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l'auteur

Maria Moutot



www.mariamoutot.com
 

Travaille depuis 1990
comme assistante à la réalisation
après des études à l'IDHEC
Vit entre Paris et les Pyrénées Orientales
et le plus souvent encore ailleurs au gré des repérages
Aime à partager son travail avec les étudiants d'écoles de cinéma où d'écoles d'art, le repérage permettant de penser le cinéma, la narration, l'incarnation d'une idée en image.
Met en place des installations où elle mélange tout ce qu'elle aime faire : images, sons et textes.

 

 

 

 

 

 

Maria Moutot : repérages

 


©Maria Moutot

 

Maria, votre métier est de faire du repérage photographique : en quoi cela consiste-t-il ?

Je fais des repérages pour le cinéma, ce qui veut dire précisément que je cherche les lieux dans lesquels seront tournées chacune des séquences d’un scénario de film, où d’un spot de pub.
Au départ de mon travail donc il y a toujours un texte, parfois très détaillé, parfois très sec, très économe sur les indications concernant où se situe l’action.
Quoiqu’il en soit je dois m’en emparer, me l’approprier jusqu’à l’obsession, et commencer à rêver au film...
A ce stade j’ai comme interlocuteur le réalisateur bien sûr, mais aussi le chef décorateur, le directeur de production, pour les aspects économiques du projet, et l’assistant réalisateur, pour calculer, gérer le timing de la préparation et du tournage.
Ma recherche est à la fois d’ordre artistique, esthétique, et dans le même temps profondément liée aux impératifs et aux contraintes de production.

 


©Maria Moutot

 


©Maria Moutot

 

Chaque film à son économie propre, ses problématiques particulières.
Nous faisons tous du sur mesure, chacun à notre poste.
Il y a une grande part de travail de documentation, particulièrement quand il s’agit d’un film d’époque.
Je dois très vite apprendre les bases de l’architecture, de l’esthétique, mais également de la sociologie de l’époque qui m’intéresse, pour aller au plus près de la réalité, mais pour savoir à quel moment, à quels degrés parfois la contourner.
La continuité architecturale, qui voit les lieux se transformer, avec tous les rajouts possibles au fil du temps, est une notion terrible quand on repère une époque donnée : ce qui est antérieur est intéressant, tout ce qui est postérieur est interdit !

 


©Maria Moutot

 

Qu'est-ce qu'un bon lieu pour installer l'action d'un film ? Doit-il présenter des caractéristiques particulières ?

Le bon lieu, c’est celui qui est juste, qui sonne juste.
Celui qui va raconter l’histoire, qui va la nourrir et intensifier les tensions, les intentions.
C’est aussi, et là encore ça chemine toujours en parallèle, celui qui sera à même d’accueillir un tournage.
L’endroit le plus magnifique qui soit ne sera pas un décor si il est inaccessible en camions pour la technique, si il est terriblement bruyant, si il n’offre pas un espace suffisant, à la fois pour la mise en scène, et pour tout le back stage dont nous avons besoin pour travailler...
Certains lieux seront au delà des possibilités financières d’un projet, où demanderaient trop d’aménagements pour être praticable...
La somme de contraintes parfois contradictoires réunies dans une seule recherche peut être désespérante, ça m’amène dans ces cas là à faire valoir mon expérience, à alerter sur le coté suicidaires de certaines demandes paradoxales !
Au moment où j’interviens, rien n’est plus important que le choix des décors.
Toute la préparation du film en dépend, la logistique à mettre en place, la concrétisation du budget réel, le plan de travail du tournage à bâtir en fonction des lieux, de leurs situations.
Il est dangereux de négliger les repérages, un film mal préparé à ce niveau se passe généralement assez mal, et explose très facilement son budget décors.
C’est aussi un moment fragile, important psychologiquement, l’irruption de la réalité qui parfois bouscule et stresse les réalisateurs, qui doivent choisir et décider à ce moment là de quoi sera faite l’image du film, son identité visuelle.
C’est le premier vrai moment d’incarnation de ce qui est, encore jusque-là, un rêve de tout les possibles.

 


©Maria Moutot

 


©Maria Moutot

 


©Maria Moutot

 

Une des caractéristiques vraiment importante du choix à faire, c’est aussi quel accueil sera fait au tournage par les habitants du lieu.
Je ne minimise jamais ce que c’est, une équipe de film qui débarque et qui investit un endroit, ça peut être vraiment traumatisant si on n’y est pas préparé en détails.
A part un studio de cinéma, aucun endroit n’a pour vocation première d’accueillir un tournage de film.
Une grande partie de mon travail consiste à expliquer ce que nous faisons et comment nous le faisons, à des gens pour qui c’est une proposition complètement inédite, parfois assez farfelue.
Il s’agit d’informer vraiment, honnêtement, et de convaincre, de donner envie de jouer avec nous.
Contrairement aux apparences, nous fonctionnons dans une organisation quasi militaire, un partage des territoires et des responsabilités très rodé, qui nous permet d’installer, et de dé- installer, un environnement de travail extrêmement efficace, où que nous soyons.
Cette expérience de travail partagé est une grande partie du plaisir qu’il y a à dans la rencontre de l’équipe et de ceux qui la reçoive, et cela vaut bien autant que l’échange économique.
Si chacun y est bien préparé, ça se passe généralement très bien.

 


©Maria Moutot

 

Comment fonctionne-vous ? Vous partez d'un scénario et allez chercher des lieux, ou les lieux sont-ils quelque chose comme un carnet d'adresses que vous mettez à disposition de qui vous sollicite ?

Ma seule base de départ c’est le scénario, et les discussions que je peux avoir avec le réalisateur.
Je maintiens et je bataille pour penser très fort que chaque film est unique, et mérite de l’être !
Je refuse absolument l’idée d’avoir des décors en stock, comme on aurait des machins interchangeables et standards, qui font l’affaire, sans exigences.
C’est parfois la tendance du moment, car le temps consacré aux repérages, comme celui de la préparation dans son ensemble se réduit toujours plus, et c’est gravement préjudiciable aux projets.
Je travaille bien évidemment en utilisant mon expérience, mes archives personnelles, et il m’arrive de proposer des lieux que j’ai déjà proposés pour un autre sujet.
Je le fais si j’estime que l’endroit est juste, qu’il est la meilleure proposition possible, et je vais systématiquement refaire des images qui seront dans l’esprit de ce que je cherche, qui mettront en valeur l’endroit précisément pour ce film là, et pas un autre.

 


©Maria Moutot

 


©Maria Moutot

 


©Maria Moutot

 

Diriez-vous que vous avez un certain style et qu'on vous fait confiance pour cela ?

Je travaille depuis suffisamment longtemps maintenant pour avoir un peu de recul sur cette question !
D’autant plus depuis que je mets en place des projets personnels d’installations photographique et sonore, qui utilisent la démarche des repérages pour visiter un peu différemment des lieux qui me touchent.
Je suis très impliquée, très concentrée quand je pénètre dans un lieux que je ne connais pas encore, et que je sens qu’il pourrait être celui que je cherche.
C’est assez proche de l’hypnose en fait, ça ce fait tout seul maintenant !
Les photos de repérages sont de drôles d’images, des outils de travail transitoires qui doivent à la fois montrer ce qui est et ce qui pourrait être, faire surgir ce qui est là et ce qui n’y est pas mais qui pourrait y être parce que moi déjà je le vois.
La réalité et la fiction dans la même image !
Je dis que ce sont des images de fantômes, les fantômes du lieu et ceux des personnages de la fiction qui pourraient s’y installer, qui en plus parfois croisent les miens.
J’ai un plaisir immense à faire ces images, toujours très vite, en m’adaptant aux conditions, quelles quel soient.
Quand je connais bien les réalisateurs ou les chefs décorateurs pour qui je travaille, je me permets d’être assez franchement impressionniste, je m’attache beaucoup aux matières, aux détails, aux ambiances que je perçois.
Je crois en effet que cette façon de revendiquer un point de vue assez affirmé sur les lieux m’a permis de nouer des relations de grandes qualités, de complicité avec certains réalisateurs ou décorateurs.
En tous cas je ne sais pas faire sans, je m’ennuierais vraiment à ne faire que des images de visites immobilières, j’estime que c’est mon travail de faire des propositions artistiques à des auteurs, de nourrir leur imaginaire.
Je crois que je fais des images à la fois très frontales, très composées, et qui essaient de communiquer le plus de mystères possibles, de fiction à venir.
Pour moi ce sont des débuts de séquences, des débuts de plans, possibles.
Et parfois seulement le plaisir de capter un détail dans la bonne lumière !

 


©Maria Moutot

 

Y a-t-il des lieux avec lesquels vous vous sentez des affinités plus grandes ?

Au fil du temps j’ai développé une écoute assez aigue des lieux, certains parlent tout de suite, certains murmurent très bas leurs histoires, d’autres sont désespérément muets.
Je dois rester concentrée sur l’histoire que je porte, et à la fois être très disponible aux accidents, aux surprises.
Il m’arrive de proposer soudain complètement autre chose que ce que je cherche, si j’estime qu’un endroit inattendu amènerait quelque chose à laquelle on n’avait pas pensé, même pas envisagé.
J’adore être seule dans des lieux un peu laissés à eux-mêmes, assoupis.
C’est un grand privilège d’avoir ce passeport presque parfait du cinéma, qui me permet d’entrer quasiment n’importe où, avec obstination !
Certaines recherches sont plus laborieuses que d’autres, plus glamour que d’autres.
Mais toujours il y a la surprise possible quand on passe une porte, et ça c’est vraiment une récompense géniale !
Je suis plus sensible à certaines époques, à l’équilibre de certaines architectures qui me passionnent et dont je suis devenue familière, mais ce qui est le plus précieux dans ce métier, c’est la rencontre possible avec les lieux et avec les gens.


©Maria Moutot

 


©Maria Moutot

 

Comment êtes-vous venu à la photographie ?

Un de mes oncles m’a donné un appareil photo quand j’étais enfant ; j’ai tout de suite adoré la place particulière que ça m’accordait, l’attention à tout que cela faisait naitre en moi.
J’ai adoré l’objet aussi, l’appareil, que je trouvais si précieux, magique.
C’est une façon d’être dans le monde qui me va bien, à la fois complètement présente, et presque toujours occupé à le cadrer.
Je fais des photos pour voir ce que je vois, j’ai la chance que ce soit également mon métier, de partager mon regard avec d’autres, de le mettre au service d’un projet commun.
Dans mon travail personnel, j’ai seulement plus de temps pour développer un sujet, pour me laisser happer par des lieux inspirants et essayer de les donner à voir, pour écouter les histoires qu’on me raconte.
Je travaille pour le cinéma mais je fais des photos tout le temps, je prends du son aussi, et j’adore la littérature.
Je crois que je ne fais pas de hiérarchie entre tout ça, ça se complète et ça joue ensemble, c’est une façon à la fois de donner et de recevoir le monde autour, une façon d’être aussi éveillée que possible.



©Maria Moutot

 

 

   

 


 

   

 


 

 

   

 

dernière modification de cet article : 2014

 

 

 

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