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l'auteur

Jean-Etienne Fortunier
Photographe
Port: 06 09 59 53 65 
je.fortunier@wanadoo.fr

 

 

 

 

 

Parade 


extrait de la série des fables  - Parade ©2000 Fortunier
Photographies de la série : Parade

Galerie-Photo : Comment sont réalisées vos photographies ?

Ce sont des transferts-Polaroïd, ce qui est un détournement du procédé.
Dans le développement Polaroïd, la chimie fait migrer les colorants du négatif vers le positif, qui n'est qu'un récepteur passif conçu pour obtenir un résultat lisse et brillant.
Dans le transfert, on intercale un support récepteur d'une autre nature. Il se produit alors de nombreuses imperfections lors de la migration des pigments, la chimie tend à adhérer au positif, ce qui perturbe la formation de l'image.
C'est ainsi que se produisent ces effets d'estampe et de déchirure, au caractère aléatoire, où chaque tentative produit un résultat unique.
Je l'avoue, j'aime ces effets ! En outre, cela m'a paru parfaitement convenir à mes sujets : adéquation des matières, rendu imparfait qui "soude" mes assemblages...
Enfin, ces phénomènes se montrant particulièrement féconds sur le plan plastique, j'y ai trouvé matière à satisfaire mon goût pour l'expérimentation, me livrant avec liberté à toutes sortes de manipulations !
Par contre, l'unicité du transfert m'a longtemps embarrassé.
Je suis un photographe qui aime la photographie pour ses facultés à capter, représenter, multiplier.
S'agissant d'une photographie, l'unique me paraît inachevé ou précieux.
De plus, certaines caractéristiques s'avèrent contraignantes dans cette pratique : format fixe, absence de matrice rendant impossible l'archivage et la reproduction...
Enfin, certains accidents sont parfois indésirables... j'aurais bien voulu un droit de repentir !
J'ai donc été naturellement amené à utiliser le numérique. D'abord pour effectuer des retouches, certains retours sur l'accident. Puis pour enregistrer mes images et aboutir, grâce aux nouvelles techniques d'impression haute résolution, à de nombreuses possibilités de tirage de qualité.
La multiplicité de techniques différentes fait que l'oeuvre n'a plus d'identité technique exclusive : ni strictement polaroïd, ni totalement numérique, ni purement argentique... C'est un métissage photographique qui signe son appartenance à l'époque.


extrait de la série des fables 
Parade ©2000 Fortunier

Est-ce que la question de la résolution de la photographie vous intéresse ?

Il faut de bonnes résolutions pour être photographe ! La condition artistique est des plus précaires...
Restons sérieux ! Dans la pratique, la résolution n'est qu'une question technique : il faut savoir manipuler cette notion à bon escient pour obtenir des résultats corrects. Ceci ne doit pas faire oublier les usages artistiques de ce paramètre : la pixellisation (très faible résolution) produit des résultats dont on peut également tirer parti.
Dans ce travail, j'ai opté pour une résolution élevée, car je souhaitais reproduire finement les détails de la matière du Polaroïd. Mes fichiers avoisinent les 70 mégas, ce qui est amplement suffisant pour les épreuves 24/32 que j'expose, et me permet éventuellement des tirages grand format.

Comment en êtes-vous venu à ces images ?

Je cède toujours volontiers à ma curiosité des brocantes, et les foires à la ferraille m'ont déjà fourni bien des sujets !
"Parade" à commencé par la rencontre avec un marchand de jouets anciens  chez qui j'ai découvert les soldats de plomb.
J'avais envie d'acquérir quelques figurines, qui me plaisaient par leurs postures caricaturales.
Mais la modestie de mes moyens (et de mes intentions du moment) m'a orienté vers une boite de sujets de dernier choix, en très mauvais état, rassemblés à l'attention des collectionneurs pour leurs restaurations. Avec ces vestiges bon marché (qui m'évoquent parfois les sculptures antiques ! ), j'ai pu à loisir pratiquer mes assemblages incongrus, alors sans intention photographique.
Objets trouvés, recyclage : la pauvreté est parfois un bon principe de création !


extrait de la série des fables  - Parade ©2000 Fortunier

La photographie, pour vous, peut-elle représenter autre chose que le réel ?

L'enthousiasme d'une production spontanée ne peut pas faire l'économie d'un recul critique : la photographie est ma profession et comme tous mes confrères, chaque jour, je suis à la recherche de nouveaux sujets, car personne n'échappe aux exigences de nouveauté.
Notre mémoire est déjà encombrée d'archives, et nous vivons dans une prolifération d'images. Par ailleurs, l'époque où l'épreuve photo avait valeur de preuve est révolue. Aux yeux de tous, la photographie à perdu beaucoup de son aura de vérité.
Je crois que cet environnement à contribué à me détourner des projets à caractère documentaire, comme le photojournalisme par exemple.
Mais si mon travail réagit à quelque chose d'actuel, et si j'use ici de techniques manuelles et de couleurs un peu "sépia", mon propos n'est pas de "faire ancien".
Mon intention, c'est d'instaurer des décalages, des ambiguïtés, composer des images qui ne reconduisent pas trop vite au quotidien, et j'assume le risque de leur lyrisme.
J'aime quand le lecteur dit : mais qu'est-ce que c'est ?


extrait de la série des fables 
Parade ©2000 Fortunier

Y a-t-il des appareils de grand format qui vous conviennent particulièrement et pourquoi ?

J'ai la chance d'avoir une bonne formation : je sais utiliser de nombreux types d'appareils.
Minox ou chambre 20x25, à priori, ils sont tous d'égal intérêt pour moi.
J'utilise l'outil qui convient au bon moment.

Que raconte "Parade", cette série de photos ?

Il existe en Italie des grottes ornées, de style rocaille, où des sculpteurs ont intégré à la paroi des figures, laissant au ruissellement de l'eau le soin de terminer la composition, par le jeu aléatoire des concrétions calcaires. Un jeu entre l'artiste et la nature.
Mes polaroïds tendent vers des fins semblables, je crois . Plus qu'une exploration technique, je mets en place les conditions qui ouvrent la composition à des phénomènes "naturels", d'une "nature" bien artificielle !
Des noces chimiques entre papier et révélateur !
Par ailleurs, avoir choisi des jouets m'octroie le concours d'objets chargés de sens. Le jouet, c'est une représentation reçue et des possibilités d'imaginaire.
Les différentes stations du soldat sont révélatrices de stéréotypes, voire d'un contexte politique : ainsi le soldat Allemand représenté les bras en l'air en signe de reddition  nous interroge sur les jeux de nos grands-parents... A quoi jouait-on ?
Mais "Parade " n'est pas une étude de sociologue ; ce serait plutôt une fable.
Non pas un défilé de bons petits soldats, mais plutôt un spectacle de foire, un défilé carnavalesque ou un théâtre grotesque...


extrait de la série des fables - Parade ©2000 Fortunier


Né en 1966 à Saint-Etienne,
Maîtrise de Photographie à  l'Université de Provence en 1989.
Vit et travaille en région parisienne.
Photographe indépendant depuis 1992, sous le statut d'artiste auteur.
Collabore à diverses publications institutionnelles et publicitaires.
Spécialisé dans la nature morte.
Souhaite s'orienter vers la photographie d'objets d'art (sculpture).
Lauréat de la Dotation Photo Service. Arles 2001

dernière modification de cet article : 2001

 

 

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