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l'auteur

Alain Briot découvre la photographie après des études à l'Ecole des Beaux-Arts de Paris. Il vit aujourd'hui aux Etats-Unis et s'est épris des paysages grandioses de ce pays. 
Alain Briot
 alain@beautiful-landscape.com
 http://www.beautiful-landscape.com



Mastering Landscape Photography
de Alain Briot
EUR 26,35
Le dernier livre (en anglais) d'Alain Briot

 

 

Cet article a été publié pour la première sur le site www.luminous-landscape.com en Juin 2003, accompagné du commentaire suivant :

Cet article est le second d'une série de neuf essais consacrés aux aspects esthétiques de la photographie. Le but général de la série est de vous aider à créer une photographie esthétiquement plaisante : une belle photographie.

Ces séries d'essais ont été conçus pour accompagner mes Workshops (2003 et 2004). Ces Workshops visaient la mise en œuvre sur le terrain au travers d'exercices des concepts, techniques et approches discutés dans mes essais. Joints, ils représentent une base solide sur laquelle constituer votre savoir-faire photographique.

Dans le premier essai nous avons vu comment l'appareil photographique voit le monde et combien cette vision diffère de la façon dont nous voyons de nos propres yeux. Avant de porter cette connaissance à la pratique et de faire réellement des photographies, nous devons apprendre à composer une photographie.

 


Traduction en Français : Henri Peyre
(février 2006)

 

 

 

Comment composer un paysage

par Alain Briot

 

Bien composer une photographie n'est pas facile. Apprendre aux autres à créer des compositions intéressantes est encore plus compliqué. En réalité, la composition est un des aspects les plus difficile de la photographie ou de n'importe quel art visuel pour la raison, à tel point que mon professeur, Scott McLeay, refusait de l'enseigner. Les règles qu'il nous donnait en la matière étaient brèves et succinctes. Il nous expliquait simplement que pour la composition d'une photographie, "chaque partie de l'image est également importante".

Si vous attendez des recettes à suivre pour composer rapidement de meilleures photographies, le paragraphe précédent ne vous sera pas d'une grande utilité (je vous donnerai quelques règles à la fin de cet essai). Mais malgré tout il porte en lui, même si c'est de manière cryptée, les racines à partir desquelles d'excellentes compositions peuvent être faites. Accordez-moi quelques minutes.

Une des erreurs qu'un grand nombre de gens commet lors de la composition de la photographie est d'écouter une des stupidités que Kodak a offert dans les innombrables brochures "Comment Faire de Meilleures Photographies" (How to Take Better Photographs) distribuées il y a quelques années. Cette stupidité concerne la composition. Elle recommande que vous placiez le sujet dans le centre du viseur et que vous fassiez bien attention à ne couper aucune de ses parties. Comme il s'agit de photographier des gens, on vous recommande de placer le sujet au milieu du cadre, de demander à la personne de vous regarder droit dans les yeux, et de déclencher. Voilà probablement la meilleure recette qui soit pour réaliser la photographie la plus soporifique que vous ayez jamais faite. Oui, le personnage sera complètement dans le cadre. Non, personne ne fera jamais attention à votre image, à l'exception peut être de votre entourage, et probablement par courtoisie.

Les règles de Kodak violent le principe de Scott McLeay. Si, comme Scott le déclare, chaque endroit de l'image est également important, placer le sujet au centre de l'image n'est premièrement qu'une proposition parmi d'autres possible, et deuxièmement, de façon démontrable, une composition médiocre, puisque seul le centre de l'image est utilisé. En d'autres mots, on ne fait rien des bords de l'image, on ne fait rien des coins de l'image, et on n'utilise pas la possibilité de décentrer le sujet pour rendre la composition plus intéressante.

En pensant à la voie que nous propose McLeay, nous nous dirigeons vers une compréhension de la composition moins superficielle. Déjà nous avons appris un certain nombre d'aspects fondamentaux de la composition. Récapitulons :

1. Composer une photographie signifie pas placer le sujet le plus important au centre de l'image.
2. Décentrer le sujet peut permettre d'obtenir des compositions plus intéressantes
3. On peut utiliser les bords et les coins de l'image. Ils ne sont pas "là" uniquement parce que l'on ne sait pas quoi en faire. Ils sont là parce qu'ils sont importants et qu'on peut les utiliser d'une façon à la fois efficace et créative.

La règle de Kodak - placer le sujet principal au centre du cadre - a été inventée pour une raison simple : permettre au photographe dont l'ambition principale est de prendre des photos familiales de prendre des photographies où le sujet principal est visible. Nous devons nous souvenir qu'il y a plusieurs années, lorsque cette règle fut prononcée pour la première fois, la plupart des appareils photographiques des amateurs disposaient d'un viseur qui n'était pas de haute précision. En d'autres termes le viseur n'était pas assez précis pour que l'utilisateur puisse contrôler exactement ce qui allait figurer ou pas dans la photographie. La position des bords de l'image était incertaine et les objets disposés au bord de l'image pouvaient très bien ne pas figurer sur le tirage final. Il pouvaient se retrouver dedans ou dehors. Plus grave, ils pouvaient se retrouver coupés, partiellement ou complètement, et une personne placée au bord de l'image pouvait carrément se retrouver coupée en deux. Dans ces conditions, le placement du sujet principal au centre de l'image, bien abrité des bords dangereux de la photo, résolvait tous les problèmes. La photographie résultante ne pouvait pas être un prodige, au moins exemptait-elle les produits Kodak de la critique des clients. Personne ne faisait de chef-d'œuvre, mais personne ne se plaignait.

Les choses ont bien changé aujourd'hui. Les appareils réflexes qui présentent dans le viseur 98 à 99% de l'image ont éliminé le risque d'amputation involontaire d'importantes parties de l'image. L'usage de trépieds nous permet non seulement de composer chaque image avec précision mais nous garantit que le cadrage restera exactement le même jusqu'à ce que nous déplacions le trépied à un autre endroit. L'usage de la diapositive, à l'opposé du négatif, nous garantit que nous voyons sur la table lumineuse la même image exactement que celle que nous avions vu au travers du viseur. Pour comparer, la plupart des photographies familiales (auxquels sont destinées la règle de Kodak) sont faites avec du film négatif, développée au drugstore du coin, et arbitrairement recadrée par l'opérateur du labo-minute. En définitive, le fait que nombre d'entre nous scanne et imprime lui-même son travail (ou le tire lui-même en chambre noire) fait que nous avons le contrôle complet du cadrage final de nos images. Si vous pratiquez la photographie numérique, vous n'avez même pas à attendre pour voir vos photographies. Vous pouvez voir la vraie image sur le champ, à partir de l'écran LCD, au moment où vous prenez la photographie.

Aujourd'hui, nous pouvons contrôler précisément ce qui sera visible dans l'image et ce qui n'y sera pas. Nous pouvons le faire en

Premièrement, contrôlant soigneusement les éléments que nous plaçons dans la photographie et

Deuxièmement, en contrôlant le lieu exact de leur placement

La façon de voir la plus forte

Examinons les propos d'un autre photographe sur la composition : Edward Weston. Lorsqu'on l'interrogeait sur la définition qu'il donnait à la composition Weston répondait que la "Composition est la façon de voir la plus forte".

La définition de Weston contient deux mots très importants à propos de la composition : "voir" et "fort".

Nous savons, depuis le premier article de cette série, que la photographie s'occupe surtout de la vision. Nous apprenons maintenant que la composition est relative à la force : à la force visuelle.

Si la composition est la façon de voir la plus forte, et que voir est la préoccupation essentielle de la photographie, alors composer est la manière la plus forte de faire de la photographie. Si cela ressemble à de la logique aristotélicienne c'est parce que cela en est. Mais est-ce exact ?

Il y a plus d'une façon de composer une scène

Faire si grand cas de la composition implique qu'il y a plus d'une façon de composer une scène. En effet, pour l'œil expérimenté et aguerri, la même scène peut être vue et composée d'un grand nombre de manière. Ce fait m'apparut comme une révélation la première fois que je le découvris. Pendant des années je m'étais évertué à recréer les photographies prises par d'autres. Ces photographies me stupéfiaient et j'essayais littéralement de glisser mes pas dans les pas de ceux qui les avaient créées. Le problème était que lorsque je me tenais au lieu même où ces grandes images avaient été conçues je ne voyais qu'une composition unique : celle qu'un autre photographe avait créé. Je n'arrivais pas à voir ou à composer par moi-même. J'étais esclave de la façon dont d'autres photographes avaient vu le monde.

Un jour je décidais de me libérer de l'esclavage (comment j'y parvins est le sujet d'un autre essai). Ce jour là je commençais à voir le monde avec mes propres yeux. Je réalisais qu'il n'y avait pas qu'une image possible à faire dans un lieu donné mais une multitude d'images possibles. Mon esprit, quelque part, s'était ouvert. Ce jour là mon objectif changea du tout au tout. Je décidais de capturer sur le film non pas les images que j'avais vu auparavant, mais les images qu'à présent je pouvais concevoir. Je composais mes propres images.

Une composition parmi d'autres

Mais un nouveau problème apparut : Je ne pouvais capturer qu'une portion infime des nombreuses images qui à présent se présentaient spontanément à moi. Je devais faire un choix parce que je n'avais qu'une quantité de temps limitée pour travailler, tandis que la lumière était à son meilleur. C'est à ce moment que je revins à la définition de Weston, et que cette définition m'aida à séparer le bon grain de l'ivraie pour ainsi dire. Ce que je recherchais n'étaient pas seulement des compositions jolies ou inédites. Ce que je recherchais était "la façon de voir la plus forte". Mettant en pratique l'approche de Weston, je commençais à me promener autour du sujet que je voulais photographier, à la recherche de la composition qui sorte du rang, celle qui me permettrait de représenter ce qui était sous mes yeux de la façon la plus forte.

Arpenter le sujet

Après cette longue introduction au sujet de ce que la composition pouvait bien être, Je suis sûr que vous aimeriez savoir comment faire, comment composer de meilleures photographies. Bien. Voilà mon approche. Essayez-là, juste une fois, et voyez si elle marche.

Si vous regardez le Journal video de Luminous Landscape (si vous ne le faites pas vous devriez, parce que chaque numéro mérite vraiment que vous vous y intéressiez), vous avez pu constater qu'à chaque fois que je photographie quelque chose je passe pas énormément de temps à me promener sur le sujet sans photographier. J'appelle cela "arpenter le sujet". Tandis que je me promène ainsi je prends avec moi un viseur multifocal de Linhof. C'est vraiment un de mes outils photographique favori. Pour faire simple, c'est un viseur portable qui me permet de pré visualiser exactement le cadrage que je peux obtenir avec des objectifs du 75 au 400mm. Ces objectifs sont ceux que j'utilise en 4x5", mon format favori, et ils correspondent grosso modo à une gamme allant du 24 au 135mm dans le format 24x36. Bien sûr je pourrais faire la même chose avec un appareil photo 24x36 et son zoom, mais le viseur Linhof est plus léger et compact que n'importe quel appareil photographique. Il présente aussi l'avantage de n'afficher aucun renseignement technique du genre vitesse ou diaphragme dans le viseur, et rien ne m'empêche de concentrer à 100% mon attention sur la composition à faire.

Le viseur multitfocal de Linhof

Avec le viseur Linhof, je peux composer des centaines de photographie chaque jour sans même sortir ma chambre 4x5. En composant photographie sur photographie, j'évalue la force respective de chaque image (rappelez-vous, je cherche la façon la plus forte de voir une scène). Un grand nombre de ces "photographies" sont tout à fait fortuites et un coup d'œil au travers du viseur me suffit pour juger si la composition est suffisamment puissante pour permettre de faire une bonne photographie. Quand je trouve un sujet valable, je l'explore plus avant et je l'examine sous toutes les coutures avec le viseur. Enfin, lorsque j'ai trouvé une composition que je veux photographier, j'installe l'appareil en sachant exactement ce que je veux prendre. Comme l'installation d'une chambre 4x5 prend un peu de temps, cette méthode, du point de vue de la gestion du temps, est vraiment efficace.

La beauté du viseur multifocal Linhof vient de sa portabilité et de son excellente conception optique. J'ai l'impression de voir des images 4x5 toute la journée sans avoir à mettre ma chambre en batterie. Le format 4x5 requiert naturellement une autre approche que le petit format à cause de son encombrement au transport et de sa lenteur de mise en œuvre. Le point que je voudrais souligner ici est que ce que je fais la plupart du temps lorsque je fais de la photo n'est pas réellement de la photographie mais bien plutôt de la recherche de photographies. Je prends bien plus de temps à chercher les photographies qu'à les faire réellement. En d'autres mots, il faut que je trouve la composition avant de créer la photographie.

Utilisation d'un viseur à cadre

Le viseur Linhof est un outil extraordinaire mais il est cher. Une alternative à petit prix consiste à se fabriquer son propre viseur 4x5 à partir d'une feuille de carte noire, ou de plastique noir, dans lesquels on taille une fenêtre au cutter. Il faut faire attention à ce que l'ouverture ait les même proportions que le format employé (c'est à dire 24x36, 6x6, 6x7 etc.). Faites attention aussi à conserver une bande de carton ou de plastique d'environ 3,5 cm tout autour de la fenêtre ainsi réalisée (pour un exemple de viseur à cadre découpé, voir ici)

Ce viseur simple vous permet de cadrer la scène et d'en isoler les éléments sans promener la chambre de partout, et sans être distrait pas les informations techniques présentes dans le viseur d'un viseur d'appareil photo. J'ai utilisé un viseur à cadre découpé pendant des années avant de finir par m'acheter le viseur Linhof. J'emmenais avec moi plusieurs de ces viseurs, chacun avec une fenêtre correspondant aux différents formats de film que j'employais à cette époque.

Pour finir, rappelons que certains appareils photographiques sont munis de viseurs détachables, comme le panoramique Fuji 617, par exemple, qui possède un viseur pour chacun de ses objectifs. Quand je photographie avec cet appareil, je mets simplement le viseur dans ma poche, je laisse l'appareil dans le sac, et je regarde la scène dans le viseur. Le viseur présente exactement ce que l'appareil photographique verra et est bien plus facile à transporter et à utiliser seul. Dès que je trouve une composition qui me plaît, je monte l'appareil et je prends la photo.

Règles de composition

Je sais que cette courte présentation ne peut être complète tant que je ne présente pas quelques règles de composition. Voici les plus importantes.

1. Règle des tiers


Lake Powell Sunset © Alain Briot

Cette règle vous invite à diviser votre image en trois parties égales et à la composer en tiers. Elle s'applique à la fois dans le sens vertical et dans le sens horizontal et dans les compositions verticales ou horizontales. Le sujet dominant de la composition doit être placé au croisement du tiers haut ou bas de l'image et du tiers gauche ou droit. Dans "Lake Powell Sunset", par exemple, le lac et les rochers n'occupent qu'un tiers de l'espace vertical de l'image tandis que le ciel et les nuages occupent les deux-tiers restants.

2. La Règle d'Or

Le grand moment de l'emploi de la règle d'or a été la Renaissance, moment où les maîtres l'ont redécouverte. Elle date, en fait, de la Grèce antique. La Règle d'Or établit que la zone la plus importante de l'image est située à proximité du coin bas droit de l'image, grosso modo en partant de ce coin, en remontant d'un quart de l'image en hauteur et en s'éloignant du quart de l'image vers la gauche. L'image Zion Winter Sunrise a été composée en accord avec la Règle d'Or. Le Yucca, élément le plus important du premier plan, est situé dans le coin bas droit de l'image, à peu près à une distance équivalente du bas et de la droite de l'image.


Zion Winter Sunrise © Alain Briot

Pourquoi le coin droit ? Essentiellement parce qu'en théorie nous "lisons" les images de la même façon que nous lisons le texte : de la gauche vers la droite et du haut vers le bas. Comme notre lecture s'achève en bas et à droite de la page, c'est la zone à laquelle nous portons le plus long temps d'attention, comme nous nous arrêtons ou faisons une pause avant de tourner la page (ou la photographie) pour une autre. Si l'on accepte cette théorie, on conçoit que les lecteurs japonais ou chinois auraient une autre approche de l'image.

3. Lignes de force

L'emploi de lignes pour conduire l'œil à l'intérieur de la composition, et donc à l'intérieur de l'image est une autre façon classique de composer une photographie. L'exemple typique est celui de la route, ou de la paire de rails de la voie ferrée, qui conduit l'œil jusqu'à l'horizon.


The Virgin River and the Watchman at Sunset © Alain Briot

En photographie de paysage nous de disposerons pas des lignes des routes ou des voies ferrées tant que nous ne déciderons pas d'inclure des éléments artificiels dans la vue. Heureusement, certains éléments naturels peuvent jouer  comme ligne de force : les rivières par exemple, comme montré dans The Virgin River and the Watchman at Sunset. Dans cet exemple, la rivière entraîne nos yeux à l'intérieur de l'image. La courbe de la rivière ajoute un joli mouvement et aide à rendre l'image plus intéressante.

4. Perspective

La perspective est un outil de composition fort. Dans l'exemple qui vient d'être cité, au fur et à mesure que la rivière Virgin s'éloigne, sa taille se réduit progressivement. Cette réduction est causée par la perspective qui réduit la taille des objets proportionnellement à leur éloignement. La perspective est un des moyens les plus efficaces d'ajouter de l'espace et de la profondeur à une image.

5. Cadrer la photographie


Tear Drop Arch and Moonrise © Alain Briot

Ici le sujet principal, qui est l'arrière-plan, est encadré par un autre élément de la scène, un élément de premier plan. Dans Tear Drop Arch Moonrise, j'ai utilisé Tear Drop Arche pour encadrer une vue lointaine de Monument Valley. Sans cette l'arche au premier plan, Monument Valley aurait été bien moins intéressante et bien moins dramatique.

 

 

dernière modification de cet article : 2006

 

 

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