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l'auteur

Pierre Hébert
1968-2010



Photographe intimiste
et pourtant passionné
de grand format
Pierre Hébert a réalisé
de nombreuses photographies
d'une très grande sensibilité
dans le cadre familial
où son approche pudique
et silencieuse trouvait à se
déployer sans contrainte

Après une formation
au noir et blanc classique
il se révèle un coloriste très doué
et ses images progressivement
vont placer la recherche
de subtiles harmonies colorées
en tête de tout autre projet.

Photographe du bonheur
Pierre est rattrapé par la maladie.
Il nous a quitté prématurément
en novembre 2010

Ces pages restent en ligne
à sa mémoire.

 

 

 

Pierre HEBERT
photographies couleur

 


Joseph, Haute-Loire, 2005

 

Galerie-photo : depuis une ancienne interview sur galerie-photo, il semble que votre travail ait énormément évolué vers la couleur, et que celle-ci soit devenue une préoccupation essentielle dans vos images. Pourquoi cette transformation ?

L'arrivée du numérique a poussé la photographie vers la couleur. Appareils, scanners, logiciels de retouche d'image, tirages jet d'encre : les photographes disposent pour la première fois dans l'histoire du médium de la possibilité d'une véritable maîtrise de leur travail en couleur. Pour moi, Photoshop n'est rien d'autre qu'un agrandisseur. Je l'utilise avec la même logique que j'utilisais mon Durst il y a dix ans, la couleur en plus. C'est tout un apprentissage à reprendre, mais finalement, la couleur, pourquoi pas ? Cela dit, pour le moment, je considère cela comme une parenthèse. Il y a un certain acharnement pour montrer que ça fonctionne, mais au delà ? Rendez-vous dans quelques années...

 


Limeuil, juillet 2007

 

Vous semblez rechercher une sorte d'incongruité dans ce que vous prenez en photo en ayant soin semble-t-il, de conserver à l'image les apparences d'un regard naïf. A quoi tentez-vous d'arriver ?

Je ne sais pas s'il s'agit véritablement d'une incongruité. Ce que je cherche dans le réel le plus banal ou dans les relations humaines les plus ordinaires, c'est le signifiant1 qu'on considère habituellement comme insignifiant, le fond qui nous parle sans que nous y prenions garde, et qui pourtant n'a de cesse de s'adresser à nous. Quelque chose de l'ordre de l'inconscient. Évidemment, dans ce monde qui ne cesse de nier l'inconscient, il y a peut-être un peu d'incongruité à faire ça. Mais ayant renoncé à faire une « carrière » dans la « photographie d'auteur », et même dans la photographie tout court, je me considère autorisé à prendre des incongruités.

 

 


Isabelle et Rachel, Paris, 2006

 

Dans vos portraits les personnages regardent franchement le spectateur, mais on a plus l'impression encore qu'ils regardent le photographe et il nous semble qu'on soit obligé d'entrer dans une sorte de tendresse que vous auriez pour eux. Autrement dit votre photographie semble nous placer dans votre intimité avec le sujet, mais en même temps on ne s'y retrouve pas, étant spectateur, ce qui implique une sorte de distance nostalgique, comme si on voyait l'amour, mais qu'on restait à la porte... Vous en êtes conscient ?

Rester à la porte de l'amour en spectateur... Vous mettez le doigt sur quelque chose de... disons qu'il s'est trouvé que j'ai pu me croire mal aimé. Voilà. C'est ce qui reste de mon enfance, comme une chose qui n'est pas tout à fait soldée, et qui revient dans les images par la porte de derrière. Et c'est aussi une façon de montrer que finalement, l'Autre n'est jamais qu'un étranger, en dépit des sentiments qu'on peut lui porter, fussent ces sentiments réciproques. Il reste toujours cette question sans réponse : « Qui es-tu toi que je croyais connaître ? »

 

 


Louis, Haute-Loire, 2005

 

Vous photographiez les moments que vous aimez, où et quand ils se produisent, ou vous arrive-t-il d'organiser des scènes ?

Il n'y a pas de préméditation dans mon travail, pas plus que je ne cherche à voler les images, ni même à être discret. Ceux que je photographie savent parfaitement à quoi s'en tenir. Mais il y a aussi une sorte de non-dit, de sous-entendu, en tous cas dans les portraits : cette relation un peu étrange tout de même, et où chacun doit se débrouiller : le photographe avec son désir, le sujet comme miroir de ce désir. C'est une des raisons aussi qui font que je photographie volontiers des enfants : ce n'est en rien l'âge de l'innocence (ça, je n'y crois pas une seule seconde !), mais plutôt celle d'une certaine absence de narcissisme. Lorsqu'ils acceptent d'être devant l'appareil, ils y sont entièrement, et par ricochet, le photographe aussi est prié d'y être.

Pour les paysages, c'est différent, il faut extraire quelque chose d'un ensemble. L'isoler. Mais pour ça, il faut parvenir à le saisir. À l'entendre. Conserver une attention discrète face au monde. Vous savez qu'Alain Balmayer a eu beaucoup d'influence sur mon travail. C'est de lui que je tiens cette vision frontale, très neutre. L'important est ailleurs : c'est le mystère, c'est comme de savoir où est passé l'assassin... Qu'est-ce qui se dissimule derrière ce que nous voyons ? Qu'est-ce que nous ne voyons pas ?

 

 


Etretat, 2006

 

Pourrait-on dire que vous cherchez à montrer tout ce qui peut se produire d'important dans les moments les plus simples ?

Oui. à quel point les moments les plus simples sont aussi signifiants que les autres. À quel point le réel devient un gigantesque texte. Qu'on peut s'arrêter n'importe où et lire un passage, et que, quel que soit l'endroit où l'on s'arrête, pour autant que l'on s'y arrête vraiment, il y a du sens. Et même, il n'y a que ça : au point que le réel, d'une certaine façon, s'efface, disparaît. Un peu de chair, quelques cailloux ? Ce que je photographie n'a pas d'importance.

 


Le Havre, 2006

 

Avec quel matériel travaillez-vous aujourd'hui (et avec quel matériel ces images ont-elles été faites) ?

Je travaille sur quatre formats différents en ce moment : en numérique avec un Nikon D80, en 4,5 x 6 avec un Mamiya 645, en 6 x 6 avec un Yashica Mat 124 G et un Hasselblad 501 CM, et enfin avec une chambre 8 x 10 Cambo modifiée par un ébéniste pour en faire une folding.

Je reste très attaché à l'argentique, notamment parce qu'il permet d'envisager le noir et blanc comme un choix préalable à la prise de vue –ce qui me paraît indispensable, je suis sidéré qu'aucun fabriquant n'ait tenté de vendre un boîtier numérique sans sa matrice de Bayer – et aussi à cause de la multitude des formats. Cette série a été commencée avec un Mamiya C 330 puis avec le Yashica Mat 124, un appareil remarquable, soit dit en passant. J'utilise du négatif couleur.

Mais demain, je ne sais pas... Il faut que je réfléchisse encore un peu.

 

 


Rachel, Paris, 2006

 

Avez-vous le sentiment d'un chemin personnel en photographie ? (et quel serait-il ?)

La photographie est mon chemin personnel. Mes appareils sont des machines à exister. Je respire, je fais de la photographie, c'est la vie. Ou bien je meurs. C'est comme ça...

 


Dordogne, 2005

 

 

 

1 signifiant : élément du discours repérable au niveau conscient et inconscient, qui représente le sujet et le détermine. (in Dictionnaire de la psychanalyse, Larousse, 1998)

 

 

dernière modification de cet article : 2007

 

 

 

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