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l'auteur

Bernard SULMON



 

Intervient sur le forum
sous le pseudonyme de
photo-collector

 

 

 

Bertram 6x9
prise en main

par Bernard Sulmon

Introduction : un appareil cher

Cet appareil fut mis à l’étude dès 1951 par Ernst et Wilhelm Bertram qui étaient principalement des fabricants munichois de cellules photo au sélénium (Chrolon, Chrostar, Standard et toute la série ultérieure des
BEWI). Il fit l’objet d’un brevet fin 1952 et sera présenté à la Photokina de 1954.


 

 

 

Sa commercialisation fut de courte durée, ce qui en explique la rareté sur le marché actuel de l’occasion. La documentation le concernant reste tout autant difficile à dénicher. Il semble qu’il ne s’en soit construit que 2.000 exemplaires... vendus à un tarif prohibitif pour l’époque : selon certaines sources on note des prix de 1.172 DM en Europe et 495 USD aux Etats-Unis !… d’autant que les 35mm pointent leur nez avec férocité.

En se remettant dans le contexte de l’époque, on s’apercevra immédiatement qu’il présentait un nombre important d’innovations techniques visant à en simplifier et à en accélérer l’usage. Il s’agissait de tout concevoir pour permettre de prendre rapidement des vues à main levée.

Bref, on y retrouve une sorte d’appareil de presse pour reporters à l’affût d’images inédites prises dans des conditions difficiles.

 

 

Prendre rapidement des vues à main-levée

De quoi a-t-on besoin pour parvenir à prendre des photos « à la sauvette » ?

. pouvoir mettre au point rapidement

. visualiser l’image telle qu’elle apparaîtra au final sur le négatif

. changer d’objectif aisément sans devoir opérer d’autres manœuvres

. trouver les commandes à portée de doigt, en aveugle, sans perte de temps
etc.

 

 

L'appareil réunit bien tous ces avantages :

. Il s’agit d’un appareil à réglage télémétrique couplé à la mise au point à crémaillère interne ave mise au point minimale d’environ un mètre

. Le viseur est du type « collimaté ». Une lentille de champ s’y meut automatiquement car également couplée à la mise au point. Un cache de visée s’y déplace également pour corriger la parallaxe. Le cadre embrassé par le viseur correspond donc exactement à ce qui se trouvera au final sur le négatif.

. Puisqu’il n’existe alors pas encore de zoom pour le « moyen format », il faut bien se résoudre à devoir changer d’objectif mais - encore une fois - en un minimum de temps. En lieu et place d’une monture à filet, il y est fait usage d’une monture à baïonnette (3 ailettes de tailles différentes). Le réglage du télémètre s’en trouve automatiquement réalisé car la came est creusée dans le fût même de chaque objectif … point de manœuvre nécessaire pour enlever et replacer une autre came… point besoin de doigts de fée pour y parvenir non plus !

. L’obturateur fait partie intégrante de l’appareil. Il s’agit d’un classique SYNCHRO-COMPUR autorisant les poses T et B ainsi que les vitesses s’étalant de la seconde au 1/400ème.

. L’intégration d’un obturateur unique au sein du boîtier permet de disposer du 1/400ème, même pour les focales plus longues. Ensuite, toutes les commandes peuvent être déplacées à des endroits plus opportuns du boîtier pour en permettre la manœuvre « en aveugle »…

. Ainsi, pour ne pas perdre de temps à devoir regarder où se situe le levier d’armement, la bague des vitesses, le déclencheur … toutes les commandes situées traditionnellement autour de l’obturateur ont été relayées mécaniquement sur les coins de la planchette porte-objectifs. Le mouvement rotatif d’armement est remplacé, à grand renfort de mécaniques, par un mouvement linéaire : un bouton à glissière qui tombe sous le doigt … on le pousse vers le bas pour armer et on le pousse à nouveau pour déclencher … ultra rapide !

. La sélection des vitesses s’opère aisément même si on a les doigts gantés (rigueur de l’hiver oblige en extérieur). Un grand anneau crénelé entoure l’objectif et permet de sélectionner la vitesse d’obturation désirée qui apparaîtra alors en inversé dans une fenêtre afin d’être directement lisible par l’opérateur sans devoir retourner l’appareil vers lui … il suffit de pencher légèrement l’appareil en arrière...

Dans ce mode d’utilisation, l’usage de dos rollfilm de type PLAUBEL (à compteur automatique afin, encore une fois, d’accélérer l’avancement de la pellicule sans avoir à ouvrir de fenêtre ou à regarder le numéro de vue imprimé sur le papier de la pellicule) s’avère être la solution la plus pratique.
On peut préférer les dos Graflex (ou Singer) de type RH8 (6x9) ou RH12 (6x6) aux côtes « baby graflock ».

Si cet appareil est capable de prendre des photos « à la sauvette », il peut tout autant s’utiliser de manière plus traditionnelle. Il dispose effectivement d’un dos à dépoli. La publicité d’époque signalait que l’appareil pouvait être livré avec dos « allemand » ou « américain » (baby graflock). Il s’agit d’un cadre porte dépoli à insertion ou à pivotement déjà équipé d’une lentille de fresnel.

Un soufflet arrière permet d’en étendre le tirage d’environ 4 cm (macro, rapport 1:1 ou photo à distance rapprochée inférieure au mètre). Ce cadre est alors soutenu par 3 tirettes qui assurent également la possibilité d’opérer des bascules limitées sur les axes Horizontal et vertical.

 

 

L’emploi de châssis paraît plus indiqué dans ce mode d’utilisation et le porte-dos a été conçu en conséquence : dos à insertion pour le modèle allemand, moins évolué pour « l’américain ».
Dans le modèle « allemand » on utilisera des châssis simples en tôle « Plaubel », alors que le modèle « américain » (baby-graflock) autorise les châssis doubles.

Des inconvénients quand même...

Tout paraît bien idyllique dans cette description … et il faut bien admettre que rares sont les appareils dont les détails de construction ont été portés – pour l’époque- aussi loin afin de permettre une utilisation rapide et rationnelle.
Vu de l’extérieur, on y voit que des simplifications pour l’opérateur, mais de manière interne, tout cela est soutenu par une mécanique complexe qui doit être bien huilée pour fonctionner correctement. Beaucoup d’interactions existent effectivement entre les différents éléments mobiles du boîtier (télémètre, parallaxe, échelle des distances, fenêtres d’affichage…). Il ne suffit pas de transmettre un mouvement, encore faut-il continuer à pouvoir le faire pendant que le porte-objectif se meut.

Idyllique donc … mais cela entraîne cependant tout une série de contraintes spécifiques :

a) Cet appareil ne peut faire usage que d’objectifs dédiés (baïonnette et came gravée dans leur fût) ;

4 objectifs –tous des SCHNEIDER- sont seulement disponibles (quoi qu’ils représentent les focales standards les plus utilisées à l’époque … Gd angle / standard / petit télé) :

 

 

. Grand angle Angulon 65mm F6.8 MAP par hélicoïde intégrée
. Standard (6x6 cm) Xenar 75mm F3.5 MAP par crémaillère de l’appareil
. Standard (6x9 cm) Xenar 105mm F3.5 idem 75mm
. Petit Télé Télé-Xenar 180mm F5.5 idem 75mm

La bague des diaphragmes est crantée pour une meilleure préhension et se situe à l’avant de l’objectif où sa manipulation est plus aisée. Une meilleure intégration aurait peut- être été souhaitable, mais aurait excessivement compliqué la baïonnette déjà entourée de commandes concentriques (came notamment).

b) La publicité vantait les mérites des automatismes intégrés à l’appareil, mais il fallait quand même modifier manuellement l’allongement du soufflet lors du changement de certains objectifs.

La course de la crémaillère de mise au point se limite à 3 ou 4 centimètres. Pour passer d’un objectif à un autre, il faut donc étirer ou réduire la longueur du soufflet de manière à obtenir la distance adéquate entre dépoli et objectif. Cet inconvénient est toutefois à relativiser puisque le changement de longueur de soufflet n’est finalement à opérer que lorsqu’on repasse au grand angle. Pour les 105 et 180mm, il n’y a pas lieu de modifier la longueur du soufflet.

La course du soufflet comporte 3 positions :

- Complètement rentré pour le grand angle de 65mm
- Légèrement sorti… position 1 crantée pour le standard 75mm (6x6 cm)
- Complètement sorti pour les 105 et 180mm

 

c) L’usage d’optiques de chambre non-rétrofocus oblige à un débattement important entre objectif et dépoli et force à l’usage d’un soufflet qui reste malgré tout fragile

d) L’usage d’un viseur télémétrique nécessite que la scène à photographier soit éclairée à suffisance.

Par temps sombre, on peine à mettre au point de la sorte …
Pour y remédier, il existe la possibilité de faire usage d’un viseur dit « sportif » comportant différents cadres correspondants aux différentes focales disponibles. L’œilleton de visée y est mobile. Une fois monté sur la griffe arrière, il appuie sur un bouton qui ouvre une trappe sous laquelle se situe un plan incliné …. En fonction de la mise au point, le plan incliné avance ou recule de façon à ce que l’œilleton monte ou descend pour corriger la parallaxe.

 

 

Lors du montage d’un objectif, l’échelle des distances correspondante vient s’afficher dans une fenêtre à l’arrière de l’appareil avec indication - en rappel - de la focale utilisée. Un index mobile, commandé par le système interne de mise au point, vient se positionner sous la distance atteinte.
On peut donc également réaliser une mise au point manuelle. Il suffit de reporter la distance de prise de vue mesurée « au jugé » ou via un télémètre externe indépendant.

Conclusion : un appareil très complet qui annonce le Mamiya Press

D’autres raffinements techniques sont bien sûr intégrés :
. ouverture et fermeture des pâles pour mise au point sur dépoli (si obturateur en position armée)

. Synchro flash X et M

. retardateur automatique au déclenchement, avec visualisation du décompte du temps

. Mise au point par bouton droit ou molette gauche (pour actionnement plus rapide ou pour respecter les gauchers et droitiers …)

. Une fente se situe sous la semelle afin d’y insérer une poignée en « L »….sans interférer avec la vis de fixation au trépied…

. Boîtier tout en aluminium (boitier de 3 à 4mm d’épaisseur …ensemble très lourd)

. Courroie de cou facilement installable via poussoirs (pas besoin d’avoir des doigts de fée pour écarter un ressort tout en tentant de pousser un œillet hors de son logement)

 

 

Au final, on s’aperçoit que dans les années 60 apparut une première version d’un appareil répondant (10 ans plus tard !) aux mêmes besoins. En faisant usage d’optiques rétrofocus ou montées sur tube d’extension il pouvait s’affranchir de l’usage d’un soufflet ….. le MAMIYA PRESS.

 

 

 

dernière modification de cet article : 2015

 

 

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