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l'auteur

Henri Peyre
Né en 1959
photographe
Beaux-Arts de Paris en peinture
webmaster de galerie-photo
ancien professeur de photographie
à l'Ecole des Beaux-Arts
de Nîmes

www.photographie-peinture.com
organise des stages photo
www.stage-photo.info


 

 

 

 

   

 

 

Un essai tardif du Sigma DP2 Merrill

par Henri Peyre

Le Sigma DP2 Merrill est un appareil déjà ancien puisque Sigma l'a lancé le 16 juillet 2012. Mais ses qualités méritent qu'on en parle encore. C'est en effet un merveilleux appareil pour le paysage. Si la prise de vue est mal commode et du coup assez technique, l'appareil est très léger et le traitement de l'image comme les résultats atteints rappelleront à l'utilisateur le "toucher" de la chambre photographique. C'est rustique, cela oblige à être fort en technique, mais quel plaisir de tirer d'une machine râpeuse des images bien plus belles que celles de tant d'autres appareils bien plus récents et plus chers !

Contexte et circonstances 

Evidemment nous nous y prenons bien tard.

Mais il faut se mettre à notre place. Il sort ces temps-ci sur le marché des boîtiers moyen format intéressants, comme le Fuji GFX 50S avec son capteur de 43.8 x 32.9 mm.

Autrefois les dos numériques moyen format de plus de 50mpx étaient parfaitement inabordables pour des bourses comme la mienne ; j'admirais déjà les résultats obtenus par les (bons) utilisateurs de ces merveilles, mais les prix stratosphériques de ces matériels et la perspective de lâcher un jour par inadvertance, dans une manipulation, un capteur aussi cher et de perdre d'un coup mon investissement, me dissuadait d'acheter quoi que ce soit de pareil.

Je détournais les yeux.

Aujourd'hui ce n'est plus pareil. On est presque dans l'abordable, je peux me projeter faisant un gros chèque, mais pas sans calcul, compte tenu de la somme qui me rend quand même craintif. Enfin c'est presque à ma portée et je peux envisager de faire rouler les dés, de changer peut-être enfin mon matériel numérique qui a déjà quelques années.

Avec galerie-photo j'ai la chance de connaître pas mal de photographes, de pouvoir parler de ces beaux matériels avec eux. C'est ainsi que j'ai commencé à discuter avec Stéphane Spach, récemment passé au Fuji et très heureux de son matériel.

Stéphane fait énormément de photographies pour des clients. Il a une approche de photographe professionnel, mais développe assez largement à côté de son travail une recherche artistique. Je respecte donc son avis, parce qu'il est capable de motiver ce qu'il dit sur un appareil par rapport à des objectifs d'expression. On est par exemple tous les deux assez d'accord sur la façon de tester un appareil : il faut mettre deux photographes dessus et les laisser traiter un sujet donné, dans un cadre défini, exactement comme ils l'entendent, de toutes leurs forces, avec tous les traitements ou retraitements qu'ils veulent. Au final, on regarde ce que cela a donné. On observe les travaux proposés et les pistes utilisées pour y parvenir, les univers et possibilités techniques ouverts par le matériel, employés ou pas.

Stéphane travaille de très belles images de sous-bois sombres et il est à la recherche d'une dynamique étendue avec une pléthore de détails visibles dans les basses lumières. Il est passé au tout dernier Fuji, m'a-t-il expliqué, pour ces raisons-là.

Il m'explique avoir trouvé avec son GFX un très grand bonheur : l'appareil est simple, très polyvalent, permet le recadrage, donc beaucoup de souplesse. Il me dit qu'il s'est donc débarrassé de tous ses autres matériels, dont sa chambre Arca-Swiss et son Sigma DP2 Merrill. Que la vie est plus belle, simplifiée, avec un seul appareil. Sur le coup je ne fais pas attention. Sa philosophie radieuse me plait et je reviens seulement sur le GFX, évidemment un peu plus tenté par un appareil qui donne tant de bonheur.

Dans la discussion que j'ai avec Stéphane sur le sujet, je critique toutefois un point précis, que j'ai observé sur des images faites sur un GFX et que je ne retrouve pas sur les images que Stéphane m'a envoyées, puisqu'il travaille plutôt dans les basses lumières. Dans les très hautes lumières, quand il y a un reflet spéculaire, le cramé renvoie des liserés violets, et je pense que je n'aimerais pas avoir cela sur mes images. Voilà le problème, illustré par des images-exemples trouvées sur le net :

C'est probablement peu important, mais je fais une fixation là-dessus, partie parce qu'un de mes premiers Canon numérique me faisait pas mal de misères de cette sorte qui trahissaient le numérique, alors que j'étais alors très proche du film (et du coup je déteste encore ces franges colorées inventées par l'objectif, le capteur ou l'appareil) ; partie parce que probablement le budget du Fuji est encore un peu trop élevé pour moi. Du coup je veux bien être saigné comme un cochon, mais seulement si j'atteins vraiment le bonheur.

Enfin naturellement j'embête Stéphane avec ces remarques désobligeantes. Il ne me répond rien sur ce point. Je respecte de mon côté son bonheur et n'insiste pas.

Je sais bien par ailleurs ce qu'est une chambre Arca mais peu ce qu'est un Sigma DP2 Merrill, sinon que l'appareil utilise un capteur fovéon(1). Si Stéphane, qui est très exigeant, a eu un moment cet appareil, il faut que je regarde cela de plus près.

 

 

Je me documente un peu. Je regarde surtout pour la première fois quelques images de DP2 que Stéphane m'envoie, que je complète avec quelques autres que je glane sur le net. Je dois dire que j'éprouve un premier choc : la propreté des images me semble extraordinaire ; les couleurs sont superbes, et j'ai même l'impression de n'avoir jamais vu des verts aussi justes.

Par ailleurs je me rappelle avoir entendu il y a quelques années Marc Genevrier, que les premiers lecteurs de galerie-photo connaissent bien, me dire qu'il ne voulait plus d'autre appareil tout en me brandissant au-dessus de la tête, du haut de son mètre quatre-vingt dix, un petit appareil noir.  Je me rappelais seulement du comique de la scène et que c'était un appareil de chez Sigma. Pas plus. Mais vous savez, quand on est jeune, on est toujours bête.

Je continue d'approcher l'appareil. Je relis qu'à cause des caractéristiques du capteur, où les systèmes de captures sont placés en profondeur dans le silicium, on ne compte pas les pixels comme sur les autres appareils. Je l'avais lu dans le temps, je me rappelle que cela avait empêché l'appareil de Sigma de jouir d'un succès pourtant mérité... Je n'arrive pas à savoir ce que peut bien donner sa résolution qui semble quand même approcher les 45mpx (on est donc à peu près au 50mpx qui autorise à en parler sur galerie-photo). Je lis surtout que les nouveaux Sigma à capteur foveon passent pour de véritables petites chambres numériques ; mais, ailleurs, que le capteur Merrill est le plus extraordinaire de tous les capteurs Sigma. Comme il n'y a pas de reconstitution de couleur par tramage, il n'y a pas d'effet de trame quand on photographie du tissu ou des toits en tuiles. Les toits en tuile me laissent froid, mais je fais beaucoup de nature morte et la photographie de soie m'a souvent causé beaucoup de souci... Je commence donc à rêver un peu. Dans les nouveaux capteurs foveon, Sigma, gêné par la faible sensibilité du Merrill, qui obligeait à prendre des photos à 100 ou 200 ISO à cause de sa technologie qui bruite affreusement au-delà, a ajouté des capteurs supplémentaires pour améliorer la montée en ISO. Cette amélioration amène hélas également une diminution de résolution sur les capteurs qui ont remplacé les Merrill dans certaines conditions de prise de vue et le retour du moiré sur les étoffes.

Je comprends que c'est le capteur Merrill qui doit être essayé. Et que ses successeurs semblent moins avenants.

L'absence de moiré m'intéresse, mais l'idée qu'un tout petit appareil très discret puisse faire des photographies du niveau des meilleurs reflex m'emballe encore plus. La qualité des couleurs que j'ai pu voir sur certaines photographies d'utilisateur, en ligne, me fascine. La grande ombre imprécatoire de Marc Genevrier agitant l'appareil au-dessus de moi ajoute l'ombre de mystère dans lequel baignent toutes les grandes décisions.

Après quelques hésitations, et pour en avoir le cœur net, j'achète finalement le DP2 Merrill de Stéphane, éteignant d'un coup pour quelques années, avec 450 € seulement, toute envie de changer de matériel. Cette dépense est finalement une sacré économie.

 

Premiers essais du DP2 Merrill
en prise de vue

Si les nouveaux appareils à capteur Foveon de chez Sigma sont des monstres, à cause de la volonté de chez Sigma de permettre aux utilisateurs de réutiliser leur parc d'objectifs pour les reflex 24x36, qui oblige à simuler sur les Quattro l'emplacement d'un miroir relevable (n'importe quoi !), le DPS Merrill est, lui, tout petit (2). Pour un appareil sans miroir, on peut prévoir des objectifs avec très peu de tirage et bien plus symétriques. Moins il y a de contraintes au cahier des charges et plus on peut faire petit et propre.

Je n'ai jamais trouvé la conception des reflex très intelligente. Ayant eu assez tôt dans ma vie un gros reflex moyen format de chez Hasselblad, j'ai rapidement compris que la conception d'un appareil qui se donne à lui-même un vibrant coup de pied (lors de la remontée du miroir) juste avant la prise de vue, est une hérésie. J'aime les choses simples et intelligentes, quand tous les éléments d'un système travaillent dans le même sens.

On a cette impression avec le DP2 Merrill. Sa présentation minimaliste et austère, sa légèreté et en même temps sa qualité de fabrication sautent aux yeux. Disons sobrement que l'appareil est beau et a l'air intelligent.

Evidemment, dès qu'on prend une photographie dehors par temps ensoleillé, on se rend compte que l'absence de viseur (il en existe un en option) est un peu embêtante, quoique pas rédhibitoire. On arrive toujours à prendre sa photo avec l'écran. Il faut s'appliquer un peu pour ne pas être de travers, c'est sûr. Plus embêtant probablement, la faible dynamique (on doit tout juste être vers les 5,5 diaphs) oblige à être assez sévère avec les réglages au moment de la prise de vue. Là aussi on y arrive, mais en affichant systématiquement l'histogramme à la prise de vue (un histogramme qui m'a d'ailleurs semblé pessimiste si on choisit de travailler en Raw). Et comme il faut, chacun le sait à présent, sauver les hautes lumières, on photographie souvent dehors, par beau temps, avec un écran presque noir sous les yeux, sa photo plus dans sa tête que sur l'écran de l'appareil.

Disons-le donc tout net, une prise de vue de qualité à l'extérieur est donc peu agréable à contrôler et demande vraiment des efforts importants.

Une fois le déclencheur appuyé, il y a un petit bruit puis un témoin lumineux clignote longuement. Enfin l'affaire est dans le sac et la photo est prise.

Je veux dire un mot sur la nature morte. Le DP2 Merrill, avec son objectif équivalent 40mm, n'est pas fait pour la nature morte. Il impose une perspective difficile à contrôler à la préparation. Par ailleurs l'écran n'est pas assez lumineux pour que l'opérateur puisse vraiment voir ce qui se passe dans les coins, toujours sombres, de la composition. Il faut se rendre à l'évidence. Je ne ferais pas mes photographies de soieries avec cet appareil là. Même si la visée est difficile pour le paysage, elle est possible. Je ne dirais pas la même chose pour la nature morte. On est quasi dans l'impossible.

Malgré la prise de vue,
un appareil fait pour le paysage 

A la pratique, le DP2 Merrill apparaît clairement fait pour le paysage. Comme on l'a vu, la prise de vue est presque à l'aveugle au soleil et oblige à regarder plus avec ses yeux qu'avec l'appareil, mais il présente, pour le paysage, un certain nombre d'avantages convaincants :

Le format  du DP2 Merrill, dans le même rapport que le 24x36 est clairement plus un format de paysagiste que de portraitiste. L'appareil ne propose pas de format de prise de vue recadré (et donc réduit sur la largeur).

L'objectif fixe de l'appareil présente une focale fixe de 30mm équivalente à peu près à un 45mm en 24x36.

Le capteur numérique est beaucoup plus petit que le capteur plein format 24x36. Comme le montre un rapide calcul avec le deuxième tableau Excel téléchargeable sur la page http://www.galerie-photo.com/equivalence-focale-format.html sur ce site, avec une taille de 23.5 x 15.7mm, à F8, on dispose, avec une mise au point à 3m d'une profondeur de champ allant de 1,5m à l'infini. En 24x36mm, toujours à F8  avec le point à 3m on ne disposerait que d'une profondeur de champ de 2,11m à 5,19m. Cela change tout évidemment. On peut dire qu'on peut arriver à avoir facilement tout le paysage net et ceci avec une résolution déjà de haut niveau. J'ai à ce moment et sur ce sujet une pensée pour Stéphane Spach. J'ai honte de l'avoir dépouillé de ce petit appareil miraculeux. A l'heure qu'il est, il doit bien s'embêter dans ses sous-bois obscurs avec son Fuji et un capteur encore plus grand qui, à F8 et à 3m, lui donne une plage de champ net de seulement 2,37m à 4,09m... C'est vrai, on a du mal à viser en plein soleil avec le DP2 Merrill... mais une fois que c'est dans le cadre, tout est impeccablement net.

La qualité des couleurs, en particulier des verts, faiblesse traditionnelle du numérique, nous a semblé splendide. Dans les paysages justement, il y a beaucoup de vert. Les nuances obtenues sont très subtiles.

 

 


   
La résolution de l'image obtenue permet d'envisager des tirages très importants. 
 


Château de Valençay - Un tirage de 79,65 cm sur 53,1 cm en 300ppp
le nouveau jardin du château de Talleyrand est grillé par la sécheresse de l'été 2018 


Détail à l'impression en 300ppp, comme vu par l'œil collé sur le tirage 
Il y a du gondolé sur la tour, mais ça vient du château, pas du capteur

   


En forçant un peu l'image comme le suggère Sigma (doublement de l'image au traitement dans le logiciel Sigma Photo Pro 5) on peut arriver à obtenir une impression de bon aloi de 79,65 cm sur 53,1 cm en 300ppp(3). Ci-dessus un détail de l'image après affichage/impression de Photoshop et 3 clics sur la loupe, qui donnent une bonne idée du résultat imprimé final, œil collé sur le tirage... pas mal pour un appareil de cette taille, n'est-ce pas ?
Pour méditation personnelle, vous pouvez télécharger ce fichier double sans aucune accentuation ici.  

   

 

Jouer avec
la faiblesse de la dynamique

Au-delà de la difficulté de la visualisation de la prise de vue, une deuxième difficulté attend l'utilisateur de ce petit appareil. La dynamique est faible et il faut faire très attention non seulement au moment de la prise de vue mais encore au moment du traitement des images.

Il y a par contre une bonne nouvelle, en tous cas de mon point de vue : le dérapage dans les hautes lumières ne conduit pas à l'apparition de couleurs bizarres. Les feuilles en contre-jour excessif ont simplement l'air de s'évanouir dans le blanc, sans passer par toutes les couleurs de l'arc-en-ciel. Et une autre : dans les zones les moins bien exposées, les couleurs ont simplement l'air de tomber un peu dans un gris assez neutre, pas désagréable en tant que couleur. En jouant beaucoup avec le logiciel maison (parce qu'on ne peut pas derawtiser les images du capteur Merrill avec Camera Raw) on peut heureusement limiter pas mal les dégâts. J'ai lu de nombreuses plaintes d'utilisateurs sur la lenteur de Sigma Photo Pro 5. Je concède que le logiciel n'est pas en effet un champion de la vitesse. Mais la philosophie générale de l'appareil est "peu d'images et plutôt des très belles". Pour moi, qui ne mitraille pas, je ne suis pas gêné et je trouve le logiciel en cohérence avec le reste. Ca me va. Je dois dire même que je préfère son utilisation à celle de Camera Raw, surtout à cause du rendu de l'image pendant le traitement, que je trouve très pictural. Après la difficulté de la prise de vue, le moment de la révélation des images et un pur bonheur. Je ne doute pas qu'il rappelle la chambre noire a pas mal d'entre vous.

Mais poursuivons sur la dynamique. Malgré les dépassements fréquents de dynamique, en raison de la faible latitude de pose, on peut tirer quand même de fort belles images parce que les dépassements n'occasionnent pas, donc, d'artefacts disgracieux. Le logiciel fait aussi fort bien le travail permettant de ramener pas mal d'images dans les limites des hautes et des basses lumières. On se tirera donc avec honneur de situations difficiles, le fourmillement de détails dû à la grande profondeur de champ animant  les zones les plus sombres évidemment pénalisées par la faible dynamique. On pourrait donc dire, un peu comme en peinture, que le trait parfois vient au secours de la couleur !

 

   


Conclusion

Je suis finalement devenu en quelques jours un ardent supporter du DP2 comme de nombreux utilisateurs qui ont touché à ce petit appareil, très nettement spécialisé paysage.

Le Sigma DP2 est un instrument  parfait pour qui souhaite avoir toujours sur l'épaule un petit compagnon léger qui puisse se substituer dans les circonstances de la promenade à des appareils beaucoup plus gros dotés d'objectifs coûteux.

Plus étonnant,  il porte au sommet, au-delà de ces appareils, à la fois la couleur et la netteté, avec son énorme profondeur de champ.

Son usage, et je rejoins là encore bien d'autres commentaires qui l'ont auparavant souligné, le destine à des utilisateurs avertis, parce que c'est un appareil qui est assez rustique : limité en dynamique, bloqué à 100 ISO, pourvu d'un écran numérique pas très confortable, il demande prévision du résultat, connaissances techniques, astuce et savoir-faire pour rattraper des défauts substantiels. C'est pourquoi il plaira forcément aux photographes qui ont goûté et aimé la chambre photographique. Ce n'est pas un appareil à tout faire, mais c'est un appareil qui peut porter de façon solide une vision déterminée du paysage.

 

Addendum : au sujet du DP3 Merrill

J'avais à peine terminé cet article que m'arrivait par la poste un DP3 Merrill, commandé dans le plus grand enthousiasme, après ce test du DP2 Merrill. J'ajoute donc à cet article quelques commentaires sur cet appareil, lui aussi à objectif fixe, qui utilise le capteur fovéon Merrill. Les quelques remarques faites avec ce nouvel appareil permettent en effet de préciser les atouts et les faiblesses du capteur Merrill.

J'avais dit dans les développements précédents que le DP2 Merrill, en raison de sa focale trop courte et de la médiocrité de l'écran, n'était pas utilisable en nature morte. Je suis passionné de nature morte ; j'ai donc tenté l'achat du DP3 Merrill (On essaie toujours de montrer que la passion est cohérente). Le DP3 Merrill est en effet équipé d'une focale fixe de 50mm. Compte-tenu de la petitesse du capteur, cela fait, en équivalent 24x36mm, un 75mm, bonne focale pour la nature morte, qu'elle autorise à tenir un peu loin, ce qui permet de ne pas gonfler trop les objets de l'avant par rapport aux autres, et de minimiser le reflet de l'artiste dans les verres de premier plan.

J'ai exécuté une nature morte de test au D800E et lui ai comparé la même nature morte réalisée au DP3 Merrill en essayant d'approcher le plus possible un rendu équivalent. Voyons le résultat :

Le D800 E d'abord : 

 

 

   
Le DP3 Merril ensuite :

 

     
   

Mes impressions, en tenant de compte du sujet que j'ai sous les yeux, naturellement, sont :

1/ le capteur Merrill arrive à délivrer des couleurs plus nuancées dans les hautes lumières que le D800E et son objectif de course (AFS Nikkor 85mm f1.4 G). Les fruits me semblent en particulier plus lisibles sur l'image, et plus ressemblants à mon sujet. Je vois nettement, par exemple, les pommes plus vertes dans le réel et le résultat dans le panier avec le Merrill me semble meilleur.

2/ par contre, dans les basses lumières, avec le DP3, je trouve qu'il y a une perte de coloration assez sensible, que je trouve visible sur la table en bas à gauche de la nature morte. Il me semble que la table, d'après ce que voient mes yeux sur le sujet réel, devrait s'assombrir mais en restant plus rouge. A cet endroit, le D800E et sa belle optique font mieux le travail. Je suis sensible à cela parce que j'ai déjà eu le problème sur une optique télé de chez Nikon qui bouchait tranquillement les basses lumières. Au prix que cela coûte, ça énerve.

Sur cette image du Merrill, il faudrait donc faire la correction suivante, avec Photoshop : construction d'un petit calque de réglage de couleur limité aux tons foncés, puisqu'ils posent problème :

 

Application en fonction de l'image (éventuellement avec limitation du masque aux zones nécessitant correction) avec un pourcentage modulé après coup. Dans cette image j'ai appliqué la correction à toute l'image. 

Voilà le résultat après correction.

 
pour comparaison, l'image avant la correction :

   

 

Il y aurait évidemment une façon plus élégante de procéder, qui consisterait à placer un petit panneau blanc à la prise de vue, de sorte de déboucher ce coin de table, et de diminuer la dynamique générale du sujet.

On retrouve finalement toujours cet aspect particulier de ces appareils au capteur foveon. Le résultat peut vraiment être formidable, mais il faut à chaque fois aider un peu les appareils, et cette aide nécessite, malgré tout, une pratique relativement professionnelle.

 

Cette petite chute de la sensibilité à la couleur dans les basses lumières ne m'était pas apparue aussi clairement sur les paysages avec le DP2. Je ne peux pour autant pas dire que le problème vient de l'objectif du DP3 comme il était venu pour moi autrefois d'un télé Nikon mal conçu. Un indice charge le capteur : je peux comprendre rétrospectivement pourquoi Stéphane Spach s'est débarrassé de son appareil si le problème vient du Merrill : lorsque Stéphane travaille ses images d'obscurité de sous-bois, il est confronté au problème des couleurs en zone sombre, puisque les zones sombres envahissent l'image. Disons que Stéphane fait du paysage qui pose des problèmes de nature morte... Du coup, si c'est le capteur Merrill dont la sensibilité aux basses lumières tombe un peu vite, Stéphane est gêné. Le problème semble venir du capteur plutôt que de l'objectif : le DP2 n'a pas le même objectif que le DP3 mais Stéphane a constaté le même problème, que je constate à présent sur le DP3, avec le DP2.
De toutes façons les focales sont fixes, donc contentons-nous de rapporter le problème, sans conclure sur les causes.

Concernant les conséquences artistiques :  la fidélité au sujet m'importe probablement moins qu'à Stéphane. Je suis relativement ouvert à tricher pour aider le regard à atteindre le résultat.

Plus loin et au-delà de cette discussion, j'ai tendance à considérer que la nouveauté en art est un faux problème, et traduit une vision de technicien ; croire qu'on peut mettre les travaux des uns et des autres en ligne sur le chemin du progrès me semble parfaitement absurde. Je considère au contraire que si chacun veut bien aller au bout de lui-même, comme il est naturellement complètement différent de l'autre, ses travaux vont être naturellement complètement différents de ceux de l'autre. L'art me semble être ainsi l'expression d'une pure idiosyncrasie. Un artiste est simplement quelqu'un d'honnête et de vaillant qui va au bout de son idiosyncrasie en y consacrant tous ses moyens. Je ne suis pas le seul à avoir cette vision ; elle explique pourquoi l'accueil des cubistes parisiens au douanier Rousseau a été naguère aussi chaleureux. Le problème de l'art est que les artistes sont moutonniers et essaient de briller en s'inscrivant dans leur temps et dans leur milieu, au lieu d'aller simplement au bout d'eux-mêmes. Et bien peu y vont.

Revenons à notre perte de couleur dans les ombres. Elle est réelle mais peut-être compensée par des interventions manuelles, si on accepte de considérer que les perversions d'un appareil (déjà bon) peuvent être à verser à l'idiosyncrasie du couple artiste et son appareil.  En obligeant à des solutions manuelles, on peut finalement être tenté par des chemins plus personnels. Ce n'est pas forcément mauvais. On devine par cette réflexion finale à quel point j'aime vraiment ces merveilleux petits appareils.

3/ Dernière impression, qui serait plutôt une forme de certitude. Il y a une meilleure définition avec le capteur du DP3 qu'avec le capteur du D800E. Cette nature morte pourra être imprimée en 80cm de large. En réalité la différence avec le D800E n'est pas énorme, mais il ne faut pas perdre de vue que l'encombrement des appareils est très différent. Du coup l'impression d'efficacité donnée par le DP3 est extrêmement satisfaisante. Elle contribue à rendre ces appareils très attachants.

     

Notes

(1) Sur la technique particulière des capteurs fovéon, lire, par exemple, la brochure en pdf du DP2 Merrill à la page 16.

(2) Le boîtier mesure 12cm x 3,5cm x 7 cm ; l'objectif dépasse de 2 cm.

(3) La dimension des images dans le développement normal est de 39,83 cm x 26,55 à 300ppp 

 

Ressources

Page Sigma sur le DP2 Merrill
Brochure en pdf du DP2 Merrill
Mode d'emploi du Sigma DP2 Merrill (Français)
User Manual Photo Pro (le derawtiseur de chez Sigma)

Page Sigma sur le DP3 Merrill
Brochure en pdf du DP3 Merrill (anglais)
Mode d'emploi du Sigma DP3 Merrill (anglais)

 

 

     
    Dernière modification : octobre 2018 

 

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