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l'auteur

Henri Peyre
Né en 1959
photographe
Beaux-Arts de Paris en peinture
webmaster de galerie-photo
ancien professeur de photographie
à l'Ecole des Beaux-Arts
de Nîmes

www.photographie-peinture.com
www.nature-morte.fr

 

 

 

 

Cet article est une suite au premier article Du Portrait des Présidents
sur ce même site

 

 

Merci à Georges Laloire
pour sa relecture attentive

 

 

Photographie du président :
Tradition et efficience

 

par Henri Peyre

Cet article est une suite au premier article Du Portrait des Présidents
sur ce même site

Introduction : tradition, révolution, sens

Il y a une tradition du portrait d'homme d'Etat français. C'est la tradition d'un homme en pied, en intérieur, couvert de décorations.

Cette tradition est une façon d'exprimer un attachement aux valeurs, au passé et une reconnaissance de ses origines. En cela elle est support de l'adhésion d'une communauté. Autrement dit l'observation de la tradition est une fonction de la photographie du dirigeant, et pas seulement une simple mode esthétique de représentation.

Dans le cas de la photographie présidentielle, la tradition s'exprime par une image qui reprend aussi une tradition du portrait peint. Cette tradition s'est largement établie, dans un environnement très compétitif en particulier au XIXème siècle, sur ses aptitudes à fournir une signification.

Quand on remet en cause une tradition, on amène une nouveauté mais on est en danger de perdre du sens. Le renversement des codes amène à la fois une sorte d'éblouissement de la nouveauté possible, comme dans le cas de la photo provocatrice de Giscard par Lartigue, mais aussi à un effondrement du signifié. La photo révolutionnaire ne donne du sens que par confrontation avec une tradition encore connue. Lorsque le référent se perd en sortant de la mémoire, la fraîcheur révolutionnaire, sa principale qualité, se perd à son tour et il ne reste plus que le sens porté par la photographie seule, qui peut être très appauvri.

Les photographies qui ont suivi celle de Giscard ne pouvaient dès lors qu'être fort embarrassantes à faire : Il était difficile de revenir complètement aux codes de la tradition, qui aurait laissé croire qu'on était un parfait réactionnaire et pourtant on est obligé d'y revenir, faute d'un nouveau référent porteur de sens.


Le Président Mitterrand par Gisèle Freund : Le président revient dans la bibliothèque de l'Elysée et Gisèle Freund tente de décontracter la posture de son sujet et de changer la composition. Le sens principal de l'image est celui de l'adhésion retrouvée à la tradition du portrait de Président, et donc aux valeurs de la France.

Et on ne pouvait plus vraiment faire quoi que ce soit de révolutionnaire, puisqu'il n'y avait plus de tradition. Dès lors, après Mitterrand, l'habitude rassurante a été prise de convoquer des photographes connus, pour la réalisation de l'ouvrage. Mais en réalité c'était mettre le problème sous le tapis.

Faute de cahier des charges, faute de temps mis à penser un peu à ce qu'on voulait dire, et faute de tradition acceptée, la photo présidentielle est devenue depuis plus un sujet de polémique qu'autre chose.

Concernant le sens, la photographie de Sarkozy par Warrin est peut-être à cet égard la seule un peu bordée. Le photographe, conscient qu'un portrait sec du président manquerait absolument de sens, et peu au fait des techniques de composition classique, installe le président dans la traditionnelle bibliothèque de l'Elysée et convoque deux drapeaux, un de la France et un de l'Europe. Le message est clair : Le Président travaille à la France et à l'Europe. La photo n'est pas une grande photo mais elle a au moins un peu de sens, et sur l'activité de l'homme et sur l'attachement aux valeurs de la cinquième République, par la reprise du lieu désormais classique qu'est la bibliothèque. Ce n'est pas le cas de toutes.

La tradition pourtant repose sur un certain sens qu'on veut faire passer et sur quelques moyens pour le dire.

Ce qu'on veut dire,
et les moyens qu'on a pour le dire

Donner une représentation pleine de grandeur d'un homme supérieur dans ce métier aux autres.

Les médiocres sont toujours mystérieux ; la meilleure façon de les repérer est de les écouter sans arrêt dire "ce n'est pas si simple" en refusant toutefois de donner la moindre explication.
Les hommes les plus intelligents, conscients de la complexité, travaillent sans arrêt à être les plus simples possible, et cette simplicité chez les grands s'accompagne toujours d'une pédagogie qui vise à clarifier et à rendre lisible. Se déclarer un homme ordinaire ne suffit pas à donner de la grandeur. Simplicité représentée sans pédagogie ne fait pas dimension.
Pareillement si le portrait du dirigeant veut exprimer la grandeur, il doit intégrer une simplicité de la pose, qui doit être être comprise, parce que soutenue par un ensemble de codes lisibles.

Quant à la forme, le portrait du Général de Gaulle, qui reprend les codes de la peinture classique, en pose les bonnes bases (voir notre analyse ici). Rappelons ces bases :
- Placement du regard très haut dans l'image,
- Orientation du regard non vers le spectateur mais vers des lointains élevés invisibles au dit spectateur, mais qui ont l'air de le dominer
- Ligne d'horizon nettement en-dessous de la ligne du regard (la moitié de l'image est un bon choix puisque les verticales resteront ainsi parfaitement verticales), ainsi nous avons le sentiment d'être nettement plus petits que le personnage représenté,
- Visage à l'expression indéfinissable (reconnaissons que tous nos présidents ont toujours fait ce qu'il fallait sur ce point précis), un bon président n'est pas le champ de bataille des sentiments ordinaires.

Avec ces quatre caractéristiques, nous avons la base de l'expression de la grandeur.


Photo Jean-Marie Marcel

Il semble assez contre-productif de regarder le spectateur droit dans les yeux. On ne demande pas au Président de venir boire une bière avec le citoyen. On ne lui demande pas de nous faire croire qu'il est un type comme nous. On lui demande d'être bien meilleur que nous sur un point précis : s'occuper du pays. Il a donc une fonction. On souhaite qu'il excelle dans cette fonction, on aimerait même avoir pris le meilleur pour régler les problèmes sur ce point-là. Personnellement je n'ai aucune empathie particulière pour mon dentiste. Je n'en suis ni jaloux ni ne le méprise. La seule chose que je désire est qu'il soit bon dans son travail. S'il travaille bien j'ai pour lui la grande reconnaissance qu'on doit à ceux qui font bien leur travail, où qu'ils soient dans l'échelle sociale.

Il me semble qu'il fait partie du travail du président d'obtenir une image de lui-même où il est tourné vers des choses hautes et nobles, afin d'expliquer clairement qu'il a une ambition pour le pays dont il prend les commandes. Son travail n'est pas de me séduire. Et ce n'est pas à moi qu'il doit s'adresser. Il a la charge de faire de son mieux devant l'Histoire. En incarnant la France, il doit, dans sa photographie, incarner une homme soucieux de l'avenir du pays, et au-dessus du commun. Dès lors, et comme sa domination en ce domaine est basée sur une compétence, sa supériorité ne me gêne pas. Je souhaite même qu'en ce domaine elle soit visible, et jusque dans sa photographie, qui est un acte symbolique de son métier.

Travailler les accessoires

Pour aller plus loin, il peut être intéressant de s'intéresser aux portraits officiels des présidents américains(1), réalisés suivant la tradition, après leur mandat. Ces portraits sont réalisés par des peintres, qui ont plus de temps pour réfléchir, à la fois à ce qu'ils veulent dire et à la fois à la qualité de la composition, que nos photographes de présidents. On retrouve assez naturellement les poses de la tradition de la photographie de présidents en France, en particulier des portraits avant De Gaulle et Pompidou, elle-même reprenant des poses et attributs de la peinture classique.

Dans les portraits peints des Présidents américains, il n'y a pas toujours beaucoup d'accessoires. Les peintres, encombrés par la nécessité de la ressemblance, bâclent souvent les alentours du portrait. Pourtant deux portraits nous semblent assez remarquables et peuvent indiquer une direction intéressante pour le portrait réussi d'un Président. Il s'agit des portraits des Présidents Harrison et Hoover. Ces portraits sont intéressants par les objets disposés autour du personnage, objets qui viennent les nourrir et donner un supplément de sens heureux à l'incarnation de leur supériorité.


Benjamin Harrison par Eastman Johnson (1895)

Dans ce portrait de Benjamin Harrison, des livres et des notes viennent suggérer l'importance du travail et de l'étude pour le juriste qu'il était.

 


Herbert Clark Hoover par Greene (1956)

Le globe dans cette représentation du Président Hoover rappelle à la fois sa première compétence (il fut géologue) et son engagement au niveau du Monde pour l'assistance humanitaire.

Evidemment ces portraits sont réalisés, selon la tradition américaine du portrait peint, après que les présidents eurent quitté la fonction, et le peintre a une idée claire de ce qu'il peut mettre en valeur. Par imitation, une bonne photographie du président français nécessiterait que le photographe sache quelles compétences, quelles ressources, quelle valeurs fondent la supériorité de l'homme qui va être représenté, et ait un peu de temps pour préparer l'affaire.

Concernant les objets accessoires au portrait, revenons à la photographie de De Gaulle. Quels objets viennent donc préciser la domination présidentielle ?


Photo Jean-Marie Marcel

Il y a évidemment les décorations qui encombrent le costume militaire du personnage. A la fois ces décorations signifient le grade de celui qui les porte, mais renvoient à la sujétion dans laquelle le personnage se tient par rapport à l'autorité (la République) qui les décerne, et témoignent qu'il en fait cas. Ces décorations valent donc autant comme expression du commandement que de la soumission sociale, ce qui est d'une grande profondeur. Les décorations, tout comme la pose font partie de la tradition. Rappelons en quelques images et sans commentaire les portraits des prédécesseurs :


Adolphe Thiers (1871-1873), Raymond Poincaré (1913-1920), Paul Deschanel (1920-1924), Alexandre Millerand (1920-1924), Albert Lebrun (1932-1940), René Coty (1953-1959)

Ce qui est nouveau dans la photographie de De Gaulle, au-delà de l'emploi de la couleur, est l'importance extraordinaire donnée au livre, A la fois par sa toute présence dans le lieu photographié mais aussi par sa mise en scène, plus habituelle, sur la table à la droite du Général.

Si le Général de Gaulle n'est pas lui-même l'auteur du choix, cela reste un bon choix : le Général de Gaulle, pourtant homme de guerre, a largement utilisé et fait confiance à l'écrit. D'abord auteur d'ouvrages sur la nécessité de créer un Corps de blindés et celle d'opter pour une armée de métier, ensuite persuadé qu'il est de la nécessité d'écrire une nouvelle Constitution pour la France, il écrira enfin ses Mémoires de Guerre. Indiscutablement, pour le Général, la légitimité passe par le texte.

Le lieu n'est pas choisi par le Général, mais évidemment, accepté par lui et, finalement en bonne symbiose avec l'homme.

"Quelques jours avant le rendez-vous, Jean-Marie Marcel [le photographe] se rend à l'Elysée pour trouver un lieu idéal et choisit la bibliothèque en rotonde.  (...)

Le jour J, [Jean-Marie Marcel et son assistant, Jean Mainbourg] décident que le Général sera debout, la main posée sur une table. Au hasard, Jean Mainbourg prend deux livres dans la bibliothèque et, par précaution, vérifie les titres. Problème : le premier est L'Histoire de l'armée française par le Général Weygand, qui avait condamné à mort Charles de Gaulle en août 1940... Discrètement le photographe le remplace par L'Histoire de la Légion d'honneur, plus approprié."

source : http://www.lefigaro.fr/lefigaromagazine/2009/01/03/01006-20090103ARTFIG00059--les-dessous-d-une-photo-officielle-.php

 

 

Le portrait du Général est ainsi placé quasiment entièrement sous l'autorité du livre, et cette sur-présence du livre lui correspond bien.

 

Le Président Pompidou, normalien et fin lettré, peut se glisser  facilement dans ce cadre, et c'est ce qu'il fera.


François Pagès / Paris-Match

Le même cadre peut sembler moins adapté à Nicolas Sarkozy pour lequel les livres ne représentent pas une valeur aussi grande.


Photo : Philippe Warrin

La bibliothèque est pour lui en contre-emploi et porte un peu le spectateur averti à l'ironie. Plaquée très nette sur le personnage et du coup beaucoup plus envahissante que sur la photo du président Pompidou, elle peut donner l'impression d'une communication assez grossière : non seulement elle ne correspond pas à la vérité du personnage, mais elle est adressée à des citoyens qui l'auraient plutôt porté au pouvoir pour un franc-parler bien peu littéraire, et une culture personnelle plutôt populaire. Si la photographie est bien à lire au premier degré, et il n'y a aucune raison d'en douter, elle n'est pas la meilleure façon de prendre de la distance avec la morgue des élites et manifesterait plutôt l'ambition d'en faire pleinement partie.

Dommage, car il n'est pas d'homme à ce niveau sans quelques qualités exceptionnelles et la photographie, plutôt que d'avoir l'air de revendiquer pour son sujet des capacités ou des goûts qu'il ne possède pas, aurait mieux fait d'évoquer les talents personnels incontestables du Président : pugnacité, intelligence, rapidité d'analyse et de décision. Si la photographie ne sert pas le vraisemblable, il est bien évident qu'elle est sans arrêt discutée et critiquée. Les accessoires doivent indiquer la compétence. Des accessoires décalés sont contre-productifs. La bibliothèque de l'Elysée, symbole de tradition, était un piège mortel pour un homme qui n'est à l'évidence pas un homme de lettres.

Les premières qualités de Nicolas Sarkozy, élevé en avocat, et nanti d'une parole alerte, mais pas très grand lecteur, auraient pu être mieux mises en valeur par une petite nature morte discrète, placée à côté du portrait et rappelant justement son éloquence et sa capacité à réagir vivement sur quelques notes, un peu comme dans le portrait de Benjamin Harrison, juriste lui aussi, déjà vu plus haut.

Un renoncement net à la bibliothèque de l'Elysée et un cabinet plus discret, avec des murs plus simples et dépourvus de livres auraient mieux convenu à un personnage qui, dans un environnement plus simple, aurait eu l'air probablement plus direct et efficace, justement ses qualités naturelles.

Un enseignement : il vaut mieux éviter de se servir des objets pour établir la hauteur du personnage ; la prise de vue, dans le rapport de la ligne des yeux et du point de vue, y pourvoit largement. Les objets doivent surtout permettre de donner une profondeur humaine au personnage, et de le faire en rappelant avant tout ses qualités indéniables, appréciées par tous. Aller au-delà et utiliser les objets pour donner une fausse profondeur tire la photographie vers le déguisement et provoque forcément la raillerie.

Montrer les mains

La monstration des mains dans un portrait semble tout à fait incontournable. Ne pas représenter les mains, symbole ordinaire du rapport au Monde et de l'action, c'est inutilement inquiéter, parce qu'on prive le spectateur d'une possibilité de compréhension et d'interprétation. Au pire cela peut l'amener à penser que le personnage est un dissimulateur.


Photo : Bettina Rheims

Les mains sont intéressantes pour le caractère de franchise que donne leur simple apparition. Mais, plus loin, elles peuvent aider à composer l'image en indiquant le lieu où se trouvent les accessoires qui donnent du sens. Elles renseignent également sur le caractère de la personne. La main fermée est autoritaire, une main ouverte pourra accueillir ou rassurer.


Main gauche de De Gaulle


Main droite de Pompidou

Se passer des mains est en portrait une immense erreur puisque leur absence coupe la représentation d'une grande quantité de sens possibles.

Légitimité nationale, palais et drapeau

La question peut finir par arriver. Qu'est-ce qui sépare le portrait d'un président de la République d'un portrait ordinaire ? Pour y répondre, on peut introduire à l'intérieur du portrait les accessoires propres à la fonction (comme le costume et les décorations). Mais dans des temps où la présentation se veut civile, fatalement, l'environnement a la charge de la réponse.

Disons d'abord que la bibliothèque ne peut pas être la réponse à elle seule, puisqu'elle fait bien allusion à la tradition de la cinquième République mais ne va pas avant. L'homme de la rue n'est pas censé non plus savoir qu'il s'agit de la bibliothèque du palais de l'Elysée. C'est la raison pour laquelle Lartigue a été obligé de placer un drapeau derrière son portrait de civil.


Photo : Jacques-Henri Lartigue

Le message est ainsi raccourci au maximum. Cet homme en civil est bien un président, ne nous y trompons pas. Par contre, le drapeau occupant toute la place, l'environnement est dans cette photographie d'une pauvreté telle que le spectateur est uniquement ramené à l'homme Giscard d'Estaing. La photographie apparaît ainsi plus que simple, littéralement superficielle. L'homme est sans profondeur. Pas de main pour en apprendre plus, pas d'objets pour en instruire la profondeur humaine, jusqu'à la lumière, tout est simple et sans aucune complexité.

Les photographies des Présidents Chirac et Hollande sont quant à elles prises dans le jardin de l'Elysée.


Photo : Raymond Depardon

Si la référence peut être à peu près claire pour un Français, elle ne peut pas l'être autant pour un étranger. Aussi est-il bienvenu de faire figurer le drapeau national dans le décor, comme Warin l'a justement introduit également pour Sarkozy. Ceci dit les présidents Chirac et Hollande ont l'air de présenter un bien de famille et la description du faste de la république, des serviteurs de l'Etat profitant des privilèges des Rois est au total bien mal venue. L'arrière-plan ne rappelle plus comme dans les photographies de De Gaulle, Pompidou ou Mitterrand la lente maturation de l'homme grâce au livre, et le mérite que donne le travail et l'humilité dans l'obscurité du cabinet. On insiste plutôt sur le privilège dont jouissent les dirigeants, ce qui ne semble pas très intelligent. On perd de la sorte toutes les possibilités que donne l'arrière-plan du portrait pour pédagogiquement envoyer aux Français un message de travail, d'honnêteté, d'effort... en un mot de mérite personnel, et d'utilité pour la Nation.

Dès lors s'il est compréhensible de faire figurer le drapeau national ou européen dans la photographie, ou au minimum un rappel de ces drapeaux, puisqu'ils peuvent témoigner d'un engagement du personnage pour le pays ou pour l'Europe, il est légitime de penser qu'une prise de vue en intérieur permet de mieux valoriser, par des accessoires, les qualités et mérites du président dans une représentation qui, invitant les Français au travail et à l'effort, présente une meilleure qualité pédagogique. Partir dans une autre direction ne semble pas être un service à rendre au président ni au pays.

Composition : au centre toute !

Il faut bien définir le sujet de la photographie. La photographie doit montrer le président. Dans les portraits de présidents de la Vème République, il y a deux portraits de présidents qui ne sont pas centrés : le portrait de Giscard par Lartigue, et le portrait de Sarkozy par Warin.

Pour le premier, Lartigue a voulu casser les codes. Pour aller jusqu'au bout, il a déporté Giscard vers la gauche. Ce faisant, naturellement, le drapeau devient le sujet principal. Effet innovation assuré puisqu'on met normalement le sujet au centre... La provocation de Lartigue confirme la règle (reconnaissons aussi que la tête de Giscard centrée sur fond blanc aurait eu un effet Photomaton).

Warin, dans le portrait de Sarkozy, place deux drapeaux en accessoires. C'est une bonne idée, assez courante dans la photographie officielle des présidents américains. Problème, les drapeaux sont de bonne taille. Le président a l'air à côté des drapeaux, presque à distance, comme coupé d'eux. Il n'y a pas fusion. Si on regarde la zone du bas du drapeau français et du costume, on ne comprend pas bien ce qui se passe. Le drapeau a l'air d'être devant et comme flottant bizarrement dans le premier-plan...

Mais ceci n'est en fait pas la photo officielle. L'image finale et officielle, corrigée, rattrape le défaut par un vignettage forcené, qui a l'effet heureux de marier drapeaux et président en un seul sujet lumineux, cette fois centré. Warin a eu raison de corriger, malgré l'effet trou-de-serrure que cette correction peut donner à l'image (il faut noter que les assombrissements des bords ont été d'ailleurs assez souvent utilisés dans la peinture classique).


Photo : Philippe Warrin

Moralité : dans la composition d'un portrait, il est impossible de faire autrement que de mettre le sujet au centre. Toute autre idée met en danger de composition ou d'interprétation, puisque l'œil humain attend le sujet au centre de sa vision.

Conclusion

Les photographies trop vite faites(2), mal pensées ou mal exécutées donnent une indication déjà assez ferme sur la façon dont les autres problèmes, certes plus importants, que le président aura à traiter seront réglés. Il semble pourtant, avec un peu de réflexion, relativement facile de faire une photographie qui soit un peu utile, serve le président, et serve la France. Encore faut-il que de la pensée et un peu de culture précède l'action, et que du temps pour travailler soit donné au photographe. Que le Président y pense aussi un peu sérieusement, parce que la représentation et l'exemple font indiscutablement partie de sa fonction.

Notes

(1) Portraits officiel de présidents des Etats-Unis sur Wikipedia
https://fr.wikipedia.org/wiki/Portrait_officiel_du_pr%C3%A9sident_des_%C3%89tats-Unis

(2) Nicolas Sarkozy n'a accordé que 20 minutes (après une première décommande) à Philippe Warrin pour prendre les dizaines de clichés nécessaires à une bonne séance de poses
http://www.ouinon.net/index.php?2007/05/26/189-retour-sur-la-photo-officielle

 

Cet article est une suite au premier article
Du Portrait des Présidents
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Dernière modification de cet article : 2017 

 

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