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Vincent Fournier : Technologie

 

Vincent, comment êtes-vous venu à la photographie ?

Sans doute au départ pour imiter mon père qui prenait beaucoup de photographies lorsque nous habitions en Afrique.

Vers15 ans il m'a donné son appareil et j'ai commencé à faire des mises en scène avec mes copains d'école. Après des études universitaires de Sociologie et de Cinéma j'ai suivi la formation à l'Ecole Nationale de la Photographie d'Arles. Je crois que la photographie nous donne l'impression que nous sommes bien là, de vérifier que le monde existe puisqu'on peut le photographier. Il y a quelque-chose d'initiatique dans le fait de réaliser ses premières images. On fait alors l'expérience du monde, on se l'approprie, on essaye de le voir et de le comprendre différemment. On fait l'expérience du regard, on découvre d'autres points de vue, et ce qui parait normal peut alors soudain se révéler tout à fait différent.

 

Où ont été prises ces photographies ?

Un peu partout dans le monde : Etats Unis, Europe, Russie, Chine, Amérique du Sud, Japon…

 

 


© Vincent Fournier

l'auteur

Vincent Fournier
22 Boulevard Ornano
75018 Paris
+33 6 80 52 06 32



vincent@vincentfournier.co.uk
 www.vincentfournier.co.uk
 

 

 

 

 

 

 

 

Quelle est votre position personnelle par rapport à la technologie ?

Je m'intéresse à la science non pas d'un point de vue technique, je n'ai aucune formation dans ce domaine, mais pour sa dimension poétique, sa capacité à "ré-enchanter" le monde. La technologie permet de s'approcher des choses invisibles : les ondes, la lumière, le mystère de la vie... le propre de la science est de remettre perpétuellement en cause ce que nous croyons connaître.

Dans mon enfance, mes parents m'ont souvent emmené au Palais de la Découverte, et je pense que cela m'a beaucoup inspiré. Il s'agissait aussi de machines qui reflétaient l'image d'un futur déjà passé. Ce rapport au temps, la représentation d'un futur du passé, m'a vraiment marqué.

Mais pour répondre à votre question, je suis à la fois dans un rapport de fascination et de critique vis à vis de la technique. Je suis très admiratif des progrès techniques et à la fois sceptique sur leur utilisation.

 

 


© Vincent Fournier

   

Je parle souvent de mon travail comme d'une rencontre improbable entre Jules Vernes et Jacques Tati, entre l'esprit de découverte scientifique et l'ironie esthétique rationnelle.

La science permet une projection dans un futur possible, désirable, qui, il me semble, manque à l'heure actuelle où tout est pensé à court terme. Lorsque la Nasa faisait travailler des milliers de personnes pour aller sur la lune, c'est aussi un rêve et un désir collectif qu'elle incarnait.

 

 


© Vincent Fournier

   

On a souvent l'impression dans votre photographie que l'homme n'est plus à la hauteur de ce que la technique accomplit ? Avez-vous ce sentiment au moment de prendre la photographie ?

Au moment où je photographie, je suis davantage dans une recherche esthétique : comment cadrer, mettre en scène, composer, résumer tout en en rendant la complexité, créer une tension qui va dynamiser, associer des couples de choses opposées dans un équilibre de formes...

 

 


© Vincent Fournier

   

Dans vos image, on peut parfois avoir l'impression que les femmes participeraient à une sorte de conception d'un nouvel homme - un robot - plus doué et plus élégant que l'homme de chair et d'os, lui-même souvent représenté comme une sorte de bébé malhabile et assisté sous camisole... Pourriez-vous retenir cette interprétation qui sexualise la technologie ?

Il y a me semble-t-il plusieurs choses dans votre question.

D'une part mon point de vue est que la participation des femmes dans la société est une formidable évolution, on l'a vu encore récemment lors de la crise financière, beaucoup de femmes dirigeantes se sont montrées plus "efficaces" dans la gestion de la situation.

D'autre part, concernant la sexualisation de la technologie, il me semble qu'elle n'existe pas en soi, mais bien dans la relation que nous entretenons avec elle, le reste est de l'ordre du discours.

 

 


© Vincent Fournier

   

 

Vous faut-il longtemps pour prendre une photographie ?

Cela dépend de beaucoup de choses, il n'y a pas de règle, mais de par les contraintes que m'imposent les lieux où je travaille, je suis habitué à travailler rapidement. Comme je mets en scène des histoires, il faut avoir très vite une idée pour la réaliser, parfois en 15 minutes.

 

 

 


© Vincent Fournier

   

 

Pensez-vous qu'une bonne photographie est une photographie posée ?

Je me garderais bien de dire ce qu'est une bonne photographie !

 

 

 


© Vincent Fournier

   

Vous avez longtemps pris des photographies à la chambre. Qu'est-ce que la chambre a apporté à votre regard photographique ?

Photographier, c'est dire ce qu'on voit et comment on le voit. C'est très important de faire des choix, et la lourdeur de la chambre photographique impose une réflexion sur le choix de ce que l'on photographie. C'est lourd, ça coûte cher, c'est long… toutes ces contraintes demandent qu'on s'en libère. C'est très créatif, la contrainte. Au contraire des appareils numériques, très légers, sans beaucoup de contraintes, et qui nous font oublier ce qu'on veut faire, alors que c'est le plus important, savoir les choix qui nous motivent. Je crois que cela est plus difficile d'apprendre la photographie avec ce type de matériel. Certains sont dans l'enregistrement d'un flux d'images, et le choix se fait ensuite, on est parfois dans la vérification. Le rapport au temps, tel qu'en parlait Roland Barthes dans son livre "la Chambre Claire" par exemple, est complètement différent.

 

 


© Vincent Fournier

   

 

Pourquoi avez- vous arrêté la chambre et quel est votre matériel actuel ?

Lorsque la qualité des moyens-formats numériques s'est avérée suffisante, je me suis équipé d'un matériel numérique (h4d hasselblad) qui permet une plus grande rapidité de prise de vue.

 

 

 


© Vincent Fournier

 

 

Quels sont vos projets d'avenir ?

Je continue mon projet POST NATURAL HISTORY sur une fausse archive du futur mettant en scène des espèces modifiées selon différentes hypothèses scientifiques et évolutionnistes. Par ailleurs je prépare une exposition à la galerie Acte2 à Paris le 16 Novembre.

 



Voir aussi, sur la photographie de Vincent Fournier :
Analyse esthétique d'une image de Vincent Fournier, par Henri Peyre

 

 

dernière modification de cet article : 2012

 

 

   

 

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