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l'auteur

 

KUNZ-JACQUES Guy

Le Cormier
17350 – SAINT SAVINIEN

guy.kunz-jacques@wanadoo.fr
www.couleur-noiretblanc.fr

Lorrain d'origine
aborde véritablement la photographie
à travers le diaporama
dans les années 1980
en remportant notamment
le Challenge Mondial du Diaporama de Vichy,
le premier prix du
Festival Européen du diaporama d'Epinal
Saintongeais depuis 1991


 

Le diaporama

Une interview de Guy KUNZ-JACQUES

 

Guy, vous avez réalisé de nombreux diaporamas
et avec un certain succès ?

J’ai abordé le Diaporama dans les années 80 en fréquentant dans une maison de la culture de Metz, en Moselle, un atelier de création de diaporamas animé par le Dr André PARMANTIER, une illustre figure du genre, et Pierre GRANDMAIRE un diaporamiste très impliqué par ailleurs dans les manifestations culturelles de sa région Lorraine d’origine. Après une première création intitulée Prière pour une source tarie, présentée et primée au festival de Sarreguemines, d’autres ont suivi qui m’ont notamment permis de remporter le Challenge Mondial du Diaporama de Vichy, le premier prix du Festival Européen du diaporama d'Epinal ainsi qu'un deuxième prix au Festival du Diaporama de Doué la Fontaine.

Mais parallèlement à ces créations j’ai toujours tenté de faire partager ma passion en animant un atelier de création au centre Brel de Thionville (57) puis à Terville (57). De nombreuses soirées de projection ont émaillé ces années d’animation, avec un programme associant les productions des membres du club à celles de diaporamistes plus célèbres ayant acquis leurs lettres de noblesse à l’occasion de différents festivals nationaux ou étrangers.

Mes responsabilités en tant que Commissaire Régional à l’Audiovisuel et du Diaporama de l’Union Régionale photographique d’Alsace Lorraine m’ont amené à présenter des spectacles et des animations autour du diaporama non seulement en Lorraine mais également au Luxembourg ainsi qu’en Belgique.

Ma pratique du diaporama et de l’animation ont fait qu’en 1985 j’ai été sollicité pour faire partie du jury du 24ème Festival International de l’Image d’Epinal (13 au 16 juin 1985).

  

Qu’appelle-t-on Diaporama ?

Le diaporama n’existe pas : il existe des diaporamas ayant en commun une projection en fondu-enchainé associée au passage en simultané d’une bande son.

Le fondu-enchainé permet de passer, dans un délai variable, d’une image A projetée sur un écran à l’image suivante B.
Au départ et jusqu’à l’avènement de l’image numérique les images étaient des diapositives couleur projetées sur un écran à l’aide de projecteurs type Carousel de chez Kodak ou Simda (permettant une fréquence de passage plus élevée). La pellicule utilisée était très souvent de la Kodachrome 25 autorisant en plus du grand format de projection une transcription des couleurs assez remarquable…

Le système de fondu mécanique Bourguedieu était souvent utilisé en raison de son prix modique et d’une fiabilité à toute épreuve. Il est constitué d'une planchette avec deux iris mécaniques (devant les optiques des projecteurs) commandés à l’ouverture et à la fermeture et synchronisés par une tringle de rappel circulant entre les deux projecteurs ; deux interrupteurs, l'un à droite et l’autre à gauche de l’arrière de la planchette permettent de déclencher le projecteur dont l’objectif est occulté par l’iris, alternativement le droit ou le gauche… C’est tout !  

 

 

système de fondu mécanique Bourguedieu - Photo © Guy Kunz-Jacques

 

 

 

   

Des systèmes électroniques plus sophistiqués, permettant notamment la projection en simultané des deux projecteurs (impossible avec le système à iris), existaient également et permettaient l’encodage automatique du passage des diaporamas en festival.

Aujourd’hui l’électronique associée à l’informatique permet des effets démultipliés dans le passage d’une image à une autre.

Il ne suffisait cependant pas de posséder un système de fondu enchainé et deux projecteurs contenant chacun quelques dizaines de diapositives pour que l’œuvre projetée sur l’écran (perlé ou non) soit un diaporama, même si un vague fond sonore accompagnait la projection.

En fait le diaporama s’apparente au court métrage du cinéma avec pour différence essentielle que les images sont fixes dans le cas du diaporama.

Comme dans le cas du cinéma une écriture du scénario s’impose, le rythme se réfléchit et la musique, ou l’absence de musique, fait partie intégrante de l’œuvre.

Le mouvement étant absent la partie visuelle se réduit, ou plutôt se concentre, dans une succession d’images fixes qui ne peuvent supporter la médiocrité… et qui occupent leur juste place. Sans doute d’ailleurs est-ce à cela que l’on peut reconnaitre un bon diaporama : quand aucune image ne peut être intervertie ou remplacée par une autre, quand aucune autre musique ne peut remplacer celle choisie sans que l’œuvre crée ne s’en trouve qualitativement altérée… quand aucun fondu enchainé ne peut être modifié sans que l’impact du diaporama n’en souffre.

Le fondu enchainé est une part importante du diaporama : allant du cut (fondu extrêmement rapide), au fondu de plusieurs dizaines de seconde, en passant par les effets d’aller-retour.
Il représente souvent également la possibilité de la fameuse troisième image : celle qui nait de l’apparition, dans les zones sombres de l’image en place, des zones claires de celle qui va la remplacer sur l’écran à venir. Le diaporama est un art de la suggestion.

 

Et le son ?

La suggestion procède aussi de l’influence directe du rapport son - image.

Le son crée un décor mais peut également parfaitement suggérer le mouvement, celui par exemple d’un acteur lui-même invisible dans le décor image. J’ai notamment en mémoire un diaporama personnel, Retour à Ligoure, réalisé sur le Château de Ligoure. Le château était habité dans les années 80 par la dernière descendante de la famille du banquier LEPLAY, lui-même disparu à l’époque des prises de vue : imaginez un escalier monumental en bois tournant sur 180° et arrivant dans une immense bibliothèque… une photo en contre plongée de cet escalier dans l’ombre… et, dans cette ombre, le bruit lourd et lent des pas de la doublure sonore du dernier habitant du château capté à la tête stéréophonique. Partant d’en haut à gauche de l’image à son entrée dans l’escalier et en sortant en bas à droite… chacun a alors le loisir de se représenter, d’imaginer, son propre personnage à travers ce que le son lui évoque ou ses propres réminiscences…

Une règle cependant : ne pas utiliser de sons d’objets en mouvement sur une photo les représentant immobiles…

Il faut considérer le son avec son pouvoir d’évocation comme apportant des informations complémentaires à l’image…

Je disais en début de cet entretien que le Diaporama n’existait pas mais qu’il existait Des diaporamas, des genres, des manières différentes d’aborder le diaporama, je voudrais revenir là-dessus.

Il est possible de partir d’une chanson ou d’une autre œuvre musicale préenregistrée sur laquelle va être construit un scénario image. Attention cependant aux œuvres comme Les 4 saisons de Vivaldi qui ont déjà trop servi… attention également aux œuvres musicales très connotées comme les Carmina Burana de Carl Orff, entre autres, pour lesquelles nombre de gens ont déjà en tête leurs propres images, pas faciles à déloger.

Concernant l’illustration de chansons, la difficulté réside dans le fait que le texte « enferme » le diaporamiste, dans le sens où le texte véhicule déjà un certain nombre d’images desquelles il devient difficile de se défaire.
A cet égard il ne faut pas oublier que le diaporama doit rester un art de la suggestion. J’ai encore en tête une séance, beaucoup trop longue, de diaporamas montés sur des chansons de Brel et notamment « La Fanette »
Il y avait : Faut dire, Faut dire qu'elle était brune Tant la dune était blonde Et tenant l'autre et l'une Moi je tenais le monde
L’auteur, bon photographe par ailleurs, faisait figurer sa propre muse en guise de Fanette, dans un diaporama qui rendait dès lors impossible que chacun y retrouve sa Fanette.
Le diaporama, art de la suggestion où chacun doit pouvoir se retrouver dans les images faites par un autre… Tout un programme.

Il est également possible de créer un diaporama en partant d’un texte personnel ou appartenant à un autre, poétique ou non, que l’on lit ou que l’on fait lire et sur lequel on va ensuite créer un scénario-images. Attention dans ce domaine à ne pas tomber dans le piège consistant à « illustrer » simplement le texte, auquel cas le diaporama créé risque d’être très réducteur, chacun ayant à nouveau en tête ses propres images.
Il faut toujours penser à davantage suggérer que montrer.
Et il ne faut pas oublier également que sur un certain nombre de poètes, Baudelaire par exemple, pas mal de chanteurs et non des moindres, ont déjà, à l’instar de Ferré, mis nombre de textes en musique….

Le diaporama peut également dans certains cas se vouloir pédagogique : il faut dans ce cas beaucoup de talent pour en faire une œuvre digne d’intérêt, la musique au mètre et le fondu enchainé avec l’intégralité de ses variantes n’étant pas en général suffisant à compenser le manque de scénario.

Plus intéressant est donc le diaporama de pure fiction pouvant laisser libre cours à l’imagination du créateur…

Dans tous les cas, quoique vous fassiez, souvenez-vous qu’en festival la durée maximum autorisé pour un diaporama est de 10 minutes mais qu’au-delà de 3 à 4 minutes il faut beaucoup de talent pour garder le spectateur avec soi !

 

Personnellement qu'attendez-vous d'un diaporama réussi ?

C’est une question que j’ai eu à me poser en tant qu’organisateur de festival de diaporamas au centre culturel Jacques BREL de Thionville. Pour établir un programme associant diversité et grande qualité d’ensemble, l’erreur n’était pas envisageable. Ne pouvaient figurer à ces soirées drainant un public important que des diaporamas que le groupe que j’animais, estimait réussis !
C’est également une question que j’ai eu à me poser en tant que membre du Jury du Festival Européen d’Epinal. Si un premier tri était fait par un jury de présélection nous avions à choisir dans les diaporamas retenus ceux qui figureraient au palmarès.

Dans les critères influençant le choix, ce qui intervient, au-delà de la qualité de prises de vues et de celle de la bande son qui ne doivent pouvoir supporter aucune critique, c’est certainement l’originalité du thème et de son traitement.
Le rapport entre le rôle dévolu à la partie sonore et celui supporté par les images est également un élément essentiel.
Il en va de même pour le rythme du diaporama.
La qualité et la parfaite adéquation des fondus enfin, avec à l’occasion l’existence de troisièmes images particulièrement construites - mais jamais gratuites - doivent permettre au-delà de l’écran de totalement savourer ce plaisir des yeux.

Un bon diaporama est une œuvre dans laquelle il devient au final totalement impossible d’intervertir des diapositives (aujourd’hui des « fichiers ») sans perdre l’équilibre de l’ensemble. La remarque est bien évidemment applicable aux séquences sonores constituant la bande son.
Concernant cette dernière, si elle ne consiste qu’en l’enregistrement d’une chanson illustrée, le jury ne sera que plus réceptif et éventuellement critique sur le scénario image, ainsi que sur la qualité et l’originalité des prises de vues.

 

Vous trouvez que les diaporamas qu'on peut voir aujourd'hui sont souvent techniquement bien plus faibles aujourd'hui qu'il y a quelques années. Pouvez-vous expliquer ce qui s'est passé ?

Les derniers diaporamas que j’ai eu l’occasion de voir, il y a maintenant quelques années, au cours d’une séance de présélection en Moselle étaient les premiers utilisant la technique numérique de prises de vues et de projection par vidéo projecteur… J’avais encore en mémoire la projection de diapositives K25 très définies, contrastées et saturées en couleur à l’aide d’un projecteur haute puissance équipé d’objectifs type Colorplan de chez Leitz et j’avoue ne pas avoir retrouvé le plaisir visuel antérieur. Sans doute depuis les choses se sont-elles améliorées mais n’ayant pas eu l’occasion, un peu échaudé par cette première expérience de projection publique, de la réitérer, j’éviterai de donner un avis qui ne serait sans doute pas conforme à une probable réalité…

Je doute malgré tout de la possibilité réelle d’obtenir avec ce type de matériel la qualité d’une image de trois mètres de base (voir plus dans le cas du festival de Vichy) offerte à un parterre de plusieurs centaines de spectateurs.

Par contre l’avènement de l’informatique aura sans doute révolutionné, en élargissant considérablement la palette, les possibilités de fondus enchainés.

Le risque que l’utilisation de l’outil dans sa diversité devienne la finalité de la démarche est cependant souvent bel et bien présent.

  

Où peut-on voir aujourd'hui de très beaux diaporamas ?

Je vous renvoie à deux liens :
Une liste des festivals de diaporamas existant en France :
http://sitedudccn.com/annonce_toutes.php

Et une information plus développée sur l'un d'entre eux :
https://www.regardssurcourts.fr/spip.php?article413

 

Vous avez obtenu des prix pour vos diaporamas. Ce système de prix existe-t-il encore ?

Pour avoir quelque chance que son diaporama soit projeté en public il y a deux solutions :
- faire partir d'un club photo affilié à la fédération française de photographie ; voir son diaporama retenu au niveau du club pour sa participation ultérieure éventuelle au niveau national.  Avant cela il faudra qu'il passe le barrage du niveau régional, puis national 2...  S'il finit dans les 3 premiers il passera en national 1 puis participera à la Coupe de France...

- L'autre solution consiste à envoyer directement son diaporama en vue de sa participation à un festival existant...

 

Quel matériel conseilleriez-vous aujourd'hui pour faire le plus efficacement possible de beaux diaporamas ?

Concernant les systèmes permettant de passer des diaporamas avec commande par logiciel, voici une bonne référence actuelle, le logiciel PicturesToExe (PTE) :

https://www.wnsoft.com/fr/picturestoexe/

https://www.commentcamarche.net/download/telecharger-34062541-picturestoexe

https://photoclubpsy.info/joomla3/images/
articles/PTE_commencer_un_projet.pdf

 

 

 


dernière modification de cet article : 2019

 

 

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