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l'auteur

Joel Pinson
Auteur Photographe
18, route de Péone
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Tel: 04 93 02 52 29
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L'Azo : tirage contact 
sur papier centenaire

 

Depuis ce jour de l'automne 2003 où il me fut donné de voir des tirages contacts 20x25 sur un papier dont je n'avais jamais entendu parler, rien ne fut plus comme avant. Ce papier ne ressemblait en rien aux barytés classiques: très mince, un aspect semi-brillant, une coloration légèrement verte, une échelle tonale surprenante et surtout une impression de profondeur de laquelle mon œil se délectait. De plus, le contraste entre la richesse de l'image et la fragilité apparente du support me donnait l'impression d'avoir entre les mains quelque chose de précieux que je manipulais avec précaution et étonnement. Renseignements pris, mon enthousiasme fut cependant rapidement émoussé par les challenges qui m'attendaient : les images qui m'avaient ébloui n'étaient pas le simple fait d'un papier différent, mais aussi le résultat de tout un processus visant à adapter l'ensemble de la chaîne à une pratique bien particulière et que je n'avais jamais considérée comme telle auparavant : le tirage contact. Les mots qui suivent sont donc le récit jubilatoire de mon apprentissage du tirage contact, je veux dire de ma prise de conscience que le tirage contact est autre chose qu'un négatif posé sur une feuille de papier, et que le résultat est à la hauteur de l'adaptation de ses habitudes et techniques de développement et de tirage ; et aussi bien sûr de l'utilisation d'un papier conçu pour le tirage contact : l'Azo de chez Kodak.

Qu'est-ce que l'Azo ? 

En 1996, dans la revue américaine " View Camera ", le photographe Michael Smith écrivait : " Aujourd'hui, pratiquement plus personne ne tire sur Azo, le dernier papier au chlorure d'argent pour tirage contact, et le plus beau papier pour tirages noir et blanc. La plupart des gens faisant du tirage contact à partir de négatifs grand formats le font sur du papier destiné à l'agrandissement ou bien, lorsqu'ils sont mécontents des résultats, se convertissent au tirage platine. Lorsque qu'on leur demande s'ils ont eu de mauvaises expériences avec l'Azo, la plupart des photographes répondent qu'ils n'ont jamais réussi à faire de bon tirages avec, ou que ce papier n'est plus fabriqué. Aussi surprenant qu'il soit, et bien que la plupart des magasins n'aient plus de stock, l'Azo est toujours fabriqué. L'Azo est le seul papier photographique fabriqué depuis aussi longtemps. Créé par la société Photo Materials à Rochester en 1898, Kodak racheta Photo Materials en juillet de la même année et n'a pas cessé depuis lors la fabrication de ce papier. "


l'azo

L'Azo est en fait le dernier papier au chlorure d'argent existant, alors qu'il en existait des dizaines autrefois. Ces papiers étaient appréciés pour plusieurs raisons. Ils étaient beaucoup plus lents que les bromures ou les chlorobromures, ce qui permettait leur usage par contact par les amateurs sans installation et précautions spéciales, le soir chez eux. Les papiers au chlorure se conservent beaucoup mieux que les autres (on parle de 10 ans au moins, contre 3 pour les autres, beaucoup rapportent avoir tiré sans problème sur de très vieux Azo). Le chlorure a une étendue tonale beaucoup plus longue que les autres papiers. Il a également une courbe très différente des autres papiers, et il n'est pas sensible exactement aux mêmes longueurs d'onde.

Voilà rapidement résumées quelques caractéristiques des chlorures, certaines expliquant la popularité du chlorure pour le contact. Enfin, si on peut utiliser pour les bromures des révélateurs qui fonctionnent pour le chlorure, l'inverse n'est pas toujours vrai, et les révélateurs pour chlorure se conservent souvent moins bien.

L'Azo qui était manufacturé à l'origine en six grades (de 0 à 5), n'existe plus aujourd'hui qu'en deux grades (2 et 3), et en deux dimensions (8x10, et 20x24).

 

Il ne me restait plus qu'à me lancer dans l'aventure. Ce qui suit est donc le récit candide de mon expérience. En guise d'avertissement, je précise à ceux qui ne me connaissent pas (les autres savent) que je ne suis pas au départ, loin s'en faut, un spécialiste du labo, discipline pour laquelle je n'avais pas d'attirance particulière, la considérant comme une étape nécessaire, sans plus. Mon expérience se limitait jusqu'alors à une pratique que je qualifierais de " standard " du labo noir et blanc, c'est-à-dire produits standards du commerce, papiers barytés classiques, et pour l'essentiel suivi scrupuleux des recommandations " fournisseurs " en terme de dilution, temps, et autres éléments.

Labo minimaliste

Première nouvelle, plutôt bonne, le tirage sur Azo ne nécessite que peu de choses: une vitre ou contacteuse, une ampoule opaline, et trois cuves pour révélateur, eau et fixateur. Rien de plus, les amateurs habitués à l'installation de l'agrandisseur et de ses nombreux accessoires dans la salle de bain apprécieront !


mon labo

Concernant l'exposition, une ampoule opaline de 75 à 100W placée entre 60cm à 1m au dessus de la vitre fera l'affaire. L'Azo étant un papier beaucoup plus lent que les papiers pour agrandissement, la densité de ses négatifs viendra guider le choix de la puissance de l'ampoule ainsi que la distance à laquelle on la place au dessus de la vitre de manière à obtenir des temps de pose " raisonnables ". Après divers essais, et une fois le développement de mes négatifs calé, j'ai opté pour une lampe de bureau (type architecte) avec une ampoule de 75W placée à 60cm à la verticale de la vitre. Avec ce dispositif, mes temps de pose sont généralement compris dans une fourchette de 30 secondes à 2 minutes. Michael Smith dit utiliser une ampoule de 300W placée environ 1m au dessus de la vitre, preuve s'il en est que ses négatifs doivent être très denses. Mais il n'y a pas de règle absolue dans ce domaine.

Adapter ses négatifs à l'Azo

Bien que l'on puisse tirer sur Azo des négatifs développés pour l'agrandissement, il devient rapidement évident après quelques tests qu'il faut adapter le développement de ses plan-films pour tirer le meilleur avantage de l'échelle tonale très étendue de l'Azo. J'avais lu : "acutance et contraste sont les deux éléments sur lesquels il faut d'abord travailler". Pour commencer, j'ai donc utilisé le bon vieux Rodinal qui m'était familier : très bonne acutance à forte dilution (1:75 dans mon cas) et après calage avec mon film et indice d'exposition, j'obtenais des négatifs bien contrastés, une échelle tonale qui me paraissait bonne et un niveau de détail qui me paraissaient aussi très correct. Les premiers tirages allaient cependant me décevoir, je ne retrouvais pas cette profondeur de l'image, cette netteté qui m'avaient enthousiasmé... bien sûr, la suite de l'histoire m'apprendra que d'autres éléments que la qualité du négatif entrent en ligne de compte (voir plus bas) et contribuent au résultat que j'avais vu ; mais pour l'instant je devais résoudre le problème du négatif.

Je le savais (pour l'avoir lu) depuis que j'avais commencé à m'intéresser à l'Azo, les révélateurs colorants au Pyro étaient la voie à suivre. Sandy King, dans son excellent article " Les révélateurs colorants au Pyro " nous dit : " Alors que l'AZO est disponible en deux grades, même son grade le plus doux a une échelle d'exposition plus longue que les papiers argentiques courants. Cela signifie qu'on a besoin d'un négatif avec beaucoup de contraste pour tirer sur de l'AZO grade 2 " ; les révélateurs au pyro étaient censés apporter ce micro-contraste et cette séparation dans les hautes lumières qui m'avaient séduits lors de ma rencontre avec l'Azo. Mais les aspects négatifs des révélateurs au Pyro me faisaient aussi hésiter : produit chimique très toxique, difficulté à obtenir des résultats stables, coloration irrégulière, zébrures, zonage, bref… pas très engageant quand on développe au Rodinal depuis des années dans une Jobo et que les résultats sont ce qu'il y a de plus fiable et de régulier ! Enfin, " révélateurs au pyro " voulait dire pour moi se lancer dans la fabrication de son révélateur, manipuler des produits toxiques, en quelque sorte jouer au petit chimiste ce qui ne m'emballait guère. Heureusement, Sandy King et son Pyrocat HD allait me donner le courage de faire ma révolution culturelle ! N'écrivait-il pas : " Le Pyrocat-HD est un révélateur basé sur la Pyrocatéchine et la Phénidone, qui bénéficie de plusieurs avantages évidents sur les révélateurs au Pyrogallol lorsqu'on développe les plan-films en rotation à l'aide de tubes ou de tambours, parce qu'il est moins sujet à une coloration indésirable ou à un développement irrégulier ".

Pyrocat HD serait donc " la " solution ! La fabrication du révélateur me préocupait toujours quand même un peu. Je commandais tout d'abord la formule " Sandy King " de chez Photographer's Formulary. Je pensais éviter la manipulation des produits, mais en fait, il faut quand même manipuler et mélanger les divers éléments qui sont toutefois pré-pesés et livrés dans des petits sachets indépendants. Ce n'est finalement pas si terrible, mais j'avoue quand même que je jubilais le jour où je découvris qu'il existait des formules liquides du Pyrocat HD ! Les charmants Maja et Günter Ströbele (www.lotusviewcamera.cat) m'adressaient depuis l'Autriche et en un temps record leur formule liquide : deux flacons A et B à diluer dans l'eau, cette fois je n'avais plus d'excuses !


le Pyrocat HD

Pour la dilution, je suivais les recommandations de Sandy King pour le développement de négatifs prévus pour tirage sur Azo, soit une dilution de 2:2:100. En ce qui concerne le traitement en Jobo à proprement parler, rien de particulier par rapport à un traitement avec un révélateur classique, j'ai pu rapidement caler le temps de développement en fonction de mon film. Une chose toutefois, la vitesse de rotation doit être réglée le plus bas possible. Ceci est très important parce qu'une rotation rapide produit une forte augmentation de la coloration générale et du voile, due à l'oxydation de la Pyrocatéchine. Si la vitesse de rotation ne peut pas être réduite à un niveau acceptable, Sandy King recommande " d'ajouter 30% supplémentaires de solution A lorsqu'on fabrique la solution de travail ou au choix (pas les deux en même temps) d'ajouter environ 0,3 g de sulfite de soude pour chaque litre de solution de travail. " Dans mon cas (Jobo CPP2) j'obtiens des résultats satisfaisants en positionnant le sélecteur de vitesse au plus bas (avant même la première position).

Afin de me convaincre une dernière fois que le pyro était bien la bonne solution, je développais une série de clichés identiques dans le Rodinal et le Pyrocat, et les posais sur la table lumineuse, compte-fils en main. Le résultat était bien à la hauteur de mes espérances : effets de bord, micro-contraste, meilleure séparation des hautes lumières étaient bien au rendez-vous ! La coloration brune surprenante au premier abord, semblait déjà donner un effet visuel de relief que le Rodinal plus " plat " ne rendait pas. Je sentais avec délectation que je venais de franchir la première étape vers les images qui m'avaient séduit quelques mois plus tôt. Restait à tirer pour constater les progrès !

Tirage sur Azo, quel révélateur ? 

Comme mentionné plus haut, l'exposition est réduite au plus simple, pas d'objectif, pas de diaphragme, pas de filtre ; une simple ampoule et un interrupteur sont nécessaires. Je trouve que cette simplicité permet de se concentrer vraiment sur le tirage, surtout que la taille du négatif (20x25 dans mon cas) conjuguée avec la forte luminosité générée par l'ampoule de 75W permet de très bien voir l'image et rend le maquillage assez facile. A propos de maquillage, il est important de noter qu'il est parfaitement possible en tirage contact de maquiller un tirage. Et ce tout simplement, en utilisant ses mains ou des masques en carton, comme on le fait en agrandissement. A noter toutefois une petite anecdote qui m'est arrivée: après quelques maquillages avec des bouts de carton épais, je constatais que les zones masquées avaient tout de même tendance à s'assombrir un peu, et ce proportionnellement à la durée du masquage. Il se trouve que le carton que j'utilisais était bien blanc et que, comme je le disais plus haut, la lumière ambiante avec un éclairage direct de l'ordre de 100W étant assez violente, mon carton blanc réfléchissait en fait la lumière et donc sur des maquillages longs, les zones masquées continuaient de recevoir de la lumière. Solution simple : utiliser des cartons plutôt sombres, voire noirs.

Une fois exposée, il faut manipuler la feuille avec précaution, surtout lorsqu'elle est mouillée. Le faible grammage de l'Azo le rend en effet fragile une fois mouillé, et il est prudent d'éviter les pinces et de manipuler si possible à la main. Dans le cas de révélateurs toxiques, genre amidol, porter des gants devient indispensable. Je dois dire que je prends un plaisir tout particulier à manipuler la feuille d'Azo mouillée, on a plus l'impression d'avoir entre les mains une membrane qu'une feuille de papier ; j'aime cette fragilité qui donne à l'image un côté précieux.

La question du révélateur est évidemment essentielle. Après avoir pris conseil auprès d'utilisateurs expérimentés, les révélateurs les plus utilisés sont : le Neutol WA, l'Ansco 130, et bien sûr les révélateurs " cuisinés " à base d'amidol. Fidèle à mon aversion pour la chimie (on ne se refait pas), je décidais dans un premier temps au moins d'essayer le Neutol WA de chez Agfa. Facile d'utilisation, sa réputation avec l'Azo est excellente et je ne fus pas déçu. Un temps de deux minutes avec les grades 2 et 3 " canadien " est nécessaire, alors qu'une minute était suffisante pour l'Azo " américain ". [Petite parenthèse : la fabrication de l'Azo a changé il y a environ un an et demi, et est passée des Etats-Unis au Canada (la provenance est maintenant indiquée sur les boîtes, avec une date de péremption qui n'y figurait pas auparavant). On appelle donc " Azo canadien " les nouvelles productions manufacturées au Canada. Toujours est-il que ceux ayant utilisé l'Azo depuis un certain temps rapportent un certain nombre de changements liés à la nouvelle production canadienne : un changement de tonalité, des temps de développement plus longs, et une plus longue échelle tonale. Le nouveau 2 par exemple est bleuté, l'ancien était légèrement vert ; le nouveau 3, reçu récemment, est beaucoup plus dur que l'ancien, etc.. il est donc possible d'observer des différences suivant la provenance.] Après fixage dans un fixateur classique du genre Rapid Fixer d'Ilford, les résultats sont excellents.

Mais voilà… je ne pouvais ignorer plus longtemps l'amidol ! Après tout, comme dit Michael Smith " si c'était bien pour Edward Weston, ça devrait l'être pour moi aussi ". Donc, il fallait essayer, et tant pis pour le côté " petit chimiste " ! Ce qui me donnait le plus envie d'essayer, c'était tout ce que j'avais lu sur les bénéfices de l'utilisation conjuguée de l'amidol avec un bain d'eau. Extrait de " How To Print on a 100-Year Old Paper, The Azo and Amidol Story " de Michael Smith : " Quelques fois il arrive qu'un négatif tiré sur un papier de faible grade manque de contraste, et donne un tirage trop contrasté sur le grade supérieur. Si l'on utilise un bain d'eau, une action de compensation se produit et il devient possible d'obtenir un résultat qui se situe entre deux grades. Le tirage est tout d'abord immergé dans le révélateur, avec agitation. Puis, au moment opportun le tirage est retiré du révélateur et placé dans un bain d'eau, sans aucune agitation. Ce qui se passe alors c'est que les zones sombres vont arrêter de se développer parce que tout le révélateur qui était en contact avec ces zones-là est déjà épuisé. Par contre, pour les hautes lumières, le développement va continuer. Le résultat est un tirage qui aura aussi bien des détails dans les hautes lumières que dans les ombres. " La démonstration me paraissait fabuleuse, n'est-ce pas le rêve ? En poussant le raisonnement, on pourrait même imaginer n'utiliser qu'un seul grade de papier et, en jouant sur le temps passé dans le révélateur et le bain d'eau, attendre gentiment l'équilibre parfait. En résumé, utiliser un révélateur à l'amidol et un bain d'eau permet d'obtenir des grades intermédiaires et supplémentaires, et donc de n'avoir pas uniquement que les grades 2 et 3 à disposition.

Il existe plusieurs formules de révélateur à l'amidol. Je décidais pour ma part d'utiliser la formule de Michael Smith, elle-même dérivée de celle de Weston, mais avec une bien moindre quantité de bromure, " le secret " selon Michael. Je me mis donc en quête des produits nécessaires : sulfite de sodium, bromure de potassium, acide critique, et amidol. Première difficulté, après quelques semaines de démarches, coups de téléphone et autres mels, je n'ai pu trouver aucun fournisseur acceptant de m'envoyer en France de l'amidol pur. L'amidol est classé parmi les produits dangereux et comme tel ne peut plus être expédié " par avion ". Comme les seuls fournisseurs connus sont soit aux Etats-Unis, soit au Royaume Uni, et n'ayant trouvé aucun fournisseur en France, ni en Europe continentale, mon essai d'amidol semblait compromis. Et puis, une nouvelle discussion avec Photographer's Formulary, me redonnait espoir : si l'envoi d'amidol brut est interdit, ils acceptaient néanmoins de m'envoyer la Formule Weston, prête à l'emploi, c'est-à-dire avec les seules quantités de produits pour faire un litre de révélateur, soit une très petite quantité d'amidol puisque limitée à 9g. Puisque la formule de Michael Smith utilise bien moins de bromure, je pouvais donc partir de la formule Weston et réduire simplement la quantité de bromure. Affaire conclue, je pouvais enfin faire mes essais. Pour clore le chapitre sur ce sujet, il est sans doute possible de trouver des fournisseurs européens d'amidol, peut-être plutôt un fournisseur de produits chimiques qu'un revendeur de produits photographiques, et dans ce cas probablement sous le nom savant de l'amidol, le " diaminophénol " ; si tel est le cas, les quantités minimales de commande risquent cependant d'être importantes et nécessiteraient probablement un achat groupé. A suivre.


La formule de Weston

Je décidais de tester la technique du bain d'eau sur un négatif que j'avais longuement essayé, sans réel succès, de tirer correctement. Négatif manquant de contraste, et qui nécessitait non seulement le grade 3 mais aussi beaucoup de maquillage sur trois zones différentes pour un résultat encore imparfait. Le test du bain d'eau allait littéralement me sidérer ! Un temps de pose d'une minute (il me fallait maquiller certaines zones jusqu'à deux minutes avec le Neutol), aucun maquillage, une minute dans l'amidol, et deux minutes dans un bain d'eau sans agitation : le miracle se produit et le tirage est quasi-parfait ! La démonstration était éclatante, si les résultats obtenus sur des négatifs bien équilibrés sont similaires entre le Neutol et l'amidol, dés que les choses deviennent un peu plus compliquées, l'amidol est réellement extraordinaire. Le jeu en valait bien la chandelle.

Virage

L'Azo a une tonalité naturelle légèrement verte, voire bleutée, suivant qu'il s'agit d'Azo américain ou canadien. La tonalité comme toujours est affaire de goût personnel. Certains aiment, d'autres pas. Je dois dire que je ne me suis soucié de la tonalité du papier qu'une fois content de mes tirages. Et à ce moment là seulement, la tonalité verte m'a parue un peu gênante sur certains tirages. J'ai donc fait quelques essais de virage au sélénium : avec une dilution moyenne (1:20) on arrive à supprimer la tonalité verte en seulement une à deux minutes. Au-delà le sélénium agit rapidement, donnant une coloration rosée en deçà de quatre minutes, et franchement vilaine au-delà. En tout cas, sensibilité au sélénium indéniable, modulable suivant l'effet recherché, qui apporte aussi une meilleure impression de profondeur.

Montage

Une fois séché, l'Azo montre tous ses atouts et le bonheur est enfin là devant sous les yeux. Pour avoir essayé le tirage contact sur barytés classiques, il y a un monde entre un tirage contact sur Azo et un tirage contact sur Ilford FB par exemple. Mes premiers contacts sur Ilford étaient sans relief, et manquaient d'acutance. L'Azo offre ces effets de bord, ce micro-contraste, et cette profondeur qui donnent à l'image finale ce rendu si particulier, et une présence très forte.

Pour ceux qui trouvent ce papier trop fin, je recommanderais de monter l'Azo sur un carton de qualité qui mettra en valeur le tirage. Je viens de faire monter quelques tirages sur du Bainbridge Alpharag pur coton, au passage un carton magnifique parfaitement " archival ". L'assemblage de l'Azo, sa finesse, sa profondeur, et la douceur de ce carton donne un résultat vraiment très beau que j'ai un vrai plaisir " tactile " à prendre en main. Un vrai moment de bonheur.

Le défi de Michael Smith et Paula Chamlee

Enfin, il est impossible de parler de l'Azo sans parler de Michael Smith et Paula Chamlee. Cela serait même un oubli plein d'ingratitude. Ce couple de photographes est en effet, et à plusieurs titres, indissociable de l'histoire de ce papier. Tout d'abord, ils tirent sur Azo depuis une trentaine d'années et constituent à eux seuls une mine d'information sur la pratique du tirage contact sur Azo. Mais surtout, si Kodak manufacture toujours ce papier en 2004, et n'a jamais arrêté depuis 1898 (un record !) nous le devons en très grande partie à l'action de Michael et Paula auprés de Kodak. Il y a quelques années, alors que la rumeur de l'arrêt de la production de l'Azo se faisait plus pressante, Michael et Paula prirent l'engagement auprés de Kodak d'assurer à eux seuls la quantité minimum nécessaire pour que Kodak continue de produire l'Azo. Bien sûr, cette quantité est supérieure à leur propre besoin, et il est économiquement nécessaire qu'ils en revendent une partie à ceux qui veulent continuer d'utiliser ce papier.

Michael m'a autorisé à traduire ci-dessous la lettre jointe à réception de toute commande passée sur leur site :

"Merci pour votre commande. Vous contribuez à garder ce merveilleux papier " en vie ". - Notre Engagement - Nous nous engageons à garder l'Azo " en vie ". Nous achèterons plus que nous ne pourrions revendre parce que nous utilisons l'Azo pour notre propre travail et nous voulons stocker ce qui nous serait nécessaire pour toute une vie. Pour cette raison, et contrairement aux revendeurs classiques qui ne stockent que ce qu'ils savent pouvoir revendre, nous ne serons jamais en rupture de stock. [...] Nous ne nous faisons aucune illusion sur l'aspect profitable de tout ceci. Essayer de garder ce formidable papier en vie est pour nous une raison suffisante pour en devenir revendeurs. Et si tout le monde achète par notre intermédiaire, nous pourrons acheter des quantités suffisantes pour le garder en production encore pour de nombreuses années. Pourquoi nous ? Parce que nous ne connaissons personne d'autre qui se soucie de l'avenir de ce papier au point de vouloir le stocker en grandes quantités, le revendre, et répondre aux questions des utilisateurs. Nous aurions été ravis qu'un revendeur professionnel prenne soin de nos commandes (les vôtres et les nôtres), mais cela ne s'est pas produit.

Nous maintiendrons l'Azo " en vie " aussi longtemps que nous le pourrons. Notre commande annuelle minimum représentant une somme importante, nous avons besoin que chacun commande si possible par notre intermédiaire. Nous avons heureusement la capacité de stocker ce que nous ne pourrions pas revendre, mais nous devons réaliser de nombreuses ventes pour pouvoir acheter la quantité minimum. Nous devenons revendeurs d'Azo non seulement pour notre bénéfice, mais aussi dans un esprit de service envers la communauté de la photographie Grand Format, et nous espérons que c'est bien dans cet esprit là que notre engagement est compris.

Merci de nous aider à faire connaitre cet engagement. La quantité d'Azo que nous serons capables de vendre est notre seule chance de convaincre Kodak de continuer à produire ce papier." Michael A. Smith and Paula Chamlee http://www.michaelandpaula.com 

Nul besoin de dire que si vous voulez essayer de tirer sur ce papier, la moindre des choses est de le commander chez Michael et Paula. Nous le leur devons bien. A noter aussi sur leur site une section totalement dédié à l'Azo : des articles techniques et un forum dédié qui constituent une source unique d'information et de conseils. Sans oublier que Michael répond toujours avec plaisir à toute question qui lui est adressée directement, hors forum.

Au moment où je termine cet article, Michael m'envoie une mise à jour de son article " How to Print on 100-Year Old Paper " devenu maintenant " How To Make The Ultimate Silver Print". Ceux qui lisent l'anglais peuvent le trouver ici

 

Conclusion

J'espère avoir réussi à faire passer tout le plaisir que m'ont procuré ces quelques six mois de " quête " vers le tirage contact sur Azo. A l'arrivée, il y a la découverte de la beauté d'un tirage contact, mais surtout la compréhension que tout ceci n'est possible qu'à une seule condition : utiliser des produits (papier, révélateurs film et papier) adaptés au tirage contact ; au lieu d'utiliser des papiers et des produits conçus pour l'agrandissement pour faire du contact.

Ce qui m'apparaissait comme inaccessible au début, par incompétence, paresse ou manque d'intérêt, me semble aujourd'hui indissociable de ma pratique du grand format, et plus particulièrement du format 20x25. Non seulement, le tirage est maintenant partie intégrante des photos que je fais, mais j'y trouve un plaisir que je ne soupçonnais pas. A l'heure des mutations " numériques " qui secouent le petit monde de la Photographie, j'avoue un authentique plaisir à réaliser en complète autonomie et " avec mes mains " des images, presque des objets, dont la valeur à mes yeux n'a pas de prix. Le prix du plaisir peut-être ?

Je tiens aussi à remercier Jimmy Péguet pour m'avoir fait découvrir l'Azo, et surtout pour les conseils, les explications, et tout ce que la communauté de Galerie-Photo sait dont Jimmy est capable.

 

   


Chalencon 2004 - Joël Pinson©

 

 

   

dernière modification de cet article : 2004

 
     

 

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