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l'auteur

Joel Pinson
Auteur Photographe
18, route de Péone
06470 Valberg
Tel: 04 93 02 52 29
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La photographie 
et la restauration de la montagne

 

 

" Restaurer la montagne ", cette expression étonnante est curieusement le titre d'une exposition photographique que l'on peut voir en Arles (Musée Arlaten, jusqu'au 21 août 2005 - voir lien ci-dessous), et la dénomination d'une entreprise considérable et assez méconnue qui fut confiée à l'Administration des Eaux et Forêts dans la seconde moitié du 19ème siècle. De passage en Arles, j'ai eu non seulement le plaisir de découvrir ces photos d'un autre siècle mais aussi celui d'apprendre le travail impressionnant réalisé par les services de Restauration des Terrains de Montagne (RTM) au 19ème siècle. Pour ceux que le sujet intéresse, je ne peux que vivement conseiller la visite de l'exposition, ainsi que l'achat de l'excellent catalogue de l'exposition qui comprend non seulement les 162 photos de l'exposition mais aussi une cinquantaine de pages d'explications sur cette entreprise et sur le rôle essentiel qu'y a joué la photographie. Voici quelques notes de lecture.

Restauration des terrains en montagne.

Dans les années 1840, l'analyse de certaines catastrophes (glissements de terrain, crues et inondations...) a convaincu les forestiers puis les responsables politiques de l'époque que la lutte contre ces phénomènes destructeurs passait par une politique volontariste de contrôle de l'érosion de la moyenne montagne et de reboisement. Au Second Empire puis sous la IIIème République, un important dispositif législatif et technique est mis en place et institue des services de "Restauration des terrains en montagne", dits "RTM". Les moyens financiers et humains sont à la hauteur de l'ambition, et des milliers d'ouvrages de tailles diverses sont réalisés entre les années 1880 et la Première Guerre mondiale dans les départements de montagne : barrages retenant les alluvions, tunnels de dérivation, travaux de terrassement, travaux de plantation, sont entrepris à grande échelle afin de maîtriser une nature devenue menaçante.

Au-delà de l'aspect technique et du grandiose des travaux, et sous couvert d'objectivité scientifique et de neutralité, cette entreprise est en fait un véritable choix idéologique, au sein même de l'administration, entre partisans d'une gestion protectrice et centralisée de la nature, et ceux qui militent pour la prise en compte de la diversité des modes de vie et en particulier des populations montagnardes ; les prémices d'un débat toujours d'actualité.

La place de la photographie.

L'autre élément intéressant dans cette entreprise est l'utilisation de la photographie comme un des outils nouveaux employés au sein du dispositif mis en oeuvre. En effet, peu après la promulgation de la loi RTM, l'Administration des Eaux et Forêts pourvoit chacun de ses services RTM de chambres photographiques de format 18x24. Il s'agit de chambres de voyage F. Jonte, en bois de noyer, laiton et bronze, et utilisant des châssis pouvant contenir deux plaques de verres portant l'émulsion photosensible.


Chambre de voyage 18x24 F. Jonte - objectif Derogy

 

A partir de 1887, un enseignement pratique, et obligatoire, de la photographie est même dispensé à Paris. Des campagnes photographiques ayant trait aux champs d'activités des services RTM sont alors menées systématiquement : vallées et torrents, phénomènes d'érosion, cataclysmes naturels, ouvrages, reboisement, plantations. Ces photographies sont considérées à l'époque comme garantes de l'objectivité scientifique du projet ; elles fournissent matière à démontrer la nécessité de lutter contre les dégradations des montagnes et seront utilisées comme le support essentiel du programme de restauration. L'exposition, et le catalogue, détaillent les différents éléments de ce travail photographique :

La montagne monument : "Les services Eaux et Forêts, disposant d'appareils dès 1860, vont faire de la photographie un véritable instrument de travail. Ces images, utilitaires, possèdent cependant une véritable force plastique, rappelant les premières photographies grand format de sites naturels. Développées dès les années 1850 aux Etats-Unis, ces prises de vue tendaient à traduire, par la monumentalité, un sentiment de sublime et de grandiose, déjà présent dans la peinture de paysage."

 


34. Var supérieur ; Entraunes ; vue panoramique de la crête de Roche Grande (2600m) - grés d'Annot et calcaires sénoniens surmontant les marnes crétacées profondément ravinées. - refuge des agents de la Boulière - barres de Roche Rousse ; 1er septembre 1909 ; 18x24 (AD 06 ; 23FI 350).

 

Témoigner et dénoncer : "Pâturage excessif, coupe de bois de chauffage et d'industrie, écobuage sont désignés comme étant à l'origine des crues torrentielles, du ravinement des sols, des glissements de terrains. Les photographes de la RTM traduisent le chaos auquel ils sont confrontés par des prises de vues rapprochées et établissent une typologie des dégâts à déplorer, qu'il faudra corriger. Cette démarche se rapproche de celle du service des Monuments historiques, qui avait photographié à partir de 1851 les richesses architecturales de la France, afin de convaincre de la nécessité de leur restauration"

 


59. Ubaye ; Saint-Pons ; torrent de la grande Combe ; vue des berges en érosion ; 6octobre 1904 ; M. Planque ; 18x24 (AD04 ;29FI 657/1154).

 

Corriger et réparer : "Les photographies identifient et localisent les zones à restaurer. Elles aident également à convaincre l' Administration et le public de la légitimité des projets, en présentant les techniques employées et le travail accompli."

 


90. Guil ; Guillestre ; Panacelle ; vue d'ensemble du deuxième barrage de dérivation terminé ; 1906 ; 13x18 (AD05 ; 21FI 596).

 

Semeurs de paysage : "Les images présentent les multiples acteurs de ces travaux de reconstruction du paysage. Tous prennent la pose, de l'ingénieur aux gardes et inspecteurs forestiers, en passant par les ouvriers. Ces derniers, souvent issus des communes de montagne, ont dû renoncer à une activité liée au pastoralisme, proscrit depuis par la législation ; ils trouvent une compensation temporaire en s'engageant sur les chantiers."

 


116. Ubaye ; Saint-Pons ; cône de déjection du Riou Bourdoux ; chantier au travail ; novembre 1925 ; M. Genêt (garde général) ; 18x24 (AD04 ; 29FI 1380/1844).

 

Objectif chronologique : "La chronologie est omniprésente dans la démarche RTM et son enregistrement photographique : l'œuvre ne peut se concevoir qu'à long terme. Les lentes avancées deviennent perceptibles grâce aux prises de vue d'un même site, reconduites de décennie en décennie."


138. Beaumont-du-Ventoux ; maison forestière des Ramayettes ; s.d. ; 13x18 (AD84 ; 2FI art.2 n°9).
et
139. Beaumont-du-Ventoux ; maison forestière des Ramayettes ; 1999. ; David Hugenin ; 6x7

 

La technique photographique 
au service du projet.

L'utilisation de la photographie sera même poussée jusqu'à des extrêmes que je ne soupçonnais pas dans le contexte du 19ème siècle ; par exemple, des instructions seront rédigées à l'attention des opérateurs photographes, précisant quand et pourquoi utiliser des vues d'ensemble, contre-plongée, gros plans, etc. chaque cadrage permettant de supporter l'utilité publique des travaux projetés. Le souci de démonstration de l'ampleur des dégradations, comme celui de localisation et de l'identification des zones à restaurer, trouvent donc leur expression dans les formes photographiques. On touche là au documentaire social et parfois même à la propagande.

En conclusion...

une exposition et un catalogue pleins d'enseignement, surprises et autres bonnes questions : 
- quelle politique pour la protection de l'environnement ?
- l'étonnante maîtrise de la technique photographique à une époque qui découvrait la photographie
- la problématique de l'utilisation de la photographie au service d'un projet
Ces sujets sont tous aujourd'hui encore d'actualité !

Je recommande enfin à ceux qui veulent approfondir le sujet, la lecture de l'excellent article paru dans Etudes Photographiques, la non moins excellente revue de la Société Française de Photographie (voir lien ci-dessous).

Liens utiles

Voir l'exposition : 
http://www.ville-arles.fr/portail/index.asp?
p=8&site=actu&id=249

Article de la revue Etudes Photographiques n°3 - Novembre 1997 - La " restauration " des montagnes. http://etudesphotographiques.revues.org/document96.html 


et enfin, évidemment :
Acheter le catalogue de l'exposition

 

 

dernière modification de cet article : 2005

 

 

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