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Joel Pinson
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Développer les plans-films 13x18 et 20x25 avec un processeur Jobo

Passé le plaisir de savoir développer ses plan-films en cuvettes ouvertes, ou dans une cuve de type Combiplan ,  l’opération s’avère rapidement fastidieuse et parfois frustrante de par la difficulté à reproduire de manière fiable les résultats obtenus. La difficulté de maintenir une température constante pendant la totalité du traitement,  ajoutée à celle de reproduire des agitations régulières et constantes sont, entre autre, responsables de bon nombre de problèmes. En dehors de trouver un labo fiable à qui confier ses films, il existe une solution confortable, rapide à mettre en œuvre, permettant d’optimiser les volumes de chimie utilisés, et donnant  des résultats parfaitement reproductibles : cette solution c’est le processeur Jobo.

Je me suis lancé dans l’aventure il y a peu. Ce qui suit est simplement le témoignage de ma modeste expérience.

Choisir le processeur

Jobo s’est fait une spécialité dans le domaine, proposant plusieurs modèles sur son catalogue couvrant les films jusqu’au 20x25. En fait, le processeur n’est qu’une base comprenant un réservoir à eau, un système de chauffage à thermostat, et un moteur permettant de contrôler l’agitation d’une cuve contenant les films. Il faut donc tout d’abord choisir une cuve en fonction du format du ou des films à développer, et déterminer ensuite quel est le processeur capable de supporter la dite cuve.

Le catalogue Jobo ne compte pas moins d’une bonne quinzaine de cuves de tailles différentes. Suivant sa taille, chaque cuve permet de traiter un ou plusieurs formats de films. Concernant les plan-films 13x18 et 20x25, il faut utiliser les cuves « Expert Drums » de la série 3000. Un seul modèle est capable de traiter à la fois le 13x18 et le 20x25, il s’agit de la cuve 3005 qui peut contenir jusqu’à 5 plans-films 13x18 ou 20x25. Pour ceux uniquement intéressés par le 13x18, la cuve 3006 permet de traiter 6 plans-films 13x18.

Le choix de la cuve détermine donc le choix du processeur. Pour les cuves Expert Drum 3005 ou 3006, il faut au minimum un processeur modèle CPA-2, ou un CPP-2 identique au CPA-2 mais possédant quelques aménagements de confort très appréciables comme l’affichage digital de la température. 

Enfin, tous les processeurs Jobo peuvent être équipés d’un "lift", système Jobo permettant de remplir et de vider directement la cuve sans la sortir de la machine. Il est à noter que ce lift, optionnel pour les cuves de plus petits formats (séries 1500 et 2500 par exemple), est absolument nécessaire pour les cuves de la série 3000 Expert Drum.

J’ai pour ma part choisi le processeur CCP-2 équipé d’un lift et une cuve Expert Drum 3005. Les commentaires qui suivent font donc référence à ce matériel.


Processeur CCP-2 avec lift et la cuve Expert Drum 3005

 

Mise en oeuvre

Tout d’abord, trouver de la place pour l’engin qui a l’air beaucoup plus petit en photo qu’en réalité ! Il faut compter un emplacement d’au moins 1m 20 de large, 0.50m de profondeur, et un dégagement d’au moins 0.80m vers le haut pour l’utilisation du lift. Aussi, le processeur pouvant contenir jusqu’à 18 litres d’eau, il est souhaitable de pouvoir le remplir et le vidanger sans avoir à le déplacer, et donc d’avoir une évacuation et une alimentation d’eau à proximité. Pour ceux n’ayant pas la chance de disposer d’un labo dédié, une planche posée sur une baignoire constituera une bonne solution.

L’utilisation du processeur est des plus simples. Je préconise la séquence suivante :

 

1)     Préparer les chimies et les stocker dans le processeur.
Six flacons et 4 éprouvettes sont livrées avec le CPP-2. Afin de garantir une température constante pendant la totalité du traitement, il faut préparer tous les produits à l’avance et les stocker dans les flacons Jobo à l’intérieur du processeur. Ne pas oublier le prémouillage (voir plus loin) et le bain d’arrêt.

2)     Remplir le réservoir d’eau.
Une fois tous les flacons et éprouvettes contenant les produits en place dans le processeur, on peut remplir le réservoir d’eau. Ne pas remplir exagérément sous peine de risquer l’inondation une fois la pompe en route ! Lorsque les flacons sont environ aux ¾ immergés, démarrer la pompe. L’eau va alors se déverser dans la partie haute et redescendre dans le réservoir en fonction du réglage du trop plein. Pour la cuve 3005 mettre le trop plein en position ‘1’. 

3)     Préchauffer l’ensemble à la température voulue.
Afficher la température souhaitée. Jobo recommande un préchauffage de 5 minutes. Pour ma part je laisse le processeur se mettre en température pendant que je charge les plans-films dans la cuve.
Note : lors des premières utilisations, il faut étalonner son processeur, c’est à dire savoir quelle sera la température réelle des produits dans les flacons pour une température donnée selectionnée sur le processeur. Par exemple, pour mon CPP-2 je sais que je dois sélectionner 2 degrés de plus que la température à laquelle je veux traiter mes films (sur la photo, sélectionner 23°C portera en fait mes produits à 21°C ). 


Panneau de commande du CPP-2

 

4)     Charger les plans-films dans la cuve.
Chargement dans le noir complet évidemment. A noter que la cuve 3005 est constituée de 5 alvéoles dans lesquelles il faut introduire les plans-films en les incurvant dans le sens de leur plus grande dimension (18 pour le 13x18, 25 pour le 20x25). Petit conseil : pour éviter de loger deux plans-films dans la même alvéole, il est recommandé de laisser dépasser les plans-films de leur alvéole jusqu’à ce que toutes les alvéoles soient remplies. A ce moment là seulement, les enfoncer complètement au fond de l’alvéole. Cette dernière opération est très importante pour assurer un développement uniforme et identique de tous les plans-films. 


Chargement des plan-films dans la cuve 3005

5)     Démarrer le traitement.
Connecter la cuve sur le lift et démarrer le moteur assurant la rotation continue de la cuve dans le bain à température constante. Jobo recommande la vitesse ‘4’ pour les cuves de la série 3000. Vous êtes maintenant prêts pour commencer le traitement de vos plans-films. Pour chaque étape du traitement, verser le produit dans le lift, déclencher votre chronomètre, lorsque le temps est atteint vider la cuve en la soulevant à l’aide du lift, baisser le levier du lift pour remettre la cuve en place, verser le produit suivant dans le lift, etc.

 


Versement des produits dans le lift





Traitement




Vidage de la cuve



Petite remarque à propos du prémouillage : je ne rouvrirais pas ici le débat sur l’utilité ou pas du prémouillage, mais je le recommande avec la Jobo pour simplement amener la cuve et les plans-films à la température de l’ensemble. Quelques minutes suffisent, Jobo recommande 5 minutes. 

 

De la nécessité de faire des essais

Si le fonctionnement de la machine, on l’a vu, est assez simple, et ne présente pas de difficultés particulières, mes premières tentatives se sont néanmoins soldées par des échecs retentissants ! Passée la déception, la lecture de la littérature Jobo ainsi que les forums d’utilisateurs aguerris permettent de réaliser que l’utilisation d’un processeur rotatif change un peu les données du problème, et qu’il faut donc à la fois intégrer de nouvelles contraintes et adapter ses habitudes de travail au développement rotatif.

Les principaux problèmes à résoudre sont les suivants :

 

1)     S’assurer de l’horizontalité de l’ensemble.
Problème nouveau. Je ne me suis jamais soucié de ce genre de détail auparavant, mais le processeur est très long (environ 1m) et la cuve ne l’est pas moins (45cm pour une 3005), ce qui veut dire qu’un défaut d’horizontalité peut dans ces conditions devenir problèmatique lorsqu’on pense qu’une assez faible quantité de produit va pénétrer dans les alvéoles de la cuve. Quelques degrés de plus ou de moins par rapport à l’horizontale et la quantité de produit pourrait ne pas être la même aux deux extrémités de l’alvéole, et produire des développements inégaux d’une partie des plans-films. Surtout si les plans-films n’ont pas tous été positionnés de la même manière dans l’alvéole; rappelons qu’il est recommandé de les enfoncer bien au fond de l’alvéole dans le sens de leur plus grande dimension.   

2)     Déterminer le nombre minimum de plans-films que l’on peut traiter pour une cuve donnée.
Là encore, je ne me suis jamais posé ce genre de question en développement en cuvettes. Jobo recommande de traiter au minimum 50% de la capacité de la cuve. Pour une 3005, dont la capacité est de 5 plans-films, j’ai donc fait mes premiers essais avec seulement 3 ; essais que je n’ai pas trouvés très concluants, en tout cas je trouve que j’obtiens de meilleurs résultats avec 4 plans-films. Je ne traite donc mes plans-films que 4 par 4.

3)     Déterminer la quantité de chimie à utiliser en fonction du nombre de plans-films à traiter et de la cuve utilisée.
Problème crucial. Et là il faut bien dire que Jobo brouille les pistes avec application. En effet, on trouve sur le site Jobo un tableau donnant les quantitiés de chimie nécessaires pour une cuve donnée et en fonction du nombre de plans-films traités.  Pour la cuve 3005, Jobo recommande 270ml de chimie pour 3 plans-films et même 4 en traitement E6 ce qui, il faut bien le reconnaitre, est assez incroyable vu la taille de la cuve. Une chose est sûre, les quantités préconisées par Jobo ne sont pas bonnes, il y a unanimité sur ce point ! Après plusieurs essais, j’en suis arrivé à la conclusion qu’il convient de doubler ces quantités pour obtenir un bon résultat. Donc pour ma cuve 3005 avec 4 plans-films je préconise 680ml pour le noir et blanc, et 540ml pour un traitement E6 ; la plus grande quantité de produit pour le noir et blanc compensant les fortes dilutions utilisées pour les révélateurs noir et blanc (voir ci-dessous).

4)     Le traitement.
Pour le noir et blanc
.

Déterminer la bonne combinaison révélateur/dilution/température.
Autre problème crucial. L’agitation constante de la cuve ayant pour conséquence une augmentation du contraste et du grain, il est hors de question de penser utiliser les mêmes dilutions et temps de developpement qu’en cuvette ouverte. Je dois dire que même si je le savais, j’ai quand même été très surpris de la montée impressionnante du contraste. Pour rétablir un contraste normal, une seule solution diluer le révélateur, et même de façon assez radicale. J’ai personnellement fait des essais avec du TMAX-RS et du Rodinal, et ai obtenu d’assez loin les meilleurs résultats avec le Rodinal en dilution 1:75. Certains me disent même utiliser des dilutions 1:200 ! Bien entendu, et au vu du nombre de révélateurs sur le marché, on peut obtenir des résultats tout aussi satisfaisants avec d’autres révélateurs. Faire des essais est la seule solution.
Concernant la température, deux éléments de réflexion : il peut être pratique de travailler à une température plus élevée qu’en traitement manuel de manière à pouvoir utiliser la même température toute l’année. Dans certaines régions (Nice par exemple !) le CPP-2 aura bien du mal à maintenir une température de 20°C pendant l’été. Et puis, une température plus élevée réduira aussi un peu les temps de développement qui ont tendance à vite grimper vu les fortes dilutions utilisées. J’essaie pour ma part de limiter mes temps de développement à 15mn.

Pour l’ inversible couleur (E6).
Contrairement au noir et blanc, ici les paramètres concernant les dilutions des produits, la température de traitement et le temps de développement sont relativement imposés par la solution choisie. En tout cas, je déconseille une nouvelle fois de suivre les recommandations de Jobo qui donne par exemple un temps de développement pour le révélateur chromogène de 2 minutes inférieur à ce que préconise Tetenal ! J’utilise pour ma part le kit Tetenal en 3 bains, et suis scrupuleusement leur protocole, le plus important résidant dans le contrôle rigoureux de la température. Bien sûr le processeur Jobo est là pour ça, mais il ne faut pas oublier de bien étalonner l’ensemble pour savoir quelle sera la température des bains pour une température sélectionnée sur le processeur. A noter que seule une variation de 0.3° est autorisée pour le premier révélateur et le premier rinçage, donc s’assurer que l’on dispose d’un thermomètre précis et surtout ... juste (je me suis d’ailleurs aperçu à cette occasion que le mien ne l’était pas!).         
Bizarrement, le plus contraignant réside en fait dans les rinçages nécessaires entre chacune des 3 étapes du traitement, soit 3 rinçages au total. En effet, chaque rinçage doit s’effectuer en 6 fois 30 secondes ce qui, dans le cas d’une cuve 3005 avec 500ml de produit, veut dire qu’il faut stocker dans le processeur 6 fois 500ml d’eau. Le CPP permettant de stocker 6 flacons d’un litre, on comprendra qu’il y a simplement la place de stocker les flacons contenant les trois produits du traitement ( 1er révélateur, révélateur chromogène, blanchiment) et les 3 flacons contenant l’eau du premier rinçage.  Mais il est impossible de stocker les 6 litres d’eau nécessaires pour les 2ème et 3ème rinçages. Sachant que les rinçages doivent aussi être effectués à la température de traitement (38°C) cela veut dire qu’il faut trouver un moyen de porter 6 litres d’eau à 38°C en dehors du processeur, ce qui demande du temps et/ou de l’organisation. En tout cas, les quelques 6 minutes nécessaires pour chaque étape du traitement seront vite écoulées et il faudra être prêt à rincer !
A noter enfin que malgré l’aide précieuse du lift, cela fait quand même pas mal de manipulations, et donc l’ensemble du traitement est assez intensif et n’autorise que peu de temps mort. Nette différence ici avec le noir et blanc.

Avantages et inconvénients

En conclusion, comme toute chose le processeur Jobo a des avantages et des inconvénients. Je lui trouve personnellement peu d’inconvénients et comme le dit Jimmy Péguet : «il est difficile de s’en passer quand on y a goûté !».

Aux titres des avantages :

-        facilité de mise en oeuvre

-        résultats réguliers et reproductibles

-        confort : agréable sensation que de penser que la machine fait le travail, ce qui  permet de faire autre chose pendant le traitement. Quelques réserves toutefois pour le traitement E6 où les nombreuses manipulations laissent peu de temps pour faire autre chose.

-     coût de développement réduit. A titre d’exemple, un développement E6 pour un plan-film 13x18 me coûte 5 fois moins cher en Jobo que chez le labo pro du coin ! A méditer.

Cela dit, il faut reconnaître :

-        qu’un processeur Jobo est cher, de même que les cuves Expert Drum. Mon équipement (CPP-2 avec lift, cuve ED 3005) acheté d’occasion m’a quand même coûté 1200 euros. Neuf il m’en aurait coûté la bagatelle de 2300-2500 euros, cuve comprise.

-        qu’un processeur nécessite une quantité minimale de plans-films à traiter, donc moins de souplesse que d’autres techniques. Il serait de toute manière peu économique de developper un plan-film, voire deux, dans une cuve 3005 nécessitant 700ml de chimie !

-        la fragilité de certaines pièces, comme le bras du levier de lift. J’ai cassé le mien après seulement quelques utilisations. La pièce ne m’a coûté que 10 euros mais semble bien fragile pour un matériel de ce prix là.   

 

J'espère avoir répondu aux questions de ceux qui ont envie de se lancer. Pour plus d’informations, consulter le site Jobo http://www.jobo-usa.com/ qui présente photos et caractéristiques des machines, ainsi qu’indications techniques et pratiques. En France, Semelec distribue les cuves et processeurs Jobo et peut-être contacté pour documentations et questions à Semelec, 11 avenue de l’Atlantique, Les Ullis, 91955 Courtaboeuf Cedex, Tel 01 69 07 64 58 (demander le technicien Jobo pour des conseils techniques). 

 

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dernière modification de cet article : 2005

 

 

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