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l'auteur

Michele Vacchiano est un photographe italien parlant très bien le Français. Il organise périodiquement des randonnées photographiques dans le piémont italien.
Sa passion est la photographie de montagne.
Pour le contacter :
info@michelevacchiano.com 
www.michelevacchiano.com 

 

 

Naissance d'une photographie : 
Le soir sur les Levannes 

Dedié à Renée

"Je connaissais bien ce drôle d’effet créé par le soleil qui se couche derrière les Levannes mais il était trop tôt pour que je pusse prendre ma photo.

Nous retournions d’une longue promenade et mes élèves étaient fatigués. Il me fallait un prétexte pour gagner du temps.

Comme ils ne connaissaient pas le chemin, je proposai un long détour pour éviter le clapier. Quelqu’un grommela parce qu’il fallait remonter la pente, mais j’étais leur guide et leur maître et si je disais qu’il était mieux de passer par là c’était que j’avais mes raisons.

L’un d’eux vint à mon secours malgré lui en me posant une question technique sur l’effet des bascules. Je n’attendais que cela ! J’ordonnais à l’assistance de faire cercle et je commençai ma leçon.

Je suis capable d’exprimer la même idée en utilisant vingt mots autant que vingt mille. Cette fois je me surpassai moi-même : je crois que personne n’a jamais parlé des bascules d’une façon plus tatillonne…

Pendant ce temps le soleil continuait son long voyage sur le fond du ciel, en jouant à cache-cache avec les mélèzes : un bon sujet pour une photo, c’est à dire une vingtaine de minutes pour que tout le monde puisse ouvrir ses trépieds, monter ses chambres, vérifier l’effet des mouvements, calculer l’exposition, appliquer le Zone Système, prendre la photo et enfin balayer tout l’attirail. Parfait !

Il était cinq heures et demie : une heure avant le coucher du soleil, dix minutes avant de gagner le fond de la vallée et nos voitures.

Il me fallait un prétexte…

Mais le temps passait trop vite. Après une quinzaine de minutes nous étions au village.

« Bon » pensais-je, « je vais saluer tout le monde et je remonte la pente. »

Mais je n’avais pas calculé la visite au café. Aucun italien ne laisserait ses amis après une journée passée en joyeuse compagnie sans un arrêt au café. Moi, je n’aime pas le café. Je ne bois pas d’alcool entre les repas et quand on m’invite au café je ne sais jamais que prendre. Et pour ce qui concerne la compagnie, j’avais hâte de m’en séparer, après dix heures passées à bavarder en prêtant attention aux questions les plus absurdes.

C’est pourquoi je décidai de passer pour un ours, je saluai tout le monde sous le prétexte que je devais gagner la plaine pour acheter quelque chose et après un long détour je retournai en haut, en m’arrêtant seulement lorsque une éclaircie parmi les mélèzes me permit d’avoir une bonne vue sur les Levannes.

Je calculai que le soleil se coucherait dans la demi-heure.

Tout seul et libre de faire ce que je voulais, je m’assis sur une pierre couverte de lichen, le soleil en face. Je sortis de mon sac la bague à tabac et commençais à remplir ma pipe. A cette époque-là je fumais presque seulement le « Torina » de Schürch, que j’achetais en Suisse chez Synjeco. J’aimais bien ce tabac, et pas seulement parce que ma jeune amie en appréciait le parfum : il s’agit d’une « mixture » anglaise qui rappelle le Balkan Sobranie n.759 qui a été, à mon avis, le meilleur tabac qui ait jamais été créé mais est malheureusement sorti de production depuis (à ce propos, il faut que j’envoie une commande : il y a longtemps que le très gentil Daniel Schneider n’a pas mes nouvelles).

Le parfum du tabac que je venais d’enflammer me rappelait l’odeur du foin à peine fauché et se mêlait à la senteur de la fumée qui montait du village là-bas. Quelqu’un avait déjà mis la poêle sur le feu et s’apprêtait à préparer la « carbonada » ou la polenta pour le souper.

Après une vingtaine de minutes de pur plaisir, moi aussi j’étais prêt : je mettrais dans l’image que je me préparais à créer tout le calme de cette soirée, mais aussi ce fil de regret de n’être pas chez moi mais seul parmi les montagnes. J’enviais un peu ces paysans là-bas, calfeutrés chez eux comme si l’air du soir avait été empoisonné. Avec l’obscurité qui s’approchait, il n’était pas difficile de croire aux « faje » ou aux « masche », comme on appelle en Piémont les fées enchanteresses qui juste au crépuscule ensorcèlent les mortels et les conduisent dans leur royaume.

A présent le soleil s’était couché derrière les sommets et en projetait l’ombre contre le fond des nuages.

C’était l’effet que j’attendais.

Je pris la photo sans consulter mon posemètre : je savais parfaitement comment mettre en relief cette incroyable lumière. En même temps je voulais la forêt dans l’ombre : seulement ainsi on entendrait le petit pas des fées.

Vingt minutes plus tard je gagnais ma voiture et rentrais chez moi. Le charme était fini. Et je me sentais un peu plus calme."

Michele Vacchiano © juillet 2002

 

 

dernière modification de cet article : 2002

 

 

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