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Michel Guerrero :
du Bleu au Bleu

 

Michel, que représentent ces vues ?
Où et quand ont-elles été prises?

J'ai pris ces images le long du littoral Marseillais, plus précisément, de l'entrée du port jusqu'à Callelongue. Je suis allé chercher des points de vue qui ont en commun d'être un peu en retrait, des endroits que l'on pourrait adopter pour y faire une pause contemplative. Mais aussi, mon regard c'est posé sur quelques objets, des éléments naturels et quelques artéfacts qui viennent barrer la fuite du regard vers l'horizon.

Le "quand" importe peu, mais il me semble important de dire que l'on est là dans le hors saison. Les bords de mer sont alors plus propices à la rêverie. Au départ de cette promenade photographique, toute la ville est là, mais peu à peu elle glisse de plus en plus dans votre dos. Les bruits émis par elle deviennent lointains, et la faible fréquentation ajoute à cette mise à distance des affaires urbaines.

 

 


Du Bleu au Bleu - ©Michel Guerrero

le photographe

Michel GUERRERO



Photographe Autodidacte
né en 1968, vit à Marseille

http://michel.guerrero.free.fr
 

 

 

 

Vous avez une relation particulière à la mer ?

Je ne saurais dire si ma relation avec la mer est particulière. Je crois que tous ceux qui entrent en contact avec elle n’en ressortent pas indifférents. Ce qui change, c'est que j'habite ici, à Marseille, une ville portuaire où la mer est à portée de main, mais... on en reste là. Je ne suis pas Marin. Il y a longtemps j'ai pratiqué un peu l'apnée...sans avoir de lien avec le milieu de la compétition, juste comme ça, pour moi. En est-il resté quelque chose au fond de moi qui expliquerai mon besoin d'en faire une série? En tout cas dans l'apnée, même si l'on a un bon niveau, ce qui n'est plus mon cas, il arrive un moment où l'on est obligé de revenir à la surface. On ne peut pas aller vraiment loin vers le fond et c'est peut être aussi le cas dans les images présentées ici.

Quoiqu'il en soit, ce bord de mer je le connais. Je l'ai arpenté pendant longtemps et fait beaucoup de photos de préparation pour ce travail. Je ne me lasse pas d'y perdre mon temps. Alors pour cette série, parler de la Méditerranée comme d'une grosse horloge qui œuvre à une échelle qui ignore la logique de nos petits agendas, cela me semble être simplement juste.

 

 


Du Bleu au Bleu - ©Michel Guerrero

   

 

 

Pourquoi cette représentation fantasmagorique ? C'est l'idée de troubler la lecture, de confondre réel et représentation qui vous intéresse ?

L'aspect fantasmagorique dont vous parlez n'est pas venu de façon immédiate. Bien que, ou peut-être, parce que, j'ai toujours regardé le surréalisme d'un bon œil, j'ai beaucoup fait d'essais avant de trouver le bon outil pour ma série. Mes essais ont porté sur la pause longue (en numérique et en argentique), la redécouverte de film instantanés comme le fp100c, le sténopé...La gestation de cette série s'étale en fait sur plusieurs années et c'est la découverte tardive du film fp3000b et de l'appareil qui pourrait me permettre de le mettre en œuvre, un Polaroïd 500 SE équipé d'une optique grand angle 75mm, qui m'ont permis de clore la phase de recherche.

Cependant un problème est survenu que je n'avais pas anticipé... Le film se décolle en 2 parties, une positive et l'autre négative. J'avais par avance décidé d'exploiter ce fragile négatif, pour aboutir à un nouveau positif. J'ai fait de mon mieux pour le préserver, le sécher mais j'avais beau faire, il finissait toujours par être marqué...pendant ce temps, j'ai appris que le film allait être discontinué... désormais j'étais sûr que je n'aurai pas le temps pour d'autres tentatives. J'ai fini par accepter l'idée que mes images, qui repartiraient de ces négatifs, porteraient les marques de leur fragilité.

Pour en revenir à la question du brouillage et ce qui m'intéresse ici, est plus de l'ordre de la superposition de couches de lectures. Cette sédimentation finit parfois par obstruer l'image trop parfaite, que l'on peut voir sur le positif original. D'autre part, utiliser un film instantané de 3000iso pour des pauses longues en plein jour, puis reproduire numériquement un négatif analogique destiné à être détruit pour imprimer un internégatif agrandi qui permettra à son tour de faire naître une image dont personne ne pourra discuter le statut d'œuvre originale, c'est un peu jouer aux apprentis sorcier. La maîtrise n'est pas toujours au rendez-vous, mais qu'elle joie aussi, quel plaisir de se perdre dans toute ces manipulations !

 

 

 


Du Bleu au Bleu - ©Michel Guerrero

   

 

 

Pourquoi le bleu ?

Parce que je n'ai rien contre... je dis cela, car il me semble que, dans l'enseignement classique du dessin auquel j'ai pu être confronté dans mes études d'architecture, les professeurs d'art plastique avait une sainte horreur des mines bleues. D'après eux, un tel accessoire était à réserver pour le tracé des esquisses en dessin technique. A mon avis, en dessin comme en photographie, les académismes sont plus dangereux qu'une simple couleur fût-elle bleue. 

A mon avis, en dessin comme en photographie, les académismes sont plus dangereux qu'une simple couleur fût-elle bleu. Dans le cas précis, cette couleur ne peut que servir le projet. Je le signale dans le petit texte qui accompagne ce travail ; un bleu a été soustrait par l'usage d'un film noir et blanc, un bleu a été rendu par la nature du procédé choisi pour le rendu final.

Enfin, j'ai l'air très sûr de mon choix, mais il m'est arrivé d'avoir quand même quelques doutes. Ils ont été levés grâce aux discussions fournies que j'ai pu avoir avec ma compagne. Elle est peintre. Nous partageons ensemble un atelier à Marseille. Au moment où je commençais à faire mes premiers tests cyanotypes, elle travaillait sur des œuvres monochromes bleues...à ce moment, l'idée est née de faire une exposition commune... nous sommes toujours à la recherche d'une salle qui pourrait accueillir ce dialogue peinture-photo.

 

 

 


Du Bleu au Bleu - ©Michel Guerrero

   

 

 

Avec quel matériel travaillez-vous ?

Je ne souhaite pas citer de nom, mais j'utilise en numérique : un reflex de grande marque, et mon téléphone.

Pour ce qui est de l'argentique, j'utilise un peu de tout : reflex 24x36 ; moyen format mono et bi-objectif ; le fameux Polaroïd 500 SE avec dos 6x9 ou polaroid ; depuis peu une chambre 4x5 que l'on peut convertir en 20x25.

Pour les films, c'est un peu pareil... un peu de tout, Couleur ou noir et blanc selon l'humeur ou ce que j'ai trouvé en magasin à ce moment-là. Évidemment, mais beaucoup moins que je le voudrais à cause du prix, des films instantanés.

 

 

 


Du Bleu au Bleu - ©Michel Guerrero

   

 

 

Qu'est-ce qui vous a amené aux techniques anciennes ?

Bizarrement, c'est l'absence de production d'un véritable original en photo numérique qui m'a entrainé à rechercher un procédé autre qu'une simple impression. Les procédés anciens par l'intermédiaire d'un internégatif numérique permettent d'obtenir un objet que l'on peut vraiment qualifier de tirage original. D'autre part, certains de ces procédés sont très simples à mettre en œuvre et ne nécessitent pas de chambre noire.

Il ne s'agit pas de nostalgie. L'idée de reproduire des gestes qui remontent aux premiers temps de la photographie, peut être pertinente dans la mise en place d'un projet actuel, qui parle de rythme, d'échelle de temps, de cycle.

J'ai probablement trouvé les premières informations concernant ces techniques sur ce site même et puis sur le site Disactis pour les produits et d'autres infos...

 

 

 


Du Bleu au Bleu - ©Michel Guerrero

   

 

 

Comment êtes-vous venu à la photographie ?

C'était il y a longtemps... je ne sais pas quel est le terme que l'on emploi aujourd'hui pour désigner les surveillants dans les collèges, nous on appelait ces personnes des pions et l'un de ces pions que l'on avait affublé du surnom de nounours faisait des portraits de nous parfois. Son appareil était un moyen format bi-objectif.

A cette époque, je passais également beaucoup de temps à la bibliothèque municipale d'Avignon d'où je suis originaire. J'y ai découvert des livres retraçant les grandes heures du photo reportage de Life magazine à Paris Match, des analyses sur l'explosion des sujets people au détriment des reportages de fond... une monographie de Brassaï sur Paris la nuit...

 

 

 


Du Bleu au Bleu - ©Michel Guerrero

   

 

 

Qu'est-ce pour vous qu'une bonne photographie ?

D'un point de vue général, je crois que plus j'avance en âge et plus je suis porté à penser que ce n'est pas l'aspect de la photographie qui compte... mais l'intention qui se cache derrière elle qui importe. Ainsi je ne suis pas très friand des images délocalisées de leur contexte. Bien que je puisse en apprécier les qualités de compositions, une image d'information devrait rester dans le champ de la diffusion d'information, une photo de famille dans un album ou dans une boite, une photo d'auteur sur des cimaises, dans un livre ou sur un site internet qui parle de photographie. Donc, une bonne photo serait une photo dont les qualités intrinsèques l’empêchent de glisser d'un champ d'application à un autre...

Quant à mes photos, je fais beaucoup de tri (éditing) et m'attache à donner à voir celles qui ouvrent des espaces, offrent des correspondances aux regards avertis tout en gardant une lecture possible au spectateur lambda...enfin, c'est l'idée.

 

 

 


Du Bleu au Bleu - ©Michel Guerrero

   

 

     
   

 

dernière modification de cet article : 2016

 

 

 

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