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l'auteur

Yves Letoret

Cadre retraité de Logistique Internationale
Pratique la photo en amateur
depuis une trentaine d'années
et équipé NIKON depuis pratiquement le début

Boîtier actuel D700
objectifs 16mm 2.8, 28/70 2.8, 28/300 3.5-5.6
60mm micro 2.8 , 85mm 1.8.

A pratiqué de façon intensive
pendant une dizaine d'années
la photo en « chute libre » parachutiste

Nombreux voyages entretemps
en divers pays d'Afrique Noire
axés principalement sur l'humain.

Au club Besançon Déclic Image
depuis 2006

besancon_declic_image(at)yahoo.fr

 

Interview par

Emmanuel Bigler est professeur d'optique
et des microtechniques
à l'école d'ingénieurs de mécanique et des
microtechniques (ENSMM) de Besançon.
Il a fait sa thèse à l'Institut d'optique à Orsay
E. Bigler utilise par ailleurs
une chambre Arca-Swiss

26 chemin de l'Épitaphe
25030 Besançon cedex
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Tirer des diapositives noir et blanc
vieilles d’un siècle

Par Yves Letoret
Interview : Emmanuel Bigler

 

1 Un trésor de diapositives en noir et blanc

Yves, avant de commencer, il faut nous parler des origines du club Besançon Déclic Image [1], le plus ancien club photo de Besançon, qui nous a transmis ces plaques sur lesquelles tu as travaillé.

Le club s’appelait à sa création « Société Photographique du Doubs », et on sait que cette société fut affiliée en 1897 sous le n° 7 à la Fédération Nationale des Sociétés Photographiques de France. Le club est très probablement plus ancien, et remonte à une époque où les rares amateurs de photo fabriquaient leurs plaques eux-mêmes. L’un de nos anciens présidents, M. Alphonse Petitjean, nous a raconté que jusqu’à la fin de la deuxième guerre mondiale, certains anciens du club continuaient à faire de la prise de vue sur plaques. Dans les années 1950, le nombre de photographes amateurs était encore suffisamment restreint à Besançon pour que notre club puisse organiser avec succès des séances publiques pour montrer des photos. Aujourd’hui, qui n’est pas photographe ? Mais notre club Besançon Déclic Image en 2012 organise toujours des « séances publiques », par exemple autour du thème du diaporama sonorisé.

Au cours du XXe siècle, le club a changé de très nombreuses fois de locaux dans Besançon ; aujourd’hui nous sommes hébergés dans la Maison des Jeunes et de la Culture de Palente [2].


Figure 1: Les fondateurs de la Société Photographique du Doubs ne plaisantaient pas avec la photo à la chambre …

 


Figure 2: … mais n’avaient pas l’air de s’ennuyer lorsqu’ils se
retrouvaient sur le terrain !

 

Des premières années du club, ne reste-t-il que ces précieuses plaques de verre ?

Pratiquement, oui ; mais aussi quelques vieux livres techniques de l’époque et de la documentation de la Fédération Photographique de France …Aucune paire stéréo n’a été conservée, malgré l’engouement considérable pour ce type de photos au début du XXe siècle, engouement qui bien entendu était partagé dans le club [3].

 


Figure 3: L’une des boîtes aux trésors


De ces images anciennes, le club possède ces diapositives noir et blanc sur plaque de verre, ce qui pose la question de la prise de vue originale : est-ce que la prise de vue fut réalisée directement en inversible, ou les diapos que nous avons sont-elles des contretypes positifs à partir de négatifs ?

Je ne sais pas répondre à cette question : pour moi c’est une émulsion positive noir et blanc prise en sandwich entre 2 plaques de verre de protection (dimensions 100 mm X 83 mm). Ce pourrait être intéressant de faire faire l’autopsie d’une des plaques par un connaisseur en la matière [4].

2 Comment tirer ces plaques anciennes sans y toucher … ou presque

Venons-en à ton travail de restitution. J’imagine que l’état de conservation de ces plaques était très variable.

Nous avons retrouvé 7 caissettes bois contenant chacune environ 80 plaques. Beaucoup sont assez abîmées, les autres très exploitables mais d’intérêts divers.


N’as-tu pas pensé à essayer de les tirer à l’agrandisseur, par exemple sur Ilfochrome ?

Non, je n’ai pas pensé à tirer à l’agrandisseur, n’en ayant plus directement sous la main ; et puis cela risquait d’être long, coûteux par rapport à ce que j’avais l’intention de faire avec mes quelques « outils », plus pratiques et a priori plus fiables (je les décris ci-après). Auparavant j’avais tout de même demandé à quelques amis équipés de scanners divers de numériser quelques plaques. Le résultat n’était pas mauvais, mais on devait pouvoir faire mieux.


Donc on numérise, quelles furent les difficultés, les solutions testées et celle qui fut finalement retenue ?

Les tests « scanner » ayant été faits (voir ci-dessus) c’est la « re-photographie » qui m’a tenté.

Après bien des tâtonnements voici à quoi je suis parvenu.

Je me suis procuré une tablette lumineuse KAISER Slimlite 2420 5”x4” 5000 kelvin.

 


Figure 4: Une petite tablette lumineuse sert de source

 

J’ai fabriqué un cache cartonné dans lequel on peut glisser la plaque de verre de façon qu’il n’y ait pas de lumière parasite émanant des bords de la plaque. Le tout est monté sur un support bois que j’accroche verticalement (voir les photos de cet agencement).

 


Figure 5: Un support de plaques simple, fait maison

 


Figure 6: Support, tablette et cache porte-plaque juste avant montage

 


Figure 7: Support, tablette, cache et plaque montés prêt à photographier

 

Le mode opératoire est le suivant :

  • Sur petit trépied, je positionne mon D.700 + l’objectif 60 mm micro nikkor à une distance mini d’environ 20 cm ;

  • Réglage f/5 - 1/80 sec. priorité ouverture ;

  • ISO 200 mesure pondérée centrale ;

  • Dans le menu de Nikon "Picture Control" je pousse l’accentuation à +1 (et parfois le contraste aussi, voire plus selon les images) afin d’améliorer la netteté ;

  • Miroir relevé, câble déclencheur ;

  • Fichier qualité RAW.

Ma pièce est quasi mise au noir quand je déclenche pour éviter tout reflet éventuel sur le verre.

 


Figure 8: L’ensemble en place avec l’appareil sur son petit trépied

 

Ensuite je reprends les images numérisées sous Capture NX2, les recadre (car il y a différents cadres collés sur les plaques) et j’élimine autant que faire se peut les poussières et les petites taches par post-traitement.

Je n’ai pas essayé toutes les configurations « logicielles » possibles.

Pour le tirage papier j’ai demandé au labo de tirer sur « Fine Art ultra smooth », ce qui donne de bons résultats.

 

La simplicité du montage est indéniable ; comme tu t’en doutes un peu, sur galerie-photo, nous avons parmi nos lecteurs des amateurs de beau matériel que j’entends déjà protester que ton dispositif est trop simple et trop rustique ! L’un va te proposer un soufflet macro avec un compendium, l’autre va carrément te proposer de transformer une chambre monorail en banc macro pour faire le même travail, le troisième te dira qu’un micro-nikkor, c’est pas mal, mais qu’il te faudrait un ultra-micro-nikkor [5] ! Mais ceci est une autre histoire …
Quelles sont tes conclusions, et quels sont tes projets après avoir mené à bien ces numérisations et l’exposition qui a suivi, « Il y a 100 ans : le Doubs » ?

Un grand moment d’excitation et d’émotion m’est venu lors de la découverte de ces coffrets de bois remplis de plaques. Je m’imaginais nos pères fondateurs en action, organisant leurs sorties, se passionnant, se perfectionnant dans leur « Art Multiple » tout de découverte, de technique, d’essais, de curiosité et de sensibilité mêlés … Une belle leçon, et un bel héritage dont il faut les remercier chaleureusement…

Quelles images allons-nous laisser à nos successeurs, et dans un siècle, que vont trouver nos émules, que vont-ils faire évoluer ?

En attendant, et plus concrètement, j’envisage de retravailler des négatifs 6x9 des années 50 qui dorment dans un placard et de leur redonner une autre vie …et quel travail supplémentaire ? Refaire un petit cache adapté au 6x9 … le programme des prochaines longues soirées d’hiver prend forme.

3 Quelques images extraites de la collection


Figure 9: La place du marché de Besançon, que même deux siècles plus tard, bien des Bisontins rechignent à appeler « place de la Révolution » ; en arrière-plan, à droite, l’édifice où se trouve aujourd’hui le musée des Beaux-arts.

 


Figure 10: La place de la Révolution (place du marché), pendant les inondations de 1896

 


Figure 11: Une statue de bronze de Jouffroy d’Abbans (un pionnier de la navigation motorisée à vapeur à la fin du XVIIIesiècle) était autrefois située à l’extrémité du pont Battant. Elle fut détruite pendant la deuxième guerre mondiale [6]. Une nouvelle statue de bronze moderne, sans piédestal, la remplace depuis 1998. Le vieux « pont romain » dont on voit la balustrade sur cette image en arrière plan, le plus ancien et pendant longtemps le seul pont de la ville, avait l’inconvénient majeur de faire barrage en cas de crue et de créer des inondations systématiques dans la vieille ville et en particulier sur la place du marché, comme le montre la photo précédente. Après avoir vaillamment résisté aux graves inondations de 1910, ce vénérable pont fut si gravement endommagé en 1940 et 1944, qu’il finit par céder définitivement la place à un pont moderne en 1953.

Références

[1]
http://www.besancon-declic-image.com/
[2]
Maison des Jeunes et de la Culture de Palente à Besançonhttp://www.mjc-palente.fr/
[3]
Le musée des Beaux Arts de Besançon hébergea de mai à septembre 2004 une exposition Lartigue dans laquelle le public pouvait regarder des diapos stéréo noir et blanc à travers des visionneuses binoculaires simples. Un système de tambour tournant permettait de faire défiler plusieurs paires sans quitter la visionneuse
[4]

Les diapositives noir et blanc et le procédé d’inversion photochimique associé sont très certainement plus anciens que 1900. Le brevet des autochromes Lumière est déposé en 1903, l’autochrome est basé sur une diapositive noir et blanc obtenue par inversion à partir d’un négatif sur lequel sont collés les fameux grains de fécule colorés. Il n’est donc pas impossible que les diapositives du club bisontin soient des prises de vue directes en inversible. Mais on peut aussi imaginer un contretype, les archives du club n’ont gardé que les diapositives montées pour la projection.

Sur les autochromes Lumière :
http://fr.wikipedia.org/wiki/Autochrome
http://www.autochromes.culture.fr

Voir également cet article de Claude Eichel, « Inversion des films noir et blanc » sur la réalisation de diapositives noir et blanc par inversion photochimique.
http://www.galerie-photo.com/inversion-film-noir-blanc.html
 

[5] Les ultra-micro-nikkors sont des optiques spéciales pour la photo-lithographie des circuits intégrés dont René Bouillot parlait dans les années 1970, dans son ouvrage sur les moyens et grands formats.
http://homepage2.nifty.com/akiyanroom/redbook-e/ultra/ultech.html
Avec des limites de résolution dépassant, pour certains objectifs de cette gamme, et dans des conditions d’utilisation très particulières, les 1000 cy/mm, c’est évidemment un rêve pour l’amateur-collectionneur … Mais, hélas, ces optiques n’apportent pas grand chose pour de la photo ordinaire qui ne peut jamais respecter le très strict cahier des charges du constructeur relatif aux conditions d’utilisation (une seule longueur d’onde UV, un seul grandissement, champ très restreint).
 
[6] http://fr.wikipedia.org/wiki/Patrimoine_ornemental_de_Besançon
 
[7]

Concernant la numérisation de films et plaques par re-photographie de l’image avec un appareil reflex numérique, nos lecteurs lisant l’anglais peuvent suivre ces discussions sur le forum nord-américain du grand format ; outre des idées de montages, on y trouvera d’intéressantes comparaisons d’images numériques obtenues soit par la technique de re-photographie soit par un classique scanner à plat.

La page des comparaisons :
http://www.largeformatphotography.info/forum/
showthread.php?88812-DSLR-Scanner-Scans-and-Comparisons/page2
Le coin des bricoleurs :
http://www.largeformatphotography.info/forum/
showthread.php?88697-DSLR-SCANNER-No-7

 

   

 

dernière modification de cet article : 2012

 

 

 

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