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l'auteur

Pierre Hébert
1968-2010



Photographe intimiste
et pourtant passionné
de grand format
Pierre Hébert a réalisé
de nombreuses photographies
d'une très grande sensibilité
dans le cadre familial
où son approche pudique
et silencieuse trouvait à se
déployer sans contrainte

Après une formation
au noir et blanc classique
il se révèle un coloriste très doué
et ses images progressivement
vont placer la recherche
de subtiles harmonies colorées
en tête de tout autre projet.

Photographe du bonheur
Pierre est rattrapé par la maladie.
Il nous a quitté prématurément
en novembre 2010

Ces pages restent en ligne
à sa mémoire.

 

 

 

 

Pierre HEBERT

 


Saint-Laurent sur Mer, Calvados, 2001. 
Polaroïd 600 SE et 127 mm

 

Pierre, pouvez-vous vous présenter brièvement?

Allons au plus court avec cette petite anecdote : je me souviens de mon père faisant des photos avec son Nikon F2, au tout début des années 70 (je suis né en 1968), puis d'un voyage en Norvège l'été 74. J'ai demandé un appareil photo pour mes sept ans l'année suivante. C'était un Agfamatic 50 qui faisait des photos carrées. Mon oncle avait un agrandisseur, il me faisait des tirages. Depuis, la passion ne m'a plus quittée. J'ai passé mon bac, j'ai fait une école de photo. C'est important d'avoir des maîtres...

 

Pouvez-vous nous parler de l'appareil Polaroïd que vous employez?

Il s'agit d'un Polaroïd 600 SE équipé d'un 127 mm (environ équivalent à un 40 mm en 24x36) d'ouverture 1:4,7 avec viseur séparé et télémètre. C'est un appareil ambigu, à la fois proche de l'esprit Leica, fait pour travailler vite, à main levée, mais aussi lourd, encombrant, sans contrôle précis sur un verre de visée, qui n'utilise que des films lents avec une faible latitude de pose, et qui nécessite une cellule à main. J'utilise le film type 665, qui donne un positif et un négatif noir et blanc simultanément. La partie négatif est extrêmement fragile, surtout sur les bords, d'où ces traces que l'on peut voir sur les images. Mais la qualité est au rendez-vous, l'optique est remarquable. Et d'occasion (il n'est plus fabriqué) on trouve encore des exemplaires en très bon état à des prix raisonnables (entre 500 et 600 euros).

 

Quels sont les appareils que vous avez et comment vous en servez-vous?

Pour mon travail personnel, j'utilise surtout le Polaroïd en ce moment. Je travaille beaucoup d'instinct et dans l'urgence, sur le fil du rasoir. J'ai besoin de cette tension pour sortir de la routine: il faut que surgisse tout à coup le besoin impérieux de faire une image. J'ai aussi un Fuji HDM (un compact étanche de la fin des années 80), increvable, qui me sert de bloc note. En fait, j'attends un peu de garnir mon compte en banque pour m'offrir une folding 4 x 5 inches, peut-être une Wista à télémètre: c'est l'ultime étape, avoir un appareil qui permette à la fois un travail rapide et précis et qui soit un bel objet... J'ai tenté l'expérience de la chambre il y a quelques temps avec une monorail, j'ai fini par abandonner sous le poids de l'ensemble à transporter, mais l'expérience fut passionnante ! J'ai eu pas mal de matériels différents, il y a quelque chose de ludique à essayer "autre chose". D'ailleurs, entre l'Agfamatic de mon enfance et la chambre, je suis passé par à peu près tous les formats.

 

Faites-vous vos tirages vous même?

Oui ! c'est même en tant que tireur en noir et blanc que j'ai commencé ma carrière professionnelle. Le tirage est essentiel et indissociable du travail à la prise de vue. Il ne faut pas oublier que le cerveau est un interprète, un outil infiniment plus puissant que le meilleur des négatifs ou des papiers. Mais avec un bon travail sous l'agrandisseur, on peut parvenir à retrouver cet équilibre qui vous a poussé à faire la photo, cette petite musique que l'on entendait au déclenchement. Je crois qu'il y a dans la photographie une certaine proximité avec la musique. Faire une photo, c'est comme écrire une partition : pourrait-on imaginer que Chopin n'ait jamais joué ses propres valses? Par ailleurs, je m'intéresse beaucoup en ce moment aux possibilités de tirage numérique très haut de gamme à partir de fichiers lourds. Je suis en train de finir la numérisation de mes tirages de référence en 40 cm x 60 cm en 300 dpi.

 


Juliette, plage du Havre, 2000. Polaroïd 600SE et 127 mm

 

La notion de résolution est-elle importante pour vous en photographie ?

Il n'y a pas de mystère, en dehors de quelques cas de photographies de mouvement en très basse lumière qui justifient l'emploi de boîtiers petit format avec des optiques très lumineuses et des films très sensibles et donc granuleux, l'apparition de la structure du film ou des défauts dus à des agrandissements trop importants n'apporte pas grand chose : elle laisse entrevoir les coutures de votre travail. J'ai longtemps essayé de compenser en utilisant de la Kodak Technical pan avec du matériel 24 x 36. Mais c'est alors le velouté qui fait défaut. Pour moi la question de la résolution est intiment liée à la notion du velouté. De même, je ne garde jamais un tirage où l'on voit les traces de masquage, dont les "coutures" sont visibles. C'est cela, il faut faire disparaître les coutures, et laisser à voir une surface, qui à force de précision, devient un peu irréelle... Par ailleurs, je tire toujours mes grands formats avec un filet noir: je leur fait l'ourlet!

 

Qu'est-ce pour vous qu'une belle photographie?

Eh bien, j'ai une affection particulière pour le travail de Josef Sudek, très introspectif, réalisé dans un espace très restreint. Cela a été un choc visuel pour moi. Vous savez, c'est vraiment formidable une oeuvre pareille, faite "en bas de chez soi". Richard Avedon aussi, pour le dépouillement de ses portraits, ou encore la puissance visuelle de Cartier-Bresson, malgré un certain dilettantisme dans la forme... Une bonne photographie, c'est celle où vit l'esprit du photographe. Enfin de mon point de vue... Regardez "le baiser de l'hôtel de ville" de Doisneau. On l'a beaucoup vu, elle est souvent mal tirée, recadrée, mal imprimée, un vrai massacre ! Mais l'esprit est là, lui, c'est sûr!

 


Plage du Havre, 1994. Bronica SQAi et 65 mm

 

Dans votre photographie, il semble qu'on lise le regard de l'enfance ?

Comme je vous le disais au début, la photographie est une passion enfantine, et elle le reste par bien des aspects. Bien sûr, aujourd'hui, cette simplicité dissimule le travail accompli, mais c'est bien d'enfance dont il s'agit encore, et qui reste le fil conducteur. Il n'y a rien pour moi qui vaille tant que le parfum de la madeleine dans une photographie, le souvenir de mes promenades solitaires sur la plage du Havre quand j'étais gosse, le vent, le goût du sel. Alors aujourd'hui je continue à marcher, je me promène en quête d'une madeleine à croquer. Je cherche, je cherche...

 

dernière modification de cet article : 2002

 

 

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