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l'auteur

Après des études d'Ingénieur à l'ESTP Paris et un Diplôme d'Ingénieur en électro-mécanique, un DEA "Solides, Structures et Systèmes Mécaniques, Option Modélisation et Calcul", Pierre Kervella se tourne vers une passion de jeunesse, le ciel, en entreprenant un DEA "Astrophysique et Techniques Spatiales", (Paris VII, Paris XI). Il passe sa thèse de Doctorat en Astrophysique (Université Paris 7), à l'Observatoire Européen Austral en interférométrie optique avec le Very Large Telescope. Pierre travaille aujourd'hui à l'Observatoire de Paranal (Chili) et est l'auteur de nombreuses publications scientifiques.
C'est aussi un passionné de grand format qui réalise de très belles photographies de nature.
 

 

 

 

 

 

A propos d'une image de Pierre Kervella

 

galerie-photo : Pierre, où et quand a été prise cette photographie ?

Le lieu est le Lac Grey, situe dans le parc national Torres del Paine, et le moment, la fin du mois de février (fin de l'été austral). Ce parc est situe au sud de la Patagonie (du côté chilien), a l'extrémité du continent sud-américain. Le lac est formé par la pluie et la fonte du glacier Grey que l'on aperçoit au fond de l'image (au dessus du personnage en rouge). C'est aussi ce glacier qui crée les mini-icebergs bleus que l'on voit au premier plan. A une période ancienne, le glacier s'avançait jusqu'a l'endroit d'où a été prise la photo, et même plus loin. C'est donc lui qui a créé cette vallée par son mouvement d'abrasion. Le réchauffement du climat depuis (sur une très longue période) a dégagé la vallée maintenant remplie d'eau douce. On peut se rendre jusqu'au pied du glacier par le sentier que l'on voit partir a droite de l'image.

Pendant la prise de vue, il pleuvait sur la chambre et l'objectif ! Bien sur, je protégeais autant que possible le matériel, mais du fait du vent (80 km/h, toujours très fort dans cette région), impossible d'utiliser une protection en textile qui aurait transforme la chambre en cerf-volant (sans fil qui plus est...). Une forte averse est visible au fond de l'image, au dessus du glacier. 10 minutes après cette image, il faisait un grand beau temps (comme souvent en Patagonie...), mais la lumière n'y était plus, et je n'ai même pas repris d'image a ce moment là.

Quel matériel aviez-vous dans les mains ?

La photo a été prise avec une chambre Tachihara 4x5", montée sur un trépied Manfrotto 190B (tête 141). Le trépied en question était positionne pratiquement a sa hauteur minimale, plaçant la chambre a 30cm du sol). L'objectif était un Rodenstock Apo-Sironar N 210mm, utilisé a f/d = 11, avec un peu de bascule.

Le film utilisé est le Kodak Portra 400NC, seul film négatif couleur de cette sensibilité disponible en format plan-film. Par grand vent, sa sensibilité permet de diminuer le temps de pose, ce qui est très utile ! Le film est cependant très peu saturé, et le post-traitement informatique est un peu plus délicat que pour d'autres films.

Quel traitement appliquez-vous à l'image après la prise de vue ? 

Le scanner utilise a l'époque (il y a plus d'un an) pour numériser le négatif original est un ancien Epson Perfection 1200 Photo (scanner a plat grand-public, 1200dpi, avec dos pour transparents). Le retraitement numérique a été un peu délicat, car le film négatif utilise est très peu saturé, et les couleurs d'origine étaient également assez peu saturées (sauf les "glaçons", naturellement d'un bleu "électrique"). Le masquage a consisté essentiellement a illuminer un peu les feuillages qui sont extrêmement sombres dans cette région, ainsi que la surface de l'eau. Rien de bien complique en fait... mais l'équilibre des lumières entre le lac et la végétation a été assez difficile a trouver. Je pense re-numériser le négatif avec mon nouveau scanner, un Canon Canoscan D2400UF, beaucoup plus performant.

 

   

 

Est-ce une photographie "coup de chance", où aviez-vous repéré les lieux avant ? 

Les conditions climatiques étant assez extrêmes (notamment le vent), il est un peu difficile de prévoir longtemps a l'avance comment va évoluer la lumière. Le bon côté de cela est que la lumière change très vite. J'ai découvert la chambre pour la prise de vue après environ 10-15 minutes d'attente, pendant lesquelles j'ai vu défiler des nuages, des éclaircies, et des averses. Peu après la photo, le soleil est apparu très vif et a passablement dénaturé l'atmosphère de cataclysme qui provient du ciel noir.

Le personnage est un membre d'un groupe de touristes (inconnus) qui visitait les lieux. J'ai hésité avant de l'inclure dans la photographie, mais le violent contraste du rouge de sont vêtement avec le bleu des "icebergs" était intéressant. Et puis il regardait dans la bonne direction ! Le rouge est une couleur tellement forte que la moindre touche dans une image focalise immédiatement l'intérêt du spectateur... il convient donc de l'utiliser avec modération... C'est pourquoi je me suis éloigné un peu pour réduire l'importance de la présence du spectateur, mais tout de même pas trop pour lui garder "forme humaine".

Je n'ai pris qu'une seule image grand format de ce lac. Les contraintes en terme d'encombrement ne m'ont pas permis de transporter autant de film que je l'aurais souhaité. D'un autre côté, les films négatifs pardonnent vraiment beaucoup, et la lumière était très douce, donc peu de risques de se tromper d'exposition. Les images sur mon site web représentent la quasi-totalité de celles que j'ai prises a l'occasion de ce voyage d'un peu plus de deux semaines. Par chance, seules 3 images grand format de ce voyage ont été totalement ratées (double exposition, mauvaise manipulation de l'obturateur), sur 68 au total ! Les 65 acceptables sont présentées sur le site web.

Pour vous, qu'est-ce qu'une bonne photographie ?

C'est une question très difficile... Pour moi, mes meilleures images de paysages sont celles ou l'on peut sentir la présence d'une sorte d' "esprit". C'est difficile a exprimer, mais au delà de la composition de l'image, des couleurs et de la qualité technique, je crois que c'est cette présence muette et délicate qui fait la différence. A mon avis, une photo de nature doit être vue en silence (mais c'est un avis personnel !), justement pour ne pas "écraser" cette présence. Parfois, c'est rare, une image impose le silence, et on peut alors être sur que c'est une excellente photographie. J'ai déjà vu des projections de diapositives accompagnées de sonorisations (musique classique,...), mais la notion de contemplation n'y était plus, juste un aspect informatif si l'on peut dire. J'ai travaille également un peu en noir et blanc (essentiellement avec des diapositives Scala), et je dois dire que la simplification de la gamme des tons permet de laisser parler facilement cette "présence" un peu surnaturelle. Cependant, j'aime les couleurs de la nature, et j'ai peine a les abandonner a la prise de vue :-).

Je ne sais pas si vous avez déjà pu discuter de cette question d'ordre un peu philosophique avec d'autres photographes ou peintres, mais je serais heureux de savoir ce qu'ils en pensent !

dernière modification de cet article : 2002

 

 

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