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l'auteur

Emmanuel Bigler est professeur d'optique
et des microtechniques
à l'école d'ingénieurs de mécanique et des
microtechniques (ENSMM) de Besançon.
Il a fait sa thèse à l'Institut d'optique à Orsay
E. Bigler utilise par ailleurs
une chambre Arca-Swiss

26 chemin de l'Épitaphe
25030 Besançon cedex
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- Histoire du Bessa-Voigtländer
- Le Bessa 667
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L’histoire du Bessa Voigtländer

par Emmanuel Bigler

Résumé

Au moment où les premiers utilisateurs du Bessa-III 667 (développé par Fujifilm et Cosina) nous font part de leurs premières impressions, c’est le moment de relire quelques pages de l’histoire du Bessa original fabriqué chez Voigtländer [1] à Braunschweig de 1929 à 1956.

1  L’histoire du Bessa commence en 1929 [2]

Dans les années 1920, la photo d’amateur se développe et Voigtländer lance le programme de fabrication d’un appareil 6x9 à rollfilm destiné au grand public. Auparavant la firme de Braunschweig est déjà fort célèbre par ses fabrications d’appareils à plaques, mais le passage au rollfilm est indispensable pour suivre le succès commercial qui fut celui de George Eastman. La firme Voigtländer est devancée en 1928 par Agfa avec le « Billy », nom à consonance américaine mais qui, en Allemagne, évoque le mot billig signifiant : bon marché.

Il faut donc trouver un nom de modèle pour le futur appareil 6x9 bon marché de chez Voigtländer. Certes, l’entreprise a déjà vendu des appareils de prix abordable sans nom de modèle ; par exemple en 1927 sort un appareil pliant pour format 5x8 cm (pour bobines code 129), on l’appelle simplement... le petit Voigtländer cinq-huit (ou cinq-sept-et-demi),

Pour le nouveau 6x9, le nom sera : Bessa [3], qui veut dire littéralement : besser = meilleur, en dialecte berlinois et bavarois. En choisissant un mot qui n’est pas stricto sensu du hochdeutsch mais que tout le monde comprend, Voigtländer fait un choix qui s’avérera excellent pour un appareil « populaire », Le nom est encore utilisé aujourd’hui (voir plus bas, la ré-utilisation du nom Bessa au paragraphe 4).

Comme Kodak, Bessa se prononce facilement dans toutes les langues, bien plus facilement que la marque Voigtländer elle-même, et plus facilement que d’autres noms de modèles utilisés par l’entreprise, comme le Bergheil (trop allemand !), le Brunsviga (imprononçable !), le Prominent ou le Superb (franchement « ronflants », désignant au sens propre des modèles chers et compliqués dont les ingénieurs étaient fiers). Au contraire de Kodak, évoquant le déclic sec de l’obturateur mécanique, le mot Bessa est tout en rondeur, comme le sera l’appareil lui-même qui doit tenir facilement dans une poche. Au contraire de son prédécesseur l’Avus 9x12 à plaques, une boîte raide et carrée une fois repliée, il n’y point de coins aigus dans le Bessa, toutes les lignes droites se terminent par un arrondi sympathique.

Au départ, le Bessa est un appareil simple dont les prix sont étudiés au plus juste. Un seul format, le 6x9 sur bobine 120 (code allemand : B2-8, il existe un film B2-6 plus court), un seul type d’objectif, un triplet Vaskar de 10,5 cm de focale [4], et un seul obturateur, un Vario de chez Gauthier : T, B, 25, 50, 100.

En 1930, on lui adjoint un grand frère au format 6,5x11 pour bobines 116 (code allemand : D-8), mais c’est toujours un appareil simple, avec un Voigtar de 12 cm de focale et un obturateur analogues à celui du modèle 6x9.

2  Le Bessa se développe et traverse la guerre [5]

Le Bessa est un succès ; en 1935 la gamme s’étoffe et comprendra avant guerre jusqu’à 10 modèles dont la gamme de prix s’échelonne entre 26,5 marks et 85 marks ! Le Bessa le moins cher est équipé d’un triplet Voigtar de 10,5 cm ouvrant à 7,7 et d’un obturateur Singlo, le moins cher de chez Gauthier qui ne monte qu’au 1/75s. Le Bessa le plus cher est alors équipé d’un Skopar (formule tessar) de 10,5 cm ouvrant à 4,5 monté sur un obturateur Compur-Rapid de chez Deckel, montant au 1/400s. Ces modèles 6x9 seront fabriqués jusqu’en 1950, les petits obturateurs simples de chez Gauthier disparaissent, Gauthier fournira alors un Prontor II (1/175s) et un Prontor S (1/200s) en parallèle avec le Compur-Rapid de chez Deckel qui reste toujours le plus cher. Le Prontor S et le Compur-Rapid d’après guerre ont la synchro flash X.

Pour tous ces modèles, on utilise la particularité optique des triplets et des Tessars qui autorisent la mise au point par le seul dévissage de la lentille frontale sans que la qualité d’image n’en souffre trop. En 1937 un système de cache et de double fenêtre rouge est introduit, permettant de faire 16 vues de format 4,5x6 sur la même bobine 6x9.

En 1936, Voigtländer améliore encore le Bessa dans une version coûteuse qui s’éloigne cette fois du projet initial bon marché : il s’agit du Bessa à télémètre couplé, nommé Bessa E par Claus Prochnow, « E » comme Entfernungsmesser = télémètre (on trouve le nom de Bessa RF pour range finder en terminologie anglo-saxonne).

Dans ce modèle nettement plus complexe sur le plan mécanique, l’ensemble de l’objectif se déplace en coulissant sur l’abattant frontal, comme sur l’Avus par exemple, la fourche porte-objectif étant couplée avec un télémètre à coïncidence incorporé au-dessus du boîtier. Tous ces Bessa E sont équipés du Compur-Rapid le plus cher, la gamme de prix s’échelonne entre 147 marks pour le premier modèle équipé d’un triplet Helomar 3,5 de 10,5 cm, jusqu’au plus cher à 187 marks équipé d’un Heliar 3,5 de 10,5 cm (5 lentilles en 3 groupes). Le modèle intermédiaire Skopar est proposé à 167 marks. Le Bessa E continuera à être fabriqué jusqu’en 1949, les Skopar et Heliar sont recalculés après la guerre et s’appellent Color-Skopar et Color-Heliar. L’après guerre voit également l’introduction du traitement anti-reflet, absent en règle générale sur les objectifs allemands d’avant la guerre [6].

En parallèle avec les modèles 6x9 dont les prix grimpent, Voigtländer maintient des modèles d’entrée de gamme sous la forme de modèles 6x6 et 4,5x6 introduits en 1938 [7], la gamme de prix s’échelonnant entre 88 et 133 marks. On retrouve les mêmes combinaisons optiques, triplet Voigtar, Skopar à 4 lentilles formule tessar et Heliar à 5 lentilles en focales de 75mm avec mise au point par dévissage de la lentille frontale. Ces modèles seront fabriqués jusqu’en 1951 sous différentes variantes, en particulier au niveau des viseurs.

Les 6x9, le normal et le Bessa E ainsi que le petit Bessa 6x6 partagent donc avec le Rolleiflex et la Citroën « Traction Avant » le privilège d’avoir traversé la guerre sans interruption de fabrication [8].

3  Derniers modèles, dernières années (1950-1956) [9]

En 1950 est introduit un modèle que Claus Prochnow appelle Bessa-I, et comme son nom ne l’indique pas, ce n’est ni le premier Bessa de 1929 ni le premier Bessa de l’après guerre. Mais c’est le premier Bessa de la République Fédérale, fondée en mars 1949 [10]. Le Bessa-I utilise toujours le dévissage de la lentille frontale, il n’a pas de télémètre. On trouve toujours le triplet Vaskar en entrée de gamme, ainsi que le Skopar devenu Color-Skopar [11]. Là encore, les différents modèles d’obturateur contribuent à la différence de prix, le moins cher, toujours de chez Gauthier, est un Pronto qui monte au 1/200s et le plus cher, le synchro-compur N°0 MXV monte au 1/500s et équipe également le Rolleiflex 2,8.

En parallèle est fabriqué le modèle Bessa-II ; peut-être le plus recherché des collectionneurs, c’est aussi le plus cher et le plus raffiné, il prend la suite directe du Bessa-E. D’abord équipé en 1950 du Compur-Rapid au 1/400s, les modèles suivants à partir de 1951 reçoivent le Synchro-Compur au 1/500s. Le prix du Bessa-II s’échelonne entre 260 marks pour le premier modèle de 1950 (Color-Skopar sur Compur-Rapid) et jusqu’à 395 marks pour le modèle le plus cher équipé de l’Apo Lanthar sur Synchro-Compur. L’ autre optique proposée étant le Color-Heliar, un peu moins cher que l’Apo-Lanthar.

En 1956, indique une source Internet [12], l’entreprise est en déficit sévère. L’actionnaire principal de Voigtländer depuis 1925, Schering AG, vend ses parts à Zeiss Ikon, le grand concurrent. Certes, la fusion n’est pas effective, le deux gammes de produits continuent en parallèle, mais le Groupe Zeiss qui chapeaute désormais ces deux grands noms de la photo allemande met un coup d’arrêt aux appareils moyen format dans les deux usines.

L’année 1956 voit donc la fin du Bessa, l’année même où Voigtländer fête le quatre-millionième objectif et célèbre la fondation de l’atelier de Christoph Voigtländer à Vienne 200 ans plus tôt. Seul le Perkeo 6x6 continue jusqu’en 1958, ce sera le dernier du genre pliant à bobines 120. En parallèle chez Zeiss Ikon on arrête l’Ikoflex, un 6x6 bi-objectif de prix abordable. Du coup chez Rollei sortent le Rolleiflex T, mais ceci est une autre histoire...

Les deux marques Zeiss Ikon et Voigtländer se concentreront par la suite essentiellement sur les appareils 24x36 et les projecteurs de diapositives de même format ; néanmoins Voigtländer continuera la fabrication des objectifs de chambre jusqu’à la fermeture définitive de l’usine en 1972. Après une tentative trop tardive de fusion des deux marques en 1970, le groupe Zeiss se retire du marché photo amateur et, en même temps que Voigtländer à Braunschweig, ferme l’usine Zeiss Ikon de Stuttgart sans autre forme de procès.

L’usine Voigtländer de Braunschweig (à Gliesmarode, un faubourg) n’a pas été démolie, elle existe toujours (figures 1, 2, 3), elle héberge diverses entreprises qui, à l’exception d’un atelier de réparation de matériel photo donnant sur la Petzvalstraße longeant l’ancien site industriel, n’ont plus rien à voir avec ce qui fut depuis 1840 le métier d’optique et de mécanique de précision de chez Voigtländer.


Figure 1: Un aperçu de l’ancienne usine Voigtländer à Gliesmarode, un faubourg de Braunschweig (mars 2006)


Figure 2: Une autre vue de l’ancienne usine Voigtländer (mars 2006)


Figure 3: Donnant dans la Petzvalstraße, l’ancienne cantine du personnel Voigtländer est désormais un restaurant dans lequel on peut voir en témoignage du passé, plusieurs vitrines exposant une collection d’appareils et cette vue aérienne de l’usine au temps de sa pleine activité.

4  La ré-utilisation du nom Bessa

La première entreprise a avoir réutilisé le nom de Bessa n’est autre... que Voigtländer ! Il s’agit du Bessamatic, introduit en 1958, un appareil reflex 24x36 mono-objectif à système. Le Bessamatic n’a franchement rien de commun avec le Bessa classique à rollfilm si ce n’est d’avoir été fabriqué dans la même usine et de porter sur son objectif standard 2,8 de 50 le même nom de Skopar qui avait équipé tant de Bessas à partir du milieu des années 1930.

L’entreprise ferme ses portes définitivement en 1972 par décision irrévocable du Groupe Zeiss. Le savoir-faire optique et certaines machines sont rachetés par Rollei, le voisin et concurrent à Braunschweig. Une large page de publicité dans les magazines annonce alors : « De nouveau des Voigtländer ! » et montre une belle collection de produits anciens. Rollei ne réutilisera pas le nom de Bessa pour ses appareils vendus sous la griffe Voigtländer.

Aujourd’hui les droits de la marque et les noms déposés de chez Voigtländer sont exploités depuis 1997 par l’entreprise RINGFOTO GmbH & Co. ALFO Marketing KG [13] qui ne fabrique pas elle-même de produits. Le nom de Bessa fut d’abord réutilisé pour désigner un petit appareil 24x36 à viseur et télémètre couplé fabriqué par Cosina.

L’actuel Bessa-III de chez Fujicosigländer est donc, depuis 1957, le plus proche du Bessa classique dans son principe.

5  Un mot sur les objectifs du Bessa

« ... Weil das Objektiv so gut ist... »,  ... Pour son objectif merveilleux,..., c’était la réclame de chez Voigtländer. Il faut dire que la fameuse maison de Braunschweig figure parmi les pionniers de l’optique photographique avec le célèbre Petzval f/3,7 de 1840. L’usine a toujours fabriqué ses propres objectifs, au contraire de Rollei qui avant guerre se fournissait chez Carl Zeiss exclusivement, puis chez Zeiss et chez Schneider-Kreuznach après la guerre jusqu’en 1972, pour des raisons expliquées plus bas.

Le Bessa reçoit donc une gamme d’objectifs qui va du triplet en entrée de gamme jusqu’à l’Heliar à 5 lentilles en passant par le Skopar à 4 lentilles, analogue au Tessar.


Figure 4: Le Bessa fut équipé de triplets comme le Vaskar, le Voigtar et l’Helomar. Le Skopar, de formule (4/3) est analogue au Tessar.


Figure 5: Le haut de gamme des Bessas fut équipé à partir de 1936 de l’Heliar puis de l’Apo Lanthar (1950), tous deux de formule (5/3).

Le destin de l’Heliar est un peu étrange. Breveté en 1900 par Hans Harting chez Voigtländer, il précède donc de deux ans le Tessar de Paul Rudolph chez Zeiss. Logiquement, avec ses 5 lentilles, l’Heliar aurait dû être meilleur, mais commercialement le Tessar l’emporte pourtant, avec une lentille en moins, mais aussi un collage en moins ; il est moins cher à fabriquer pour une performance tout aussi bonne. Apparemment le problème de l’Heliar est qu’il est difficile à cette combinaison de dépasser les 55° d’angle de la focale normale, alors que pour 5 lentilles et une même complexité, les formules d’après guerre comme le Planar Zeiss ou le Xenotar Schneider permettent d’aller plus loin en ouverture maximale et angle de couverture.

Alors que le Tessar est probablement, juste après le triplet, l’objectif qui a inspiré le plus de concurrents en photographie, l’Heliar reste, à quelques exceptions près, une formule propre à chez Voigtländer malgré d’excellentes qualités optiques, sa seule vraie limitation étant l’angle de champ accessible. L’une des exceptions qui confirment cette règle de faible diffusion du type Heliar chez la concurrence c’est sans doute l’Apo Saphir de chez Boyer [14], une optique de banc de reproduction tellement bonne qu’elle passait pour une vraie bénédiction chez les faux monnayeurs : à l’époque où vrais (et faux) billets étaient fabriqués par photogravure à l’aide d’optiques photo sur banc, M. Riondet, sur le forum galerie-photo.info [15], dit que les propriétaires d’Apo Saphir de chez Boyer devaient se déclarer aux autorités françaises, inquiètes de l’éventualité de voir apparaître des faux indétectables fabriqués avec cet objectif « presque parfait » !

Vers la fin de la carrière du Bessa, le Bessa-II sera équipé de l’Apo-Lanthar, une formule (5/3) de type Heliar brevetée en 1950 mais utilisant de nouveaux verres développés chez Schott après la guerre. À l’époque, le chef du bureau de calcul optique est Albrecht Wilhelm Tronnier, un fameux créateur d’optiques qui avait travaillé chez Schneider-Kreuznach avant la guerre, mais dont le nom est alors associé à la plupart des brevets protégeant les optiques Voigtländer d’après guerre.

Lorsque Fuji et Cosina décident d’appeler Heliar l’objectif qui équipe le Bessa-III 667, il ne faut pas aller chercher une quelconque filiation, puisque l’objectif du Bessa-III est de formule (6/4), probablement la formule la plus fructueuse dans l’après guerre pour toutes sortes d’optiques de focale fixe à usage photographique. À grand ouverture jusqu’à f/1,4 en petit format, ou bien ouvrant à 5,6 mais de haute performance jusqu’à 75° de couverture (la norme actuelle des optiques de chambre grand format), le « double gauss » (6/4) surclasse l’Heliar historique (5/3) sur tous les plans.

L’Heliar et l’Apo Lanthar resteront au catalogue Voigtländer des optiques de chambre jusqu’à la fermeture de l’entreprise en 1972, en particulier les focales de 105 mm, celles du Bessa, destinées à la prise de vue en 6x9. À la fermeture de l’usine Voigtländer, Rollei rachètera le savoir-faire et les machines, mais n’utilisera plus ni les noms ni les combinaisons des optiques Heliar ou Apo Lanthar. C’est seulement à partir de ce transfert en 1972 entre les deux grands concurrents de Braunschweig que Rollei acquiert une capacité de production d’objectifs, la production optique chez Rollei s’arrêtait auparavant à la fabrication des lentilles Rolleinar pour le Rolleiflex. Ce savoir-faire optique était resté actif jusqu’à la récente faillite de l’entreprise Franke et Heidecke en mars 2009.

Iconographie et sources bibliographiques

Le Bessa classique n’est pas un appareil rare, Claus Prochnow indique un nombre total de 575 000 appareils fabriqués entre 1929 et 1950, auxquels on peut ajouter environ 110 000 modèles des dernières séries Bessa I et II entre 1951 et 1956. Un très grand nombre de sites Internet présentent des photos des différents modèles de Bessa, par exemple, par ordre chronologique :

Site de G. Langlois
http://glangl1.free.fr/Liste-Voigtl.html

Bessa 6x9 (1931-1949) site de G. Langlois
http://glangl1.free.fr/Photos/Folding/V_374.JPG

site de Sylvain Halgand
http://www.collection-appareils.fr/general/html/listeV_imagettes.php

Bessa E à télémètre (1936 - 1950) (Bessa RF sur le site de Sylvain Halgand)
http://www.collection-appareils.fr/voigtlander/html/voigtlander_bessa_rf.php

Bessa 6x6 (1938-1948) site de G. Langlois
http://glangl1.free.fr/Photo2/Photo_V_783.html

Bessa I (1951-1956) site de Jeanne M. sur flickr
http://www.flickr.com/photos/jannem/2736338387/

Bessa II (1950-1956) site de Sylvain Halgand
http://www.collection-appareils.fr/voigtlander/html/voigtlander_bessa_II.php

Une liste très complète avec images se trouve également ici sur le site CollectiBlend :
http://collectiblend.com/Cameras/Voigtlander

Le scan par Pierre Lavergne de la notice originale en Français du Bessa II de son père, mis en ligne par Daniel Herlent (merci à tous les deux) :
http://herlent.daniel.free.fr/manuels/voigtlander_bessa_ii/index.html
 

Pour la rédaction de cet article, nous nous sommes appuyés surtout sur la source à notre avis principale, le livre de Claus Prochnow (1930-2008) :

Claus Prochnow : Voigtländer Report 3. Platten- und Rollfilmkameras ab 1840, appareils à plaque et à bobines (non reflex) depuis 1840, objectifs de chambre. 320 pages avec environ 700 illustrations, ISBN 978-3-89506-274-2, Lindemanns, Stuttgart, 2007.

http://www.rollei-report.com

Une biographie de Claus Prochnow (en anglais) sur le site de Carlos Manuel Freaza :
http://dobleobjetivo.blogspot.com/2008/08/claus-prochnow-19302008.html

Notes et Références

[1]

On peut être passionné par les produits et l’histoire de l’honorable maison Voigtländer sans pour autant connaître l’allemand. Il se pose donc, d’entrée de jeu, la question pour le lecteur francophone de prononcer correctement ce nom qui, au départ, est celui d’une famille autrichienne spécialisée, au XVIIIème siècle, dans la fabrication d’instruments scientifiques puis dans l’optique et la photographie

En principe, selon l’allemand scolaire, il ne doit pas y avoir d’hésitation ; l’allemand se prononce, apprend-on, suivant des règles qui correspondent exactement à l’orthographe, au contraire du français et de ses bizarreries. Sachant que v = f, oi = oï ou oye, gt = kt, än = ènne et -er final = -eur, la prononciation, transcrite maladroitement en phonétique française devrait être sans équivoque : Foï-kt-lènne-deur. Du moins c’est ainsi que j’ai toujours entendu prononcer mon père, qui avait étudié l’allemand, heureux possesseur d’un petit Voigtländer cinq-sept-et-demi pliant dès le milieu des années 1930. Si on ajoute à cela que l’une de mes tantes, professeur d’allemand, disait la même chose et ne sortait jamais sans son petit Vito 24x36, on aura une idée de ce que peut être une certitude absolue.

Or il se trouve qu’après un demi-siècle de certitude, j’ai eu en 2006 la possibilité, sous la houlette de M. Dirk-Roger Schmitt de Braunschweig, de faire un petit pèlerinage photographique Rollei et Voigtländer. Nous avions pris rendez-vous par courrier électronique, et outre la visite chez Rollei nous devions aller voir l’ancienne usine Voigtländer à Gliesmarode. Lorsque je rencontrai M. Schmitt en personne nous avons parlé en anglais, mais je n’ai pas compris ce qu’il me proposait pour l’après midi, car il me demandait si j’étais toujours d’accord pour aller voir l’ancienne usine Fou-h-kt-lènne-deur. À ma grande honte, j’ai dû lui faire répéter sa phrase... Je lui demandai pourquoi on ne disait pas Foï-kt-lènne-deur comme dans mes cours d’allemand scolaire, il me répondit qu’il ne savait pas, que Foï-kt-lènne-deur était parfaitement correct, mais qu’à Braunschweig, personne ne disait autrement que Fou-h-kt-lènne-deur.

Johann Christoph Voigtländer (Leipzig 1732 - Vienne 1797) inventeur et opticien.
http://de.wikipedia.org/wiki/Johann_Christoph_Voigtl%C3%A4nder

Peter Wilhelm Friedrich von Voigtländer (Vienne 1812 - Braunschweig 1878) fondateur de l’entreprise photographique à Braunschweig.
http://de.wikipedia.org/wiki/Peter_Wilhelm_Friedrich_von_Voigtl%C3%A4nder

 

[2]

Claus Prochnow, Voigtländer Report 3, pp. 33-827 à 33-835

 

[3]

Sur le choix du nom du Bessa, Claus Prochnow consacre une page entière avec le témoignage de Walter Zilly en 1953. Voigtländer Report 3, p 33-820.

 

[4]

Avant la deuxième guerre mondiale, les optiques européennes-continentales avaient leur distance focale gravée en cm. Bien entendu les optiques américaines et britanniques de la même époque étaient libellées en pouces. Pour des raisons mystérieuses, les mm ont remplacé les cm après guerre dans les fabrications européennes « métriques ». De ce fait, une optique ancienne dont la focale est gravée en cm est très probablement antérieure à la deuxième guerre mondiale.

 

[5]

Claus Prochnow, Voigtländer Report 3, pp. 33-834 à 33-839

 

[6]

On crédite en général au compte d'Alexander Smakula travaillant pour chez Zeiss l’invention du traitement anti-reflet en 1935. http://en.wikipedia.org/wiki/Alexander_Smakula 
En fait, des recherches similaires avaient lieu en parallèle aux États-Unis, mais vu l’imminence de la guerre et l’intérêt stratégique de ce progrès décisif (permettant d’augmenter le nombre de lentilles et donc la performance optique des objectifs), il fallut finalement attendre 1945 pour que le procédé s’applique aux optiques pour le grand public.

 

[7]

Les Bessas 6x6 et 4,5x6 sont décrits dans le Voigtländer Report 3, chapitre 34, pp. 33-850 à 33-868

 

[8]

Pendant le deuxième conflit mondial, l’usine Voigtländer fut partiellement réquisitionnée pour fabriquer du matériel de guerre, en particulier des armes à feu. En 1945, la ville de Braunschweig fut placée sous l’autorité d’occupation britannique. Les deux usines Voigtländer et Rollei, comme la plupart des usines allemandes dans toutes les zones d’occupation, firent l’objet d’une inspection détaillée par les Alliés. Contre Rollei et Voigtländer, on ne pourra rien reprocher. Connaissant les méthodes nazies, on imagine ce qui aurait été le sort des personnels réquisitionnés, à quelque niveau hiérarchique que ce soit, en cas d’obstruction aux programmes militaires hitlériens. S’il y avait eu la moindre résistance à fabriquer des armes sur les machines-outils de précision destinées normalement aux appareils photo et aux objectifs civils, le sort des employés récalcitrants aurait été vite scellé.

Les vainqueurs n’inquiétèrent donc ni Rollei ni Voigtländer, mais de façon générale les brevets allemands de l’époque nazie furent purement et simplement annulés. De ce fait, les entreprises des pays vainqueurs étaient libres de copier les produits allemands sans payer de droits. Par exemple la chambre technique MPP britannique s’inspire, disons : très fortement mais sans aucun souci légal, de plusieurs solutions brevetées de la Linhof Technika.

Néanmoins il est certain que les autorités britanniques ont fortement aidé au redémarrage de l’industrie dans la ville de Braunschweig. Par exemple, un ancien aérodrome de la Luftwaffe situé au nord de la ville en limite de la campagne, réquisitionné par les forces britanniques, fut très rapidement réaffecté à l’accueil du Bureau Fédéral de Métrologie, le PTB. Situé avant guerre à Berlin, vu le découpage de la ville et son avenir plus qu’incertain, il devint vital que cet organisme si important pour l’industrie de la future République Fédérale soit réinstallé à l’ouest, comme le seront les usines Carl Zeiss à Oberkochen, et comme le sera le gouvernement de la République Fédérale, installé à Bonn. Alors que l’usine Rollei avait été sévèrement bombardée, étant très proche de la gare ferroviaire, l’usine Voigtländer située en périphérie a probablement été moins touchée malgré son implication dans les programmes d’armement ; toujours et-il que la production repartit étonnamment vite.

 

[9]

Claus Prochnow, Voigtländer Report 3, pp. 33-840 à 33-849

 

[10]

L’un de mes oncles fut médecin militaire en occupation en Allemagne juste après la guerre. La fascination exercée par les appareils photo allemands sur les photographes amateurs que l’histoire avait placés dans les troupes d’occupation était restée totalement intacte, malgré toutes les horreurs de la guerre. Mon oncle racontait qu’il était très difficile de trouver un appareil à acheter tant que la monnaie allemande n’avait pas été réformée. Le deutschemark fut introduit en 1948 : du jour où la réforme monétaire fut effective, mon oncle eut l’impression que, comme par magie, les boutiques des photographes se remplirent d’appareils à vendre. Il se paya donc un Ikonta dont il rêvait depuis les années 1930.

 

[11]

Le fait que les brevets allemands aient été annulés au sortir de la guerre oblige les ingénieurs à concevoir de nouveaux produits et à passer de nouveaux brevets dans le cadre de la nouvelle République Fédérale, sans oublier bien entendu de nouveaux brevets pris aux États-Unis. On sait à quel point la clientèle et les efficaces réseaux de distribution américains jouent un rôle moteur dans le redémarrage de l’industrie photographique allemande après 1945, sans préjudice, d’ailleurs, de l’industrie concurrente japonaise qui mettra à mal l’industrie photo allemande à partir de 1960.

Parmi les nouveautés brevetées de la paix retrouvée, il y a de nouvelles combinaisons optiques même si elles s’appuient sur d’anciens modèles dont les droits de propriété industrielle sont caducs. Il peut paraître étonnant qu’on puisse passer, successivement, au cours des années, plusieurs brevets sur une combinaison de type Tessar ou Heliar, apparues au tout début du XX-ième siècle, sachant que la durée de protection d’un brevet est de l’ordre de 20 ans. C’est pourtant la réalité technique et historique, la manière dont les combinaisons optiques sont protégées autorise en fait des prises de brevets sur de multiples améliorations d’une structure de base comme celle du Tessar en changeant judicieusement la nature des verres, les courbures et les espaces et en sachant argumenter de la nouveauté apportée.

Quant au choix de « Color-Skopar » et « Color-Heliar » par le service commercial de chez Voigtländer, signifiant sans équivoque qu’il faut oublier les vieilleries d’avant guerre et que maintenant arrive la nouveauté moderne, ne pourrait-on pas y voir l’origine d’une inquiétude souvent formulée sur les forums de discussion photographiques par les acheteurs d’objectifs anciens : « Mais dites-moi, cette vieille optique, est-elle vraiment traitée pour la couleur ? »

 

[12]

site Internet de Frank Mechelhoff http://www.taunusreiter.de/Cameras/Bessa_RF_histo.html

 

[13]

RINGFOTO GmbH & Co. ALFO Marketing KG, Benno-Strauß-Str.39, D-90763 Fürth
http://www.voigtlaender.de

 

[14]

Concernant les optiques Boyer, on se référera à cet article de référence de Daniel W. Fromm sur http://www.galerie-photo.com

http://www.galerie-photo.com/boyer-optique-objectif.html

 

[15]

La crainte des autorités françaises que l’Apo Saphir de chez Boyer serve aux faux monnayeurs nous fut contée par M. Jean Riondet sur le forum de galerie-photo.
http://www.galerie-photo.info/forum/read.php?f=1&i=77913&t=77856#reply_77913

 

Sur les Bessa, voir sur ce site :
- Histoire du Bessa-Voigtländer
- Le Bessa 667
- Le Bessa 667 en images

 

 

Dernière modification : septembre 2009

 

 

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