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l'auteur

Henri Peyre
Né en 1959
photographe
Beaux-Arts de Paris en peinture
webmaster de galerie-photo
ancien professeur de photographie
à l'Ecole des Beaux-Arts
de Nîmes

www.photographie-peinture.com
www.nature-morte.fr

 

 

L'auteur tient à remercier
Michel Willain
de lui avoir donné l'idée
de cet article

 

 Bibliographie


 Ivan Chichkine
Victoria Charles
et Irina Shuvalova
Environ 200 pages
ISBN 978-1-78160
Collection Best of
14,16 €

 

 

La forêt éternelle
d'Ivan Chichkine

par Henri Peyre

Introduction

Peintre russe (1832-1898) extrêmement travailleur et doué, Ivan Chichkine est tellement fort en dessin et en peinture qu'on a l'impression effroyable qu'il peut être le réaliste qu'il désire, qu'il peut promener sa peinture sur les choses tout à fait comme on pourrait aujourd'hui promener son appareil photographique sur n'importe quel sujet, et déclencher à peu près n'importe où. On a avec lui un exemple extrêmement intéressant et rare de personne dont le style n'est pas un aboutissement des incapacités comme c'est hélas le plus souvent le cas dans le domaine des Beaux-Arts, mais un effet de volonté libéré de toutes contraintes. Attention nous n'avons pas dit que Chichkine a pu réaliser ses tableaux en quelques minutes. Réaliser un tableau avec le degré de réalisme qu'il atteint prend tout de même du temps, même à un artiste prodigieusement doué... aussi est-il intéressant d'approcher les sujets de Chichkine, de voir où il cadre, de comprendre ce qui a été profondément important pour lui, qui pouvait tout aborder et a pourtant suivi un chemin assez radical.

Le peintre de la forêt

Ivan Chichkine a été un passionné de la forêt russe. Ceci s'explique probablement autant par une enfance dans les régions sauvages de l'Oural et de la Volga que par le fait qu'on a besoin de paix lorsqu'on veut vraiment travailler, et que la forêt est un endroit qui offre cette paix.

Son parcours personnel est celui d'un gamin précocement doué en dessin et d'un travailleur infatigable.

Selon Wikipedia (1), et en reclassant une fiche un peu désordonnée, on apprend les éléments suivants :
Après avoir passé son enfance dans les régions sauvages de l'Oural et de la Volga, il étudia à l'École de Peinture, Sculpture et Architecture de Moscou pendant quatre années, puis à l'Académie impériale des Arts de Saint-Pétersbourg de 1856 à 1860, dont il sortit avec les plus grands honneurs et une médaille d'or. (...)

Puis, Chichkine vécut et travailla auprès du peintre Rudolf Koller à Zurich, en Suisse, puis en Allemagne, et se perfectionna de 1864 à 1865 à l'Académie des Beaux-arts de Düsseldorf. (2)(...)

En 1865, Chichkine devint lui-même membre de l'Académie impériale des Arts de Saint-Pétersbourg, puis professeur. Il était par ailleurs professeur à l'École supérieure des Arts, spécialisé dans les paysages. (...) À son retour à Saint-Pétersbourg, il devint membre du mouvement des Ambulants et fonda en 1871 la Société des aquarellistes russes. Il prit aussi part à de nombreuses expositions en Russie et à l'étranger, aux Expositions universelles de Paris en 1867 et 1878, et de Vienne 1873. La technique de peinture de Chichkine est fondée sur une étude analytique de la nature et il faisait des recherches approfondies sur tous ses sujets. Il est célèbre pour ses paysages, mais c'est aussi un excellent dessinateur et graveur.

Quelques commentaires sur cette biographie :

Le parcours d'Ivan Chichkine est un excellent parcours, le parcours type d'un peintre très fort et parfaitement reconnu par son époque. Ses études à l'étranger sont accomplies sur une bourse octroyée aux meilleurs des peintres de l'Académie (2). Auprès du suisse Koller il vient se perfectionner sur une peinture qui l'attire : la peinture d'extérieur, basée sur une lumière éclatante, que l'atelier ne fournit pas.


Rudolf Koler - Richisau, 1858

Le mouvement des Ambulants, auquel il participe, ressemble au Mouvement français des impressionnistes, mais il penche plutôt en Russie du côté du réalisme que du côté de la pure représentation des effets lumineux (3). Le nom n'évoque pas la déambulation des peintres, mais celle des expositions qui rencontrent à chaque fois des succès extraordinaires. Enfin Chichkine n'est pas devenu un paria auprès de ses pairs, rappelons qu'il reste professeur à l'Académie impériale des Arts de Saint-Pétersbourg. Rien de très bon pour le goût romantique des amateurs d'art en occident qui veulent toujours que le grand artiste ait été un révolté. En occident, au jeu de l'art, le grand homme n'est pas le meilleur joueur mais celui qui renverse le plateau !

Au sein du mouvement des ambulants, et sur fond de rendu de lumière de plein air, 2 grandes tendances parcourent les sujets des uns et des autres, ce qui est éternel dans le paysage d'une part, la réalité sociale de l'autre, c'est-à-dire la représentation du peuple. Dans un pays encore largement agricole, le peuple vit en campagne, et c'est là qu'il faut aller le chercher.

Représenter sans effet l'éternité

En réalité, s'il faut caractériser l'oeuvre d'Ivan Chichkine, la volonté de représenter ce qui est éternel a enfoncé largement tout le reste. S'il sort en campagne Chichkine ne s'intéresse pas beaucoup à la ferme, il regagne vite les bois dont on ne peut pas dire qu'ils sont les lieux où il risque de rencontrer le plus de monde...

 


Ivan Chichkine - Chênaie (1887) - Huile sur toile 125 cmх193 cm, The Museum of Russian Art, Kiev, Ukraine

     


Ivan Chichkine - Les chênes (1886) 37,5 cm x 62cm, huile sur toile

 

   

Il y a le plus souvent dans ses tableaux quelques traces d'activité humaine, mais l'homme est plutôt une sorte d'intrus dans un espace gigantesque, ou se reposent tranquillement quelques animaux.

Certaines œuvres montrent bien à quel point le gigantisme de la Nature, dans ce vertige de l'éternité, est fondamentalement le sujet de Chichkine. Dans ce sujet, par exemple, on ne peut guère dire que les arbres soient remarquables, là où la peinture ou la photographie de son époque aiment à dresser l'inventaire des sujets exceptionnels (4)

 


Ivan Ivanovich Shishkin - Lointains boisés,  Huile sur toile (1884) 113х164 cm, Galerie d'état Tretyakov, Moscou, Russie

     

D'autres œuvres font nettement référence à la peinture ancienne dans leur cadrage, la mise en place de la lumière et du clair-obscur, et pourraient même ressembler à des Poussins pas encore gâtés par l'installation des scénettes mythologiques :

 


Ivan Chichkine -

     

Et même les plus impressionnistes des scènes de Chichkine ne témoignent pas des impressions humaines devant la beauté de la nature, mais de l'éternité du paysage, qui restera là bien encore après que les promeneurs se soient éteints... preuve en est ce sujet qui aurait pu être celui d'un Claude Monet aux abords du Havre, mais dont le réalisme suffit à lui-même : la nature n'est-elle pas si belle qu'il suffit de la représenter comme elle est exactement, sans que le peintre ne semble y ajouter aucun effet ?

 

   


Ivan Ivanovitch Chichkine - Côte du golfe de Finlande - étude 1(1888) 32.7x29 cm, huile sur papier, Musée Gosudarstvenny RUSSIE


Ivan Ivanovitch Chichkine - Côte du golfe de Finlande - Etude 2 (1889) - 145.5x91.5 cm, Huile sur carton - Musée d'Etat russe

 

La certitude même de tenir le réel permet de réaliser avec bonheur les sujets les plus simples et les plus modestes : le réel en lui-même, pour le réaliste, contient l'immensité du tout dans chacune de ses parties.


Ivan Ivanovitch Chichkine (1880) Fleurs à la clôture 54x38 cm, Huile sur toile, Musée Vladimir-Souzdal



Ivan Ivanovitch Chichkine  (1874) - 61x74.5 cm - Huile sur toile, Musée de Russie

 

Un mot enfin sur l'impression de richesse du réel que donnent ces peintures, comparativement aux peintures bien plus modestes des impressionnistes français : il y a chez Chichkine une ambition d'accumuler une certaine quantité de détails à l'intérieur de chaque toile, une certaine idée de faire de la peinture en grand format si on veut (et d'ailleurs un certain nombre de ses œuvres sont aussi, physiquement, de grand format), qui permet, en accumulant une énorme quantité de détails, de créer un effet d'éblouissement que la qualité parfaite du traitement de la lumière appuie de son côté. Pléthore de détails et richesse du traitement de la lumière entraînent en se relayant au vertige contemplatif et donnent au spectateur l'impression de dimensions surprenantes, et de supériorité absolue du réel décrit sur la vie ordinaire.

 


Ivan Chichkine - Au milieu de la vallée ouverte (1883) - 136,5 cm x 203,5 cm, huile sur toile

 

 

Voir d'autres œuvres du peintre :
http://www.museum-online.ru/
Peredvizhniki/ivan_ivanovich_shishkin
http://design-kmv.ru/zhivopis-2/russkaya-zhivopis/shishkin-i-i.html

Notes

1 Source : http://fr.wikipedia.org/wiki/Ivan_Chichkine

2 Après six années d’études supérieures à l’Académie Impériale des Beaux Arts de Saint-Pétersbourg, les étudiants présentaient un concours national final. S’ils étaient reçus avec un premier prix et une grande médaille d’or – six lauréats par an – ils gagnaient une bourse d’étude pour cinq années de perfectionnement à l’étranger. Les boursiers n’avaient pas l’obligation d’y suivre des cours structurés, mais de rendre compte de leurs découvertes par écrit et de contribuer par des envois de toiles. Dans la première moitié du XIX° siècle, les élus se rendaient surtout à Rome ; dans la seconde moitié, plus volontiers en France et à Paris, ville lumière et des expositions universelles.
Source : http://www.veules-les-roses.fr/dossiers/dossier.php?val=77_peintres+ambulants+russes+1857+-+1900

3 Les indépendants russes partagent avec leurs camarades français le désir de faire sortir la peinture de l’académisme et de l’atelier pour cueillir en plein air, sur de petits formats, le motif vrai, vivant et naturel ; ce que permettent les nouvelles peintures à l’huile, ainsi que le développement des chemins de fer. Tandis que l’école française s’attache volontiers à fixer l’impression immédiate et à saisir le caractère fugitif de la lumière, l’Impressionnisme, leurs collègues russes s’intéressent plus tôt au caractère pérenne d’un paysage ainsi qu’à la réalité sociale : approche originale, c’est le mouvement Réaliste, qui ira progressivement renouveler ses sources par un retour aux valeurs proprement russes, plutôt qu’occidentales.
Source : http://www.veules-les-roses.fr/dossiers/dossier.php?val=77_peintres+ambulants+russes+1857+-+1900

4 Voir, par exemple, le travail de Henri Gadeau de Kerville sur galerie-photo

 Bibliographie


 Ivan Chichkine
Victoria Charles et Irina Shuvalova
Environ 200 pages
ISBN 978-1-78160
Collection Best of
14,16 €

 

 

dernière modification de cet article : 2014

 

 

 

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