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l'auteur

Guillaume Péronne
né en 1968
architecte
photographe d'architecture
 guillaume.peronne@free.fr

 

 

 

 

 

 

 

A propos d'une image de Guillaume Peronne

 

Galerie-Photo : Guillaume Péronne, quelle est votre formation ? Comment êtes-vous venu à la photographie en grand format ?

J’ai au départ une formation scientifique : des études supérieures en informatique industrielle interrompues pour entreprendre une formation d’architecte. Celle-ci achevée, je n’ai pas présenté le traditionnel projet destiné à l’obtention du diplôme, chose que j’ai mise récemment à l’ouvrage après dix années meublées de diverses expériences dont quelques unes passées en agence d’architecture. Ma formation technique à la photographie est totalement autodidacte. J’ai longtemps pratiqué le petit format avec un objectif à décentrement, ce qui me permettait de me frotter à la photographie d’architecture, mais le manque de définition a toujours été une frustration. Puis est venue l’idée de devenir professionnel, un moyen de faire le lien entre deux disciplines pour lesquelles j’ai un grand intérêt. Le grand format était la solution.

 

Est-ce qu'il est important, pour vous, qu'une photographie ait l'air d'un document ?

Oui, juste « un air de ». Et que dans le même temps ceci puisse être démenti par l’image elle-même. La photographie-document est censée dire le vrai, fournir la preuve. C’est la définition même du document. Jouer sur cette apparence est un moyen de bousculer ce rapport de la photographie à la réalité, de mettre en question la validité même du document photographique. Ce n’est pas un leurre, mais plutôt l’aveu implicite d’une fabrication. De là, on passe à autre chose, on glisse vers l’imaginaire, tout en gardant la possibilité d’y croire un peu. Dans autoroute 02, la « manipulation » est visible mais on reste dans le vraisemblable, juste sur la limite. Passée cette limite, on est dans un tout autre registre et on perd je crois le bénéfice de cette tension entre le plausible et l’invraisemblable. La « manipulation », qui n’est qu’un artifice de construction parmi d’autres, est aussi et surtout un moyen d’atteindre à une forme synthétique qui se rapproche, autant que faire se peut, du pictural : la figuration d’une idée plutôt que la représentation d’un réel donné.

Le document photographique, dans sa forme utilitaire, est toujours assujetti à un discours. Qu’elle soit illustration ou appelée à témoigner, l’image est englobée dans un énoncé qui en guide le sens de lecture et tend par là même à lui soustraire sa possible autonomie. Il n’y a de là qu’un pas vers l’instrumentalisation de l’image ; la limite est ténue. Dans sa forme artistique – le style documentaire – le contexte n’est pas un écrit mais la répétition formelle de la série, une autre manière de refuser l’autonomie de l’image unique, celle-ci n’appartenant qu’à un ensemble plus vaste souvent à visée typologique. Les Becher, dans leur recherche de l’image type, sont allés au bout de cette logique de la série. Il existe une autre voie possible : un document photographique autonome, libéré de toute volonté de témoignage ou de démonstration. Chose qu’on pourrait appeler document potentiel ; un objet photographique, une forme ouverte à une exploration libre et non guidée par un discours explicite. Le document potentiel ne documente pas le réel mais s’appuie sur l’acuité de la description photographique, sa vraisemblance et les possibilités de construction pour établir une réalité propre à l’image, une expérience esthétique à part entière.

 


autoroute 02 © Guillaume Peronne

   

 

 

Qu'est-ce, pour vous, qu'une bonne photographie ?

Pour prolonger ce qui est dit plus haut, je crois qu’une image doit pouvoir vivre seule, sans ajout d’un discours qui ne viendrait que « border » le regard. Je ne crois pas qu’une photographie puisse transmettre un message univoque. Une bonne photographie est un potentiel, un réservoir de sens possibles. Ainsi, plus que le point de vue unique et affirmatif, c’est la possible coexistence de différents points de vue ou de différents niveaux de lecture qui peuvent faire la richesse d’une image. Pour dire un « gros mot » , je dirais qu’une bonne photographie, c’est une peinture. Un produit de l’imagination et non un état du visible ; une construction qui se donne à lire comme monde en soi et non plus comme prélèvement dans un ensemble plus vaste auquel il faudrait se référer. Une composition qui contienne tous les éléments nécessaires et suffisants pour atteindre à la présence même, et ainsi sortir de la représentation du réel. C’est tellement plus facile à dire qu’à faire…

 

Quel est votre matériel, qu'utilisez-vous comme objectifs ?

J’ai la chance de travailler avec une merveilleuse chambre : une Arca-Swiss misura, en format 4X5 pouces. Le plus souvent, pour mes travaux personnels, je choisis une optique standard : un 150 mm. J’utilise autant que possible des objectifs de conception récente, simplement pour avoir la meilleure qualité possible en terme de définition et de rendu des couleurs.

 

Avez-vous un mode opératoire particulier en grand format (reconnaissance préalable ou autre ?)

De plus en plus, je m’oriente vers des images conçues à l’avance. Il y a au départ une idée accompagnée de l’esquisse d’une forme possible. Je consigne ces idées avec des croquis. Si l’idée est attachée à un lieu ou un fait précis, ce qui est parfois le cas, la prise de vue peut suivre assez vite. Dans le cas contraire, il faut attendre la rencontre. Ca peut prendre du temps… le grand format est une école de patience (il y a toujours la tentation de l’image à la sauvette. Le remède a été très simple : je n’ai plus d’appareil portatif, et du coup, moins d’images inutiles avec lesquelles il faut malgré tout vivre).

La notion d’esquisse est très importante : ce n’est pas la définition précise de quelque chose qu’il suffirait ensuite de réaliser mécaniquement, mais il me faut poser une hypothèse, ne serait-ce que pour le plaisir de l’invalider. Le moment de la prise de vue apporte toujours son lot de surprises, de même que l’image brute est susceptible par sa réalité propre d’altérer l’idée de départ. Il n’est pas rare d’y découvrir quelque chose qui avait échappé à l’attention. C’est un fait proprement photographique, toujours source de plaisir. Le processus de fabrication de l’image ne s’arrête pas à la prise de vue. Tout ce qui est disponible est convié à participer à cette construction, en particulier les possibilités offertes par le traitement informatique.

J’ai retenu une chose du métier d’architecte : tant que rien n’est construit, le projet garde une certaine malléabilité. La photographie offre cette liberté supplémentaire qu’elle peut toujours être remise à l’ouvrage ; un possible repentir… C’est peut être pourquoi je préfère construire des images !

 

 

dernière modification de cet article : 2005

 

 

 

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