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l'auteur

Martial Maurette
54 , avenue Maurice Plantier
13770 VENELLES
France
port. +33 (0)6 08 53 30 49
fax : +33 (0)4 42 54 00 19
martial.maurette@orange.fr
martial.maurette@gmail.com
 

Né en 1957, 3 enfants
photographe et directeur artistique de Maisons et Décors Méditerranée

 

 

 

 

 

Martial MAURETTE

 


 

Martial Maurette, vous êtes photographe et directeur artistique de Maisons et Décors Méditerranée. Vous réalisez de nombreuses photographies pour le magazine, quel matériel utilisez-vous ?

Depuis 1980 j’utilise 2 appareils de moyen-format 6x7 Mamiya et une panoplie d’objectifs et flash portables sur pied, soit environ 200 kg de matériel. Je prends toujours des films diapositives 100 ISO et du polacolor pour les vérifications. Pour la légèreté j’ai un pied carbone.

 

Pourriez-vous nous parler de votre façon de photographier ?

Pour Maisons et Décors Méditerranée, nous fournissons (car c’est une équipe) un travail de bonne qualité professionnelle, au vue des résultats en terme de lectorat. L’idée première étant de transmettre le sentiment d’être invité amicalement à visiter des maisons dont les propriétaires sont consciemment fiers d’avoir réussi à s’installer et souhaitent rester anonymes.

 

Comment procédez-vous pour les photographies, avez-vous un cahier des charges ?

- vue générale du lieu, zoom sur l’entrée
- détails à droite et à gauche, shoot, vue générale de chaque pièce, inspection des détails, tournée sur 4 angles
- essai de la souplesse des fauteuils et des matelas
- petits coups d’œil par les fenêtres, shoot
- traque de l’objet qui tue (pour vite le cacher)
- si possible montée sur les toits et descente dans la cave, entre temps trempette (professionnelle) dans la piscine, vue du ras de l’eau et d’en haut du palmier. Shoot, shoot…
- une fois sur deux plan moyen et détails sur les plats gastronomiques préparés « a mano » par la propriétaire et pause repas pour apprécier la vie en ce lieu.
- rebelotte sur le reste de la maison, vues générales, plans moyens, détails, 4 angles et de temps en temps, « cerise sur le gâteau », sensation d’avoir une couverture (la première de couverture du prochain magazine)… alors essais de cadrage plus ou moins serrés, mise en place d’objets, puis on les retire, on pense à l’avant-plan, aux titres et on shoot encore.

Tout cela doit être net quoique des herbes folles ou des branches qui bougent, c’est superbe. Ou encore la jolie fille de la propriétaire qui passe, en léger flou de bougé, c’est très vivant. L’appareil, vertical, au niveau à bulle, vertical, ce n’est pas approximatif… c’est vertical !
Et puis il y a les chiens et les chats, des stars de cinéma, toujours à poser devant. Alors on les prend une fois, deux fois, après ils encombrent...

Pendant cette journée d’images, la rédactrice en chef, chauffeur, diplomate, assistante, s’est chargée de me mettre à l’abri des propriétaires trop excités, trop curieux de la pratique professionnelle de la photographie.

Si besoin est on note pour revenir une autre fois pour n’avoir ni regret ni remord.

La journée s’est ainsi passée l’appareil sur pied, avec les caisses d’objectifs et de films en attente derrière, pour changements de dos, de films, de polaroids quand il faut se servir de flash.

Après c’est l’horreur du retour, des kilomètres en voiture, avec l’arrière-pensée d’un éventuel problème qui obligerait à refaire le reportage.

 

Avez-vous une esthétique pour ces photographies ?

Avoir une esthétique ? C’est une question bizarre, peut être trop ou très résumée. Ca pourrait même être un examen… J’ai une culture de l’image, un peu plus large que la moyenne puisque j’ai trempé mes pinceaux dans les cours des Beaux-Arts du mercredi après-midi quand j’étais petit, en cours du soir quand j’étais adolescent. Puis j’ai suivi une formation aux Beaux-Arts à Aix-en-Provence en 1974 et une spécialisation à Marseille Luminy en Communication Visuelle et Audio-visuelle Option Photographie (1er diplôme de l’école). Des études pluri-disciplinaires (environ 20 UV) finalement chouettes à cette époque, vraiment en phase avec mon métier actuel.

Une esthétique ? Je pourrais aussi répondre par mes connaissances sur des personnages visuellement reconnus que j’ai étudié à l’école (liste non exhaustive et d’un jet) :
Henri Cartier-Bresson, pour sa réflexion sur la géométrie et l’instant, Avedon, pour le dépouillement et la vérité triste des portraits, Rembrandt pour cet éclairage particulier en clair-obscur, Edouard Boubat pour cette petite touche de poésie dans l’image, Le Corbusier – dont je ne supporte pas les cages à poules bétonnées – Hunderwasser pour ses lubies colorées dites écologiques, Atget pour sa constance dans la quantité de vues qu’il qualifiait d’études pour peintres, Tina Modotti, Dorota Maar pour leurs tristes histoires personnelles aux côtés d’artistes machos néanmoins créatifs, Picasso, dans ses premières périodes encore réalistes, Edward Weston, plutôt pour les nus que pour les cactus, le journal Le Photographe, mensuel de la profession drivé par Bernard Perrine qui fut aussi mon professeur aux Beaux-Arts, Jean Bernard, photographe à Aix, grand reproducteur d’œuvres d’art dans les musées ou chez les collectionneurs (en sus de son travail créatif personnel) pour qui j’ai fait pendant mes premières années pas mal de journées d’assistanat, Sarah Moon pour ses rêveries mélancoliques, William Klein pour ses études graphiques, Peter Beard pour ses brouillons géniaux, Eugène Smith pour l’évocation de la difficulté de la condition humaine, Jean-Pierre Sudre pour le surréalisme de l’univers sous microscope, qui avait par ailleurs un travail professionnel autour de l’industrie et du commercial et qui m’a bien dit (et redit) qu’on pouvait fort bien assumer les deux en parallèle… et aussi l’émouvante première photographie de Nicéphore Niepce et tant d’autres…

Cette énumération répond-elle à la question sur mon rapport à l’esthétique ? Peut-être peut-on l’élargir en disant que je déteste le plastique, surtout ces sièges qui envahissent jardins et terrasses (incroyable mais vrai, désormais on les retrouve sur les cartes postales, les plaquettes publicitaires d’hôtels restaurants même étoilés et dans les décors de films…). Je n’aime pas le « style » 1950-70, cette soit-disant libération au travers de la couleur abusive, du plastique encore, de formes tristes ou aberrantes.

 

 

Je n’aimerais pas recréer le décor chez les gens qui m’accueillent. Bien sûr je choisis de cadrer certains angles, certains détails, toujours avec une lumière qui donne l’impression d’une journée ensoleillée « comme en Provence ». Quelque fois je m’oblige à garder dans mon image un objet qui n’est pas dans le ton, mais qui vu dans l’ensemble du reportage fait le côté « vivant » de la maison, signature des personnalités qui l’habitent.

En post-production : choix de la meilleure densité sur les bracketings, celle qui me semble convenir à l’idée que je me fais de la maison visitée (éventuellement de deux images si l’extérieur peut être incrusté dans les fenêtres, depuis une vue de l’intérieur, par le photograveur). Je note également sur les diapositives choisies s’il y a besoin d’effacer un poteau EDF, une indication géographique trop précise, un objet incongru oublié dans le feu de l’action…

Au niveau des mises en page, car je m’occupe aussi de la direction artistique du magazine, je ne m’autorise que 10% de recadrage maximum (pratiquement prévus en prise de vue).

En fait, je me demande si j’ai bien répondu à cette question sur l’esthétique. En ce début d’année j’ai envoyé une carte de vœux que j’ai faite, marquée « Beau, Bon, Bien », 3 termes paraît-il passés de mode et datant des siècles précédents. Voilà déjà une piste.

Ajoutons que je préfère les tons chauds (orangé) aux tons froids (gris-bleu).

J’aime avoir des espaces de symétrie (même s’il y a une légère dissymétrie)

Je n’aime pas les grands espaces, béton ou blanc.

Une image sans rayon de soleil me semble non finie et j’aime bien mélanger des sources de lumière différentes.

90% de mes images sont faites bien verticales, les plongées et contre-plongées volontaires sont plus rares (tant que possible je décentre… et si les gars de Mamiya veulent fabriquer un 50mm à décentrement et sans aberrations, je les en remercie par avance)

Il m’arrive d’essayer des « trucs » : horizon basculé, flou de profondeur de champ, gros plan disproportionné, déformation dans de vieilles vitres ou miroirs… mais sans en faire des séries genre signature de tel ou tel « artiste ».

Je préfère ne photographier que s’il fait beau. Sans soleil je ne sors pas de mon lit. Photo = lumière, graphie = dessiner.

Finalement je pourrais aussi répondre : je photographie avec le cœur et le soleil.

 

dernière modification de cet article : 2002

 

 

 

 

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