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l'auteur


Laurent THION

 


né en 1963 à Épenay
Installé en banlieue parisienne

passionné par la photographie
depuis son enfance
diplômé de l'école Estienne
travaille dès 1984
comme scannériste
dans nombre de
photogravures parisiennes
 et pratique parallèlement
 la photographie
Crée Écliptique en 2000
 et se consacre à la création
 de sites Internet
développe simultanément
une méthodologie de conception
 d'images panoramiques sphériques
en phase perpétuelle d'amélioration...

 

Ecliptique
29, rue des tricots
92140 CLAMART
Tél : 06 10 66 11 09
http://ecliptique.com/
http://panorama.ecliptique.com/
contact@ecliptique.com
 

 

 

 

 

Photographie orthoscopique
en panoramique par assemblage :
une interview de Laurent Thion

Laurent, vous venez de terminer un travail pour la Cité de l'architecture et du patrimoine. En quoi a-t-il consisté ?

Il s'agissait d'un appel d'offre public qui proposait la création de contenus pour des bornes multimédias disposées dans la cité. Certains lots concernaient particulièrement la photographie panoramique et l'image très haute définition. Le principe général étant de proposer une possibilité de visualiser les moulages du musée dans leur contexte d'origine. Le cahier des charges stipulait entre autre de pouvoir agrandir suffisamment les images de manière à aisément reconnaître et confronter "originaux et copies"... en fait les termes "originaux et copies" doivent être relativisés : nombre de campagnes de moulages des monuments ont été effectuées au XIXe siècle. En raison des conflits de 1914-18 et 1940-44 et des dégradations liées à la pollution, bien des sculptures visibles actuellement sur les édifices sont en fait des reproductions en pierre des moulages, passées soudainement de copies à originaux !

Vous avez réalisé des photographies de façades équirectangulaires orthoscopiques. Dans quel but ?

Initialement, les bornes ne devaient contenir uniquement que des panoramiques sphériques. Autant les panoramiques se justifient pour les intérieurs ou certains environnements particuliers comme les toitures, autant les façades réclamaient un traitement particulier, vu le peu d'intérêt à 360° de certains parvis.

J'ai donc proposé de photographier en très haute définition lesdites façades. Un player permet de visualiser l'ensemble de l'image puis d'y plonger littéralement grâce à l'action d'un joystick. Le fichier permet donc de voir des détails quasiment invisibles à l'œil nu lorsque l'on est sur place. Les images livrées ont toutes une résolution supérieure à 100 millions de pixels.

 


Cité de l'architecture et du patrimoine, galerie Davioud : les bornes en place en dessous du statuaire de la Cathédrale de Strasbourg ; notez à gauche le personnage du Tentateur, tenant la pomme.

Quels ont été les procédés employés ?

Les panoramiques ont été réalisés "classiquement" avec une tête montée sur pied, un boîtier numérique et un logiciel d'assemblage. La seule particularité de cette commande consistait en l'emploi d'une focale plus longue que ce que j'utilise habituellement, ceci pour emmagasiner plus de résolution et permettre a posteriori un grossissement supérieur lors de la consultation. À noter qu'une sphère réalisée à l'intérieur d'une cathédrale nécessite plus d'une heure de prise de vue, en raison du temps de pose, du calcul de la réduction du bruit, et du bracketting pour les vitraux (jusqu'à 8 STOP d'écart de contraste).

Voir un exemple du procédé employé. Ce panorama a été réalisé spécialement dans le musée pour montrer l'implantation des bornes par rapport aux collections. Ce n'est pas un produit haute définition qui a été livré ! Par définition, il n'est pas possible de mettre des panoramas réels en ligne, vu le poids de fichier... On trouvera des exemples de panoramas réellement livrés, par exemple de l'intérieur de l'église de Conques, ici :  http://ecliptique.com/conques/ (encore ne s'agit-il là que d'une version fortement allégée pour le web).

Les vues orthoscopiques ont été elles aussi réalisées par assemblage avec les mêmes matériels et softwares que pour les panoramas, à l'objectif près.

Parlez-nous des difficultés particulières rencontrées en photographie orthoscopique !

Je pense qu'elles sont les mêmes qu'en photographie en grand format. Le premier point de difficulté concerne le choix de l'emplacement de prise de vue. Si la symétrie axiale devait être parfaitement respectée pour ce travail, les conditions de terrain obligent parfois à des aménagements, voire des compromis. Sur le papier, il pouvait être judicieux de louer une nacelle afin de gagner en décentrement. Mais ceci aurait été une erreur pour les cathédrales. En effet, les sculptures sont taillées de telle manière qu'elles doivent être regardées d'en bas. Une anamorphose sensible apparaît dès que l'on s'élève un peu. Un étirement vertical artificiel compense la vision en contre plongée naturellement induite par le positionnement en hauteur.

 


Vue orthoscopique de la Cathédrale de Strasbourg


Un détail permettant d'estimer la résolution de l'image : le Tentateur, en vrai.

 

Les conditions météo prennent toutes leur importance sur la lisibilité et la réalisation de ce type d'image. La rapidité d'exécution a une grande importance également puisqu'il s'agit de prendre consécutivement plus d'une centaine d'images. Le passage d'un nuage au milieu de la séquence est catastrophique et le mouvement de l'ombre interdit quasiment tout retour en arrière. Il faut parfois composer, en plus, avec la présence de promeneurs, d'aiguilles d'horloges qui tournent entre deux rangées, de pigeons... il est aussi très important de stabiliser l'appareil après chaque rotation afin de ne pas engendrer de flou de bougé dû à la vibration. L'emploi d'un diaphragme très fermé (juste avant la diffraction) et de la sensibilité minimale du capteur entraîne une vitesse d'obturation toujours trop lente, même en plein soleil...

Un autre grand classique est le coup de pied involontaire dans le trépied, alors que l'on en est presque à la fin. Ce n'est pas grave, on recommence...

Bref, on n'est pas loin de des contraintes d'emploi de la chambre...

Un avantage notoire : la périphérie de l'image est réalisée, comme le reste, avec un téléobjectif. Même si la projection rectilinéaire entraîne une déformation des pixels autour de l'axe optique (au même titre qu'un décentrement), aucune aberration ni vignettage ne se fait sentir, l'image étant assemblée à l'intérieur d'une sphère virtuelle dont le centre correspond à la pupille d'entrée de l'objectif.

Quel matériel avez-vous utilisé ?

Un Nikon D200 sur lequel j'ai monté un nikkor 135mm f/2,8 acheté une poignée de cerises il y a quelques années. Cette optique était quasi neuve mais non AI. Un petit coup de lime sur la bague des diaphragmes m'a permis d'utiliser cette optique sur des Nikon F3, puis sur le D200 sans aucun problème.

L'ensemble boîtier-objectif est monté sur un prototype maison dérivé de la tête 303sph de chez Manfrotto. Bien évidement, un pied lourd, une base de mise à niveau et un déclencheur électrique sont aussi du voyage.

J'utilise Stitcher de Realviz pour assembler les images.

 


Choix des images dans Bridge CS3


Montage


Redressement des verticales


Redressement des horizontales


Zone de rendu. C'est sur cette zone que les bornes interactives permettront de zoomer (voir ici un exemple partiel de fonctionnement).

 

Dans ce travail, avez-vous rencontré des limites du côté de votre matériel... idéalement, aimeriez-vous avoir un matériel plus performant pour ce genre de photo ?

Les limites sont déjà atteintes depuis un moment. J'aimerais pouvoir augmenter encore la résolution, quitte à faire fumer mon ordinateur qui passe déjà des nuits entières de calcul d'assemblage...

Deux solutions semblent possibles pour augmenter la résolution. Seule la seconde me semble viable. La première consiste à augmenter la distance focale, afin de réduire le champ et multiplier en rapport le nombre d'images à réaliser pour couvrir une surface donnée. Ceci implique deux conséquences : augmentation non négligeable du temps de prise de vue, diminution de la profondeur de champ. Le contrôle précis de l'angle de rotation devient problématique.

La seconde solution consiste à utiliser un capteur plus grand ou offrant une meilleure résolution. Cette option offre deux avantages. Celui de générer plus rapidement des fichiers de même poids (donc en utilisant une focale plus courte, et en gagnant en profondeur de champ à diaphragme égal). L'autre de permettre l'enregistrement d'encore plus de détails, à focale égale. En ce cas, faire très attention aux conséquences sur la baisse de productivité au niveau de la post production.

Je me prends donc parfois à rêver d'un dos cf39 monté sur un blad ou sur mon vieux RB67, le tout sur une tête panoramique sur mesure... et d'un moyen pratique et universel de diffuser une image de plusieurs dizaines de gigaoctets.

L'assemblage d'images est pour moi une sorte d'absolu en ce sens qu'une sphère virtuelle, même partielle, constitue la surface sensible dont tout le monde a inconsciemment rêvé : pas de vignettage, pas d'aberration géométrique, aberration chromatique négligeable, un champ angulaire de 360x180 degrés si besoin...

 

 

dernière modification de cet article : 2007

 

 

 

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