écran d'une qualité toujours améliorée, la publicité soutenue des marques dans les magazines et les innombrables influenceurs acharnés à défendre toujours plus fort des revenus que leur pullulement menace, on entend et on voit de tout. L'offre est de plus en plus vaste et le choix de plus en plus difficile. Nous proposons quelques pistes pour essayer de le rationnaliser. "Quel appareil acheter ?"Le premier élément à prendre en compte est le choix du sujet qu'on
veut traiter. A toutes ces personnes qui veulent avoir un appareil photographique sans savoir ce qu'elles veulent photographier, je pense qu'il faut faire valoir qu'il y a des téléphones portables qui font de très bonnes photographies, les encourager à se promener partout avec, à prendre le plus de photographies possible pour apprendre à se connaître mieux et déterminer, et cela peut prendre plusieurs années, le type d'images qu'elles veulent voir à leur mur. Et à ce moment, et seulement à ce moment, de revenir poser une question à laquelle on pourra répondre. Cette réponse, je l'ai faite assez souvent ; c'est la plus honnête et la plus juste. Seulement, hélas, elle n'attire pas la sympathie et je dirais qu'il faut que votre interlocuteur vous connaisse déjà un peu pour comprendre que vous ne la faites pas par mépris mais, bien au contraire, parce que vous pensez qu'il est digne de recevoir une réponse juste. La réponse la plus courante à la question du choix de l'appareil, celle qui "passe" le mieux, est celle qu'on trouve dans la publicité des fabricants : elle consiste à montrer qu'un appareil est beau, et qu'il sait tout faire. De sorte que lorsqu'une personne vous demande quel appareil photo elle doit acheter, la question à laquelle il faudrait répondre est "quel appareil photo est le plus beau, le plus généraliste et le plus désirable actuellement dans les publicités ?". On attend de vous la réponse de celui qui est au courant, et qui sait de quel appareil tous les gogos parlent et qu'il faut acheter, pas je ne sais quelle question en retour qui aurait l'air de dire "qui es-tu donc, toi qui m'interroges ?". Or, malheureusement peut-être pour votre interlocuteur, les appareils photographiques sont comme les corps de métiers. Le meilleur chirurgien cardiaque ne réparera pas aussi bien que votre plombier la fuite de vos toilettes. Par contre, il y a une bonne nouvelle : s'il ne s'agit que de balayer la cour, les deux peuvent y arriver, et même un gamin de douze ans. Tant que ne s'impose pas un traitement particulier de l'image, ni un sujet particulier, n'importe quoi fera bien l'affaire. Ceci étant allez dire à votre interlocuteur : "toi tu peux prendre n'importe quel appareil puisque le sujet ne compte pas pour toi"... votre interlocuteur se sentira profondément méprisé alors que, encore une fois, la réponse est juste.
|
||||||||||||||||||||||||||
|
|
|||||||||||||||||||||||||||
Le sujet fait sa loiAdmettons que votre réponse, sévère mais juste,
ait été écoutée. Peut-être votre interlocuteur reviendra-t-il deux
ans plus tard vous voir et commencera-t-il à poser des
questions plus informées comme, par exemple : Peut-être que deux ans plus tard encore, votre interlocuteur, devenu fidèle, viendra-t-il avec d'assez jolis portraits dont il se plaindra, toutefois, des couleurs pas vraiment tout à fait justes, avec des moirés curieux sur les étoffes au rendu desquelles il est très attaché. Vous l'orienterez peut-être alors vers un appareil à capteur sans filtre, ou vers la prise de vue en studio avec charte et utilisation systématique des profils de couleur. Et cela sera un autre appareil encore complété d'équipements dont vous auriez été bien embarrassé de lui parler quatre ans auparavant.
|
|||||||||||||||||||||||||||
|
|
|||||||||||||||||||||||||||
Les limites de la pratiqueChaque photographe qui est allé un peu loin dans le métier en a fait l'expérience. L'exigence de la qualité du rendu sur un sujet précis obéit non seulement à des impératifs techniques, mais compose aussi avec l'expérience du terrain. Je vais prendre l'exemple de la photographie de paysage. Si vous voulez du détail, il vous faut un appareil muni d'un capteur de plus de 50mpx. Il y a plusieurs problèmes quand votre capteur devient plus défini : l'un d'entre eux est que la profondeur de champ diminue. Vous êtes donc obligé de fermer plus le diaphragme. Comme vous fermez plus le diaphragme le temps de pose doit être augmenté. Si vous augmentez le temps de pose, la prise de vue à main levée peut devenir rapidement difficile (très rapidement même, puisqu'on peut considérer, par exemple, que le 1/500e, sans stabilisateur dans l'objectif ou le boîtier, est la limite basse de la vitesse à main levée avec un 70mpx lorsqu'on veut éliminer tout flou de bougé). Pour obtenir cette vitesse en gardant le diaphragme très fermé, on est obligé de monter la sensibilité. Apparaissent alors deux nouveaux problèmes : le grain augmente sur la photo et la dynamique diminuant, les ombres deviennent de moins en moins lisibles et colorées. Pour éviter ces deux problèmes, la meilleure solution est naturellement d'avoir recours à un pied. Mais, avec un pied, sur le terrain, le vent se met à être gênant parce que si la vitesse choisie est plus lente, vous retrouvez ici ou là des flous de mouvements ; par ailleurs vous prenez moins de photos parce qu'il y a de nombreux endroits où le pied est désormais interdit (on se demande souvent pourquoi d'ailleurs) ; vous devenez également moins mobile parce que vous êtes plus lourd et avec un appareil plus encombrant. Enfin, à cause du poids de l'ensemble, vous pouvez vous taper un mal au dos qui viendra bientôt contrarier les sensations de beauté que vous ressentez dans la nature (encore que, sur ce dernier point, l'exaltation esthétique puisse être un phénomène qui diminue fortement la douleur...) Disons que le meilleur compromis qu'on puisse trouver en paysage est un appareil photographique, un pied et une rotule les plus légers possibles mais avec un capteur encore supérieur à 50mpx si on veut de la résolution. Un autre compromis très agréable, si on ne veut pas forcément faire de grands tirages et qu'on veut photographier sans la contrainte du pied, et en toute légèreté, est de choisir un appareil à petit capteur, avec stabilisateur intégré, par exemple chez OM system : il n'est pas indifférent de constater que cette marque a basé toute sa communication très logiquement sur la photographie de paysage pour le professionnel. Seuls les professionnels du paysage peuvent en effet arriver à des conclusions qui permettent de comprendre ce point de vue et de limiter volontairement la résolution du matériel. L'amateur, lui, désire "tout faire avec le plus grand capteur possible". Cette approche n'a donc, comme il n'a pas vécu le problème, aucune chance de retenir son attention. Et pourtant, elle est excellente ! A l'opposé, la photographie à la chambre grand-format cumule une grande quantité de désavantages pratiques, en particulier du côté du poids et de l'encombrement. Toutefois, la possibilité de faire des mouvements non seulement peut compenser la diminution de profondeur de champ, mais offre la possibilité inouïe de finaliser des hiérarchies par différenciation arbitraire des nettetés à l'intérieur du sujet. Elle n'intéressera là encore que les photographes les plus désireux d'un contrôle total sur des sujets assez patients pour accepter de rester complètement immobiles pendant la prise de vue, comme des colonnes de marbre ou des arbres centenaires. Elle met en valeur la solidité des troncs par rapport à la folie déraisonnable des feuilles agitées par le vent, la permanence des rochers face à la fuite des eaux. Elle intéressera tous ceux qui, comme Cézanne, veulent placer la nature au musée et chez lesquels le souci de mettre en valeur la structure du monde, qui est une philosophie et devient le sujet lui-même, passe avant toute autre considération. ConclusionLa question du sujet est fondamentale dans l'acquisition d'un appareil photographique. Ce sujet peut être naturaliste, mais il peut-être philosophique ou même social : on peut vouloir même faire de la photographie comme prétexte à faire des rencontres. Dans ce dernier cas il est douteux que le dernier appareil technique à la mode rapproche mieux du but qu'un simple sténopé taillé dans une boîte de Coca-Cola. La première question que doit se poser l'amateur est "quel sujet est-ce que je veux traiter ?" Ce n'est qu'après qu'il pourra choisir le meilleur appareil, au sens de l'appareil le plus adapté à ce qu'il veut faire. Mais on ne cessera en tant que professionnel, par la suite, de se poser cette même question dont la réponse peut déboucher, bien entendu, sur un nouvel appareil, mais aussi mène à une inquisition toujours plus profonde sur soi-même. On peut même finir par s'apercevoir que le sujet profond qu'on désire traiter n'a finalement que peu à voir avec le monde qui nous entoure et beaucoup plus avec des obsessions personnelles issues de notre propre histoire. Le choix de l'appareil photographique constitue finalement l'occasion, souvent renouvelée, de nous mieux connaître. |
|||||||||||||||||||||||||||
|
Dernière modification de cet article : 2026 |
|||||||||||||||||||||||||||
|
|||||||||||||||||||||||||||