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l'auteur

Claude Pauquet

distribué par l'agence VU
Il vit  près de Poitiers.

Ses images font partie des collections du Musée Niepce
 à Chalon-sur-Saône
du FRAC Poitou-Charentes
de l'Université de Poitiers
de l'Artothèque de La Rochelle

Prix et récompenses
Aide individuelle à la création en 1995
du ministère de la Culture.
Aide à l'installation en 2003
 du ministère de la Culture

Expositions individuelles
(sélection)
Deux saisons à Poitiers
Médiathèque François Mitterrand
Poitiers en 2001
Convoi vers l'est et retour
La Soufflerie
Poitiers en 2002
Campagnes châtelleraudaises
Ecole d'arts plastiques
Châtellerault, octobre 2004

Publications (sélections)
Les Lumières du Louvre
Paris, Textuel 1995
Bordures, textes de Kenneth White
Poitiers, co-Edition MJC Rosendaël Dunkerque et M3Q Poitiers 1995
Le Printemps Chapiteau,
introduction de Claire Lasne
Poitiers, Centre Dramatique Poitou-Charentes, 2000
Deux saisons à Poitiers
avec Marc Deneyer
texte de Pierre d'Ovidio
Cognac, Le Temps qu'il fait, 2001
Convoi vers l'est et retour
texte de Daniel Dobbels, Cognac
Le Temps qu'il fait, 2002
Campagnes châtelleraudaises
introduction d'Antoine Emaz
Châtellerault, Ecole d'arts plastiques, 2004

www.claudepauquet.fr

 

Claude Pauquet

G.-P. : Claude, comment êtes-vous venu à la photographie ?

C. P. : Premier appareil photo à 12 ans, un Instamatic Kodak et déjà l’envie d’en faire mon métier !
J’ai commencé par l’école française du photoreportage avec des stages en compagnie de Dityvon, Le Querrec et Winogrand. J’ai intégré une première agence, VIVA.
Au début des années 90, j’ai abandonné le Leica et son 35 mm . Pour aller vers plus de calme. En reportage, j’avais l’impression d’avoir presque tout dit pour ma part, d’avoir fait le tour . C’était une recherche autour de l’instant, de la virtuosité fébrile, du cadrage bien rempli, une image assez agressive, dynamique, basculée, avec beaucoup de flou. Je me souviens d’un travail sur le carnaval de Dunkerque en 1992, où j’avais utilisé 50 films dans le week-end…
Je découvrais aussi qu’il y avait autre chose, les possibilités du paysage, du portrait. J’ai commencé le paysage par une longue série de « Vues depuis le train ». C’était encore du 135, mais j’abordais le paysage sans trop me défaire de l’instantanéité en raison de la vitesse.
Cela s’apparentait à une traversée latérale du paysage, les vitres du train devenant un paysage continu.
Puis, j’ai voulu me poser, utiliser un trépied, réfléchir.
D’abord le moyen, ensuite le grand format.
La couleur est venue plus tard. 

Vous faites de la photographie couleurs et de la photographie noir et blanc. Avez-vous le sentiment que vous cherchez à exprimer les mêmes choses dans les deux, ou faites-vous une nette différence dans leur emploi ?

En 1997, avec le sujet sur la déportation de ma mère (Convoi vers l’est et retour, publié en 2003), j’ai cherché à m’éloigner de la dramatisation, du pathos, de l’image « forte en cadrage» et d’aller vers une image « neutre », apaisée, à la bonne distance, avec un traitement frontal du sujet. En me recentrant, j’ai aussi abandonné les formats exotiques panoramiques.
En fait, la couleur me permettait cette recherche, me semblait plus juste, moins dramatisante que le NB.
En 1998, j’ai fait un travail sur un village d’Inde du sud, autour du sanskrit, voyage en 4x5 inches, qui marqua pour moi la transition du NB à la couleur.

Dans vos paysages le ciel a une importance considérable. Il mange largement plus du tiers de l'image, offre une composition de nuages, apparaît comme renforcé par la fragilité et la délicatesse des lumières au sol tandis que l'absence de premier plan diminue encore l'importance de la terre. Qu'est-ce qui vous intéresse de montrer ?

Dans ma première vie de « leicaiste –photographe », il y avait peu de ciel dans mes images. Il représente maintenant la moitié de l’image. Je me place en position frontale face au paysage, comme dans la vie... ni trop vers le ciel, ni trop vers la terre, toujours avec la focale standard, une sorte de cadrage classique, naturel. Sans trop avantager le cadre, sans fabrication.
Je fais une série en ce moment sur le littoral, et la ligne d’horizon est en plein centre de la visée.
En fait c’est un travail artisanal, à l’aide du niveau à bulle.
J’essaie de comprendre comment voir et montrer la terre. Je travaille seul, en silence. Je me pose et je pose des questions. Je tente de me ré-approprier le réel, de photographier l’incertitude du territoire social en mutation, les lieux intermédiaires, l’érosion, l’ordinaire, les étroitesses de vie, la zone d’entre-deux, imprécise, là où les choses se mêlent. Critique, mais sans cynisme.
Puis déplier le trépied, regarder dans le dépoli, reconstruire un paysage pour soi, c’est toujours le moment le plus enthousiasmant du projet. 

On ne voit jamais d'êtres humains dans vos photographies, mais l'homme y a laissé partout des traces. Est-on dans quelque chose qui relève du temps qui passe, de la mort annoncée, dans l'expérience de la fragilité ? Comment vous situez-vous ?

Rien n’est systématique. Dans certains cas, c’est peut-être le besoin de se dégager du temps et de photographier l’espace pendant qu’il est passagèrement abandonné.
J’aime aussi supposer que j’arrive le premier sur place, comme une découverte du territoire, seul pour soi. Face à la mer, on est en dehors du temps, devant un paysage qui est inchangé, invariable. 

Vos légendes donnent les coordonnées géographiques du point photographié comme si, après avoir évacué les hommes dans le sujet, vous aviez le désir d'évacuer le photographe lui même, par ce protocole d'objectivité. Pourquoi ces légendes ?

Au préalable il y a un gros travail sur la carte au 25000ème: noms de lieux, nœuds de circulation, courbes de niveau, orientation. Cette carte est un peu une vue aérienne de ma photographie « terrestre ».
Sur ce travail à Châtellerault, les titres des photographies sont les coordonnées GPS, comme un code définitif permettant de s’y rendre. Il est vrai que c’était assez perturbant pour les habitants des communes photographiées. 

 

 

  
N° 107, Coulombiers  
N 46°45.330' / E 000°23.580' / Alt 134 m.  

 

Au bout des Certains
de Claude Pauquet
textes de Christian Caujolle,
Dominique Moncond'huy
Paul-Hervé Parsy
Le Temps qu'il fait
2006
62 pages, couleurs

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Vous diffusez votre travail à l'agence Vu. Quel genre de travail faites-vous pour l'agence ? Avez-vous un travail pour l'agence et un travail plus "intime" ? Comment cela fonctionne-t-il ?

L’agence VU laisse entière liberté aux photographes de réaliser les travaux qu’ils souhaitent faire. Nous sommes nos propres producteurs.
Je choisis de travailler sur des « séries » au long cours. En ce moment un travail sur le littoral plutôt urbain. Pendant l’étape de la prise de vues, je suis aussi dans une phase de recherche des partenaires pour le financement de la production, de l’exposition et de l’édition. C’est ce que j’appelle une auto-commande… La rentabilité est le problème numéro 1 de ce type de fonctionnement.
Mais avec ou à côté de l’agence, la vraie satisfaction c’est la commande pour un sujet personnel.
L’agence reçoit aussi nos archives en diffusion, c’est un long travail de scans, tirages et légendes dans un choix d’images pouvant intéresser leur clientèle.
J’y dépose également des travaux commandés par des rédactions avec qui je collabore (Libération, Le Monde , Télérama et L’Actualité Poitou-Charentes.) 

 

  
N° 114, Thuré  
N 46°50.058' / E 000°28.153' / Alt 81 m.  

   

Avec quel matériel sont prises ces photographies ?

Je travaille au 6x6 Hasselblad, 6x7 Mamiya et une vielle chambre Linhof monorail équipée d’une optique de 150 mm (pour les images de Châtellerault).
Si l’on devait entrer un peu dans la cuisine photographique : pour le 4x5, j’utilise uniquement du négatif NPS 160, développé dans une Jobo, scanné sur un Imacon et tiré sur une Epson 7600 avec du papier Hahnemühle PhotoRag . A part la fabrication du plan film, tout est fait « à la maison », pour une qualité dépassant mon labo pro préféré parisien, pour un prix très inférieur. 

Et le numérique ?

Il y a déjà la question du métier de photographe qui évolue. Développer, scanner, tirer soi-même...toutes tâches pas forcément passionnantes et durant lesquelles on ne photographie pas.
Le numérique a clairement modifié le champ de la photographie. Je l’utilise après numérisation du négatif. Faire l’équilibre et la chromie soi-même permet de contrôler l’épreuve avant l’impression (tirage ou livre).
Un beau tirage sur papier mat de prestige n’est possible qu’en numérique.

 

  
N° 104, Châtellerault, la Haute Brelandière  
N 46°48.796' / E 000°30.771' / Alt 74 m   

   

Dans votre pratique y a-t-il une influence du matériel sur le sujet traité ou est-ce que vous choisissez le matériel en fonction du sujet ?

Pour des questions de plaisir, de qualité et quantité d’informations, je vais vers la plus grande surface de négatif, en ce moment c’est le 4x5.
Le format panoramique étant abandonné (le projet photographique trop lié par ce format difficile à nourrir, ou au contraire trop facile formellement), ma préférence est pour une homothétie 4x5. Avant de commencer un travail, je suis plus dans le questionnement hauteur, largeur, ou (rarement) les deux.
Cependant, l’aspect matériel des choses est vite vu en fonction de l’investissement financier et physique que l’on définit pour son sujet. 

 

  
N° 110, Châtellerault, rue des Naurais  
N 46°48.928' / E 000°33.065' / Alt 61 m.  

   

Qu'est-ce qu'une bonne photographie pour vous ?

Je pratique par soustraction. La bonne photographie, c’est celle où l’on ôte ce qui fait défaut…
A force de chercher les recettes d’une bonne image, je me rapproche de l’image qui m’intéresse lorsque j’enlève les éléments perturbateurs, le trop de narration ou d’anecdotique, la lumière trop dure.
J’essaie d’être plus libre, d’aller vers le simple, d’être à la bonne distance.
J’évite les ciels très purs. Il m’arrive fréquemment de désaturer le ciel. Il y a des valeurs dans toute la gamme, le vrai point blanc représente à peine 1% de l’image et je choisis pour les tirages en 60x70 cm, une palette assez douce et chaude en couleurs, sur un papier très mat qui renforce en nuances la matière et aspire le regard.  

 

  
N° 103, Monthoiron, Entraigues  
N 46°43.459' / E 000°37.755' / Alt 124 m.  

   

 

 

   

dernière modification de cet article : 2007

 

 

 

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