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l'auteur

Eric Dessert

1957 : Naissance à Sainte-Radegonde dans la Somme
1974-1977 : Institut Saint-Luc de Tournai (Belgique)
sous la direction de Jan Maertens
Diplômé de la section Humanités photographiques
1980 : Entrée à la Direction du Patrimoine
 et début des voyages
 en France et à l'étranger
qui lui permettent de construire
 une œuvre personnelle


Eric Dessert

Nombreuses expositions dont :
1990 : " Les nouveaux promeneurs solitaires "
BPI, Centre Georges Pompidou
1995 : Galerie municipale du Château d'eau, Toulouse
1998 : Bibliothèque Nationale de France
2002 : exposition « Japon, les premiers bruits du soleil »
galerie Le Bleu du Ciel, Lyon
Livre :24 images du Japon, Lyon
Editions Lieux Dits
2002 : premier voyage en Chine
résidence dans la province du Guizhou
avec le soutien de Culturesfrance
et la Ville de Lyon
2003 : exposition « Japon, les premiers bruits du soleil »
galerie Camera Obscura, Paris
2005 : expositions « Guizhou, province chinoise »
à la Galerie Camera Obscura, Paris
et au Guangzhou Museum of Arts
Canton, Chine avec le soutien de l’AFAA
et la ville de Lyon
Résidence sur le domaine
de Port-Cros (Var)
pour le Conservatoire National du Littoral
2006 : voyage en Chine
province du Sichuan
exposition « les peintres de la vie moderne »
Centre Pompidou, Paris
2007 : exposition « Guizhou, province chinoise »
galerie Le Bleu du Ciel, Lyon
2008 : voyage en Chine, province du Xinjiang
Livre « Littoral/Parc national de Port-Cros »
texte Annie Tardivon et Emmanuel Jalbert
Filigranes Editions
2009 : voyage en Chine, province du Gansu.

Eric Dessert est représenté par la galerie
Camera Obscura
268 Bd Raspail
75014 Paris
en permanence :
photographies argentiques

edessert(at)rhonealpes.fr

 

les photographies présentées sur cette page ont été exposées à la BNF à l'occasion de l'exposition
Photographier le Patrimoine
19 septembre-22 novembre 2004
une sélection de 160 photographies sur plus de 3 millions réunies au service de L'Inventaire Général depuis 1940 par plus de 50 photographes.

 

 

 

Eric DESSERT


Manoir de Le Boux (79)
Logis 2, corps de bâtiment A, étage, chambre nord-ouest, alcôve.
© Inventaire général, ADAGP, 1984

 

Eric, comment êtes-vous venu à la photographie ?

Le monde nous précède, et il nous précède comme donné. Je dis cela en ces termes aujourd'hui, mais c'est bien le sentiment que j'avais lors des si fréquentes promenades de l'enfance, où qu'elles m'aient conduit. Le plus souvent quelqu'un les guidait, qui me transmettait le monde comme un aliment, et le plus savoureux qui nous soit donné. Il fallait seulement aimer ces moments et toutes ces choses profuses (parfois heureuses, parfois plus tristes) ; il suffisait d'attendre et d'accorder son temps face à son temps là à soi. Je faisais l'expérience des lumières, des matières. Certains matins, il me semblait que tous les sens étaient éveillés par ce qui s'éveillait au jour, qu'ils étaient requis avec une intensité singulière et même confondante - au point que je me dis aujourd'hui que leur affolement n'était que le signe d'un autre sens, que je voudrais appeler le sens du donné, le goût de mesurer patiemment son immensité. C'est ainsi que je suis devenu photographe.

Et comment en êtes-vous venu au numérique ?

Je ne suis pas un homme raisonnable et poursuis souvent à l'aveugle l'objet de mes passions. C'est dans cet état d'esprit que j'ai commencé la photographie en 1973 et il m'a jamais quitté depuis. C'est dans ces dispositions que tout naturellement je me suis plongé dans l'expérimentation de l'image numérique grand format dans le cadre de mes photographies du patrimoine. 

Convaincre son Directeur d'investir dans une nouvelle technologie n'est pas chose facile....je suis un des photographes de l'Inventaire Général du Patrimoine Culturel, Service en région de la Direction du Patrimoine au Ministère de la Culture. Il sera à compter du 1 janvier 2005 décentralisé aux Régions. Ce service voulu et créé par André Malraux en 1964 a pour mission de recenser, d'étudier et de faire connaître le patrimoine sur l'ensemble du territoire Français. Ainsi toutes les régions sont-elles dotées d'une équipe constituée d'historiens de l'art, de dessinateurs pour les relevés, d'informaticiens et de photographes. Depuis sa création notre service a considérablement élargi son champ d'action, tâchant d'accompagner la conscience collective de ce que le terme de patrimoine peut être depuis cette date. 

Qu'est-ce que vous photographiez ?

On a aujourd'hui de la peine à imaginer qu'on ait pu se focaliser à l'origine uniquement sur la campagne, les églises et le patrimoine des châteaux. Aujourd'hui nous photographions pour ainsi dire tout ce qui revêt à nos yeux une valeur patrimoniale. Le débat est large.... ainsi notre service a-t-il dès sa création utilisé la photographie pour les raisons qui la caractérise par nature et au premier rang desquels je placerai sa "présence au monde". Ce qui ne veut pas dire pour autant qu'elle est le monde ou tout au moins une image du monde. Simplement, elle porte témoignage de la vie sous ses formes visibles et ce dans le temps...

Quel matériel utilisez-vous ?

Des équipements pour la photographie argentique professionnelle ont été investis par les équipes au fil des années, allant de la chambre 13\18 jusqu'au 135 pour des images n\b et couleur. Nous totalisons aujourd'hui plus de 3 millions de phototype de toutes natures. Il était naturel, dans l'histoire des techniques que mon service utilise, qu'il soit un jour question de celle qui participe à l'évolution du médium : les capteurs numériques professionnels grand format adaptés à la chambre et au moyen format. 

 

 

Vue du bourg de Saint-Sixte depuis la route de Ciergues, vers le nord-est. Juin 2001.
© Inventaire général, ADAGP, 2001

   

 

 

Comment avez-vous vécu l'arrivée du numérique ?

Trop de flou sur la question a envahi la profession au point d'en retarder l'émergence. Ce fut également le cas dans l'administration. Le secteur amateur, pour des raisons commerciales, mais bien en prise sur la réalité de notre époque, ne nous a pas attendus. Aussi quelques "âneries"et autres faux débats se sont-ils immiscés dans la question de son utilisation pour les professionnels et les services de l'Etat pour lesquels nous travaillons. 

Bref, j'ai fait venir pour expérimenter grandeur nature sur le terrain de mes principales préoccupations professionnelles (architectures, objet) les trois sociétés qui proposaient il y a trois ans des systèmes à mon sens intéressants à savoir : Phase One, Kodak DCS pro-back et Imacon et son dos ix-press 384. Il en a résulté le choix de ce dernier car je goûte assez peu l'interpolation et les images trop "hight-tech", trop artificielles - visuellement il s'entend. Non pas sur la manière, encore que, mais sur le résultat. J'ai beaucoup investi en temps et en énergie, j'ai vraiment puisé dans mes réserves afin de comprendre ce qui se passait devant mes yeux et au fond de moi. En quoi ma passion d'origine était-elle encore en pleine ébullition avec ce nouveau système. 

Quels sont les avantages du numérique par rapport à l'argentique, dans votre travail ?

J'ai rapidement compris qu'il m'était inutile de toujours comparer avec la photographie argentique et qu'il me faudrait rapidement passer de l'autre côté et voir ce que ces nouveaux systèmes peuvent nous apporter, dans notre chaîne de travail, à la Direction du Patrimoine. Un service public doit rendre compte de ce qu'il fait. Notre documentation patrimoniale doit être accessible au plus grand nombre. Internet et nos bases nationales doivent répondre à ces demandes de plus en plus importantes. 

Ces bases nationales sont accessibles sur le site du Ministère de la Culture. Elles sont au nombre de 4 : 
Merimée pour l'architecture, Palissy pour les objets, Mémoire pour les notices des photographies et enfin Malraux pour la documentation (1) 

Dans nos photographies, nous avons besoin d'un maximum de détails non interpolés pour être au plus près de notre mission initiale, être au plus près du réel sachant que ce n'est pas le réel ! Rien, en effet, ne remplacera le contact physique avec l'œuvre étudiée. C'est pour cela que nous sommes avant tout des généralistes devant faire face à toutes sortes de situations. Nous savons que notre travail, aussi honnête qu'il puisse l'être, appartient à l'ordre de la représentation. Ce sont les raisons essentielles qui m'ont poussé à choisir le dos Imacon x-press 384 car lui seul, à mes yeux et à ma sensibilité, offrait ce que j'ai toujours aimé dans la photographie : la possibilité de voir le monde au plus près. 

Ce dos, permettant la prise de vue 1 pose, 4 poses et 16 poses, donne des images très "présentes à l'écran" très largement suffisantes pour ce que nous voulons faire... 

Les résultats sont comparables à un beau 4x5" bien scanné ?

Je ne me suis pas prêté à cet exercice qui consiste à "comparer" une image de ce type à celle produite sur un support argentique au format 4x5 inch. Ma culture est plutôt celle du beau format à la française, le13x18, qui est un vrai régal lorsque l'on photographie l'architecture en milieu urbain ou encore le paysage. 

Je voulais et je veux encore participer de l'intérieur à l'émergence de cette nouvelle technologie sans pour autant rejeter celle du passé. Car j'ai deux convictions indéboulonnables aujourd'hui : 
il faut continuer à pratiquer la photographie argentique pour toutes les raisons qui l'ont placée là où elle se trouve dans son rapport au monde et participer en temps réel au changement technologique qui s'offre à nous depuis maintenant plusieurs années. 
A l'échelle de l'évolution, il faut bien se mettre dans la tête que nous avançons à la vitesse tectonique ! Dans cette avancée je suis résolument optimiste. Comme mes prédécesseurs qui ont toujours eu un esprit ouvert à l'innovation, je veux croire au bien fondé de l'utilisation de la photographie numérique grand format. Car je pense que son utilisation, en dehors du pur point de vue photographique et technique, a une dimension politique en ce sens qu'elle peut permettre l'accès au plus grand nombre à la connaissance. Pour moi, il y a même une dimension spirituelle aux images de ce nouveau type. J'en ai l'intime conviction. L'avenir et les hommes qui le feront vivre nous en donneront raison. Déjà, le domaine des arts plastiques s'est complètement approprié la chose.

De plus, avoir en temps réel accès au résultat sur l'écran d'un portable, c'est vraiment formidable lorsque l'on pense à toute l'énergie et à tous les moyens déployés avant de faire une photographie (rendez-vous, mise en place, etc.). Chacun sait combien le passage au labo offre son lot de stress. L'électronique a le sien : la connectique, l'énergie toujours à stocker, le coût et ce qui s'y rattache lorsqu'il faut amortir des investissements importants : de l'ordre de 120000 euros actuellement pour une chaîne neuve allant de la prise de vue (boîtier, chambre et optiques spécifiques) capteur et portable (G4), traitement des images (G5, écran Barco, imprimante A3) et enfin stockage de type serveur et juck-box, etc., etc. Cela fait cher, mais actuellement, l'utilisation professionnelle à ce niveau est à ce prix. Quel serait le coût aujourd'hui pour un photographe souhaitant fournir des photographies argentiques comparables sur toute la chaîne à ce que peuvent être celles produites en numérique, le scanner en plus ? J'espère pour lui qu'il trouverait encore du matériel neuf...

L'argentique, c'est fini pour vous ?

Non. Je continue à utiliser ma petite chambre en bois lorsque je voyage, dans une pratique personnelle de ma passion. Je le fais pour toutes les raisons qui font que ce mode de prise de vue m'est accessible culturellement, financièrement et pratiquement car aux fins fonds de la Chine, il ne m'a pas toujours été possible de brancher mon rasoir... 

Posez-moi la même question au début du prochain siècle et je vous dirai ce qui en est advenu. Pour moi, la question capitale quelque soit le système est :
"y aura-t-il toujours cette envie, cet émerveillement face au monde qui fait que j'ai choisi la photographie pour en garder le souvenir ?". 

Je suis par nature un profond nostalgique.



St-Laurent-Rochefort (42)
Vue depuis la route de Saint-Laurent-Rochefort au hameau de Chazelles-Bas (au niveau du grand virage), vers le nord et la chapelle de Rochefort. Janvier 2001
© Inventaire général, ADAGP, 2001

 

(1) http://www.culture.gouv.fr/culture/inventai/
presenta/bddinv.htm
 

dernière modification de cet article : 2004

 

 

     
     

 

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