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l'auteur

Henri Peyre
Né en 1959
photographe
Beaux-Arts de Paris en peinture
webmaster de galerie-photo
ancien professeur de photographie
à l'Ecole des Beaux-Arts
de Nîmes

www.photographie-peinture.com
www.nature-morte.fr

 

 


 Les vieux arbres de Normandie : Henri Gadeau de Kerville photographe
texte Didier Mouchel
pour le Pôle Image
de Haute-Normandie
Edition Point de Vue

 

 

 

Veuillez noter :
Il nous est extrêmement difficile de réunir les autorisations nécessaires à la présentation des photographies originales dans le texte et nous n'avons pas de budget pour la rémunération des ayant-droits. Le principe que nous suivons pour l'illustration des articles est le suivant : les auteurs des articles peuvent utiliser, sous réserve que soient indiqués clairement le nom de l'auteur et la source (...) les analyses et courtes citations justifiées par le caractère critique, polémique, pédagogique, scientifique ou d’information de l’œuvre à laquelle elles sont incorporées. Nous nous conformons en cela aux textes en vigueur (voir en particulier sur ce site : http://www.culture.gouv.fr/culture/infos-pratiques/droits/exceptions.htm). Si vous contestez l'utilisation faite d'une photographie, merci de bien vouloir nous en informer. Nous retirerons aussitôt la photographie incriminée des illustrations.

 

 

 

Henri Gadeau de Kerville
l'amour des arbres

Introduction

Cette présentation de quelques images du photographe
Henri Gadeau de Kerville puise sa source dans l'excellent petit livre de Didier Mouchel pour le Pôle Image de Haute-Normandie, chez Point de Vue, dont nous recommandons très vivement l'achat :


Les vieux arbres de Normandie : Henri Gadeau de Kerville photographe

Le texte est vraiment excellent, tant par la qualité de la documentation recueillie que par la connaissance dont témoigne Didier Mouchel au regard des enjeux historiques de la photographie.

Sur l'arbre comme sujet photographique on pourra d'autre part lire comme brève introduction l'article Photographie d'arbre, comparaison de style, sur galerie-photo.

Veuillez noter : à dessein nous avons homogénéisé toutes les couleurs des images présentées ici. C'est probablement un grand scandale aux yeux des historiens, mais nous ne voulons pas que la valeur d'émotion du procédé photographique ancien prenne le meilleur sur la forme de l'image elle-même et nuise à la neutralité voulue par le photographe lui-même.
On retrouve naturellement toutes les images dans leurs couleurs d'origine dans le livre de Didier Mouchel.

L'homme

Elevé dans un environnement chrétien mais libre-penseur, "rationaliste par tempérament", scientiste et républicain, Henri Gadeau de Kerville refuse toute sa vie tout engagement politique. Il participe par contre à des actions de vulgarisation et d'instruction publique, et y est un conférencier recherché. Il est souvent généreux auprès de particuliers et d'associations caritatives. La diffusion des idées doit se faire pour lui de la façon la plus claire et la plus exacte possible. Il est très impliqué dans la Société des Amis des Sciences Naturelles de Rouen, grosse société de sciences naturelles de province, éloignée des milieux universitaires parisiens, comme il en fleurit dans toute la France dans la seconde moitié du XIXème.

Il figure en 1891 parmi les 21 membres fondateurs du photo-club rouennais, mais ne participe pas aux concours organisés par le club. Il entend en fait utiliser la photographie pour ses "critères d'exactitude, d'évidence et de preuve"(3). Le type de la photographie de concours est plutôt à ce moment une représentation pittoresque mettant en jeu des scènes à personnages au milieu de la nature, à l'imitation de la peinture. Dans la conception de Gadeau de Kerville, "L'art est un luxe de l'intelligence et du cœur. Comme tout luxe il ne doit pas être d'un réalisme grossier. Il doit, surtout, puiser son inspiration dans les régions de la beauté, et idéaliser la nature, au lieu de se borner à la représenter servilement". "Autrement dit : à l'art, l'idéal et à la photographie, la vérité" (4).

Le projet

Donnons la parole à Henri Gadeau de Kerville lui-même :(2)

"Puisque, pour l'instruction des générations actuelles et futures, savants et artistes composent un impérissable souvenir des intéressants vestiges du temps passé, que les agents naturels et la civilisation, également destructeurs, font lentement ou rapidement disparaître, les naturalistes, de leur côté, doivent décrire et figurer les vieux arbres, intéressants à tous égards et les seuls témoins vivants d'une longue période de l'histoire "(...)

"Toutes mes photographies d'arbres et de partie d'arbre seront prises avec mon objectif aplanat grand-angulaire (diam. 11 m/m, Steinhel), afin de pouvoir m'approcher le plus près possible de l'arbre, et avec son diaphragme de la plus petite ouverture (2 m/m 1/2 de diam.) pour obtenir le maximum de détails." (...)

Les photographies sont réalisées à la chambre 18x24.

"L'emploi d'un objectif grand-angulaire et de son diaphragme de plus petite ouverture, pour photographier des arbres, a le grand inconvénient d'exiger un temps de pose assez long. Avec un tel objectif, il faut parfois beaucoup attendre pour prendre, sans aucun vent,  un minimum de deux exemplaires de chaque vue, afin de parer aux accidents (...)Il m'est arrivé de rester des heures entières à côté de mon appareil, prêt à déboucher l'objectif, en suppliant Eole d'exaucer mes prières. Si l'on hésite à consacrer une grande partie d'une après-midi, ce que j'admets très volontiers, pour prendre une ou deux vues photographiques destinées uniquement à son album, par contre, absolument rien ne doit être négligé quand il s'agit d'une œuvre destinée à la publicité (1). C'est, je le dis très haut, manquer gravement de respect à la science et aux lecteurs que de leur donner un travail qu'on aurait pu soigner davantage"(...)

"Il m'est impossible de dire, dès maintenant, quel sera le nombre des vieux arbres et groupes d'arbres qui seront figurés dans cet ouvrage, mais je crois que ce nombre ne sera pas inférieur à quatre-vingt (...)"

 


Henri Gadeau de Kerville - le Trois-chênes ou chêne de la Côte-rôtie, forêt de La Londe (76) - 29 avril 1890

 


Henri Gadeau de Kerville - le hêtre "Bourdigale" de la forêt de Lyons à La Haye (76) - 9 avril 1892

 

 

 


Henri Gadeau de Kerville - le poirier du Haut-Caumont à Caumont (27) - 11 avril 1892

 

 


Henri Gadeau de Kerville - l'aubépine du Bout-de-la-Ville à Offranville (76) - 25 mars 1892

 

 


Henri Gadeau de Kerville - le pin laricio de Calabre à Sainte-Marie-de-Vatimesnil (27) - 1er avril 1894

 

 

 

 


Henri Gadeau de Kerville - le houx du hameau de Longueraie aux Jonquerets-de-Livets (27) - 29 avril 1895

 

 

 


Henri Gadeau de Kerville - le chêne de la Bourguinière, Saint-Georges-de-Rouelley (50) - 13 avril 1897

 

 

 


Henri Gadeau de Kerville - le hêtre à l'image de la forêt de La Londe à La Londe (27) - 19 avril 1929

 

Esthétique du projet de
Gadeau de Kerville

Dans le pictorialisme en vogue au temps du photographe, l'arbre est le sujet principal et on joue avec les effets atmosphériques, l'asymétrie, la diffusion de la lumière et l'usage du flou. Le projet scientifique de Gadeau de Kerville devait donc jouer la frontalité, la netteté et la clarté de la photographie documentaire. Mais dès le départ c'est aussi le projet d'accumulation sans limite d'objets qui vont disparaître et à ce titre une sorte de contre-la-montre face à la mort qui rôde. Plus encore, ceux qui vont disparaître, les arbres, sont eux-mêmes les témoins de temps disparus, et même les seuls témoins vivants d'une longue période de l'Histoire.

C'est dans ce vertige de la sensibilité à une double disparition auquel il peut tenter d'opposer la rigueur de l'inventaire que le photographe Gadeau de Kerville va puiser l'énergie qui fera de ce projet l'ambition de toute une vie. C'est un projet soutenu par toute une ambiance : le Monde de Gadeau est celui des Expositions Universelles et des Colonies, qui à la fois découvre et inventorie les autres peuples mais prend aussi la plus grande conscience de ses racines et découvre l'archéologie. Un monde qui, au sommet de sa puissance, apprend des autres qu'il peut aussi mourir et se met frénétiquement à construire des musées pour tout conserver.

On comprend mieux la fascination pour les arbres, ces seuls témoins vivants d'une longue période de l'Histoire, géants déjà héros de la peinture. La photographie permet de révéler la réalité des choses, la vérité cachée des formes ; tenter l'inventaire des plus beaux arbres, des seigneurs des seigneurs, permet à un non-croyant d'approcher une éternité qui, à ce moment historique, de partout se dérobe.

 

 

 

 

(1) à la diffusion au public

(2) Fascicule 1, Bulletin de la Société des Amis des Sciences Naturelles de Rouen, 2ème semestre 1890, impr. J. Lecerf, Rouen, 1891.

(3) Les vieux arbres de Normandie : Henri Gadeau de Kerville photographe, p25

(4) Ce dernier résumé étant de Didier Mouchel, p 34

 

 

Dernière modification de cet article : 2013 

 

 

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