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auteur de l'article

Henri Peyre
Né en 1959
photographe
Beaux-Arts de Paris en peinture
webmaster de galerie-photo
ancien professeur de photographie
à l'Ecole des Beaux-Arts
de Nîmes

www.photographie-peinture.com
www.nature-morte.fr
organise des stages photo

 

 

 

Grand format avec Helicon Focus et Photomerge

Ou : Comment obtenir une image de très haute résolution avec un appareil modeste.

 

par Henri Peyre

 

Situation

J’ai récemment pu tester avec un ami un dos 80mpx porté derrière un excellent objectif de chez Rodenstock. Nous faisions de la nature morte. Le sujet était profond d'une cinquantaine de centimètres et nous prenions la vue sur pied.

Dans une situation pareille, la concentration des pixels ajoutée au format généreux du dos moyen format a un effet assez fâcheux sur la profondeur de champ qui se réduit comme peau de chagrin. Ceux qui ont déjà tenté de produire des natures mortes avec une chambre 20x25’’ comprendront tout de suite la problématique. Les utilisateurs amateurs de dos numériques, qui ont englouti des fortunes dans leur matériel, ne la découvrent pas sans un certain déplaisir.

Pour englober toute la profondeur de la nature morte dans une seule vue à la netteté acceptable en évitant au maximum la diffraction, il n’y a pas d’autre possibilité, si le sujet ne se prête pas aux bascules, que de se reculer. On atteint alors un joli paradoxe : seule une petite partie du capteur porte le sujet. Une quantité considérable des très chers pixels demeure alors complètement inemployée.

Evidemment, on ne se laisse pas faire. La bonne solution consiste à utiliser un logiciel comme Helicon Focus. Le logiciel permet de se rapprocher de nouveau. On remet la nature morte plein cadre et on prend au meilleur diaphragme de l’objectif une succession de vue étagées en profondeur que le logiciel permettra ensuite de monter en gardant de chaque vue faite la zone de netteté la meilleure. Cela marche bien et le résultat sur un sujet ainsi mitraillé au dos 80mpx avec un objectif de haute qualité est tout simplement stupéfiant[1]. Stupéfiant mais cher.

Problème

Je n’ai pas malheureusement moi-même encore assez d’argent pour investir dans des dos moyens formats et des optiques de course.

Par ailleurs, lors du travail avec le dos numérique nous avions tâtonné quelque peu autour du nombre et du placement des prises de vue à réaliser pour un bon étagement de la netteté et mon ami avait du se concentrer fortement sur les calculs de positionnement de chaque réglage en fonction de la profondeur de champ désirée pour chaque vue.
Ce positionnement ne varie pas de façon linéaire : plus le focus est proche du sujet, moins il y a de profondeur de champ et plus il faut rapprocher les prises de vue successives. Le positionnement peut rester pifométrique, mais l’approche désinvolte oblige à multiplier des vues dont chacune représente des centaines de millions d’octets. Le mieux est donc surement de rationnaliser le plus possible la prise de vue avant le déclenchement.
Mon ami effectue les calculs préliminaires de placement de chaque mise au point grâce à un petit logiciel mis à tourner sur son Ipad, qui se base sur le cercle de confusion toléré, la focale, le diaphragme choisi et la distance de mise au point pour estimer une profondeur de champ convenable pour chaque vue.
Cette petite complexité supplémentaire n’a pas échappé à la société Helicon qui offre la possibilité payante d’un logiciel compagnon à Helicon Focus, Helicon Remote. Ce logiciel peut prendre le contrôle à distance d’un reflex numérique Canon ou Nikon. L’appareil étant relié à l'ordinateur par un câble USB, la scène à prendre apparaît à l’écran. On détermine alors les points de netteté la plus proche et la plus distante. Helicon Remote non seulement calcule ensuite le nombre de vues nécessaires en fonction du diaphragme choisi mais s’empare du commandement de l’appareil photo, modifiant successivement les réglages de mise au point et prenant à chaque fois automatiquement la vue nécessaire. L'étagement des vues n'est pas linéaire mais progressif.

Le procédé peut sembler un peu lourd la première fois, si l'on n’a pas l’habitude d’attacher son appareil photo à un ordinateur et que l'on a conscience du danger de se prendre les pieds dans un câble supplémentaire… mais il fonctionne impeccablement à une nuance de taille près : si le réglage de la mise au point est manuel, ce qui est le cas avec le Rodenstock monté sur l’Alpa de mon ami, la prise de contrôle totale à distance n’est pas possible : Helicon Remote ne modifiera pas pour vous le point sur l’objectif.

Le désir d’utiliser à fond les possibilités d’Helicon Focus, d’Helicon Remote, de mon petit Canon 650D[2] avec le moteur de mise au point de son 50mm, mais aussi de ma tête panoramique, dans un esprit voisin de la prise de vue à la chambre photographique et sur la nature morte - qui est ces temps-ci ce que j’aime le plus travailler - m’ont conduit à envisager de combiner
- l’amélioration de la profondeur de champ avec Helicon Focus et
- une prise de vue panoramique par fusion d’image avec PhotoMerge, à présent intégré à Photoshop.
J’espérais arriver, en utilisant ces 2 procédés combinés, à des résultats comparables à ceux obtenus avec un dos numérique... mais en partant d'un reflex petit format. Cet espoir était-il insensé ?

Je donne ici un bref aperçu de la méthode et discute des résultats. L'idée n'est pas de réaliser un test scientifique mais de donner mes impressions.

Méthode

Prise de vue

On se sert pour la prise de vue d’un Canon 650D.

Pour augmenter la définition, on décide de prendre plusieurs vues verticales côte à côte et de les agglomérer plutôt que de réaliser une seule vue horizontale. On procède classiquement au moyen de Photomerge, livré avec Photoshop. La prise de vue nécessite une tête panoramique du type Monoball PanSystem1 de chez Arca-Swiss. On fait tourner l’appareil autour de la pupille d’entrée de l’objectif [4] de sorte de prendre 5 vues se chevauchant d’environ un tiers pour obtenir de bons raccords.

Par ailleurs, chacune des 5 vues fait elle-même l’objet de prises de vues successives, en profondeur, au meilleur diaphragme de l’objectif employé, afin d’obtenir la meilleure netteté possible sur l’ensemble d'un champ débarrassé de toute diffraction ; ceci est automatisé par emploi d'Helicon Remote. L’agglomération des vues pour accroître la profondeur de champ est faite avec Helicon Focus. Chacune des 5 vues comprend dans cet exemple 18 prises de vues à la mise au point étagée en distance… 90 images vont donc concourir à en créer une seule, extrêmement nette et d'une taille largement supérieure aux possibilités de départ de mon reflex.

Derawtisation

A l'issue de la prise de vue : derawtisation par Adobe Converter (mon Photoshop actuel, qui a 2 ans, ne supporte pas, pour des raisons marketing, le Canon 650D… on sait qu’Adobe veut imposer le DNG comme format universel du négatif numérique, et il semble que je sois obligé d’en prendre acte).

Passage dans Camera Raw pour développement de tous les Raws avec exactement les mêmes réglages : Traitement du RAW pour sortie en TIF 16 bits (on laisse autant que possible les réglages propre à l’appareil).

Traitement des 5 paquets d'images dans Helicon Focus

En sortie de Camera Raw, passage dans Helicon Focus des 5 paquets de fichiers désormais en TIF et en 16bits pour récupérer une profondeur de champ maximale :

Corrections ici ou là d’artefacts dans Helicon Focus. L'opération consiste à récupérer dans le meilleur calque net opposable la matière nécessaire à l'élimination des artefacts apparus en cours de traitement.

Ces artefacts se produisent le plus souvent lorsqu’un objet se détache, très net, sur un fond plus éloigné et sombre. Helicon Focus permet des corrections consistant à privilégier pour le rendu local une image sur toutes les autres. Cet outil est très proche dans l'esprit du pinceau d’historique de Photoshop.

Passage des 5 images résultantes dans Photomerge

Une fois les 5 images agglomérées, elles sont réunies pour ajustement par PhotoMerge, outil intégré de Photoshop :

Discussion

Voici quelques échantillons des résultats obtenus :

Une fois ajustée et massicotée, l’image finale mesure, en 300ppp, 85 cm de large et 44 cm de haut. Pour avoir été faite avec un reflex numérique même pas plein format, c'est plutôt une bonne performance. Voici l'image finale :

 

   

 

Nous joignons ci-dessous quelques échantillons déjà diminués par homothétie à 50% pour donner juste une idée de la qualité des détails obtenus :

 















 

     

Ces quelques vues donnent un aperçu des résultats, assez flatteurs, mais nous aimerions d'abord apporter quelques réserves :

- Le temps total de traitement sur un ordinateur de bureautique un peu solide comme le nôtre est de 2h30 (temps approximatif compté une fois le sujet organisé, à partir du déclenchement de la première prise de vue).

- De nombreuses retouches sont obligatoires dans Helicon Focus, assez souvent pris en défaut sur des surfaces très lumineuses et peu contrastées ou sur les contours nets sur fonds sombres.

- L'ensemble représente un gros travail technique pas très marrant pouvant impliquer la perte de l’objectif artistique.

- Le résultat final est moins propre (allure un peu plastifiée de l’image), de taille inférieure, et infiniment moins immédiat que celui obtenu avec un dos 80mpx et une optique de course, utilisé eux aussi avec Helicon Focus [5].

- L'image nécessite d’inévitables corrections finales dans Photoshop, dues aux faiblesses d’Helicon Focus, en particulier au contact entre des objets nets et des fonds flous.

- Il faut rappeler que cette technique ne peut s’appliquer qu’à des objets immobiles.

 

D'un autre côté :

- La qualité et la taille finale de l’image sont quand même très extraordinaires compte tenu des limites de départ de l’appareil.


Comparaison de la taille de l'image obtenue au 650D (18Mpx) équipé du 50mm en prise de vue directe et de celle obtenue en combinaison multi-vues avec un montage Helicon Focus et Photomerge


- Nous n'avons rencontré aucun problème avec Photomerge qui marche à tous les coups (du moment qu’on a une bonne prise de vue sur pied avec de bons recouvrements).

- Nous avons pris un vif plaisir, celui d'un travail manuel, proche de la peinture, avec cette impression qu’on monte les éléments les uns après les autres, qu'on construit littéralement son image.

- La lourdeur du processus oblige, comme pour la chambre, à s’attaquer à des sujets sur lesquels on a aussi beaucoup investi, compte tenu du temps que les manipulations techniques requièrent. La qualité du résultat s’en ressent donc fortement : les images seront naturellement toujours beaucoup plus composées et solennelles. Exactement comme en photographie à la chambre, cette méthode oblige à réfléchir et le résultat final gagne en poids dans tous les sens du termes.

 


Comparaison du potentiel de résolution du 650D équipé du 50mm en prise de vue directe et en combinaison multi-vues avec un montage Helicon Focus et Photomerge


- Nous avons enfin éprouvé la satisfaction intense d'être allé au bout des moyens techniques à notre disposition, en évitant tout gaspillage et par un labeur têtu... comme si nous avions réalisé, en quelque sorte, une photographie imprégnée d'écologie !

Conclusion : pour qui ?

La lourdeur du procédé, le temps de traitement induit autant que la limitation due à l'immobilité obligatoire du sujet font que ce genre de pratique ne peut en aucun cas convenir à un professionnel. Ce dernier aura rapidement amorti par le temps gagné la dépense pourtant considérable que représente un dos moyen format.

Le procédé présente par contre un grand intérêt pour l'amateur de natures mortes qui veut goûter à une qualité de résolution ébouriffante. Il nécessite toutefois de sa part, outre une bonne connaissance logicielle, une très grande sûreté dans l'approche du sujet, qui ne doit en aucun cas s'effacer devant une procédure devenue assez considérable.

L'ambition technique de la prise de vue peut en retour amener l'auteur à une plus grande réflexion au moment de la conception d'une vue qui prend tant d'énergie. Cet aspect de la question est connu depuis longtemps : le passage par la chambre photographique amène généralement les photographes à réviser leur pratique de fond en comble et à orienter enfin leur réflexion vers le sujet. Pour la même raison,le procédé décrit dans cette page est avant tout un procédé extrêmement pédagogique : il oblige puissamment à s'interroger sur la conception du sujet photographique.

Notes

[1] Exemple de taille du fichier obtenu : 65 cm x 78 cm en 300ppp... avec une propreté des pixels inimaginable !

[2] Le Capteur du 650D est un modeste capteur CMOS APS-C 18 millions de pixels, ce qui équivaut… aux précédents 550D et 600D. On arrive à du 5184 x 3456 pixels en résolution maximale

[3] Le très bon objectif Canon 50mm f/1,4

[4] Sur la pupille d'entrée voir l'article théorique d'Emmanuel Bigler sur Galerie-photo :
Lumière, diaphragme et pupilles - Optiques épaisses, deuxième partie

[5] Un exemple ci-dessous de ce qu'on peut obtenir avec une prise de vue réalisée en juxtaposant un dos Leaf Credo 80 (29995 € HT à sa sortie en juin 2012), un objectif Rodenstock HR de 70 mm et l'emploi du logiciel Helicon Focus (présentation des détails dans des conditions identiques à celles utilisées pour la première nature
morte) :
 

   


On appréciera la très grande clarté des résultats obtenus.

 

 

Dernière modification de cet article : 2013

 

 

tous les textes sont publiés sous l'entière responsabilité de leurs auteurs
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