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 l'auteur

 

Jean-Philippe Poli
 

Pratique la photo sérieusement
depuis une dizaine d’années.
Prise de vues en moyen et
grand format argentique.
Vit et travaille à Bastia
en Haute-Corse

jphpoli(at)gmail.com
http://www.jeanphilippepoli.com
 

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Jean-Philippe POLI

 

 


série "vallée de la Loire" © Jean-Philippe Poli

 

G.-P. : Jean-Philippe, comment en êtes-vous venu à la photographie ?

Jean-Philippe Poli. : Par un voyage dans les Cyclades en Grèce en 1987. J’avais acheté un Olympus OM 10 et deux zooms optiquement très mauvais mais à « spectre large ». Si je me suis immédiatement enthousiasmé pour les photos qui en ont résulté, elles ont, au fur et à mesure de mon évolution, terminé à la poubelle, par tranches successives, ne survivant pas à des sélections de plus en plus « éclairées ». J’ai ensuite balbutié, de petits sujets sans intérêt à quelques photos de famille. En 1997, je découvre réellement le noir et blanc et m’inscris dans un petit club local bastiais où j’apprends à développer un film, en même temps que les rudiments du tirage à l’agrandisseur. Pour reprendre une expression qui nous est chère, ce fut une « révélation ». Lassé de la promiscuité d’un labo exigu, qu’il convient de partager avec une quantité de personnes déraisonnable en rapport de l’espace, je me suis équipé d’un agrandisseur et j'ai commencé ainsi à progresser un peu plus.

Je date mes débuts réels en photographie de ce moment-là.

 

 


série "vallée de la Loire" © Jean-Philippe Poli

 

Il y a souvent dans vos images une obsession de la description du premier plan, opposé au flou d'une lumière lointaine.
Revendiquez-vous cette opposition ?

Vous me placez devant une réalité restée un peu inconsciente jusque là. Il est vrai que j’apprécie la présence d’un premier plan. Peut-être est-ce l’expression d’un choix de vie, consistant à privilégier le moment présent, à s’enthousiasmer de projets immédiats, sans faire une fin en soi du long terme, par définition hypothétique.

Je doute toujours de l'avenir et le flou d’une lumière intense que vous décrivez exprime probablement ce sentiment d’incertitude (j’ai un goût prononcé pour les paysages de brume par ailleurs).

J’ai conscience d’avancer vers un futur de plus en plus illisible, et je crois que je le refuse de façon inconsciente par cette présence conjointe d’un plan immédiat et par la fermeture de l’image avec le ciel. Depuis quelques temps, cette nécessité de « fermer » l’image s’est exacerbée au point d’ajouter un bord noir.

C'est peut-être aussi l’expression d’un va et vient mental permanent dans le temps, qui va du regret sans fondement d’un passé inconnu à la crainte d’un futur qui l’est tout autant. Je suis animé d’une sorte de nostalgie permanente, nostalgie aux contours flous ; il m’est bizarrement agréable de me retrouver animé de ce sentiment, comme un bonheur d’être triste.

Je crois que c'est ce sentiment bizarre qui me conduit à déclencher et qui remplit, de façon générique, mes images, quel que soit le sujet.

 

 


série "vallée de la Loire" © Jean-Philippe Poli

 

Quelles sont pour vous les qualités d'un tirage noir et blanc parfait ?

Je vous dirais d’emblée que la notion de perfection me gêne un peu. Elle me paraît une quête porteuse d’un certain nombre de travers.

Le tirage reste l’expression d’un auteur, il doit servir son propos plutôt que de se fondre dans un moule. Je citerais volontiers Michael Ackerman et Paolo Nozzolino dont les tirages semblent loin de « l’académisme » communément admis en matière de tirage. Pour autant, ils me paraissent illustrer, pour le coup, « à la perfection » (l’acception est ici différente), l’esprit de leurs travaux respectifs.

Le tirage doit satisfaire la restitution d’une ambiance et d’une lumière qui ont retenu l’attention du photographe ; ces raisons étant très différentes d’un auteur à l’autre, il est on ne peut plus naturel, voire rassurant, que le tirage varie selon la personne et, au delà, selon le sujet. La satisfaction ultime est de se dire : « j’ai obtenu ce que je voulais obtenir ».

D’un point de vue plus basiquement technique il m’apparaît comme vital que l’interprétation (terme qui remplace à mon sens avantageusement celui de retouche) ne soit pas visible. Pour prendre un autre exemple, j’ai toujours été surpris des masquages, parfois à la limite du grossier, des images de Jean-loup Sieff.

 

 


série "Espagne" © Jean-Philippe Poli

 

Quelles techniques employez-vous pour le tirage noir et blanc ?

J’ai pratiqué le tirage noir et blanc à l’agrandisseur pendant quelques huit années. J’avais (de ce que je me suis laissé dire ...) acquis un niveau très acceptable, non sans avoir passé du temps et honoré la poubelle de nombre de mes « œuvres ».

Est ensuite apparue la possibilité de scanner les négatifs pour les imprimer, après traitement informatique. Je dois avouer ma satisfaction d’utiliser désormais cette solution hybride, qui allie prise de vues argentique et post traitement numérique.

Si le traitement informatique se révèle autant chronophage que le tirage classique, il permet, à mon sens, d’accéder à une interprétation plus précise, en évitant le gaspillage de papier, lié à des retouches ou masquages pas satisfaisants.

Par ailleurs, la qualité des papiers mats (100% coton et sans acide ni azurant) n’est aujourd’hui plus contestée et le rendu, certes différent, me procure un grand plaisir.

Ayant vécu quelques déboires avec les encres K3 (en n&b), notamment au niveau des dominantes ingérables (qui restent présentes malgré les progrès), je m’équipe actuellement en encres piézographie, par le biais d’un système d’alimentation continue. Ce procédé satisfait également le paramètre de longévité qui est important pour moi (mon obsession du temps).

Pour être honnête, je dois avouer n’avoir jamais appréhendé le tirage classique comme une passion ; il constituait simplement une manière d’arriver à mes fins en noir et blanc, quand aucune autre solution acceptable n’existait. Le rinçage et la repique, notamment, étaient devenus une « corvée » sans nom. Je conserve néanmoins le plus grand respect pour ceux qui continuent avec passion à pratiquer l’agrandisseur, la notion de plaisir étant primordiale pour nous photographes. En parallèle de l’impression « fine art », j’envisage de faire tirer certaines de mes photos en platine / palladium. Je ne souhaite pas me « lancer » personnellement dans la mise en œuvre de ce procédé, considérant qu’il est rarement efficace de se disperser. D’autant que certains éminents intervenants de galerie-photo excellent dans ce domaine.

 

 


série "Espagne" © Jean-Philippe Poli

 

Avec quel appareil travaillez-vous ?

Je suis équipé d’une chambre SHEN HAO 4x5 basique, avec un objectif Rodenstock 150mm, d’un moyen format Hasselblad 501 CM et de quatre optiques 50mm CF, 80mm CF, 120mm macro CF, 250mm CF, d’un Mamiya 6 monté de son 75mm et enfin d’un APN Canon EOS 5D avec un 50mm F/1.8 et un 100mm macro (je possédais un 24mm 1.4 récemment revendu).

Après avoir vécu une période « dédiée » au carré, j’ai éprouvé le besoin de déstabiliser un peu mes cadrages par l’utilisation d’un rectangle modéré (par opposition au 24x36 et son rapport 3:2).

Actuellement, je privilégie ainsi l’usage de la chambre, qui me conduit à « voir » différemment, à me « poser » davantage. Impatient de nature et relativement spontané dans la prise de vue, j’apprécie finalement la lenteur relative qu’impose ce matériel. Ce mode de prise de vue, associé à une certaine « philosophie », correspond d'avantage aux sujets moins spectaculaires et plus documentaires que je veux traiter aujourd'hui.

Evidemment il est essentiel d’adapter le matériel au sujet. Quand la nécessité de spontanéité apparaît, j’utilise le Mamiya 6 avec beaucoup de plaisir. Depuis plusieurs années d'ailleurs, je me suis lancé dans un sujet « au long cours » (expression de circonstance) à propos des traversées en ferry Corse-continent pour lesquelles, en l’occurrence, l’utilisation de la chambre est impossible. Je crois avoir ainsi trouvé mon bonheur dans le couple chambre – Mamiya 6 qui cohabitent dans la promiscuité du même Lowepro Trekker.

Le 501 CM et le 5D ont, dans ce contexte, du mal à se faire une place. Je les délaisse un peu depuis quelque temps, ne trouvant pas de justification à leur utilisation, particulièrement pour le 5D. Le côté immatériel du numérique me gêne énormément et puis la capacité d’agrandissement reste insuffisante.

 

 


série "Normandie" © Jean-Philippe Poli

 

Quels conseils donneriez-vous à quelqu'un qui voudrait apprendre à faire de très beaux tirages noir et blanc ?

Je parlais au début d’interprétation, ce qui peut signifier détourner un certain nombre de règles de base. Encore faut-il savoir pourquoi.

Avant de se lancer dans une démarche personnelle, il est vital de regarder ce que d’autres, au talent reconnu, font ou ont fait. Il est impossible de s’affranchir de ce qui s’est passé avant et particulièrement du pourquoi cela a été fait ainsi. Du filet noir de Cartier-Bresson, marquant les extrémités du négatif, aux recadrages sans vergogne de Robert Franck, on constatera que l’un comme l’autre n’empêchent pas la reconnaissance.

A mon sens, l’éducation visuelle passe par les livres et la fréquentation régulière de salles d’exposition. C’est ensuite seulement que l’on peut s’inscrire dans une démarche personnelle ou, éventuellement, dans le sillage d’un auteur particulièrement apprécié.

L’apprentissage purement technique se doit de jouxter une culture photographique.

Une fois cette démarche conjointe mise en œuvre, il convient de choisir un procédé et de s’y tenir. Butiner d’un procédé à l’autre mène, je pense, à l’approximation.

Dans le cadre d’une démarche débutante, je conseillerais aussi de s’entourer des bonnes personnes, ce qui permet un gain de temps substantiel. A ce sujet, je profite de cet espace et adresse un petit clin d’œil à Jimmy Peguet pour ses patience et disponibilité. La fréquentation de sites comme galerie-photo (pour ne pas le nommer) est également à recommander. Enfin, ne pas se décourager devant les échecs, ils font partie de la démarche. Le temps et l’investissement, corollaires de la passion, sont les deux paramètres clés de la réussite.

 

 

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dernière modification de cet article : 2009

 

 

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