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Catherine Auguste

ancienne élève des Beaux-Arts de Paris
designe et décore des cabinets de curiosités
www.cabinet-maker.com

 

Des appareils photographiques customisés

 

Qui n’a pas rêvé comme Kiel Johnson de construire un appareil photo ?


©theo jemison / www.theojemison.com

 

L'appareil de Kiel n’est qu’une enveloppe démesurée figurant avec humour le goût que d’autres ont eu à customiser leurs appareils. Car certains se sont attaqués au modèle lui-même !

Le propos de cet article est très simple : montrer des appareils photographiques dont l’apparence a été modifiée depuis la plus sage expression jusqu’au kitch et au monumental.

Introduction

Bien que le noir règne encore aujourd’hui sur la photographie, la fantaisie gagne doucement du terrain. On voit ainsi des métaux, qui ne sont pas noircis, prendre le relais ; des plastiques inondent le marché de la gadgétisation des appareils photographiques. Les sacoches font tomber le noir ; jusqu'aux photographes d’aujourd’hui qui ne s’habillent plus systématiquement dans cette couleur.

En naviguant sur le net je me suis rendue compte, pas vraiment rapidement car l’appât de la nouvelle découverte devenait quasiment obsessionnel, que relever toutes les fantaisies était impossible. L’imagination humaine n’a pas de limites et c’est heureux !

Comment classifier toutes ces trouvailles pour tenter de comprendre les motivations de ceux qui ont osé s’amuser avec l’objet photographique ? L’intervention crescendo du génie créatif sur l’appareil photographique impose logiquement le plan de cet article :

  • en tout premier l’idée de la série limitée chère aux fabricants,

  • ensuite la customisation des appareils du marché par monsieur-tout-le-monde,

  • enfin les camera obscura, les appareils les plus personnalisés...

et sachant qu’une bonne conclusion doit ouvrir une fenêtre je vous propose en bouquet final : l’apothéose de la customisation photographique !

A/ Tout d’abord quelques précisions sur la customisation

La customisation

Ce mot est emprunté à l’Anglais « to customise » qui signifie modifier selon la demande du client, the customer. Cette personnalisation concerne les options de matériaux, les ajouts d’accessoires ou même de fonctions. Elle ne conduit pas forcément à un embellissement de l’objet, nous verrons que certains ont décidé délibérément de l’enlaidir. La perfection ou le luxe des matériaux ne s’imposent pas au royaume de la customisation.

Les buts sont variables : proposer de nouvelles esthétiques (le camouflage du genre armée), concevoir un objet ludique (les appareils en lego), faire en sorte que l’appareil n’ait pas l’air d’un appareil photographique, monter une opération marketing, etc.

Les appareils customisés

Sur quel type d’appareils les « customiseurs » jettent-ils leur fougue créative ?
Réponse : sur tous les types à l’exception des chambres grand format qui offrent peu de place au débordement. D’ailleurs que faire de plus sur une Ebony en ébène de Macassar et titane ? Eventuellement un soufflet décoré ? Ou bien cacher son excellence dans une boîte d’emballage qui figurerait son opposé, pour reprendre le troisième dessein des customiseurs (faire en sorte que l’appareil n’ait pas l’air d’un appareil photographique). La chambre est en elle-même déjà un objet déjà tellement rare, sophistiqué et sacralisé que l’on n'est peu tenté de la personnaliser plus encore. Le constat amène l’évidence suivante : les appareils en plastique (genre Holga) ou les sténopés sont les élus de la customisation et de l’ornement car la réalisation du décor prend du temps, parfois beaucoup, mais occasionne peu de frais à la base. Et comme tout le monde peut s’acheter un de ses appareils pas cher, en augmenter la rareté le fait monter en grade.

B/ Les séries limitées des fabricants

Pour les fabricants d’appareils photographiques, customiser consiste le plus souvent à créer des séries limitées à l’occasion d’événements, généralement des célébrations d’anniversaire. On distingue nettement deux catégories de séries :

La série misant sur l’expression du luxe :
variété de cuirs et de métaux précieux

Pour son 50ème anniversaire Hasselblad (1948-1998) présente l’Hasselblad 503CW Gold Supreme dans une version chromée plaquée or 24 carats, gainée de similicuir lézard rouge bourgogne.


HASSELBALD 503CW Gold Supreme-50years

Chaque exemplaire est numéroté sur une plaque dorée portant la signature de Victor Hasselblad et empaqueté dans une boîte gainée du même cuir. Une clé en or gravée du même numéro de série et destinée à la fermeture de la boîte achève la performance de customisation ! Cinq cents exemplaires (que l’on trouve parfois sur e-bay) couronnent ce jubilée.

En 2009, l’entreprise récidive avec une customisation similaire du fameux 503CW fabriquée cette fois-ci pour le 60eme anniversaire de la République de Chine
(1949 -2009). Les soixante exemplaires de ce 503CW Gold ont perdu en luxe par rapport au Gold Supreme : les carats ne dépassent pas 18 et les bagues de l’objectif ne sont plus dorées.

Hasselblad aime les anniversaires, nous en avons cité deux mais ils sont fréquents, alors que Linhof s’investit avec sobriété dans l’« événement customisé ». La firme sort en 2007 une édition spéciale de 120 exemplaires de sa Master Technika 3000, numérotée de 001 à 120. Habituellement noire la Technika se pare d’un cuir rouge de la même nature pour fêter les 120 ans de l’entreprise ! L’or n’a pas sa place ici et la fantaisie reste limitée.


Linhof Master Technika 3000 - 120 years

 

En 2009, à l’occasion du 80eme anniversaire du Rolleiflex, Franke & Heideke s’aventurent dans l’édition limitée de 80 boîtes en noyer offrant 3 Rolleiflex plaqués or (Rolleiflex 4.0 FW, Rolleiflex 2.8 FX, Rolleiflex 4.0 FT), des adaptateurs CNC et des filtres. Les trois Rolleiflex alignés comme de véritables gisants sur le catafalque vitré ne sont destinés qu’au regard. L’usure de l’un de ces trois appareils ruinerait l’effet de perfection de l’ensemble.


Rolleiflex Gold 80 years - coffret

Rolleiflex Gold 80 years


voir aussi ici les détails techniques du coffret

 

On pourrait citer à l’envi les appareils luxueux jouant sur le cuir et l’or (Leica, Mamiya) mais il existe aussi le tout métal : platine, titane, argent, etc. Tout en haut de cette catégorie le Minox DC 1011 Carat fait basculer l’appareil photographique dans l’univers de la bijouterie : 157 grammes de technologie plaqués or 24 carats ornés de 10 diamants de 2 mm sur le pourtour de la lentille qui symbolisent les 10 megapixels de ce compact numérique de 2006. Tout un symbole !


Minox DC 1011 carat

De la série limitée fantaisiste à l’objet unique

A naviguer sur le net on pourrait croire que l’imagination des fabricants s’arrête à l’association de l’or et du cuir s’attachant à ne pas décevoir les fidèles collectionneurs ; mais ces dernières années prouvent le contraire. Certains constructeurs n’hésitent pas à pousser la fantaisie assez loin face pour tenter peut-être de gagner de nouveaux segments de clientèle, les femmes ou les jeunes...  

Le Rollei 35 Classic Royal, créé en 1997, en laque d’Urushi procède de l’association d’un savoir-faire ancestral (la laque) et de la haute technologie numérique.


Rollei 35 Urushi

L’urushi, appelé communément l’arbre à laque, produit une résine qui subit divers traitements avant la fabrication de la laque. Sa profondeur et ses reflets résultent de l’application de multiples couches de laque et de polissages successifs. Il faut compter plusieurs semaines pour obtenir l’éclat définitif et une résistance supérieure à celle du bois. De cette façon un appareil numérique petit format prend des allures traditionnelles, car la laque est une tradition au Japon ; l'appareil en deviendrait presque un objet unique. 

Pentax qui n’a pas négligé les lancements d’anniversaires en or et cuir, a fait parer un Pentax K-m digital SLR par Bling My Thing, spécialiste de la customisation en perles de cristal Swarovski.


Pentax K-m digital SLR par Bling My Thing © bling my thing

Le corps de l'appareil est entièrement couvert de 3700 perles noires agrémentées d’un motif d’arabesque en perles rouges et blanches. L’objet a été exposé pour la première fois à la Photokina en 2008 pour attirer d'hypothétiques foules féminines. Aujourd’hui 45 pièces ont été customisées par Bling My Thing. La série se constitue au fur et à mesure de la demande.

 

Autre temps, autre cible, avec le Pentax K-x Kore Ja Nai Robo.


Pentax K-x Kore Ja Nai Robo

Cette édition limitée à 100 exemplaires, en vente exclusive sur la boutique en ligne de Pentax, a trouvé preneurs dès sa mise en ligne au début du mois de novembre 2009. L’appareil aux allures de gadget illustre l’engouement japonais pour le robot Kore Ja Nai. Inventé en 2001 par des designers le robot Kore Ja Nai (qui signifie ce n’est pas un robot, je n’en veux pas ! comme le dirait un petit enfant) est un jouet en bois mal fini et mal peint dans de multiples variations pour contredire le tout technologique. Les cent exemplaires de l'appareil sont peints par l’équipe de designers (du moins la représentation du visage du robot aussi grossièrement que le jouet) si bien qu’ils sont tous uniques !

Les fabricants ne restent donc pas inactifs et leurs diverses tentatives montrent leur intérêt à communiquer sur l’unique (pour eux la série limitée), sur le « fait pour vous » (la customisation en fait) pour répondre à de nouvelles clientèles ou pour susciter un intérêt nouveau. Mais il leur difficile pour des raisons de coût de réduire la série limitée à un exemplaire.

C/ Les appareils du marché customisés, l’objet devient rare

Pour passer inaperçu : les appareils espions

Revolver, jumelles, cravate, canne, livre, montre, briquet, stylo, radio jusqu’à la canette de coca-cola… tous les moyens sont bons pour cacher un appareil photo espion. Parmi les grands classiques le fameux briquet Zippo transformé en appareil numérique 3 megapixels pour une mémoire de 64 megapixels, le transfert sur l’ordinateur se faisant par une clé USB.


Le Zippo en appareil espion...

Les appareils dignes de James Bond camouflés dans la cravate, la montre, les lunettes… nous font sourire ; mais s’agit-il encore de photographie ? Ne sommes-nous pas invités dans le rêve du jeu de rôle ?

Pour ceux que cela intéresse, un article complet sur l’histoire des appareils photographiques espions : http://35mm-compact.com/photographie/appareils-photo-espions.htm

Passer inaperçu ne veut pas forcément signifier être un espion ou jouer à l’être. Ainsi Jimmie Rodgers customise son appareil photo pour ne pas se le faire voler à Rio de Janeiro.


Jimmie Rodgers Ugly Camera © chris connors
http://blog.makezine.com/archive/2009/05/jimmies_uglified_camera.html 

En résumé : suite à un premier vol d’appareil photo au Brésil, il apprend auprès des communautés locales que les numériques valent chers tandis que les appareils argentiques suscitent moins la convoitise. Il décide de s’acheter malgré tout un deuxième numérique, qui ressemble le plus possible à un argentique, avec l’idée de le masquer de rubans papier et de le gribouiller au feutre. Ce camouflage lui permet de prendre plus de 5000 photos au Brésil sans que personne ne tente de le lui voler. Il raconte d’ailleurs l’aventure où il se fait à nouveau inquiéter dans un quartier mal famé, les voyous lui laissant son « ugly camera ». Et il ajoute l’anecdote qu’il était lui-même  « customisé » en gars du coin lors de cette rixe. Un concept total !  

Pour retrouver l’histoire de son « ugly camera » : http://blog.jimmieprodgers.com/2009/05/my-ugly-camera.html 
“Back in 2005 I went to Rio de Janeiro, Brazil, to do some volunteer work. Within the first week my camera was stolen. Being that I was volunteering in some of the communities there, I spoke with some people about it. They said that all digital cameras are worth money, but none of the film cameras are unless it's an SLR. One of the other volunteers has this model of camera, and I thought that with the LCD closed, it almost looked like a film camera. So I bought one in the US, had it shipped over, and then I covered it in tape and sharpie marker. I also took off anything shiny. I would take a picture or two, and then check the light levels with the LCD. After that, I would then close it, and would proceed to take pictures with it as if it was a film camera until light levels would change. The camera lasted me the remaining five and a half months in some of the most impoverished areas of Rio. Just about every picture in my Flickr is from this camera. I was able to take over 5,000 pictures with it in Brazil. I was able to follow around a number of well known graffiti artists, and you can check out some of the pics here. I was also able to go into some fairly dangerous areas, and walk out with my camera. I was even mugged a second time, and they left my camera alone, and took my $20 cell phone instead. The reason wasn't just the camera. It was my whole image. All my clothes I had bought in the communities, and I had little of anything on me when I went out. Speaking some Portuguese helped as well. I also NEVER took pictures of people openly (you'll get your camera taken regardless). I don't advocate going into the same areas I went, but try to be smart anytime you are in a place that theft is common. Oh, and for the picture, Chris set my camera on top of my box of circuit bending supplies. I sell components for bending at Noise Nights, as well as electronic kits and the like.”

Pour ajouter de la valeur

Beaucoup d’appareils photographiques customisés ont pour base les appareils en plastique bon marché (50 euros en moyenne) type Diana ou Holga, ce dernier remportant les suffrages. Le Holga est un appareil au format 120 de fabrication chinoise ; c’est la « camera du peuple », commercialisé pour la première fois en 1982 à Hong Kong avant de traverser les frontières. L'appareil fait des photos qui comportent tous les défauts que le photographe cherche à réduire, comme le flou, le vignettage ou la fausseté couleurs : c'est un appareil digne de la lomographie.

Outre le prix attractif, deux règles (parmi les dix) édictées par la Lomographische AG. « La lomographie n'est pas une intrusion dans ta vie, mais en fait partie » et « Moque-toi des règles » sont des incitations à customiser l’appareil. On peut les entendre comme « Approprie toi l’appareil car il doit faire partie de ta vie » et « Délire un bon coup en le customisant ». Ainsi un Holga ne rdoit pas ressembler à un autre Holga.

On peut voir sur le blog d’Andrew Kua http://www.ndroo.com/blog/?p=98 quelques exemples originaux d’Holga personnalisés : le Playground Holga, assemblage de blocs de lego, le Woody Holga avec ses placages de bois, le Cyan Holga en fausse fourrure, etc.


le Playground Holga ©Andrew Kua


le Woody Holga ©Andrew Kua


le Cyan Holga ©Cyanwater

 

Outre l’aspect ludique, customiser ce type d’appareils plastiques consiste avant tout à créer de la valeur : « je l’ai fait de mes mains », « l’appareil est véritablement unique » ou comme l'annonce Andrew : « je customise des appareils pour des ventes de charité ». Deux exemples de valeur ajoutée : donner les attributs du luxe à l’appareil, clin d’œil à la contrefaçon, ainsi le Louis Vuitton Holga de Naresh Kumar (visible sur le blog d’Andrew Kua) ou le faux Leica élaboré à partir d’un Holga rencontré sur le web. L’appareil change de registre esthétique et n’est plus simplement une machine à faire des photos.


le Louis Vuitton Holga de Naresh Kumar

 

Interview d'Andrew Kua pour galerie-photo :
Combien d’appareils photos avez-vous customises ?
J’en ai customisé environ 8. J’aimerais en faire plus mais je suis très occupé par le travail et le babysitting.
Quel est l’appareil que vous préférez customiser ? Quel est celui que vous avez le plus réussi ?
Habituellement je préfère l’appareil Holga mais j’ai également réalisé des customisations simples sur deux Diana. Celui que je dirais avoir le mieux réussi est le Lego Holga. Cela m’a demandé un gros travail de design et de plans avant sa réalisation.
Quels sont vos matériaux préférés ?
Cela varie. Il n’y en a pas un que je préfère parce qu’ils sont différents selon le design choisi. Le plus difficile à faire a été celui en lego. Un matériau plus souple est ordinairement plus facile à travailler.
Prenez-vous des photos avec ces appareils customisés ?
Je n’utilise pas ces appareils. Peut-être parce que je ne veux pas les salir. Ah ah ! De toute façon, j’ai vendu la plupart d’entre eux à une vente de charité il y a quelques temps Je préfère les vendre à ceux qui les utiliseront et gagner un peu d’argent pour aider ce qui en ont besoin.

Original en anglais
Andrew, how many cameras have you customized ?
So far I have customized about 8 cameras. I would love to do more but I have been busy with work and babysitting.
Your preferred camera for customization (Holga, Diana...) ? The best one you have customized ?
I usually prefer the Holga camera but I do have a couple of Diana cameras with simple customizations done. The best one I would have to say is the Lego Holga. It took me a lot of effort to design and plan before actually doing it.
Your preferred materials ?
It varies. I do not have a preferred material because they will usually differ based on the design. The toughest to do is the Lego one. Soft material are usually much easier.
Do you take photographs with them ?
I do not use those cameras I customize. Maybe because I do not want to dirty them. Haha ! Anyway, I have sold most of the cameras I customized during a charity sale some time ago. I prefer to sell them to those who will use the camera and raise some money to help those in need.

D/ Camera obscura et sténopés

Ici le goût des matériaux et du décor atteint des proportions inégalées. La technique photographique se réduisant au minimum, un simple trou, l’habillage devient un jeu aux dimensions variables depuis « je transforme n’importe quel objet que j'ai sous la main en sténopé » jusqu’à « je construis une architecture autour de mon sténopé ».Si l’on peut acheter des sténopés clé en main en vue de les customiser, la règle générale est de concevoir la boîte qui ne ressemble en rien à un appareil photographique.

Le photographe Scott McMahon http://www.scottmcmahonphoto.com/ présente sur son site quelques sténopés fruits de son imagination.


Les sténopés de Scott McMahon ©scott mcmahon

On y voit une collection (visible sur la page Portfolio) déclinée tant en objets manufacturés transformés qu’en pièces créées à partir de bois, de métal, de carton ou de mousse. Le « portrait » montrant ses sténopés est lui-même amusant car ceux-ci s’organisent en rang d’oignons comme sur une photo de classe : la particularité de chacun saute aux yeux. Le projet de McMahon est la singularisation, l’objet unique, mais dans une configuration plutôt banale : une forme géométrique surtout parallélépipédique, comme le sont les appareils photographiques à cause de la bobine du film, des matériaux plutôt rudimentaires et un ornement assez dérisoire. Il y a du divertissement chez Scott McMahon, une disposition à la collection mais aussi une attente utilitaire puisqu’un seul sténopé ne lui suffit pas à réaliser son projet photographique.

Il en va autrement des sténopés de Wayne Martin Belger qui nous apparaissent comme des fantasmes et/ ou des machines infernales.


Wayne Martin Belge - sténopé "Classic" ©wayne martin belger

Caractéristiques du sténopé “Classic” de Wayne Martin Belger :
sténopé 4”x5” en aluminium, tôle acrylique, plantes séchées, insectes et camées.  L’appareil présente une petite bascule autour de la plaque frontale pour transformer l’appareil en super grand angle. Classic a été créé comme un appareil au format paysage

Tous ses sténopés portent un nom et résultent d’un projet particulier, dans une frange à la frontière de l’horreur de la création et de la beauté de la décadence. Martin Belger apporte un soin extrême à la fabrication, à la différence de Scott McMahon, car son intention n’est pas un résultat banal. L’objet prime sur la photographie. "La création d’un appareil photo vient de mon désir de le mettre en relation avec un sujet. Quand je choisis un sujet je prends le temps de l’étudier. Alors je commence à voir à quoi la photo du sujet devrait ressembler. Quand c’est bon, je commence l’étape du projet qui consiste à collecter des pièces, des artefacts et des reliques relatives au sujet. Quand j’ai rassemblé assez de pièces et que je cerne bien mon propos, alors la construction de l’appareil démarre. Je crée mes appareils photos à partir d’aluminium, titane, cuivre, fer forgé, bronze, fer, argent, or, bois, acrylique, verre, corne, ivoire, os, etc."

“The creation of a camera comes from my desire to relate to a subject. When I choose a subject I spend time studying it. Then I start visualizing how I would like a photo of the subject to look. When that’s figured out, I start on the camera stage of the project by collecting parts, artifacts and relics that relate to the subject. When I’ve gathered enough parts and feel for the subject, I start the construction of the camera. I create the cameras from Aluminum, Titanium, Copper, Brass, Bronze, Steel, Silver, Gold, Wood, Acrylic, Glass, Horn, Ivory, Bone (…)

 

Pour revenir à une customisation « plus classique », c’est-à-dire qui concerne l’embellissement ou la transformation d’un objet existant, voici le sténopé 4x5’’ d’Argentum et son histoire de petits oiseaux, travail de votre humble servante. Le propos était de respecter l’objet de marque, de le laisser reconnaissable, donc pas de modification de la forme. Je me suis orientée vers l’idée d’un cabinet de curiosités miniature avec comme moyen : la peinture. Il était stimulant de confronter deux moyens de représentation sur un même objet : la peinture et la photographie. Les cinq faces peintes du sténopé ont donc été conçues comme autant de pages d’un livre à regarder et à lire.


Sténopé argentum peint par Catherine Auguste
Lire l'histoire de sa fabrication sur le Site Français du Meuble Peint
Le sténopé présente un texte peint : « J’ai enlevé la lentille d’un appareil photographique pour la remplacer par un diaphragme unique créé par perçage, à l’aide d’une aiguille à coudre. Ensuite j’ai photographié un oiseau, et le résultat est à tous les points de vue plus réussi que dans la photographie classique. Contre toutes les règles, j’avais placé cet oiseau à contre-jour devant ma fenêtre derrière laquelle, il y avait des fleurs au premier plan et des forêts au second. L’oiseau est apparu très lumineux et détaillé ainsi que tout le reste en perspective sur l’entière distance. J’ai refait l’expérience cette fois avec l’objectif et le même temps de pose. L’oiseau apparaissait maintenant sans contraste ni joie, et plus aucune trace du monde dans lequel il vivait. »

Customiser répond avant tout aux désirs de s’approprier un objet, parfois pour lui conférer un statut de pièce de collection intouchable. On le pose dans la vitrine car chaque coup porté est fatal, ce qui en soi est absurde car l’appareil photographique a d’abord une fonction. Les camera obscura géantes sont tout au contraire offertes au piétinement collectif des badauds. Intrigués nous pénétrons à l’intérieur de ces customisations architecturales géantes ! Là l’émerveillement se joue dans les entrailles. Entrer et sortir d’une camera obscura géante s’apparente à un rite initiatique. Nous voilà au cœur d’un phénomène optique où le vaste monde est restitué par un trou minuscule . Nous sommes, un peu comme le héros du film L’homme qui rétrécit, confronté à des rapports d’échelle inimaginables.

Le site de Beverly et Jack Wilgus http://brightbytes.com/cosite/sanfran.html montre la camera obscura géante de Cliff House à San Francisco :


Camera Obscura, San Francisco, Cliff House ©beverly & jack wilgus


Camera Obscura (intérieur), San Francisco, Cliff House ©beverly & jack wilgus

La camera obscura géante derrière Cliff House à San Francisco domine Seal Rocks. Ce petit bâtiment fut décoré afin de ressembler à un appareil 35 mm géant avec ses lentilles pointant vers le ciel. Elle fut construire en 1948-49 comme une partie de l’aire de jeux de la plage. Le designer est Floyd Jennings ; il en fit deux autres aujourd’hui disparues.

On trouve sur le site un lien vers une carte des camera obscura géante aux USA et en Grande Bretagne.

Conclusion

Les moyens mis en œuvre dans la customisation photographique varient au gré de l’imagination et des intentions : de la sobriété du similicuir interchangeable (voir le site http://www.cameraleather.com/), à la brillance des perles et des métaux précieux, en passant par la pauvreté des matériaux de récupération des sténopés… Toujours est-il que l’objet se singularise et bascule pour notre plus grand plaisir dans un autre registre. Souvent le noir se perd un peu dans cette aventure.

Nous pourrions aller encore plus loin dans cette appropriation : la customisation peut remonter après les lanières ou envahir les sacs, comme nous le propose le site de Priddy Creations http://priddycreations.com/boutique/index.php?cPath=41
Pour ceux qui veulent être « style »? choisissez Paul Smith. Ses rayures colorées (il y a encore une petite bande noire) se proposent de nous couvrir de la tête aux pieds, et d'envahir encore notre extérieur : chaussettes, cravate, ceinture, montre, sac, vaisselle, fauteuil, voiture… et, et l’Alpa 12 aux poignées de prise Paul Smith ! Un vrai camouflage.

Mon préféré reste le camera van d’Harrod Blank qui atteint la plénitude de la customisation. Je vous laisse apprécier la façon dont Harrod s’empare de l’appareil photo : ce n’est pas 1 mais 2700 appareils qui ont été nécessaires à la réalisation de son rêve.


Harrod Blank sur le Camera Van ©harrod blank

Obligé de remplacer certains d’entre eux car le temps et le vandalisme entament insidieusement le rêve, Harrod a de plus en plus de mal à retrouver les remplaçants adaptés à son décor.


le Camera Van (détail) ©harrod blank

Il accorde une valeur hautement ornementale à l’objet photographique sans en oublier la fonction première, la prise de vue : l’intérieur de son fourgon est tapissé des photos prises au cours de ses voyages. C'est l’œuvre totale : enrobée et enrobante.

http://www.cameravan.com/allabout/index.html
Une nuit d’automne 1993, Harrod Blank fit le rêve qu’il couvrait sa voiture d’appareils photos et qu’il partait prendre des photos des gens dans les rues. Le public inconscient que les appareils fonctionnaient réagissait naturellement. A la fin de son rêve, Harrod regarda les photos prises avec son fourgon, il vit des faces figées dans la crainte, des images si puissantes qu’il décida le matin suivant de construire le fourgon. Avec l’aide de Dan Lohaus et de quelques amis, Harrod consacra deux années au design de ce fourgon. Essais et erreurs furent nombreux avant que tout soit fini en 1995. C’est alors qu’Harrod  commença son voyage. Quittant sa maison à Berkeley en Californie, il s’arrêta à Houston, à News Orleans pour finir à New York où pendant six mois il vécut et prit des photos avec son fourgon.

Quelques liens

Un lien sur les appareils photos en plastique http://www.corbis.readymech.com/templates/localizations/en/WPCDC.pdf

Pour faire un sténopé en carton les modèles de Corbis téléchargeable en pdf http://www.corbis.readymech.com/templates/localizations/en/WPCDC.pdf

Les adeptes du lego peuvent se régaler sur les liens suivants : http://www.flickr.com/photos/voskhod/3222910953/  http://www.foundphotography.com/PhotoThoughts/archives/camera_review/  http://www.foundphotography.com/PhotoThoughts/archives/2006/07/
another_lego_camera_siting.html

http://store.digiblue.com/LEGO_Digital_Camera_Classic_p/lg10002.htm
(merci à David Giancatarina !)

D'autres vues du Camera van d'Harrod Blank :
http://www.coolthings.com/camera-van-sports-2700-cameras-puts-papparazis-to-shame/

 

dernière modification de cet article : 2009

 

 

     

 

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