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juin-2018 

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l'auteur

Jean-Louis Maignaut

retraité, ancien cadre dans un établissement de la Cie de St Gobain (céramiques industrielles) où il a œuvré dans différents services : techniques, contrôle qualité, informatique, etc. A fait ses premières photos dans les années 50.

maginwald@orange.fr

 

 

Merci à Georges Laloire
pour sa relecture bienveillante.

 

Jean-Louis Maignaut :
mes sténopés

 

Qui n'a jamais vu de photographies réalisées au sténopé ?

Des images floues au mieux, ou illisibles, hyper-contrastées, centrées dans un cercle noir censé les mettre en évidence ou au moins les identifier comme telles. Tel est l'avis des détracteurs grands amateurs de delta E ou de paires de lignes au mm.

Les thuriféraires eux y voient une esthétique nouvelle (?) une approche éducative, etc. etc. et se pâment sur un cliché devant lequel les autres passent en détournant le regard et les commentaires sont dignes de ceux que l'on peut entendre à Arles.

Qui a raison ?

Il y a un grand nombre de sites Internet qui traitent du sujet, esthétiques, techniques et technologiques. Nous n'irons pas plus loin dans ce sens.

Il existe des appareils de toutes tailles et de tous poils. Du dé à coudre à la caravane voire au hangar aménagé, avec développement au seau de révélateur et au balai brosse. Laissons cela au livre des records. Le reste se promène entre la réalisation personnelle plus ou moins soignée, et parfois décorée, et quelques modèles commerciaux bon marché ou luxueux, et même des numériques de plus de 10 mégapixels équipés d'un bouchon percé !

Plutôt cartésien, médiocre photographe (1) mais pas trop maladroit de mes dix doigts, j'ai choisi la réalisation personnelle et, informé des limites du procédé, de me fixer un objectif : essayer de fabriquer des images qui ne prétendront jamais avoir la définition de celles fournies par des optiques à 53 lentilles asphériques hyper-traitées mais d'approcher au plus près de celles que pouvaient permettre les matériels dont disposaient mes prédécesseurs il y a plus d'un siècle. Au mieux viser la qualité des box et foldings équipés d'un ménisque vaguement achromatique. Donc, essayer de ne pas trop ressembler à un sténopé, c'est mon défi !

6X13 panoramique (film format 120)

les commodités essentielles : chargement, avancement et comptage des vues, aide à la visée, niveau et pense bête. Une cloison interne amovible et une platine avant équipée de deux "obturateurs" "synchronisés" permet la réalisation de vues stéréoscopiques.

Toujours avec la cloison interne et deux obturateurs séparés on peut tirer 12 vues 6X6 du film 120. (La gestion de l'utilisation alternée des deux chambres et de l'avancement du film est pénible (pas fait pour les distraits, plutôt pour les radins)

Panoramique 56x112 courbe : Réalisation complexe

L'éclairement est uniforme sur tout le champ, le rendu perspectif est très surprenant surtout si l'appareil n'est pas tenu rigoureusement horizontal. Le champ est de l'ordre de 107°

La chambre de prise de vue est amovible. Le film est maintenu plaqué par sa tension à l'aide de ressorts de freinage des bobines.

Image prise en cours de construction.

Simple, compact, productif,
en chêne massif

…avec l'utilisation d'un dos 6X7 Graflex :

Format 56X72 mm – Champ 76°.

Sténopé utilisant du plan film 4X5

Un pied dans la cour des grands avec ce modèle utilisant du plan film 4X5 :

L'utilisation d'un simple ressort presseur permet de s'affranchir des sempiternels bracelets élastiques que l'on perd, ou de rubans adhésifs qui, soit vous collent aux doigts, ou refusent d'adhérer après deux ou trois collage/décollage.

Le navire amiral

Encore plus grand avec ce modèle 5X7 pouces – 13x18 cm

Les petits inserts sur fond blanc sont magnétiques.

Ils servent pour la fixation d'un pare soleil (le sténopé de 0,26 mm dans une feuille de 5/100 dans le plan de la face avant admet la lumière sur près de 160°). Un petit verrou évite tout "déclenchement" intempestif

L'intérieur : une cloison (chicane, bafflage) à mi focale pour limiter les réflexions internes parasites et la diffusion. On peut compléter avec du feutre.

Vue latérale pare soleil en place, il y a également une platine pour fixation sur un pied sous le grand côté. Il ne reste plus qu'a installer le ressort presseur du châssis et une aide à la visée. La "focale" sera de l'ordre de 84mm, le champ donc ne dépassera pas 90°

Aide à la visée, elle permet un semblant de correction de parallaxe et, accessoirement, le transport. Un spécialiste Breton bien connu à qui je l'ai présenté, m'a dit que cela lui faisait penser à un couteau Suisse !

Quelques images obtenues...


Avec le 6x13 panoramique


Toujours au 6x13 panoramique. Pour emplir au mieux le négatif il aurait fallu se placer au milieu de la chaussée.
Trop risqué !


Avec le panoramique courbe. Non le carreleur n'était pas ivre ! Noter toutefois l'uniformité de l'éclairement.


La tarente, toujours au panoramique courbe. Pas besoin d'aller en Afrique orientale pour un safari photographique ! Mais les menuiseries accusent le coup. (Pour ceux qui ne connaissent pas : la tarente est une sympathique bestiole équipée de chaussons spéciaux qui lui permettent de passer des heures au plafond ou sur une vitre. Et c'est aussi efficace et plus bio qu'une bombe insecticide)


Chaussez vos lunettes vert/rouge. Le relief est là, avec un flou "Hamiltonien" (beurk!). Une "capitelle" (Languedoc) - En Provence ont dit "borie"


Avec le format 4X5 (10,2X12,7 cm)


HP5/Cafénol CL - Seule retouche après scan : un recadrage à mon goût.


Cascade en pose longue (pas d'utilisation de filtre gris pour allonger la durée d'exposition).

Quelques considérations

Le sténopé permet des angles de champ fabuleux, mais avec une surface sensible plane les lois de l'éclairement sont impitoyables. Vouloir exploiter un champ trop important mène irrémédiablement à un noircissement sur les bords ; même les révélateurs les plus spécialisés pour les bords, les plus doux, les plus compensateurs, etc. etc. n'en viennent pas à bout. Je me contente souvent d'un champ inférieur à 90°(sauf une centaine pour le panoramique 6X13 et 110° maxi pour panoramique courbe). La surface sensible courbe permet d'échapper à cette contrainte mais il faut faire avec la géométrie...

La stabilité et le temps : bien sûr pas question de faire de la photographie sportive ou de "shooter" au milieu d'une émeute, ni d'aller subrepticement pirater à la volée des documents ultrasecrets ; il faut donc un appui très stable et de la patience. Le vent est un ennemi, un camion qui passe aussi, et il y en a d'autres. Mais il reste encore beaucoup de sujets plus dociles.

"L'Objectif'' : les règles du jeu sont définies : il y a un rapport étroit entre le diamètre de l'ouverture et la distance au plan du film pour obtenir la définition maximale ; sachant que la diffraction est a l'affût il n'est guère permis d'écart. La feuille mince percée d'un trou doit être la plus fine possible (quelques centièmes de mm) et les bords aussi nets que possible aussi. C'est extrêmement difficile à réaliser. Mieux vaut s'en procurer pour une pincée d'euros auprès de ceux (2) qui sont capables de les fabriquer de façon reproductible et avoir plus de temps libéré pour faire des images.

Personnellement je préfère partir sur le terrain avec un appareil pouvant permettre de prendre plusieurs vues (rollfilm ou châssis multiples) que de charger une surface unique dans une boite unique, revenir, et développer une image qui a peu de chances d'être satisfaisante. On en a d'avantage avec une pleine bobine ou quelques plans films.

Quelques considérations techniques

Sur l'image de la terrasse faite avec le panoramique courbe, les plus observateurs auront remarqué deux choses : au milieu de la traverse basse (il n'y en a que deux) du dossier de la chaise pliante un petit carré plus clair et, de la chaise vers l'appareil, un mètre à ruban posé a même le sol. Il s'agit d'un embryon de mire au pas de 10 mm

Compte tenu de la distance chaise/appareil (environ 3 m) et de la focale de 60 mm, la mire est réduite de 1/50 soit un pas de 0,2mm ou 5 paires de traits par mm avec un contraste faible, mais suffisant pour distinguer les traits.

Bien entendu, il n'y aucune accentuation et interpolation sur l'image scannée. Un objectif photo de bonne qualité, en petit format par ex., sépare au centre une centaine de paires de lignes par mm, mais ce pouvoir séparateur ne vaut que si le point image souhaité net se forme rigoureusement dans le plan de la couche sensible, un ou deux dixièmes de mm en avant ou en arrière et c'est fichu.

Pour un sténopé, que le plan du film soit décalé ou gondolé de un à deux mm voire plus, ne change rien, la netteté sera la même, la réduction locale de taille seule en sera affectée dans la proportion de 300/5,8 ou 300/6,2 dans ce cas là, des queues de cerises !

L'amorce de pixellisation ne permet pas de reproduire finement le détail de l'orifice ; l'examen avec un fort grossissement optique est plus probant. (Image et mesures comparatives effectuées avec le logiciel ImageJ)

Mes ficelles

J'utilise le plus souvent le film Ilford HP5, très répandu et accessible.

J'aime bien le révélateur Cafénol, ne serait ce que parce qu'il est rassurant de ne touiller que des produits quasiment inoffensifs et je garde liées la rusticité de la chimie et celle de la prise de vue.

Je détermine l'exposition de base avec une vieille cellule Lunasix 3 que je lis systématiquement à l'ouverture F:90 ; ensuite j'applique un coefficient de relation entre ce F:90 et l'ouverture réelle du sténopé (élevé au carré) et ensuite la correction de réciprocité : j'élève le temps de pose calculé à la puissance 1,48(3) Bigre ! C'est plus simple qu'il n'en a l'air : temps de pose à F:90 = 4 secondes (par exemple) ouverture réelle du sténopé F:240 (par exemple)
Rapport 240/90 = 2,66 soit au carré et arrondi = 7
Donc 4X7 = 28 secondes à F :240
Je ne vais pas me lessiver le cerveau à chaque exposition, ce coefficient 7 est tout simplement scotché sur l'appareil, il lui est spécifique. Et je récite tout bêtement ma table de 7 comme à l'école : 7x4 = 28, basta ! Et ensuite ? Idem pour mes méninges, j'ai dans ma musette avec l'appareil et le posemètre, une calculette pour lycéen (c'est moins cher qu'un posemètre) et la valeur de l'exposant est notée indélébilement à l'intérieur du rabat de la cellule, il suffit de rentrer deux valeurs et de presser la touche résultat.(4)
D'ou 28^1,48 = 138 secondes (2 minutes 18s, ça je le fais de tête !) Tout cela prend moins de 10 secondes. Et bien sûr une montre. Mais parfois aussi, je me laisse aller ….

Bonne lumière !

 

 

Notes

(1) Comme le Chat de Geluck : "Je ne fais que des photos sans intérêt, l'avantage c'est que quand elles sont ratées, je m'en fous".

(2) Sténocaméra en France par ex.

(3) Cela semble être une recommandation déduite des graphes sur la réciprocité qui illustrent les prospectus à l'intérieur des boites Ilford. Mais on trouve également sur le Net des tables diverses concernant différents types de film. Rien n'empêche de les imprimer et d'en garnir votre sac.

(4) Rien n'empêche aussi les forcenés du calcul mental de calculer 28 ^3/2 (soit 1,5 au lieu de 1,48) → racine de 28 au cube, la différence est peu importante, surtout pour une exposition au sténopé.

   

 

 

dernière modification de cet article : 2018

 

 

 

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