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Julien Thomazo : Rupture

 

Julien, comment êtes-vous venu à la photographie ?

J'ai découvert la photographie assez jeune. Lorsque j'avais une dizaine d'années, par curiosité, je me suis essayé à la photo lors d'un atelier proposé au camping où nous étions en vacances. Ce fut une révélation. Depuis ce jour, la photographie a occupé une part importante dans ma vie. Au point même d'en faire mon métier... Il y a 6 ans, j'ai plaqué une brève et ennuyeuse carrière d'ingénieur en aéronautique pour me consacrer à mon amour de jeunesse.

Le reportage de presse était ce qui m'attirait le plus dans la photo. Après une année de formation à la photographie professionnelle, je me suis lancé comme photographe free-lance. En France d'abord puis en Nouvelle-Calédonie, où j'ai fait mes armes en “Grand Reportage”. Durant ces 4 années passées à l'autre bout du monde, je me suis intéressé à la photographie contemporaine ainsi qu'aux artistes qui la font. J'ai découvert des artistes comme Jeff Wall, Thomas Demand, Gregory Crewdson, Georges Rousse. Ils ont fait mûrir mon approche de la photographie.

 

Vous avez fait pas mal de reportages en numérique, pourquoi ce passage au grand format argentique aujourd'hui ?

Pour le calme et la méditation que m'apporte la photographie à la chambre. Pendant ma formation à la photographie, j'ai appris à photographier avec une chambre grand format. J'adorais le mélange de technicité, d'élégance et de finesse inhérents à ce type de photographie. Malheureusement, mes aspirations professionnelles en photographie n'étaient pas compatibles avec le grand format.

En reportage de presse, le numérique est le standard (sauf quelques exceptions rarissimes). Tout de se fait dans l'urgence. On est à des années lumières de ce qui fait le charme de la photo à la chambre : le temps et la réflexion.

A mon retour en France, j'ai choisi de ralentir la cadence et de réaliser mes travaux personnels en grand format. Ce choix correspondait aussi à la maturation de mon écriture photographique. Le culte de “l'urgence à tout prix” ne me correspondait plus. J'avais envie de m'exprimer autrement, plus posément. J'adore cet état méditatif dans lequel vous entrez au moment des prises de vue à la chambre : le temps devient élastique, il ralentit ; l'esprit est alerte, calme et très concentré; tous les petits détails qui habituellement se font par automatisme en numérique deviennent essentiels (charger le film, faire la netteté, armer l'obturateur…), c'est une vraie méditation.

 


©Julien Thomazo

 

   le photographe

Julien Thomazo

né en 1976
Ingénieur en Physique (ENSPG) en 2000
Prix du Jury du Centre de Formation
Photo de Nîmes en 2005

Photographe free-lance depuis 2005
en Nouvelle-Calédonie puis à Montpellier
Collaborateur de Géo Magazine
Le Monde, Courrier International
Membre de l'agence Photononstop.

Expositions personnelles
« Sydney*, la ville imaginée »
à Nouméa en 2008
« Samu 988 »,
à Nouméa en 2007
contact@julienthomazo.com

 

   

 

Dans cette série, il y a toujours un personnage au confluent de deux univers, c'est l'explication du titre : "rupture" ?

Absolument. Pour cette série, je choisis des paysages, urbains pour la plupart, en pleine mutation. Ce sont généralement des friches en cours d'aménagement , des lotissements fraîchement construits ou des lieux en cours de transition, et j'y place alors un personnage sur un point de rupture du paysage. Par son attitude ambigüe et énigmatique, ce personnage crée une tension au sein de l'image. C'est cette tension associée à un élément de rupture que j'explore dans ce travail.

 

Cette série est-elle une méditation sur l'ordre et le désordre ?

Je parlerais plutôt d'une recherche que d'une méditation. La méditation, c'est pour la prise de vue.

Dans mes photographies, je propose des éléments : un décor, une mise en scène, une distance, un protagoniste mais je le laisse le soin au spectateur de tirer ses propres conclusions. Je ne fais que poser les bases du débat. Après, ça se passe entre le spectateur et la photographie. Chacun y trouve un questionnement et des réponses différentes selon son histoire et ses préoccupations. Et c'est là que c'est intéressant.


©Julien Thomazo

     

 


©Julien Thomazo

     

D'autres photographes, comme Gilbert Garcin ou Robert Parke-Harrison, mettent en scène un personnage unique, eux-mêmes, sur leurs photographies. Sur vos photographies ce n'est pas vous, mais la représentation d'un personnage solitaire ne vous tire-t-elle pas vers l'autobiographie ?

J'aime beaucoup ce que font Gilbert Garcin et Robert Parke-Harrison, je trouve leur démarche très fine et bourrée d'humour.

Pour être honnête, je crois effectivement que ce personnage qui habite mes photos renvoie à une représentation de l'ordre de l'autobiographie. C'est souvent le propre d'une œuvre d'art, d'ailleurs.

J'ai commencé cette série à mon retour en France, à une période de ma vie où je me posais beaucoup de questions sur le sens à lui donner et sur celui de ma photographie. Cette série "rupture" porte en elle ce questionnement et ces doutes qui ont précédé la construction d'un nouvel ordre.

 

 


©Julien Thomazo

     

On a l'impression sur vos photographies d'un personnage qui chercherait au-delà de l'étonnement un sens très précis aux choses, comme s'il tentait de tout comprendre et mesurer... même lorsqu'on le voit secouer un arbre ou au moins son tuteur, on penserait plus qu'il tente d'évaluer sa résistance que de l'arracher. C'est cela ?

En quelque sorte, oui. Ce personnage est en questionnement, en exploration. Il se retrouve propulsé dans un univers très ordonné, très structuré et sa préoccupation semble être de donner du sens à cet ordre, à cette structure.

Mais finalement, chaque photographie ne fait qu'ouvrir une brèche. Nous ne saurons pas la fin de l'histoire. Au spectateur d'imaginer cette fin.

Le pouvoir évocateur de la photographie me fascine, il est au cœur des préoccupations de cette série. Je vois la photographie comme un miroir à multiples facettes dans lequel chacun capte le reflet qui lui fait écho et colle dessus sa propre interprétation, son propre sens en réponse à la nébuleuse des doutes qu'il porte en lui.

 

 


©Julien Thomazo

     

Avec quel matériel (et pellicule... scanner) ont été réalisées ces photographies.
Quelle est leur taille naturelle ?

Pour cette série, j'ai utilisé des films 120 (Provia 100F) pour pouvoir travailler au format 6X12.

J'affectionne particulièrement ce format qui donne un côté cinématographique aux images.

Pour la prise de vue, j'utilise une chambre Sinar F, avec un dos 6X12, bien sûr.

Pour scanner les films, j'utilisais initialement un EPSON V750 Pro, les résultats étant probants mais assez long à obtenir. Aujourd'hui, j'utilise un scanner IMACON X5, quel confort, et surtout quel rendu !

 

 


©Julien Thomazo

     
     
   

dernière modification de cet article : 2010

 

 

 

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