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l'auteur

Henri Peyre
Né en 1959
photographe
Beaux-Arts de Paris en peinture
webmaster de galerie-photo
ancien professeur de photographie
à l'Ecole des Beaux-Arts
de Nîmes

www.photographie-peinture.com
www.nature-morte.fr

 

 
 

Onze états
d'une table de Pieter Claesz

par Henri Peyre

Introduction : une histoire de fantôme

Pieter Claesz, peintre néerlandais, né à Burgsteinfurt en Wesphalie vers 1596 et mort à Haarlem en 1661, fut, avec le peintre Willem Claeszoon Heda (né aux environs de 1593 et mort vers 1680), l'un des plus célèbres peintres de ontbijt (tableau de repas). Les objets employés par les deux peintres passent des œuvres de l'un aux œuvres de l'autre. Ils travaillèrent tous les deux à Haarlem à partir de 1617, dans un esprit extrêmement proche. Pieter Claesz est peut-être un peu plus intimiste ; Heda affectionne des objets plus riches et maniérés, mais ses compositions sont souvent plus radicales et rigoureuses d'un tableau à l'autre.

Nature morte
Willem Claeszoon Heda (1634)

Nature morte avec cruche en grès, verre de vin, hareng et pain - Pieter Claesz (1642)

 

La permanence de leur engagement dans la tradition des objets de table a fait parfois considérer ces deux peintres comme les inventeurs de la nature morte (1).

Le principe de la nature morte est d'affirmer sa présence par l'absence de celle de l'homme. Elle a donc, par essence, un côté fantomatique : elle décrit la présence d'un absent. Plus elle évoque cette absence et plus elle est réussie.

Par ailleurs, au moment de la conception du tableau par le peintre, une tension s'établit entre le réel et la conception que le peintre se fait de la construction nécessaire. Au fur et à mesure de l'installation de la nature morte vont émerger progressivement les lignes solides de la composition. Du fantôme idéalisé de l'esquisse, on va passe progressivement à la solidité de la nature morte en place.

La nature morte est ainsi constituée au carrefour de 2 fantômes : le fantôme de sa conception, qui va en reculant au fur et à mesure que la nature morte se constitue ; le fantôme de l'homme, de plus en plus présent au fur et à mesure que la nature morte se dessine et que le fantôme de la conception s'éloigne.

Ce double fantôme avait été parfaitement compris et mis en valeur par un peintre contemporain, Joël Moulin (3), qui fut hanté par la description de l'essence des choses ; à ma connaissance, il fut celui qui alla le plus loin sur le chemin de la description fantomatique de ce qui peut constituer la présence d'une chose. Cette approche fit merveille sur la représentation d'objets proches :


Joël Moulin, buffet rose, huile sur toile

 

Onze états d'une table de Pieter Claesz

La série photographique suivante évoque la création d'une nature morte parmi onze autres faites en haute résolution à la façon de Pieter Claesz, suivant une technique présentée récemment sur galerie-photo (1). Si le résultat final est un salut respectueux à celui de Pieter Claesz, les visions des natures mortes en chantier sont, elles, des allusions au très beau travail de Joël Moulin. Elles essaient d'évoquer la façon dont l'esprit structure lentement la matière : le regard ne voit qu'à la mesure du cerveau qui conçoit.

 


Onze états d'une table de pieter claesz - s9 © Henri Peyre

 


Onze états d'une table de pieter claesz s24 -  © Henri Peyre

 


Onze états d'une table de pieter claesz - s30 -  © Henri Peyre

 


Onze états d'une table de pieter claesz - s42 -  © Henri Peyre

 


Onze états d'une table de pieter claesz - s53 -  © Henri Peyre

 

Les onze natures mortes finales empruntent des objets à celles de Pieter Claesz, mais aucune n'est la reproduction d'une nature morte particulière ; elles ne cherchent pas tant à imiter la forme d'une de celles du peintre qu'elles ne visent à en restituer le pieux recueillement, le silence et la fantomatique présence de la disparition de l'homme, seul but, en fait, de la représentation.

 

 


Onze états d'une table de Pieter Claesz - Etat n°5 - © Henri Peyre - 64,3 cm x 41,9 cm

   

 

 

Notes

(1) Qu'est-ce qu'une nature morte ? par Henri Peyre
http://www.galerie-photo.com/nature-morte.html

(2) Grand format avec Helicon Focus et Photomerge ou : Comment obtenir une image de très haute résolution avec un appareil modeste par Henri Peyre
http://www.galerie-photo.com/helicon-focus-photo-merge.html

(3) Joël Moulin obtient en 1959 le Prix de la Jeune Peinture puis le premier Grand Prix de Rome en 1961, à une époque où Balthus dirige la Villa Medicis. Dès 1965, de retour d'Italie, Joël Moulin entame une démarche vers l'abstraction et la luminosité : le motif toujours très élégamment dessiné se maintient de façon de plus en plus fantomatique dans ses toiles, pour finalement disparaître presque totalement. Homme discret et délicat, dessinateur silencieux hors pair, Joël Moulin exposera rarement, préférant au bourdonnement médiatique et provocateur en place dans le monde de l'art des années 80 le silence de l'atelier au fond de son jardin de Valmondois (Val d'Oise). L'honnêteté et le parcours d'un Juste explique l'oubli profond dans lequel son œuvre est aujourd'hui.

 

dernière modification de cet article : 2013

 

 

 

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